Les deux princes entrèrent silencieusement dans la salle où attendait, assis, un jeune homme comme l'avait annoncé Elrohir. Il était grand, fin et ses cheveux blonds et bouclés lui donnait un air un peu fou. Il se leva dès que les deux Elfes entrèrent. Il parut décontenancé en découvrant les jumeaux et déclara d'une voix mal assurée :

—Je dois parler au Prince Elladan s'il vous plaît.

—C'est moi, répondit l'intéressé en avançant vers lui et en le saluant, Quel est votre nom ?

—Je m'appelle Amal fils d'Alrad mon seigneur. Je suis soldat de l'armée du Gondor. Je viens de Minas Anor.

Elladan avait toutes les peines du monde à respecter les convenances et à ne pas presser le jeune soldat de milles questions :

—Vous m'avez fait demander et avez fait tout ce chemin pour une raison bien précise je suppose. Quelle est-elle ?

—Je suis ici à la demande d'Helwa Isil mon seigneur. Je suis chargé de vous transmettre un message.

Les deux princes notèrent que le jeune homme semblait très impressionné par eux et qu'il dévisageait Elladan avec un intérêt non feint :

—Et bien parlez Amal fils d'Alrad.

—Oui mon seigneur mais avant cela...

Ils virent le jeune homme plonger la main dans son sac de voyage et en retirer un petit objet :

—Je dois vous remettre ceci. Helwa m'a assuré que cela confirmerait mes propos. Tenez mon seigneur, fit-il en lui tendant l'objet.

Lorsqu'il ouvrit la main pour qu'Elladan puisse le récupérer, ce dernier suspendit son geste, le souffle bloqué :

—Mais c'est ton collier Elladan ! S'exclama Elrohir, Pourquoi Helwa s'en est-elle débaras...

Elrohir se tût alors que l'implication de la présence de ce collier dans les mains de ce jeune soldat prenait sens dans son esprit. Les deux frères échangèrent un regard :

—Qu'est-il arrivé ? Demanda simplement Elladan.

—Helwa est morte mon seigneur. Je suis désolé d'être porteur d'une telle nouvelle.

Un grand silence se fit dans la salle. Elladan resta immobile, incapable de faire un geste, n'arrivant pas à saisir toute l'implication d'une telle révélation. Il était sous le choc. Elrohir s'approcha alors du jeune homme et lui prit le pendentif des mains. Il se tourna ensuite doucement vers son frère et l'attacha à son cou. Elladan lui lança un regard perdu :

—Elle aurait aimé que tu le portes à nouveau mon frère, murmura Elrohir.

Elladan ne parla pas mais porta une main à son cou :

—Comment est-ce arrivé soldat ? Vous pouvez également vous adresser à moi. Je suis le prince Elrohir de Fondcombe, frère jumeau du Prince Elladan et grand ami d'Helwa Isil.

—Au combat, Seigneur Elrohir. Lors d'une bataille que le Gondor menait contre les Chariotiers, le premier jour de Narwain.

Narwain ?

—Le onzième jour de Krivië dans le calendrier gondorien mon frère, répondit laconiquement Elladan qui ne cessait pas de fixer le vide devant lui.

—Elle m'a sauvé la vie seigneur, plusieurs fois. Elle était une vaillante guerrière, la meilleure que le Gondor est jamais connue.

—Helwa était donc soldat dans votre armée c'est bien cela ?

—Oui seigneur, elle était même capitaine.

—Et vous étiez un de ses compagnons de combat je suppose ?

—Oui seigneur mais j'étais plus que cela. Helwa m'avait rencontré sept ans auparavant. Elle s'est engagée au service de mon père dans notre ferme pour apporter ses services. Elle disait venir d'Eriador. Nous passions beaucoup de temps ensemble. Elle était comme... une sœur pour moi.

—Je vois... J'ai l'impression que nous avons de nombreuses choses à partager Amal fils d'Alrad. Peut-être voudriez-vous vous assoir pour échanger plus confortablement ? Demanda aimablement Elrohir.

Le jeune homme acquiesça et se déplaça pour s'assoir sur un des divans, toujours légèrement nerveux. Il observa discrètement les deux frères agir l'un envers l'autre. Elrohir s'était approché de son frère et l'avait enlacé sans dire un mot alors qu'Elladan s'était mis à parler d'une voix tremblante :

—Elle... Elle... Elrohir...

—Oui mon frère, c'est fini. Mais ça va aller, ne t'inquiète pas. Regarde-moi Elladan ! Il faut te reprendre. Je sais que c'est douloureux mais ce jeune homme est là pour toi, pour te parler d'elle et Helwa n'aurait pas voulu que tu t'effondres.

Elladan releva la tête et prit le masque d'impassibilité le plus convaincant qu'il put invoquer à ce moment-là. Il acquiesça en regardant son frère et tous deux se dirigèrent sur le divan, en face de celui où était assis le jeune gondorien. Quand ils furent assis, leur invité s'agita inconfortablement :

—Vous étiez plus que son ami n'est-ce pas Prince Elladan ? Demanda-t-il alors en fronçant les sourcils, nerveux de poser cette question.

Son interrogation prit les deux princes au dépourvu mais Elrohir reprit rapidement la situation en main, permettant à son frère de ne pas répondre directement :

—Je crois, Amal, que nous avons autant de questions pour vous que vous en avez pour nous. Commençons par vos questions si vous le voulez bien. Qu'est-ce qu'Helwa vous a dit sur nous précisément ?

Elladan remarqua que son frère vérifiait qu'il ne décrochait pas de la discussion, cependant le prince était désormais alerte et dévisageait le jeune homme avec une grande attention :

—Peu de choses en vérité Seigneur Elrohir. Quand elle travaillait chez moi, je savais qu'elle avait vécu pendant un temps indéterminé chez les Elfes, comme en témoignait sa connaissance de votre langue et ses armes mais elle n'a jamais voulu répondre à mes questions. Une seule fois avant de nous rendre à Minas Anor, elle m'a avoué avoir perdu un ami à elle qu'elle disait s'appeler Elladan.

Les deux frères échangèrent un regard entendu :

—Je suppose désormais qu'elle parlait de vous. Helwa m'a avoué avant de mourir que vous étiez en réalité un Elfe et ses dernières pensées étaient pour vous Seigneur Elladan.

Le prince ne sut quoi penser lorsque le jeune gondorien prononça ces mots. Il ne savait pas quoi penser de tout cela. Tout espoir était définitivement mort en lui et cela lui causait une douleur plus grande que Son départ lui-même car il savait que cette fois il n'y aurait pas de retour possible :

—Je vous remercie de me le dire.

—Toutes ses attentions à votre égard alors que votre frère semble aussi être son ami m'interroge et m'amène à me demander si vous n'étiez pas plus que des amis mon seigneur, continua le jeune gondorien, Pardonnez mon indiscrétion mais Helwa a toujours été si secrète que je ne peux m'empêcher de vouloir en savoir plus.

—Et c'est totalement compréhensible, répondit Elrohir, Pour répondre à votre interrogation, mon frère et Helwa étaient amants et ils s'aimaient énormément.

—Alors pourquoi vous a-t-elle quitté ? S'enquit le jeune homme en tournant son regard vers Elladan.

Ce dernier prit une grande inspiration et se passa une main sur le visage :

—C'est là... la racine du problème. La relation que nous entretenions l'a effrayée et plutôt que de m'en parler elle a décidé de partir de notre cité pour apparemment... se rendre dans votre royaume.

—A-t-elle toujours vécu ici ? Demanda leur invité en désignant la pièce d'un large mouvement du bras.

—Non, répondit Elrohir qui semblait vouloir diriger la conversation pour son frère, qui ne semblait pas en état de le faire, Helwa est arrivée à Fondcombe l'année de ses dix-sept ans et notre père l'a prise sous sa protection jusqu'à ce qu'elle nous quitte.

—Merci pour ces éclaircissements Seigneur Elrohir. Avez-vous des questions auquel je pourrais répondre de mon côté ?

—Pas précisément non. Racontez-nous plutôt votre histoire avec la femme que vous avez connue.

Le jeune homme eut un instant le regard dans le vague et il porta son regard vers la fenêtre alors qu'il rappelait ses souvenirs à sa mémoire :

—Et bien comme je vous l'ai dit, Helwa est arrivée chez nous sûrement peu de temps après être partie de votre cité. Mais ensuite mes parents ont été tué quelques mois après son arrivée et nous avons dû nous rendre à Minas Anor.

—Toutes nos condoléances pour votre famille, jeune homme.

Ce dernier acquiesça et continua :

—Là, elle m'a confié à une femme et elle revenait me voir tous les mois. Elle s'était engagée dans l'armée et payait une rente mensuelle à ma nouvelle mère de substitution. Je l'ai retrouvée la veille d'une bataille que nous menions au Sud contre le Harad. Ce n'est que lorsque nous sommes remontés à l'est qu'elle a été touchée au cours d'une attaque de nuit que nous avions mené contre le camp des Chariotiers. Après sa mort j'ai appris qu'elle était également la préceptrice des deux princes royaux en charge de leur apprendre votre langue.

—Elle a véritablement tenté de refaire sa vie, déclara Elrohir pensif, elle doit vous manquer...

—Oui, je l'aimais comme ma sœur. Elle a été très proche de moi au début et j'ai appris de nombreuses choses à ses côtés. Je n'ai pas beaucoup plus de détails à vous apporter car toute sa vie à Minas Anor m'est inconnue. Cependant il me semble important de vous préciser qu'elle se faisait appeler Nwalmendil et non Helwa Isil. Je ne sais pas si cela est réellement important mais enfin...

« Amie de la souffrance ». Elladan se demanda pourquoi Elle n'était pas revenue si Elle souffrait de Son départ. Pourquoi s'infliger une telle peine ? Parce qu'Elle tenait à lui et qu'Elle pensait qu'Elle serait la cause de sa mort. Elladan serra les poings. Ils auraient pu en discuter, ils auraient trouvé une solution. Mais tout sauf ça ! Tout sauf le vide et l'absence !

—C'est très généreux à vous Amal de partager ainsi vos souvenirs avec nous, répondit poliment Elrohir.

—Était-elle heureuse ? S'enquit alors Elladan en plongeant son regard dans celui du jeune gondorien.

—Je ne le crois pas seigneur. Elle tentait de ne pas le montrer mais elle semblait souvent abattue et triste. Elle a maigri pendant ces sept ans et demi et je pense qu'elle souffrait de son éloignement avec vous. Je crois qu'elle n'a jamais cessé de vous aimer mon seigneur. Cela me fait d'ailleurs penser que...

Le jeune homme réfléchit un instant mettant à l'épreuve les nerfs des deux princes :

—Helwa a formulé une étrange demande avant de mourir. Je ne suis pas venu ici simplement pour vous annoncer son décès. J'avoue ne pas avoir compris ses mots mais je vais vous les restituer tel quel. Je pense que vous serez plus à même de les comprendre que moi. Elle voulait que vous relisiez le chant de Lúthien devant Mandos Seigneur Elladan.

Encore une fois les deux frères échangèrent un regard :

—Je vais m'occuper de notre invité mon frère, déclara doucement Elrohir, tu peux te retirer si tu le désires. Je pense que tu dois vouloir être tranquille pour assimiler cette nouvelle.

Le prince acquiesça silencieusement, se releva et se dirigea vers la porte. Cependant il n'en oublia pas pour autant les convenances :

—J'ai été très heureux de vous rencontrer Amal fils d'Alrad, malgré les tristes circonstances qui vous amène ici. Je vous suis très reconnaissant de votre démarche. Je vous laisse aux soins de mon frère car je dois me retirer. Vous comprendrez j'en suis certain mon besoin de solitude.

—Bien sûr Seigneur Elladan. Vous me voyez désolé de vous causer une telle peine.

—Ne vous excusez pas. Votre démarche est honorable et personne ne peut vous blâmer.

Et sur ces mots Elladan sortit. Ses pas le conduisirent directement à Sa chambre où il s'arrêta sur le seuil. Il avait toujours espéré La revoir entre ces quatre murs, à ses côtés. Désormais il n'y aurait que lui pour y entrer. Il pénétra dans la pièce et ferma la porte avec précaution. Le prince s'approcha de la table de chevet. Le dernier livre qu'Elle avait lu s'y trouvait encore. Un ouvrage traitant de la relation entre Beren et Lúthien. Il passa délicatement un doigt sur la couverture et souleva la poussière accumulée dessus. Personne ne touchait jamais aux objets de la pièce à sa demande. Tout devait rester tel quel. Néanmoins Elladan se demanda à cet instant s'il ne valait pas mieux remettre cette pièce en état pour qu'elle redevienne une chambre habitable, maintenant qu'Elle... n'était vraiment plus là.

Le prince s'allongea sur le lit à la place où il s'était tenu cette nuit-là. A chaque fois qu'il s'allongeait sur ce lit, il respectait toujours cet ordre des choses : Elladan à droite et Elle à gauche. Il n'y avait toujours que le vide mais Elladan ne voulait pas changer. Il caressa le tissu du lit et plongea son nez dans les draps. Son odeur avait disparu depuis longtemps mais c'était un geste rassurant pour le prince. Elladan ferma les yeux et sa main se crispa sur le tissu. Il porta l'autre à son collier retrouvé. Helwa... non il ne pouvait l'accepter ! Pas Elle, pas ainsi, pas si jeune ! Les Valar étaient parfois si cruels.

Vous comptez beaucoup pour moi !

Helwa... Il ne pouvait pas l'accepter. Il refusait de comprendre toutes les implications de cette nouvelle. Helwa... Helwa...

Je fais ce que je veux, je suis grande merci ! Je sais m'occuper de moi !

Il aurait dû continuer à chercher. Il aurait dû la retrouver, la convaincre de revenir. Il n'aurait pas dû la laisser seule. Il avait échoué. Sur toute la ligne.

Il n'y a que vous, depuis le début.

Pourquoi cela faisait-il si mal ? L'amour n'était pas censé être une plaie ouverte. L'amour ne devait pas être un vide, une absence. L'amour était l'énergie de la vie, l'éveil du corps et de l'esprit. Il était chaleur, présence et affection.

Elladan n'avait pas toujours aimé la jeune femme comme maintenant. Cependant Elle l'avait intrigué dès leur première rencontre. Elle était si différente de tout ce qu'il avait pu rencontrer auparavant ! C'était tout d'abord son esprit qui avait été éveillé par la jeune femme. Elladan avait apprécié Son mordant, Sa fraîcheur, Sa vivacité d'esprit et Sa curiosité à l'égale de la sienne. Bien sûr il n'avait pas non plus manqué Son aspect physique intriguant mais loin d'être repoussant.

Le prince L'avait trouvée exotique. Ses cheveux courts, Ses yeux gris perçants, Son corps élancé, souple et résistant comme un roseau dans le vent ; tout chez Elle était différent de la beauté elfique. Ce n'était pas de l'amour au début, non, Elle était trop jeune. Elladan ne La voyait que comme une jeune fille tout juste sortie de l'enfance. Ce fut tout d'abord une passion intellectuelle qui l'enflamma. Elle était son pendant pour l'esprit tout comme Elle était celui de son frère pour le corps.

Elladan aimait bien charmer quelques Elfes de temps en temps. Il n'y avait jamais rien de physique cependant. Il s'arrêtait toujours avant. Ce n'était pas ce qu'il recherchait. C'était un simple jeu avec des mots. Il avait la langue la plus aiguisée de tout Fondcombe. La rougeur qu'il obtenait sur les joues des femmes en l'utilisant était une belle chose qu'il aimait regarder à l'époque. En revanche, tous les compliments qu'il pouvait faire étaient toujours sincères. Il n'y avait simplement pas de sentiments derrière.

Elle rougissait au début, et il avait trouvé que c'était une des plus jolies choses qu'il ait jamais vu. Mais ensuite, très vite, Elle avait simplement ignoré chacun de ses compliments. Pire encore, cela avait semblé amener des ombres dans Ses yeux et le prince avait eu l'impression de La rendre triste et ce n'était pas son but. Il aimait bien la jeune fille. Elle était intéressante, ne se laissait pas marcher sur les pieds et Sa langue était elle-aussi bien affutée, ce qui amenait parfois des conversations très intéressantes. Alors Elladan avait pris ses distances à contre-cœur. Il n'avait pas voulu La blesser et la jeune fille avait ensuite semblé éviter sa présence. Il en avait donc déduit qu'Elle désirait un peu d'espace et que sa conduite L'avait blessée d'une manière ou d'une autre, sans qu'il ne puisse savoir comment cependant.

Il avait continué à charmer quelques Elfes pendant un temps pour tenter de L'oublier mais rien n'avait changé et il avait arrêté.

C'était donc avec une jalousie grandissante qu'il L'avait vue se rapprocher toujours plus de son frère et s'éloigner de lui en conséquence. Les changements physiques survenues au fil du temps n'étaient également pas passés inaperçus à ses yeux. Le prince avait senti quelque chose changer en lui et il avait d'abord eu du mal à mettre le doigt sur cette différence. Des pensées très peu décentes avaient commencé à lui affluer au cerveau sans qu'il ne puisse les repousser. Toutes impliquaient la jeune femme et très peu de vêtements.

Très vite la passion intellectuelle qui l'avait animé s'était vue accompagnée d'une passion physique qu'il avait eu un mal fou à réprimer en sa présence. Elladan voulait La voir tous les jours, il voulait L'écouter, La regarder, Lui parler. Il adorait littéralement chaque partie d'Elle. Mais pour son plus grand damne c'était son frère qui jouissait de Sa présence. La jeune femme ne semblait pas prêter attention à lui et ne laissait jamais sortir plus de mots que nécessaires à son égard. Alors le prince s'était contenté des quelques moments qu'il pouvait partager avec Elle et son frère sans plus en demander.

La première fois qu'il avait cru apercevoir quelque chose de différent chez Elle, cela avait été lors du banquet en l'honneur de leur arrivée chez le roi Thranduil. Cela l'avait alors tourmenté pendant des semaines. Elladan avait bien remarqué que son frère avait incité la jeune femme à boire et il L'avait surveillée discrètement pendant toute la soirée. Lorsqu'Elle avait commencé à ressentir trop fortement les effets de l'alcool et que son frère avait été trop occupé pour s'en rendre compte, il s'était proposé pour la raccompagner à sa chambre. A sa grande surprise elle n'avait pas protesté, sûrement trop fatiguée pour laisser passer une telle opportunité pour se retirer. Tous deux n'avaient rien dit jusqu'à ladite chambre jusqu'à ce que, sur le pas de la porte, la jeune femme plonge ses yeux dans les siens et le regarde intensément. Elladan avait été très déstabilisé par ce regard car Elle n'avait pas levé ainsi les yeux vers lui depuis longtemps. Le prince n'avait pas su interpréter tout ce qu'il y avait discerné. Mais ce qui l'avait le plus troublé était la... luxure ? qui avait alors pétillée dans Ses yeux l'espace d'un instant.

Elladan l'avait associée à l'alcool, étourdissant à coup sûr Ses émotions. Il avait même pensé que, confuse, la jeune femme pensait peut-être faire face à son frère. A cette époque le prince était pratiquement certain qu'Elle entretenait des sentiments pour Elrohir et cette quasi-certitude le rongeait et il en souffrait atrocement. Le prince était également triste pour la jeune femme car il connaissait les sentiments de son frère pour Elenwë. Il se sentait presque connecté à Elle par cet amour donné et non-rendu, sans soupçonner une seconde que Ses sentiments était bien loin d'être dirigés vers son jumeau.

Le doute l'avait pris une deuxième fois alors qu'ils attendaient dans l'antichambre, Elrohir blessé de l'autre côté du mur. Elle avait alors affirmé se soucier de lui et ces paroles étaient sorties tel un cri du cœur. Elle avait paru tellement gênée d'avoir laissé sortir ces mots qu'Elladan avait passé trois jours à hésiter entre La rencontrer et demander une explication ou La laisser tranquille, pensant qu'Elle regrettait ces paroles. Quand il avait su qu'Elle passait voir son frère tous les soirs quand personne ne marchait encore dans les couloirs, le prince avait pris son courage à deux mains et s'était décidé à lui parler, redoutant tout de même Sa réaction. Cependant quand il L'avait vue ce soir-là alors qu'Elle lui énumérait les raisons pour lesquelles Elle ne désirait clairement pas sa présence, ses résolutions avaient fondu comme neige au soleil et Elladan avait fait la seule chose qui lui était passé par la tête à ce moment. Il l'avait amèrement regretté par la suite car c'était, à ses yeux, la chose la plus stupide qu'il ait jamais faite.

Quelle satisfaction en revanche cela avait été de L'embrasser contre le mur ! Cela dépassait toutes ses espérances même si ce simple contact était également des plus frustrants. En effet, il rêvait de pouvoir aller plus loin que de simplement poser ses lèvres sur les siennes. Et quand la jeune femme l'avait repoussé en lui criant de ne plus jamais recommencer, Elladan aurait pu pleurer. Il avait été blessé et il s'en était voulu affreusement. Le prince s'était alors promis de La laisser tranquille.

Seulement quand Elle s'était battue avec Ether, il n'avait pas pu s'empêcher de La retirer du combat, inquiet de la violence de l'affrontement. Et quand Elle avait été convoquée dans le bureau de son père, Elladan s'était senti affreusement nerveux en La voyant mal à l'aise et au bord de la rupture. Il avait été révolté en apprenant ce qu'Elle avait enduré plus jeune et cela avait également confirmé certaines de ses observations. Il avait remarqué que la jeune femme avait parfois des réactions étranges à des choses anodines et il semblait se passer plus de choses dans Sa tête qu'Elle ne voulait bien le montrer.

Il les avait alors accompagnés, Elle et son frère, jusqu'à Bree car il lui semblait important de pouvoir La soutenir dans une pareille épreuve même si la jeune femme ne voulait pas de son aide. Pourtant aussi important que cela soit de L'aider, quand Elle lui avait demandé pourquoi il faisait tout cela, Elladan avait été incapable de lui avouer ne serait-ce qu'une once de l'immensité des sentiments qu'il entretenait pour Elle, trop effrayé de se faire repousser une fois encore.

Quand Elle n'était pas revenue après une heure, Elladan était partie à sa recherche. Il soupçonnait que la jeune femme ne devait pas bien vivre tout ce qui était arrivé ce jour-là. Et il avait vu ses craintes réalisées. Alors à ce moment, qu'importe s'il était repoussé ou même insulté, il voulait L'aider et cela avait semblé fonctionner. Mais quand il avait vu qu'Elle était trop ivre pour se rendre compte de ce qu'Elle disait, Elladan avait pris sur lui pour ne pas profiter de ce qui lui était offert. La pensée de simplement L'embrasser et d'en profiter pour une nuit lui avait traversé l'esprit l'espace d'une seconde avant qu'il ne se rappelle amèrement qu'Elle devait sûrement penser à son frère en prononçant ces mots. Frustré au plus haut point, il avait dû se refuser à Elle et essuyer Ses remarques acerbes et dépourvues de logique, l'alcool faisant son office sur l'esprit de la jeune femme.

Ensuite ils ne s'étaient plus parlé pendant plusieurs jours et la jeune femme s'était enfermée dans sa chambre. Elladan avait alors décidé d'aller lui parler, quitte à être blessé une fois de plus. Il n'était plus à ça près désormais et il aimait trop cette femme pour La laisser souffrir seule. S'en était suivi cette longue nuit de révélations et de découvertes où Elladan avait éprouvé sa capacité à passer d'une émotion forte à une autre sans s'écrouler.

Et ce qu'ils avaient partagé ! Par les Valar ! Elladan ne pouvait pas oublier toutes les sensations qui l'avaient parcouru alors qu'ils se découvraient l'un et l'autre, s'ouvraient à l'autre sans retenue. Il ne pourrait jamais oublier le bonheur parfait qui avait pris place en son cœur cette nuit-là. Quelle douleur donc de savoir qu'il ne pourrait jamais aller plus loin !

Elladan avait passé de longues heures et même des journées entières à ressasser chaque action de la jeune femme à son encontre, essayant d'y déceler les sentiments qui L'animaient sans qu'il n'en sache rien. Ah qu'il était simple de voir maintenant qu'il savait ! Cependant le prince n'aurait jamais pu le deviner à l'époque tant la jeune femme avait bien caché ce qu'Elle ressentait, tout comme lui l'avait fait pour Elle.

Le livre où était écrit le chant de Lúthien reposait à moins d'un mètre de lui mais Elladan ne l'ouvrit pas. Il n'en avait pas besoin. Il connaissait cette magnifique complainte parfaitement, tout comme il savait qu'il en était de même pour Elle. Tous deux connaissaient les différents messages que pouvaient faire passer ce chant. Il n'avait aucun besoin de le lire.

Le prince de Fondcombe savait.

L'amant éploré et blessé savait.

Elladan savait.

Je suis désolé. Pardonnez-moi.

Vous me manquez atrocement. Je ne peux pas vivre sans vous.

Il n'y a toujours eu que vous.

Je vous aime éternellement, même dans la mort.

Oui Elladan savait et il pleura.