Comme vous avez pu le remarquer dans le titre, ceci est donc la réécriture de Le jour où tout a commencé, mais cette fois-ci du point de vue de Merlin.

Comme le précédent, il prend place dans The Dragon's Call.

J'espère que ça vous plaira !

Bonne lecture !

Titre : Le jour où tout a commencé...

Pairing : Merthur

DISCLAIMER : Merlin ne m'appartient pas.

Résumé : Lorsque Merlin quitte Ealdor pour Camelot, il est loin de se douter qu'il allait tomber sur un prince aussi attirant qu'arrogant.

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Merlin était étendu sur son lit, son regard fixant obstinément le plafond de sa minuscule chambre. Tout près de la porte de bois, son sac en cuir élimé, qui avait dû servir à d'innombrables générations de sa famille, attendait sagement le départ. Il l'avait rempli avec ses maigres atours et quelques vivres, préparés par sa mère.

La porte grinça et Hunith apparut dans l'entrebâillement. Merlin n'avait hérité d'elle que les deux saphirs océan qu'elle possédait. Le reste, il devait le tenir de son père qu'il n'avait jamais connu. Hunith n'en parlait jamais et Merlin avait appris à ne pas poser de questions. Si bien qu'il ignorait même le nom de son géniteur.

Le jeune homme ne tourna pas la tête vers elle lorsqu'Hunith s'assit au bord du lit, son regard ne quittant pas le plafond. Elle saisit la main de Merlin tandis que le silence régnait. Le jeune homme l'interrompit alors :

《Suis-je vraiment obligé de partir ?

- Merlin...

- Will ne dira rien, il me l'a promis !

- Ce n'est pas le problème.

- Alors quoi ?

- Les gens commencent à se douter de quelque chose, Merlin. Tu n'es plus en sécurité ici.

Merlin ferma les yeux. Il n'avait pas envie de se disputer avec elle maintenant, pas alors que son départ était imminent. Mais Camelot ?

- Gaius prendra soin de toi, je te le promets.

- Oh, parfait. Je vais aller me cacher au nez et à la barbe d'Uther Pendragon, qui, s'il venait à découvrir mon secret, ne manquerait pas de me pendre haut et court ! ne put s'empêcher de répliquer le jeune homme.

- Merlin !

- C'est la vérité ! explosa-t-il. Les gens comme moi n'ont jamais eu leur place nulle part et surtout pas à Camelot !

- Gaius a sauvé la vie de ton père, fit Hunith, étonnement calme face au courroux de son fils.

Merlin eut un temps d'arrêt.

- Tu ne parles jamais de lui.

- A l'époque où la magie était légale, ton père était respecté à Camelot. Mais lorsqu'Uther a déclaré la guerre aux sorciers et engagé la Grande Purge, il a été condamné à mort, comme tous ceux de son espèce. Gaius l'a aidé à s'enfuir jusqu'ici.

- Pourquoi est-il parti ?

- Ils allaient le retrouver. Il fallait qu'il parte.

Merlin s'était redressé. C'était peut-être sa seule chance de savoir.

- Comment... comment était-il ?

- Il était comme toi.

Ce n'était pas spécialement la réponse qu'il attendait mais lorsqu'il aperçut la mélancolie dans le regard d'Hunith, Merlin n'insista pas. Elle saisit le visage de son fils à deux mains et embrassa tendrement son front.

- Je t'aime plus que tout, Merlin. Je donnerai n'importe quoi pour te garder près de moi, mais je n'ai pas le choix. Il faut que tu partes.

Il acquiesça doucement.

- Tâche de te trouver un travail et, Merlin... sois prudent. Et discret.

- Je te le promets.

Hunith sourit à nouveau.

- Allez, viens. Allons dîner.

Merlin la suivit, docile, songeant que ses dernières heures à Ealdor étaient entamées.

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Merlin attendit encore longtemps après que la nuit fût tombée pour quitter son village natal. Il se leva, sans bruit, sortit de sa chambre, contempla une dernière fois les quelques biens qu'ils possédaient. Comme la majorité des habitants du village, Hunith ne croulait pas sous l'or et le peu de mobilier qu'ils avaient ne valait sans doute pas grand-chose mais c'était chez lui et Merlin y était attaché. Il avait le coeur gros de devoir partie, quitter cette ancienne vie pour en commencer une nouvelle. Il avait tout ici. Sa mère, son meilleur ami, ses souvenirs d'enfance, bons ou mauvais. Ealdor l'avait vu grandir et quitter le petit village lui était difficile.

Le jeune homme poussa la porte en soupirant et sortit dans la nuit noire. Hormis les quelques hiboux qui hululaient, le bruit du vent dans les branches d'arbres et le miaulement d'un chat sauvage, on n'entendait rien.

Merlin avait trouvé préférable de partir la nuit, ce qui lui éviterait des questions auxquelles il aurait bien du mal à répondre contrairement à Hunith dont il ne doutait pas de la capacité à lui trouver des excuses pour son départ.

Le jeune homme s'engagea dans la rue principale quand on lui saisit le bras violemment. Il s'apprêtait à faire voler une branche dans la direction de son agresseur quand il reconnut le visage de Will, son meilleur ami, à la lueur de la lune.

- Will ! Qu'est-ce que tu fabriques ?

- Je te poserai la même question.

Merlin évita le regard du jeune homme.

- Tu pars ? interrogea William, en désignant le sac que Merlin portait d'un signe de tête.

- Elle sait que tu sais.

- Je ne dirai rien !

- Je sais, mais... elle dit que je ne suis plus en sécurité ici.

- Où tu vas ?

- Chez un ami à elle.

Il y'eut un instant de silence.

- Tu vas me manquer, Merl'.

- Toi aussi.

- Ça sera pas pareil sans toi.

Merlin sourit tristement.

- Je dois y aller.

Will acquiesça et ils s'étreignirent un instant. Puis Merlin quitta définitivement Ealdor, sans un regard en arrière.

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Merlin marcha un moment, voulant mettre le plus de distance entre lui et Ealdor pour que personne ne puisse le retrouver puis il se laissa choir au pied d'un arbre et s'endormit.

Lorsqu'il se réveilla, le soleil était déjà levé. Il croqua dans un morceau de pain et se remit en route. Son voyage dura toute la journée. Il atteignit les portes de Camelot aux alentours de dix-huit heures. Merlin ne savait plus où donner de la tête et un instant, il oublia pourquoi il était là. La ville-basse était pleine d'animation. Les cris des marchands, les effluves des étals, les chevaliers qui allaient et venaient dans les rues, les conversations des passants, les rires des clients des tavernes, tout, tout l'émerveillait. Merlin s'avança vers le château avec ses belles pierres immaculées et ses hautes tours qui dominaient le royaume. Il pénétra dans la citadelle et fut surpris de voir tout un groupe de personnes rassemblées autour d'il-ne-savait-quoi, dans un silence de mort, contrastant avec la joie qui régnait dans l'autre partie de la ville. Merlin se hissa sur la pointe des pieds, curieux, pour découvrir une estrade où un homme s'appuyait sur une immense hâche, une expression de pur ennui sur le visage. Le sang du jeune homme ne fit qu'un tour. Il savait ce qui allait se passer.

Les trompettes retentirent et Uther Pendragon apparut sur le balcon d'honneur, un sourire suffisant aux lèvres. Tout l'émerveillement que Merlin avait ressenti un peu plus tôt s'était envolé. On fit monter un homme menotté sur l'estrade.

- Cet homme, commença le roi, Thomas James Collins a été reconnu coupable d'user d'enchantements et de magie. Je m'énorgueillis d'être un roi juste et équitable mais pour un tel crime, il n'y a qu'une seule sentence que je puisse prononcer.

Il fit un signe de tête et le bourreau éleva son énorme hâche...

Merlin détourna le regard...

... ce qui ne l'empêcha pas d'entendre le bruit des os brisés du pauvre Thomas. La foule eut un mouvement de recul. Merlin ferma les yeux, ne pouvant s'empêcher de penser que cela pourrait être lui à la place de cet homme.

- Quand je suis arrivé au pouvoir sur ces terres, elles étaient corrompues par ceux qui usent de magie. Alors, je déclare ouvertes les festivités célébrant les 20 ans de la libération de Camelot du mal causé par la sorcellerie !

A cet instant, un cri retentit dans la foule. Mais pas un cri de joie, comme l'aurait sans doute espérer Uther, c'était un cri de douleur. Une femme se démarqua des autres. Merlin frissonna et pas seulement parce que son apparence était inquiétante, non, parce que ses yeux étaient emplis d'une haine non retenue.

- Il n'y a qu'un mal ici et ce n'est pas la magie, déclara-t-elle d'une voix brisée. C'est vous... avec votre haine et votre ignorance !

Elle désigna l'estrade du doigt.

- Vous avez tué mon fils ! Je vous en fait la promesse solennelle avant que cette fête soit terminée, vous partagerez mes larmes ! Ce sera oeil pour oeil, ce sera dent pour dent, ce sera fils pour fils...

- Saisissez-la !

Mais personne n'en eut le temps. Elle avait prononcé une formule magique et avait disparu instantanément.

La foule s'éparpillait et Uther Pendragon disparaissait du balcon. Merlin resta interdit un instant. Cette femme, qui qu'elle fût et qu'importe sa douleur, était animée par un sentiment plus dangereux que tout : la haine. Et le roi, lui, c'était sa peur qui le condamnait. Merlin se mit à bouger, encore choqué par ce qui venait d'arriver et interpella quelqu'un afin de savoir où trouver Gaius. On lui indiqua quelques escaliers qu'il s'empressa de gravir. Lorsqu'il entra dans la pièce qui indiquait physicien de la cour, Merlin ne vit personne. Il y avait des dizaines et des dizaines de livres, de fioles et de burins dispersés sur les tables en bois mais pas de médecin en vue.

- Gaius ?

Merlin n'obtint aucune réponse.

- Gaius ? répéta-t-il.

Rien. Il tenta une dernière fois en entrant franchement dans la pièce. Cette fois, un craquement luilui répondit. Merlin leva la tête pour voir le vieil homme tomber en arrière en même temps que la barrière de bois cassait. Il ne prit pas la peine de réfléchir, ses yeux prirent leur teinte dorée et le temps ralentit. Merlin repéra alors un lit qu'il fit venir sous le corps du vieux physicien. Le temps reprit ses droits et Gaius, si c'était bien lui, songea Merlin anxieusement, s'écrasa sur le matelas. L'idée ne lui était pas venue à l'esprit que cet homme pouvait être n'importe qui et qu'il venait de lui dévoiler sa véritable identité. Le vieillard se redressa d'un bond, l'air abasourdi.

- Qu'est-ce que tu viens de faire ? s'exclama-t-il.

Au moins il est vivant, songea Merlin, un brin sarcastique.

- Je... euh... je n'en ai aucune idée...

- Si quelqu'un avait vu ça !

- Non... non... ça n'a rien avoir avec moi ! se défendit Merlin, tout en sachant que c'était peine perdue.

- Oh, si, je sais ce que c'est et j'aimerai savoir où tu l'as appris ! s'exclama le vieil homme dont Merlin n'était toujours pas sûr de l'identité.

- Nulle part, répondit Merlin, pour la première fois honnête.

- Où as-tu appris la magie ? répéta le vieillard.

- Je ne la connais pas !

- Où as-tu étudié ?

Merlin ne dit rien.

- Réponds-moi ! ordonna son interlocuteur.

- Je n'ai jamais étudié la magie, on ne m'a jamais rien enseigné !

- Ne me mens pas, mon garçon.

- Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ?

- La vérité !

- Je suis né comme cela !

Pourquoi ne voulait-il pas le croire ?

- C'est impossible !

Merlin soutint son regard en silence.

- Qui es-tu ? demanda le vieil homme.

Merlin le considéra un instant. Il était sans doute assez vieux pour avoir connu ses parents il y'a dix-huit ans, avant sa naissance. S'il n'était pas Gaius...

- J'ai cette lettre pour vous, dit le jeune sorcier en ouvrant son sac.

- Je... je n'ai pas mes lunettes, fit le vieillard en prenant l'enveloppe.

- Je suis Merlin.

- Le fils de Hunith ?

Merlin soupira doucement. C'était bien Gaius, puis acquiesça.

- Mais tu ne devais arriver que mercredi...

- On est... mercredi...

Gaius eut un instant l'air gêné.

- Très bien... tu peux déposer tes affaires là-bas...

Merlin hocha la tête et se dirigea vers la porte qu'il lui désignait.

- Oh... euh... vous ne direz rien à propos de...

- Non.

Merlin ouvrit la bouche mais se ravisa bien vite.

- Mais je devrais te dire merci.

Le jeune homme sourit et se détourna. Le regard du physicien le suivit longtemps après qu'il fut entré.

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Le lendemain, Gaius confia quelques tâches, des livraisons pour la plupart, à Merlin en lui recommandant d'être prudent. Le jeune homme avait ainsi rencontré Dame Morgane, la pupille d'Uther avec qui il avait tout de suite ressenti une sorte de connection.

Il avait à présent terminé son travail et décida de visiter un peu. Il se dirigea alors vers le terrain d'entrainement. Des hommes y étaient déjà.

- Où est-elle cette cible ?

Merlin tourna la tête vers la voix. Son coeur s'affola soudainement. Elle appartenait à un jeune chevalier, sans doute, de taille moyenne, ses cheveux blonds agités par le vent, un teint légèrement doré, une mâchoire carrée et un regard bleu de lin. Il portait simplement un plastron en guise d'armure et sa musculature dûe au combat quotidien transparaissait sous sa chemise couleur de sang. Merlin n'arrivait pas à détacher son regard de l'inconnu, comme subjugué sans qu'il ne sache pourquoi.

- Là, Messire.

- Elle est sous le soleil, argua le chevalier.

Merlin contempla le ciel, dubitatif. Le soleil ne devait pas vraiment le gêner, du point de vue du sorcier.

- Il n'est pas très brillant, protesta le serviteur, poli.

- Un peu comme toi, répliqua l'inconnu.

Merlin resta interdit un moment. Était-ce une façon de s'adresser aux autres ?

- Je vais la mettre de l'autre côté.

Le serviteur avait délibérément ignorer l'insulte. Le chevalier se pencha vers ses soldats, leur glissa quelque chose, qui sembla à Merlin de mauvais augure pour le pauvre serviteur. Le chevalier balança son couteau en plein milieu de la cible. Le valet sembla choqué ce qui le fit rire. Merlin fronça les sourcils, outré. Mais quel abruti ! Comment pouvait-on se comporter avec tant d'arrogance ?

- Continue de bouger ! ordonna-t-il.

- Ici ?

- Ne t'arrête pas !

Il lança un nouveau couteau tout en disant quelque chose tandis que son serviteur courrait, les yeux exorbités par la peur. Malgré lui, Merlin ne pouvait détacher ses yeux des muscles du chevalier qui roulaient sous l'étoffe de sa chemise. Finalement, il dut s'emmêler les pieds, ce qui ne manqua pas de faire lever les yeux au ciel au chevalier et il tomba. Merlin empêcha alors la cible de rouler plus loin.

- Ça suffit maintenant, dit-il

Le chevalier leva lentement le regard vers lui et sembla le remarquer pour la première fois. Merlin croisa son regard et un instant, il oublia l'indignation qu'il avait ressentie, trop subjuguer par les reflets du soleil dans les cheveux blonds du chevalier, trop perturbé par le bleu de ses yeux. Le coeur de Merlin battait la chamade et il ne comprenait toujours pas pourquoi ! Cela l'irrita quelque peu.

- Pardon ? fit finalement le chevalier.

- Tu t'es assez amusé comme cela, mon ami.

L'inconnu sembla s'amuser de son audace. Leurs regards se croisèrent à nouveau.

- On se connaît ?

Merlin eut un petit sourire amusé. Il savait parfaitement qu'ils ne se connaissaient pas.

- Je suis Merlin, se présenta le sorcier en lui tendant une main.

Le chevalier ne saisit pas la main de Merlin.

- Donc on ne se connaît pas.

- Non.

- Pourtant tu m'as appelé "mon ami".

Merlin resta interdit un instant. Ce garçon était... insupportable. Abruti.

- Oui, ça doit être une erreur de ma part.

- Je pense aussi.

Merlin, ne dis pas ce que tu penses... tu vas le regretter... Mais en même temps, ce chevalier arrogant méritait bien une bonne leçon.

- Oui, jamais je n'aurai un ami qui peut être aussi crétin.

- Et moi, je n'aurai jamais pour ami quelqu'un d'aussi stupide.

Oh, stupide, vraiment ? On verra bien...

Le chevalier continua :

- Dis-moi, Merlin, sais-tu marcher sur les genoux ?

- Non, répliqua l'intéressé, un brin amusé.

- Veux-tu que je t'apprenne ?

- A ta place, je n'en ferai rien...

Tu pourrais bien regretter de m'avoir rencontré...

Même si cet abruti l'éxécrait, il ne pouvait s'empêcher d'adorer lui rendre la monnaie de sa pièce. Et le chevalier semblait ne pas le croire quand à sa force supérieure. Mais il ignorait l'arme secrète que possédait Merlin. D'ailleurs le sourire en coin qu'il affichait se moquait ouvertement du jeune magicien qui, au lieu de s'en sentir un peu plus remonté, sentit son coeur louper un battement. Ce garçon lui faisait tourner la tête.

N'importe quoi... songea-t-il.

- Pourquoi, qu'est-ce que tu vas me faire ? demanda l'abruti.

- Tu ne peux pas imaginer, fit Merlin en lui versant un sourire à son tour.

Sourire qui eut l'effet escompté puisque Merlin remarqua la tension dans le corps du chevalier.

- Vas-y, le provoqua-t-il alors.

Il ouvrit les bras.

- Frappe-moi.

Merlin hésita. Il n'avait pas le droit de faire cela. Ce garçon était sans aucune hésitation un noble.

Et un plutôt attirant, qui plus est.

Merlin secoua la tête.

La ferme, se morigéna-t-il.

- Frappe-moi.

S'il faisait ce que l'autre lui injonctait, qu'arriverait-il ? Et puis Gaius lui avait demandé de rester tranquille. D'être discret. C'est déjà raté de toute façon...

- Frappe-moi, répéta le chevalier..

Merlin balança son bras, qu'il intercepta, tordit et força le garçon à être tout contre lui. Merlin sentit son coeur battre plus fort puis il serra un peu plus le poignet de Merlin.

- Je pourrais te faire jeter en prison pour cela, murmura le chevaliee à l'oreille du jeune homme.

- Tu penses que tu es le roi, peut-être ? lança Merlin, une haine non retenue dans la voix.

Il y eut un instant de silence.

- Non, je suis son fils. Arthur.

Il lâcha Merlin et des gardes l'emmenèrent aux cachots. Merlin lui adressa un regard noir qu'il ne vit malheureusement pas.

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Lorsqu'on le jeta dans sa cellule, Merlin eut envie d'hurler de rage. Il donna un violent coup dans le mur. Ce qu'il regretta aussitôt en sentant la douleur irradier son poignet. Il se laissa tomber avec rage sur le sol. Pour qui se prenait-il cet abruti ?

Pour le prince de Camelot, lui répondit une petite voix dans sa tête. Ce qu'il est en fin de compte.

Croyait-il que son statut lui permettait de traiter tout le monde avec suffisance et arrogance ? Croyait-il gagner le respect de quiconque en rabaissant les autres ? Croyait-il être meilleur qu'eux, être plus fort et plus légitime ?

Ce qui rendait Merlin encore plus fou de rage c'était que l'image d'Arthur ne cessait de s'imposer à son esprit, et qu'il avait beau détester le prince, il n'arrivait pas à arrêter de songer aux sentiments contradictoires qu'il provoquait en lui. Il n'arrêtait pas de penser que l'amitié qu'il lui avait offerte, il la désirait vraiment et qu'il ait refusé le rendait fou et il aurait préféré ne pas avoir à se l'avouer. Pourquoi fallait-il que son arrivée à Camelot se solde de ça ? Pourquoi Arthur Pendragon le mettait-t-il dans cet état-là ?

Des pas retentirent soudain sur le sol. Merlin se blottit contre le mur, les yeux rivés vers le sol. Comment avait-il réussi à reconnaître le son de ses pas ?

Merlin adressa un regard noir à Arthur qui s'était planté devant sa cellule.

- Ecoutez, je vous ai dit que vous étiez un crétin, j'ignorais seulement que vous étiez un crétin royal.

Arthur sourit, ce que Merlin ne sut comment l'interpréter. Le jeune prince ouvrit la cellule et se décala. Merlin haussa un sourcil. A quoi jouait cet abruti de prince dont les rayons du soleil filtrant par la fenêtre se reflétait sur son visage. Les battements du coeur de Merlin s'accélèrent, son regard ne quittait plus Arthur et le sorcier eut envie de se gifler pour cela.

- Oh, voyons, je sais ce que tu penses de moi, mais je ne suis pas si méchant.

Si ? semblaient pourtant demander les yeux d'Arthur. Merlin en resta coi. Se pouvait-il que le prince considère sa pensée ? Il entrevit un instant, à travers son regard, le manque de confiance en lui-même du prince. Merlin se leva, s'approcha d'Arthur son coeur s'emballant, et il eut comme limpression que celui du prince battait à l'unisson du sien et déclara :

- Ce n'est pas à moi à répondre à cette question.

Merlin croisa à nouveau son regard, l'étudia un instant, sans pouvoir taire les drôles de pensées qui lui venaient à l'esprit, puis il disparut dans les couloirs.

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Ce soir-là, Gaius passa un savon à Merlin, arguant que son imprudence n'avait d'égale que sa maladresse et que si Arthur n'avait pas été clément (Non mais vous vous entendez ? J'espère que vous plaisantez au moins ! avait failli lâcher le sorcier), il serait sûrement encore en train de croupir en prison.

C'était d'ailleurs au prince (encore) que Merlin pensait ce soir-là. Il se demandait pourquoi il l'avait libéré. Merlin était presque sûr qu'Arthur le haïssait autant que lui haïssait le prince, sinon plus. Il n'avait aucune raison de faire cela. Merlin avait défié (bon, avait répondu au défi mais cela changeait-il quelque chose ?) Arthur, qui faisait partie de la plus haute noblesse et cela aurait dû lui coûter bien plus cher qu'une après-midi aux cachots. Pourtant, le prince n'avait rien fait de plus et le sorcier ne cessait de se demander pourquoi.

Et puis si Arthur avait su pour ses pouvoirs, si Merlin avait été usé de magie, comme il avait envisagé de le faire... et si les pouvoirs du sorcier se déclenchaient par réflexe comme pour Gaius devant lui, que se passerait-il ? Que penserait-il ? Et puis qu'est-ce que cela pouvait-il bien lui faire ce que pensait Arthur ? Il le détestait !

Pourquoi était-il né ainsi ? Pourquoi n'était-il pas comme tous les autres ? Pourquoi la magie l'avait-elle choisi, lui et pas un autre ?

- Merlin...Le jeune homme sursauta.- Merliiiiiiiiiiiin...Il ne rêvait pas. Quelqu'un l'appelait bien dans sa tête. Le sorcier se leva, pris sa veste et sortit. Il prit garde de ne pas réveiller Gaius et suivit la voix qui continuait de l'appeler. Il descendit jusqu'aux cachots, puis dans les cryptes et finalement, arriva sur une corniche.

- Où êtes-vous ? demanda le sorcier en tendant sa torche vers le vide.

Il y eut un bruit et l'instant d'après, un majestueux dragon se tenait devant lui. Merlin écarquilla les yeux. Un dragon... A Camelot...

- Je suis là.

Et il parlait ! Sa langue à lui, le dragon parlait !

- Comme tu es petit pour un aussi grand destin...

- Quoi ? Quest-ce que vous voulez dire ? Quel destin ?

Quest-ce que lui racontait ce dragon ? Quest-ce que cela pouvait bien signifier ?

- Tes dons, Merlin, t'ont été donnés pour une raison.

- Alors il y'a une raison ?

L'espoir réchauffa le coeur de Merlin. Il allait peut-être enfin savoir. C'était tout ce qui comptait.

- Arthur est le Roi qui Fut et qui Sera qui unifiera les Terres d'Albion.

- D'accord ?

Merlin se demandait bien ce que ce crétin venait faire dans la conversation, c'était simple, si Arthur découvrait qui il était réellement, il le ferait tuer, s'il ne le planifiait pas déjà.

Même toi tu n'y crois pas...

Cette satanée voix !

- Mais il sera confronté à de nombreuses menaces, d'amis, comme d'ennemis.

- Je ne vois pas ce que ça a avoir avec moi !

- Tout ! Sans toi, Arthur ne réussira jamais, sans toi, il n'y aura pas d'Albion.

J'hallucine ou alors je rêve et j'aimerai me réveiller, là maintenant... C'était impossible. Impossible.

- Non. C'est faux...

- Il n'y a pas de vrai ou de faux. Seulement ce qui est. Et Arthur et toi êtes liés, bien plus que tu ne peux l'entrevoir, jeune sorcier.

- Non, je suis sérieux, s'il y a des gens qui veulent le tuer, qu'ils le fassent, je leur donnerai même un coup de main !

- Tu sais que c'est faux, au fond de toi, Merlin.

- Vous ne savez rien de moi ! Comment pouvez-vous prétendre connaître mes pensées ?

- Personne ne choisit son destin, Merlin. Et personne ne peut y échapper.

- Non. Non, jamais. Il doit y avoir un autre Arthur parce que celui-ci est un abruti.

- Peut-être est-ce ton destin que de changer cela...

Le dragon lui adressa un dernier regard amusé et s'envola.

- Non, non ! Attendez ! J'ai besoin d'en savoir plus !

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Tout s'était passé à une vitesse ahurissante. Arthur et les autres glissaient dans un sommeil profond et quelques secondes plus tard, Lady Helen, qui ne l'était plus du tout, jetait un couteau droit vers le coeur du prince. Merlin avait ralenti le temps et, l'instant d'après, il se jetait sur Arthur et l'arme se fichait dans son siège, à l'emplacement de sa poitrine, seulement quelques secondes plus tôt. Arthur tourna la tête pour voir le visage de son sauveur.

Merlin le contempla à son tour, se maudissant pour avoir l'air si soulagé. Arthur, lui, ne semblait pas en croire ses yeux. Le coeur de Merlin coeur battait la chamade tandis que ses doigts ne quittaient pas les épaules larges et musclées du prince.

Tu m'as sauvé ? demandaient les yeux d'Arthur.

Oui, répondaient ceux de Merlin.

Pourquoi ? interrogea encore le prince, muet.

- Tu as sauvé la vie de mon fils. Cela mérite une récompense ! fit Uther apparaissant d'un seul coup et gâchant le moment très intime qui venait de se produire. Merlin masqua sa frustration et répondit :

- Oh non... ce n'est rien...

Merlin tendit une main à Arthur que le prince saisit et l'aida à se relever.

- Si, si, j'insiste. Tu seras gratifié d'un poste dans la maison royale. Tu seras le valet personnel du prince Arthur.

- P.. Père ? appela Arthur.

Inutilement, Uther était déjà parti. Merlin échangea un regard avec son nouveau maître. A présent, il lui semblait comprendre ce que le prince provoquait en lui alors qu'il songeait qu'il le côtoierait partout et pour tout, qu'il le toucherait sans doute, qu'il serait la personne sans doute la plus proche de lui.

Arthur l'attirait, il ne pouvait plus le nier. Et ce poste le rendait aussi euphorique que stressé.

Et le prince était-il dégoûté ? Il n'eut pas le temps de questionner son regard que Gaius l'emportait déjà dans ses appartements.

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Gaius venait de lui donner un livre de magie. Merlin était aux anges. Il allait enfin pouvoir l'étudier et lui trouver une utilité !

Et puis Arthur l'avait appelé. Il redoutait de devoir faire face au prince à présent qu'il savait. Il toqua à la porte puis entra.

- Vous m'avez demandé, Sire ?

Arthur fit un signe de la main, invitant le valet à pénétrer dans la pièce. Merlin referma la porte et se tint devant elle, les mains dans le dos, afin de masquer le tremblement de ses doigts. Arthur ne devait jamais savoir ce qu'il ressentait pour lui, il ne devait jamais connaître les états d'âme du jeune sorcier.

- Je voulais te remercier, commença le prince.

Merlin resta interdit un instant. Et puis il dit la seule chose qui lui vint à l'esprit.

- Oh, je suis étonné de voir que vous connaissez ce mot. Je croyais qu'il n'existait pas dans votre vocabulaire.

Arthur sourit. Visiblement, les piques que lui lançaient Merlin lui plaisaient. Il se leva et s'approcha de lui, un sourire énigmatique aux lèvres.

- Je sais que tu me hais, Merlin. C'est pourquoi...

Arthur marqua une pause.

Ne dis pas ça... le pria intérieurement le sorcier.

- C'est pourquoi je te retire de mes services. Tu m'as sauvé la vie, tu ne mérites pas de me supporter en récompense.

Cette fois, Merlin ouvrit la bouche et la referma. Arthur était réellement différent de celui qu'il croyait qu'il était. Le prince le fixait.

- C'est... généreux ? hasarda Merlin, pas très sûr du mot.

- Ne te méprends pas. Je n'ai pas envie que la première chose que je voie en me réveillant soit ta tête.

Vraiment ? interrogea mentalement le jeune homme, amusé car les yeux d'Arthur lui disaient le contraire.

- Bien, Sire. Puis-je disposer ?

Arthur acquiesça. Merlin allait poser la main sur la poignée quand Arthur la rattrapa et l'enveloppa des deux siennes. Le coeur de Merlin s'affola à nouveau et il lui adressa un regard perdu, désorienté.

- A... Arthur ? bégaya Merlin, sans oser croiser le regard du prince.

Celui-ci avança vers lui, le forçant à se plaquer contre la porte. Mais qu'est-ce qui lui prenait ? Arthur lâcha sa main et l'instant d'après, il collait ses lèvres à celles de Merlin qui n'hésita presque pas et répondit immédiatement au baiser, tandis que leurs corps se pressaient l'un contre l'autre, que leurs torses s'emboitaient parfaitement, comme s'ils avaient été faits l'un pour l'autre depuis le début. La main d'Arthur enlaça la fine taille du jeune homme tandis que la main de Merlin se glissait dans les cheveux blonds d'Arthur. Le prince écarta sa bouche de celle de Merlin et plongea son regard dans le sien. Un éclat d'or disparaissait dans les yeux de son valet. Merlin fixait la chambre, derrière Arthur. Ce qu'il redoutait le plus était arrivé, bien qu'il n'aurait jamais imaginé que cela arrive de cette manière. Et il ne trouva rien d'autre à dire que :

- Oops.

Arthur tourna la tête vers le bazar que la magie de Merlin venait de causer. Le jeune sorcier attendait la sentence du prince, anxieux.

- Tu m'expliqueras ça plus tard, décida finalement Arthur.

Et il l'embrassa une nouvelle fois.

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