Titre : La silhouette aux cheveux d'or

Pairing : Merthur, Arwen

Episode : post SE5EP13

DISCLAIMER : Merlin ne m'appartient pas

Résumé : Les pensées de Merlin, après la mort d'Arthur

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Il regarda longtemps la barque dériver, son regard inexpressif fixé sur le bateau. Il se sentait incapable de prononcer le sort qui enflammerait la frêle embarcation. Il se sentait incapable de lui dire adieu. Et son corps dérivait un peu plus vers Avalon, le laissant, lui, seul, face à ses pensées, face à son misérable destin, face à son échec.

Son terrible échec.

Oh ce n'était pas le premier, il avait déjà échoué, dès le tout début. Il avait fait confiance aux mauvaises personnes, il avait été trop clément. O cruel destin, pourquoi a-t-il fallu que tu nous donnes les mêmes tares ?

Mais à chaque échec, il avait su se relever, il avait su être fort. Toujours porté par l'espoir que ce n'était pas vain, toujours porté par ce sentiment naissant et grandissant en lui qui le poussait à suivre sa route, à accomplir son destin. Mais maintenant qu'il n'était plus, maintenant que son destin était mort, à quoi bon être fort ? A quoi bon continuer, à quoi bon se relever, s'il n'y avait rien à voir à l'horizon ? Quoi que disent les sages, quoi que fût son destin, il avait échoué. Il avait failli à son devoir.

La barque voguait encore, s'éloignant un peu plus de lui à chaque instant. Déchirant un peu plus son cœur en des milliers de morceaux sanglants. Comment vivrait-il sans but ? Comment vivrait-il sans lui ?

Il se concentra un instant sur la barque. Ses yeux virèrent à l'or liquide et à des centaines de pieds de lui, la barque prit feu. Il la regarda longtemps brûler, comme pour se convaincre que c'était vrai. Et puis il se détourna, marcha dans ses pas sans vraiment savoir où aller et c'était le moindre de ses soucis. S'il avait pu rentrer sous terre pour ne plus jamais en sortir, oublier la douleur, la terrible absence, les colère, la fatigue, la mélancolie, les images de tous ceux qu'il avait perdus se mélangeant, son visage apparaissant plus fort que les autres, la bataille, le sang et la haine, la haine contre lui-même et contre le destin qu'il exécrait, dont il n'avait jamais voulu, qu'il n'aurait jamais dû accepter.

Il était pathétique, minable, misérable, tout ce qui arrivait était de sa faute. Il avait enchaîné les erreurs et les bêtises, oui, il était bien cet idiot qu'il avait toujours vu en lui.

Un sourire amer se dessina sur ses lèvres. Et puis alors qu'il était seul dans la quiétude de la forêt, comme si elle ne se doutait pas de la terrible douleur qui s'emparait de son âme, un rire amer, minable, pathétique franchit le seuil de ses lèvres, secouant ses épaules. Son regard était fou et il riait, oui, il riait, comme s'il n'était pas capable de faire autre chose.

Il fit un tour sur lui-même, leva la tête vers le ciel et rit encore alors que de grosses gouttes de pluie s'écrasaient sur ses joues, essayant de le laver de la honte qui l'habitait. Mais jamais, il ne serait lavé. Il serait à jamais souillé par les taches de ses erreurs. A cette pensée, son rire redoubla de puissance, raisonnant comme un appel à l'aide dans la solitude et la froideur des bois.

Et puis son regard tomba sur le corps étendu au sol, là où il l'avait laissé. Ses cheveux noirs masquaient son visage. Il n'avait pas pris le temps de l'enterrer, ni même de lui fermer les yeux. Et même si ce qu'elle avait fait été pire que tout, même si la folie avait habité son âme, la haine alimenté son cœur, elle ne méritait de finir dévorée par les corbeaux. S'il la laissait là, il ne valait pas mieux qu'elle. Un sourire torve apparut à nouveau sur son visage. En fin de compte, il ne valait pas mieux qu'elle, non. Il avait échoué et à ce titre, il était aussi pathétique qu'elle. Aussi horrible. Aussi monstrueux. Et aussi fou, aussi. Comment pouvait-il rire et sourire après cette sombre tragédie où ils étaient tous destinés à mourir des mains de leur dynastie ?

Il retourna le corps d'un coup de pied. Telle une poupée de chiffon, elle roula dans l'herbe. Il examina un instant son regard vert inexpressif puis d'une main douce, il ferma les paupières de la sorcière. Puis d'un murmure, il creusa un trou dans le sol. A la force de ses maigres bras, il la déposa dans le trou, prenant soin à ce que ses cheveux lui recouvrent les épaules, que ses mains soient contre son ventre. Comme si elle dormait. Il aurait presque pu croire qu'elle était celle qu'il avait connue autrefois mais il n'en était rien. Il le savait. Après un instant de silence, incapable de dire quoi que ce soit, il recouvrit le corps de sa meilleure ennemie de terre. Il trouva ensuite quelques pierres et les entassa au-dessus de la sépulture.

Puis il saisit l'épée rouillée qui gisait là et s'en fut. Il sentait le pouvoir de l'arme. Forgée dans le souffle du dragon, comme la sienne. Un instant, il se demanda s'il ne devrait pas revenir à Avalon afin de jeter l'épée avec sa sœur, au fond du Lac.

Non.

En fait, elle pourrait même lui être utile. Il s'enfonça un peu plus dans les bois. Il ignorait où il allait, son regard ne voyait pas la végétation autour de lui, ses pieds décidaient pour lui. Son esprit ne cessait de refluer les souvenirs, les sentiments… Les images s'imposaient à son esprit, l'empêchant de voir ce qu'il y'avait autour de lui.

Il marcha ainsi, sans relâche, ignorant les branches qui lui giflaient le visage, déchiraient ses vêtements, entaillaient ses chevilles, s'enfonçaient dans ses poignets. Il ne ressentait plus la douleur physique. Seul son esprit souffrait. Il ne riait plus comme un fou. Il errait comme un loup solitaire, loin de sa meute. Loin de son repère. Loin de son alpha. Et bizarrement, il voulait aller encore plus loin, là où personne ne le trouverait, seul avec sa honte et sa mélancolie. Seul, comme il l'avait toujours été et comme il le méritait. Les êtres minables, pathétiques comme lui ne méritaient que cela. Et il embrasserait ce sort avec joie, parce qu'il savait qu'il le méritait. C'était ce que les dieux lui réservaient et ils avaient raison. Terriblement, sombrement mais incroyablement raison.

Le jour succéda à la nuit. Il ne le vit pas et de toute manière, il avait perdu le décompte du temps. Cela lui importait peu. Plus. Rien ne lui importait. Rien si ce n'est fuir, vivre loin et seul et purger sa peine. Alors peut-être… peut-être les sages auraient-ils raison cette fois-ci.

Lorsque le soleil se leva enfin, il aperçut la silhouette du château qui s'élevait devant lui. Ses belles pierres d'un blanc nacré et ces hautes tours majestueuses. Comment avait-il pu vivre dans un tel endroit, comment un homme comme lui avait-il pu ne serait-ce que mettre les pieds ici ? Comment un lieu d'une telle beauté avait-il pu l'accueillir à bras ouverts comme un fils perdu depuis longtemps et retrouvé ?

Le pire dans tout cela, c'est qu'il ne savait pas comment il s'y retrouvait ici, maintenant.

Il remarqua enfin la forme humaine qui attendait devant la muraille, assise au sol. Il lui adressa un regard, simplement pour la reconnaître. Elle lui sourit et il recula, comme si elle lui avait fait un affront. Comment pouvait-elle lui sourire, à lui alors qu'il avait échoué, misérablement échoué ? Il lui avait promis, promis de lui ramener parce que cette promesse, il se la faisait à chaque fois à lui aussi et il l'avait rompue. Ne lui en voulait-elle pas ? Ne voulait-elle pas le tuer, lui aussi afin qu'il paye de ses erreurs, de ses mensonges ?

Et pourtant, pourtant, elle s'avança vers lui et c'était comme s'il était ancré dans le sol, comme s'il ne pouvait plus bouger et elle l'enlaça maladroitement, elle le serra fort, ses longs cheveux bruns se répandant autour de son visage, sur ses épaules à lui. Elle enfouit sa tête dans sa poitrine et il n'eut d'autre choix que de répondre à son étreinte, les larmes aux yeux.

Il n'avait pas pleuré. Pas encore. Il se l'était refusé, seulement pour rendre honneur à celui qui l'avait injustement quitté. Aucun homme ne mérite tes larmes. Alors il n'avait pas pleuré. Parce qu'il n'avait pas pu le sauver, alors il lui rendrait honneur. Du mieux qu'il pouvait. Les larmes dégoulinaient de ses joues, à elle et pourtant, elle le serrait contre son cœur, comme si sa propre vie en dépendait, comme s'il était une bouée à laquelle se raccrocher. Il aurait dû l'être, mais il avait échoué.

« Merci, » murmura-t-elle.

Et ce fut comme si d'un coup, toutes les larmes, toute la tristesse qu'il avait retenues cachées se déversaient d'un coup, comme s'il relâchaient la pression et les larmes dévalèrent en torrents d'eau ses joues pâles, comme si soudain, ce simple mot le libérait, comme si avec un seul mot, elle lui donnait l'autorisation d'enfin craquer, de laisser la douleur s'évaporer, comme si elle lui permettait de vivre, comme si tout simplement, elle lui disait qu'il n'était qu'un homme et qu'il avait le droit de ressentir.

Qu'il eût le droit de l'aimer et de le pleurer, qu'importe ce qu'il lui avait dit.

Il ne sut combien de temps ils restèrent ainsi enlacés dans le soleil levant, combien de temps il pleura aussi, comme s'il se vidait de toute l'eau que son corps contenait et combien de temps il la regarda, lui transmettant dans un simple regard toute la gratitude qu'il lui devait, pour ce simple mot qui l'avait libéré.

Alors, seulement à cet instant, il se détacha d'elle et elle lui sourit chaleureusement, lui prit les mains dans les siennes mais il se détacha, sans un mot, recula, lui sourit à son tour et se détourna avant de fuir.

Il savait que son destin n'était plus d'être seul.

Seulement d'entamer la longue attente. Et lorsque sa peine serait purgée, alors il serait récompensé.

Au terme d'un long voyage, il revint au Lac et cette fois, il lança la seconde épée qui alla s'enterrer dans les décombres du Lac d'Avalon, attendant elle aussi, patiemment le retour.

Il s'assit au bord de l'eau, ramena ses genoux contre sa poitrine, y posa sa tête, doucement, fixant l'horizon fait de rouge et d'or, comme une promesse pour l'avenir.

Et si, ce soir-là, un observateur l'eut vu au bord de l'eau, à fixer le monde de ses yeux de glace, il aurait sans doute aperçu à sa droite, la silhouette fantomatique d'un chevalier protecteur aux cheveux d'or.

OOooOO

Et voilà. Bon, je vous avoue que ça n'est pas très joyeux (j'espère vous avoir pas trop sapé le moral- un peu quand même, ça veut dire que j'arrive à faire passer des émotions, enfin-).

À l'origine, cet OS était sensé être le prologue d'une fic en plusieurs chapitres, mais ne trouvant pas l'inspiration pour continuer de l'écrire et affectionnant particulièrement ce début de texte, j'ai décidé de le transformer en OS et de le publier ici en point final.

Et oui, comme vous avez dû le voir, le statut de ma fic est en terminée. Je crois que mon inspiration pour les Et si est à sa fin. Il est possible que si, un jour, l'inspiration revienne (qui sait un énième visionnage de ce chef d'oeuvre qu'est Merlin, ça donne des idées parfois ?), je pourrais reprendre l'écriture de cette fic. Pour l'instant, j'ai un autre projet en cours, toujours autour de la légende Arthurienne (#beststoriesever) et je m'y consacre entièrement (le premier jet est d'ailleurs presque terminé- bon l'instant pub est terminé, revenons-en à notre sorcier préféré).

En parlant de premier jet, pour ceux qui auraient déjà tout lu, j'ai relu et corrigé et réagencé les premiers textes, bien que cela ne change pas l'histoire que j'avais écrite.

Voilà, mon speech est terminé et merci à vous d'avoir suivi Et si, à bientôt pour de nouvelles fics !