Petit mot de l'auteure : Nouveau recueil ! Il est né d'un défi de la Gazette, le "cent façons de...". J'ai choisi la version qui consiste à écrire cent façons de rencontrer son partenaire. Et comme j'adore le Braime (bruit de fausse surprise de la part de ceux qui me connaissent), je vais faire cent façons consacrées à ce seul couple. Au programmer du canon, des UA, de fluff, des trucs divers en gros.

Ce premier texte a été écrit pour la 114e nuit du Fof sur le thème "banque". Il répond aussi à plusieurs défis de la Gazette :

- Le mille prompts 200 (lieu : l'île de Tarth)

- les citations HG 2 (tu viens pour m'achever, chérie ?)

- les prompts à la pelle 10. (Tu sais, parmi tous les premiers rendez-vous, se faire presque tuer n'est pas le pire que j'ai eu)

- les ingrédients du pain d'épice : 5000 mots maximum + fraction – projet – bouclier – poinçon - horloge

Je dédie ce texte à toutes les auteures du Fof pour la petite allusion faite dans le texte,

et plus particulièrement à Angelica, qui ne s'est toujours pas remise du Qualia.


Jaime Lannister, planté derrière son guichet, s'ennuyait ferme. Sa seule occupation consistait présentement à tapoter sur le comptoir tout en surveillant du coin de l'œil l'horloge murale de la banque dont les aiguilles ne semblaient pas vouloir avancer. Il lui restait encore trente minutes à tirer ! Une véritable torture. Mais il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même – il était après tout responsable de l'ennui mortel dans le quel il était embourbé.

Après avoir décroché une licence dans une prestigieuse école de commerce de l'Ouest, Jaime avait fait sa rentrée en master dans le même établissement. Pour compléter leur formation, l'on demandait aux étudiants de faire trois mois de stage à plein temps à l'étranger. Son entrée en master avait coïncidé avec des tensions familiales de plus en plus grandes et Jaime avait accueilli ce stage comme une excuse bienvenue pour s'éloigner quelques temps de la demeure familiale. Il avait ainsi postulé dans une banque située dans le pays le plus éloigné des Terres d'Ouest : le royaume insulaire de Torth. Située à l'extrémité orientale de Westeros, Torth était une destination connue pour ses eaux limpides qui étaient à l'origine de son surnom « île aux saphirs ». Le royaume profitait d'une économie florissante due au commerce actif qui se jouait sur l'île : port d'entrée de Westeros et dernière étape avant Essos, le royaume faisait le lien entre les deux continents et était donc un lieu important dans l'échange de marchandises. Plusieurs banques prestigieuses y avaient ainsi ouverts une de leur antenne, notamment la Banque de Fer.

Jaime y avait postulé immédiatement : la Banque de Fer était une institution très réputée, et un stage là-bas pourrait lui ouvrir de nombreuses portes et pourrait lui permettre de concrétiser ses projets d'avenir. La réponse – positive – n'avait pas tardé à tomber : il était sélectionné pour une période de trois mois. Jaime avait d'abord cru que cet empressement de la part de l'institution était dû à son dossier impeccable et, même s'il n'aimait pas cette idée, à son nom de famille.

Il avait vite déchanté en comprenant la réalité : personne d'autre que lui n'avait postulé pour venir à La Vesprée.

Et il avait compris après une matinée de travail pourquoi : l'endroit était désert.

Alors oui, il y avait des marchands et des marins mais tout ce beau monde n'était là que de passage et ne restait généralement qu'une nuit sur l'île et n'avait donc pas besoin des services d'une banque. Les seuls services financiers dont ils auraient pu avoir besoin était le changement de monnaie, et ils se tournaient généralement vers les petites boutiques de change. Les locaux, qui eux utilisaient les services bancaires, ne venaient jamais sur place mais préféraient régler le plus possible leurs besoins par internet (Jaime, qui était le premier connecter, s'était surpris à développer en deux semaines un véritable ressentiment envers la technologie et la 4G). Il aurait ainsi eu de quoi s'occuper s'il avait eu un bureau et pu assister Renly Baratheon, le directeur de la banque, dans ses activités... mais en bon petit stagiaire, il avait été relégué à l'accueil.

Au détail près qu'il n'y avait personne à accueillir.

Tout ça pour dire que sur le papier et pour le CV, ce stage était parfait, mais que dans la réalité, c'était mortellement ennuyeux. Et il avait encore huit semaines à tenir...

Pour s'occuper les mains, Jaime vérifia pour la trentième fois si les formulaires étaient correctement présentés et jeta un énième regard sur la pendule – bien, celle-ci avait légèrement avancé. Il ne lui restait plus que dix minutes à tenir, et il pourrait rentrer chez lui, se préparer un bon café et regarder une série – à moins qu'il ne décide d'écrire un peu pour avancer le chapitre de sa fanfiction qu'il laissait en attente depuis une semaine. Fier de sa résolution, il put s'occuper l'esprit en imaginant divers scénario pour réussir à placer le mot « qualia » que l'équipe du FoF avait imposé pour sa dernière nuit.

Les minutes défilèrent ainsi plutôt rapidement :

17h55...

17h56...

17h57...
17h58...

Et la porte de la banque s'ouvrit.

Il fallut toute la volonté et le professionnalisme de Jaime pour retenir le juron qu'il brûlait d'envie de lâcher. Pas un seul client de la journée, et il devait s'en pointer un à deux minutes de la fermeture ! Cela devait être un complot de l'univers, il n'y avait pas d'autres explications... Mais il comptait bien faire son travail, alors il acceuillit la visiteuse avec un sourire qu'il espérait convaincant. Cette dernière était une jeune femme, blonde aux yeux d'un bleu rare. Elle était grande – elle devait faire un ou deux centimètres de lui – et elle était passablement essoufflée :

- Je suis vraiment désolée, s'excusa-t-elle. Mais j'avais un chèque à mettre sur mon compte de toute urgence. C'est possible ?

Alors qu'il répondait d'un poli « mais bien sûr madame », la porte de l'établissement s'ouvrit une deuxième fois. Cette fois-ci, Jaime ne put retenir un soupir agacé : mais qui venait à la banque à 17h59 ? Son énervement ne dura cependant qu'une fraction de seconde car fut vite remplacé par un sentiment nettement plus désagréable : la peur.

Le deuxième intrus, un homme dont la barbe blanche traduisait son âge avancé, pointait en effet un revolver sur lui.

oOoOo

- Pas un geste ! ordonna-t-il. Livrez-moi votre recette immédiatement.

Jaime était à deux doigts de lui faire remarquer que ses directives étaient contradictoires mais sentit qu'il fallait mieux se retenir. Son cerveau était de toute manière occupé à tourner à plein régime : était-ce un piège de la part de ses employeurs qui voulaient tester sa réaction ? C'était un scénario certes improbable, mais pas complètement impossible lorsqu'on savait que le directeur général de la firme, un certain Mycroft Lestrade, était quelqu'un de très... particulier.

- En vitesse ! exigea l'autre, voyant que Jaime était figé.

Cette intimidation fut suffisamment convaincante pour faire prendre une décision au jeune homme : tant pis pour son stage, il choisissait de privilégier sa vie. Et celle de la cliente, aussi. Celle-ci avait gardé son calme, mais ne semblait pas plus rassurée qu'il ne l'était en ce moment.

Jaime était donc en train d'atteindre d'une main tremblante la caisse lorsque Renly choisit ce moment pour entrer dans la salle d'accueil pour déclarer d'une voix joyeuse « la journée est finie ! Fait péter le poinçon de présence, on se tire ! »

Après cela, les choses s'enchaînèrent très rapidement, le tout dans une panique totale : le braqueur tira deux coups de feu en direction de Renly. Sans réfléchir, Jaime se jeta entre l'arme et son supérieur. Désarçonné en voyant que son tir avait fait feu (il fallait peut-être y penser avant de tirer songea confusément Jaime en voyant l'air sincèrement choqué de l'agresseur) l'intrus eu un mouvement de recul et baissa son arme. La dernière chose que Jaime discerna avant de sombrer dans l'inconscience fut la figure de la grande femme se jeter sur le vieil homme.

Puis tout devint noir.

oOoOo

Lorsqu'il reprit conscience, la pièce était si floue qu'il ne parvint pas à déterminer où il était. Tout ce qu'il savait, c'est qu'il avait un mal de chien à peu près partout. Il battit des paupières plusieurs fois pour essayer de se repérer. Si le mouvement ne parvint pas à le stabiliser, il eut au moins le mérite d'attirer sur lui l'attention de la forme qui se trouvait à ce qu'il supposait être son chevet. La forme se rapprocha de lui, et Jaime put reconnaître la blondeur, les tâches de rousseur et les yeux bleus : la cliente de 17h58. La vue de celle-ci lui procura un léger agacement – son cerveau embrouillé avait associé son état présent et sa venue plus tôt à la banque – et il dit pour toute présentation :

- Tu viens pour m'achever, chérie ?

- J'ai réussi à désarmer l'homme au pistolet donc un presque mort dans un lit d'hôpital de me fait par peur, alors ne me tentez pas. Et ne m'appelez pas chérie.

- Très bien madame la botteuse de fesses, je peux savoir ce qu'il s'est passé ?

- Après que vous ayez décidé de faire bouclier pour protéger l'autre homme dans la banque – un certain Renly je crois – j'ai profité de la surprise du braqueur pour le désarmer. Vous vous êtes pris une balle dans les côtés et une dans votre main droite. Je suis désolée mais... les médecins ne sont pas très optimistes sur la récupération de votre main...

Jaime encaissa tant bien que mal la nouvelle et choisit de repartir sur une touche d'humour pour dédramatiser :

- Ne soyez pas désolée. Vous savez, parmi tous les premiers rendez-vous, se faire presque tuer n'est pas le pire que j'ai eu.

- Premier rendez-vous ?

Jaime rougit franchement en entendant la phrase relevée par la blonde – abruti par la douleur, il n'avait pas réfléchit à ses propos. Il se sentit alors obligé d'admettre :

- J'ai vaguement eu l'idée de vous inviter à sortir avec moi lorsque vous êtes venue à la banque.

- Vaguement ?

- D'accord, plutôt complètement.

Ce fut au tour de la blonde de rougir fortement. Voyant qu'elle ne semblait pas arriver à arranger ses pensées, Jaime se présenta :

- Jaime Lannister. Je suis désolé, mais vous comprendrez que je ne vous serre pas la main.

- Brienne de Tarth. Je...

Elle sembla rassembler tout son courage pour rajouter :

- J'espère que vous serez en mesure de me serrer la main lors de notre rendez-vous, dit-elle en rougissant, comme surprise de sa propre réponse.

Elle se leva précipitamment et sortit de la chambre, avant de revenir deux secondes après pour inscrire sur le carnet de note posé sur la table à côté de son lit un numéro. Elle fit un sourire incertain auquel Jaime répondit franchement, et ressortit, tout en rougissements et précipitation.

Laissé seul, Jaime soupira et fixa sa main. Son père allait le tuer. Pire, il allait tuer Tarth, la banque de fer, et ensuite il le tuerait pour s'être fichu dans un pétrin pareil. Mais alors qu'il regardait le numéro hâtivement griffonné, quelque chose lui dit que tout cela en valait la peine.


Note (de fin) : dans la saison 7, un employé de la banque de fer apparaît. Il est joué par Mark Gatiss, qui a joué Myrcroft Holmes dans la série Sherlock. D'où le choix de prénom (le nom de famille c'est parce que je ship le fameux Mycroft avec Lestrade, un autre personnage de la série (oui je sais, ce n'est pas logique, on ne les voit jamais ensemble - mais que voulez-vous, j'ai lu les fics de Nauss qui sont parfaites))

Allez bises et à mercredi pour le prochain texte qui part du défi suivant : "Je t'aime. Je t'ai toujours aimé et... oh merde!"