Petit mot de l'auteure : Et voici un deuxième OS pour ce recueil. Ce texte est né du 49 défi de Bibliothèque de fictions, qui consistait à placer la phrase "je t'aime. Je t'ai toujours aimé et... oh merde!"
Comme toujours, réponse à des défis de la Gazette (donc sept pour les Toujours plus) :
- Mille prompt 977 : rencontre alors que l'un des deux personnages vient de dire un juron
- - Les belles paroles 34 : ma patience s'arrête où mon va te faire foutre commence
- pop Loot Llama : licol
- Five of Diamonds bonus GOT : écrire sur Brienne
- si tu l'oses 129 : biscuit salé
- thème challenge : la meilleure chose qui te sois arrivée cette semaine
- 100 façons : 2e façon
Merci à Angelica, Marina et Plume pour leurs reviews sur l'OS précédent !
Brienne n'aimait pas vraiment la capitale. Port-Réal était trop chaude, trop animée, trop fourmillante, trop... trop. On ne pouvait y faire un pas sans être bousculé, et la provinciale qu'elle était avait du mal à gérer ce tout plein d'agitation. Ça, et supporter la mauvaise humeur des gens – à Tarth, chacun était bienveillant avec les autres, saluait les passants chaleureusement alors qu'ici... c'était tout juste si les passants ne se retenaient pas de vous assassiner sur place parce que vous marchiez trop doucement.
Oui, c'était clair et net : Brienne détestait la capitale.
Abrutie par tout le bruit ambiant et étant arrivée en avance à son rendez-vous, Brienne décida de se rabattre dans un petit café pour savourer un chocolat viennois et quelques biscuits salés (son péché mignon que personne ne comprenait). Elle pensait savourer également un peu de calme, mais c'était sans compter l'homme installé à la table voisine.
Grand, blond, les yeux d'un vert émeraude, il semblait sortir d'un magasin de mode. Ou du moins, il aurait pu sembler sortir d'un magasin de mode, s'il n'avait pas tenu pendant cinq minutes une conversation au téléphone, procurant à Brienne un grand agacement. Elle allait se lever pour demander au gêneur de bien vouloir passer son appel à l'extérieur merci beaucoup, lorsque celui-ci fit prendre à son message amoureux une tournure inattendue :
- Je t'aime. Je t'ai toujours aimé et... oh merde ! Tu sais quoi Cersei ? Ma patience s'arrête là où mon va te faire foutre commence, et là je crois que je suis arrivé au bout du bout du bout. Donc je te le dis cordialement : va te faire foutre !
Il fit une pause, puis rajouta :
- Et quand je dis va te faire foutre, c'est avec quelqu'un d'autre que moi. J'arrête tout.
Et sur ses paroles définitives, il raccrocha. Il avala une dernière gorgée de son café – qui avait eu largement le temps de refroidir – et se tourna vers Brienne, qui l'observait, médusée :
- Quoi ? demanda-t-il brusquement.
- J'hésite entre te faire remarquer que larguer quelqu'un par message c'est vraiment plus que moyen, ou te demander comment tu as bien pu passer du stade « déclaration d'amour suprême » au « va te faire foutre ».
Brienne ne put s'expliquer sur ce qui la poussa à lui répondre ainsi. En temps normal, jamais elle ne se serait permis de juger la vie d'un inconnu ou bien de le tutoyer ! Mais l'autre ne sembla pas se formaliser de sa familiarité car lui répondit sur le même ton :
- Toi, tu t'es fait larguer par téléphone, non ?
- J'ai posé la question en première.
- Premièrement, ça, ça veut dire oui. Et deuxièmement, tu n'as pas posé de questions mais fait une affirmation.
- Tu veux une autre affirmation ? Comme ton message le dit si bien, va te faire foutre.
Brienne ne revenait qu'à moitié de ce qu'elle venait de dire. Elle qui ne jurait jamais, elle venait d'insulter un parfait étranger ! Pour éviter de laisser la culpabilité l'envahir, elle sorti de son sac à main un livre, pour tenter de se changer les idées – mais c'était sans compter l'inconnu, qui était venu s'installer à sa table, sa tasse de café à la main.
- Je suis désolé si ton ex t'as largué. Et je suis désolé si mon message t'as rappelé des mauvais souvenirs.
Son air sincère fit relever la tête de Brienne vers lui. En le regardant attentivement, elle pu constater qu'en plus de son regard désolé, ses yeux semblaient réellement tristes. Elle décida alors de ne pas se servir de son livre pour le chasser de son espace vital, mais plutôt de lui redemander :
- Si tu es vraiment désolé, répond à ma question. Qu'est-ce qui s'est passé avec ta... Cersei ?
- Pourquoi ça t'intéresse ? demanda-t-il, l'air sincèrement curieux de connaître ses motivations.
- Ce n'est pas vraiment que ça m'intéresse, répondit-elle en soupirant. J'ai simplement un entretien très important dans une heure, et je suis terriblement stressée. Donc tous les moyens sont bons pour chasser de mon esprit ce rendez-vous et oublier le fait que si je le rate, ma carrière est fichue, je devrais rentrer chez moi la tête basse et...
- J'ai perdu ma main droite dans un accident de voiture il y a six mois, la coupa-t-il.
D'accord, il avait définitivement réussi à détourner son attention de son stress pour l'entretien.
- Les choses ont été, comme tu peux l'imaginer assez compliquées à gérer. J'ai enchaîné les séjours à l'hôpital et les séances de rééducation et bon... ça fait un sacré changement. Pour moi, mais aussi pour mes proches. Dont ma copine... enfin, mon ex-copine, corrigea-t-il. Elle n'aimait pas du tout cette nouvelle version de moi-même. Et je ne lui en voulais pas. Je veux dire, moi-même je n'aimais pas ce que je renvoyais. Mais en six mois... surtout qu'entre la prothèse et le fait que je m'adapte de plus en plus, elle aurait dû s'y habituer. Ou du moins arrêter de me regarder comme si j'étais une chose un peu dégoûtante.
Il fit une pause, puis rajouta :
- En fait non. Elle n'aurait même pas dû s'y habituer forcément. Je préférerai bien évidement, mais je ne peux pas lui demander d'accepter un aussi grand changement. Elle a le droit d'avoir un blocage dessus. Mais je demande au moins une réponse... pour savoir à quoi m'en tenir. Sauf que ça fait six mois qu'elle élude toute conversation sérieuse, refuse de voir mon moignon, me répète sans cesse qu'elle a besoin de réfléchir... et là je n'en peux plus d'attendre, sans être fixé et d'être laissé dans un « peut-être » absolument flou.
- D'où le message.
- D'où le massage, confirma-t-il.
- Je me demande quand même, qu'est-ce qui s'est passé dans ta tête pour faire un aussi grand écart dans ton message ? Ça commençait tout amoureusement, et ça c'est terminé... comme ça c'est terminé, dit-elle, se refusant de répéter une nouvelle fois les propos grossiers tenus par l'étranger.
- En fait c'est un peu à cause de toi, révéla-t-il.
- Quoi ?
- J'ai remarqué que tu m'écoutais. Bon tu étais clairement agacée, mais tu m'écoutais. Et j'ai réalisé que tu avais plus prêter attention à ce que je disais en cinq minutes qu'elle ne l'avait fait en six mois. Donc voilà. J'en ai eu marre de parler dans le vide, d'où cette fin de message assez brute.
Tout ce que Brienne fut capable de prononcer fut d'abord un « oh » affreusement gêné. Voyant que son interlocuteur attendait une réponse un peu développée, elle dit :
- Je suis désolée.
- Ne le sois pas. Je crois que me séparer d'elle est la meilleure chose qui me soit arrivé cette semaine. Et je dis semaine par que « la meilleure chose qui me soit arrivée ces six derniers mois » ça serait vraiment trop déprimant et assez pathétique, rajouta-t-il en souriant.
- Elle était si horrible que ça ? demanda Brienne en riant et en se sentant coupable de trouver son commentaire amusant.
- Non... Enfin j'imagine. Peut-être. Elle me tenait un peu en licol, je n'avais pas vraiment de voix au chapitre. Mais c'est le premier amour de ma vie. Le seul, en fait. Donc je me sens aussi libéré que terrifié, pour être honnête.
- Je vois. Tu ne sais pas encore qualifier le vide qu'elle a laissé ?
- C'est exactement ça !
Après cela, la conversation retomba un peu jusqu'à ce que Brienne ne relève :
- Tenir en licol ? Je ne connaissais pas cette expression. C'est une variante Port-réalaise de tenir en laisse ?
- Oh non, rigola-t-il. Je viens de l'Ouest. Mon père avait de nombreux chevaux et je passais beaucoup de temps avec eux. Et comme monter à cheval me manque, j'ai pris l'habitude de placer des termes équestres dans les expressions.
- Cheval qui galope n'amasse pas mousse ? proposa-t-elle.
Il fit un grand sourire avant de renchérir mutuellement pendant les quarante minutes qui séparaient Brienne de son entretien. Lorsque l'heure arriva, elle n'était plus stressée, simplement déçue (et assez surprise) que le temps d'attente soit passé si vite. Alors qu'elle se levait, l'inconnu lui demanda :
- Ce serait possible de se revoir ? demanda-t-il avant de rajouter devant son air surpris : c'est la première fois que je rencontre quelqu'un qui réussi à me battre au petit jeu du « plaçons le plus possible de termes équestres ».
Elle ria avant d'expliquer :
- En fait je m'y connais plutôt bien. Pour tout te dire, je ne vais pas passer un entretien à proprement parler. Je vais aux sélections permettant d'intégrer l'équipe de France d'équitation.
- Et bien... fut tout ce que put prononcer l'autre, visiblement épaté.
Il se leva prestement, en lui tendant la main gauche :
- Jaime Lannister. C'est un honneur de rencontrer la future championne du monde.
- Brienne de Tarth. C'est un honneur de rencontrer...
Elle bégaya quelques instants avant de s'avouer vaincue :
- Je suis désolée, je suis nulle en improvisation. Mais je serai ravie de te revoir... et peut-être apprendre quelques éléments sur toi pour pouvoir compléter ma phrase ?
Jaime fit un large sourire. Deux numéros échangés, des dizaines de rendez-vous et trois années plus tard, Brienne pouvait enfin compléter sa phrase : elle avait rencontré son époux.
