Note de l'auteure : salut salut ! On se retrouve avec un nouveau texte, pas de pangolin cette fois-ci mais un modern UA.

Merci Marina, Angelica, SlythLou, Lassa, Destrange et Maya pour leurs review sur les chapitres précédents !


Jaime Lannister était présentement sur le point de craquer complètement.

Voir même, pour parler dans un langage que son père n'aurait que peu apprécié, de péter un plomb.

Pressentant toutefois que le comportement qu'il aurait voulu adopter (impliquant notamment des insultes et un départ flamboyant) ne lui apporterait que des problèmes, le jeune homme se contenta d'injurier mentalement son père tout en offrant un agréable sourire à la galerie. Avec le temps, il était devenu particulièrement doué à ce jeu là. Ainsi, si un observateur extérieur regardait l'assemblée attablée, il n'y aurait vu que des convives plus charmants les uns que les autres et absolument ravis d'être là où ils étaient.

Ce qui était peut-être le cas pour les autres, pour ce qu'il en savait... Lui, en tout cas, il aurait donné n'importe quoi pour être ailleurs que dans ce restaurant. Non pas que l'établissement soit de mauvaise qualité, au contraire, les plats proposés étaient exquis. Mais ce qui posait plutôt problème à Jaime, c'était les personnes avec qui il devait partager ce repas.

Excepté Brynden Tully, le blond ne pouvait pas dire qu'il avait beaucoup d'estime pour le restant de l'assistance. Se trouvait en effet sa nièce Catelyn qui, en soit, était plutôt intéressante, mais qui était la fiancée d'Eddard Stark, l'ennemi auto proclamé de Jaime. Cette association suffisait à classer la rousse dans les personnes indésirables. Mais malgré ces liens avec ce péquenaud nordiste bien pensant, Catelyn n'était pas le problème majeur de la soirée. Celui-ci était incarné en une personne : Lysa.

Lysa Arryn, cadette de Catelyn, était une jeune femme plutôt insignifiante. Elle n'était pas laide, mais pas réellement belle non plus, et sa conversation se résumait à une bouche ouverte dans un sourire béat. Ce qui ne dérangeait pas en soit Jaime – depuis le temps, il avait appris à composer avec des discussions laborieuses.

Non, ce qui ulcérait présentement Jaime, ce n'était pas l'ennui qu'il allait retirer de cette soirée, mais la raison de son organisation. Celle-ci était limpide : le pousser dans les bras de Lysa Arryn. Les regards insistants de son père en direction de la jeune fille ne laissaient aucun doute sur ce que Tywin Lannister attendait de son fils – après tout il allait terminer ses études bientôt, il était grand temps qu'il rentre dans le moule qu'on avait forgé pour lui.

Alors qu'il tentait d'occulter les regards de Tywin, Jaime se demandait si Lysa avait conscience de ce qui se jouait ce soir. Croyait-elle vraiment qu'il ne s'agissait là que d'une visite de courtoisie visant à présenter Jaime au Silure pour un possible stage ? Qu'importe la réponse, au final – dans un cas, Lysa était particulièrement stupide, dans l'autre, elle acceptait de jouer le jeu d'une mascarade qui le répugnait. Car à en voir son visage, Lysa était réellement ravie de discuter avec lui ; à moins bien sûr qu'elle ne joue magnifiquement bien la comédie, ce qui la rendrait déjà plus intéressante.

Mais dans tous les cas, il était condamné à sourire pendant encore une heure, avant qu'il ne soit enfin libéré de ces obligations idiotes.

Jaime se força donc à concentrer son attention sur le patriarche Tully. Celui-ci avait commencé un exposé fort intéressant sur le sexisme dans l'armée, phénomène dont Jaime n'avait eu que peu conscience avant que le Silure n'en soulève l'existence. Une femme chevalier était quelque chose à laquelle il n'aurait jamais pensé naturellement, mais après tout... c'était avec les mains qu'on tenait une arme et non avec d'autres parties du corps. Jaime n'était pas encore entré dans l'armée mais pouvait aisément pressentir que le discours tenu par son aîné ne devait pas être au goût de tous. Il s'apprêtait donc à appuyer la vision de celui-ci – bien que l'opinion d'un bleu comme lui ne devait lui faire ni chaud ni froid – lorsque Tywin Lannister décida d'ajouter son grain de sable :

- Il n'est guère sexiste de considérer qu'une femme est moins faite qu'un homme pour la guerre. Prenez Lysa par exemple... L'imaginez-vous vraiment avec une arme ? Non, elle resterait à la cuisine pour s'occuper de son époux.

- Et son époux, ça doit être moi ? le coupa avec virulence Jaime.

Au regard indigné que lui adressa son père, le blond se dit qu'il vaudrait peut-être mieux pour lui de se taire là. Mais cette dernière intervention venait faire déborder le vase d'un ras-le-bol déjà bien trop rempli.

- Non mais sérieusement, des rencontres arrangées, parce que à 17 ans ça craint de ne pas être en couple dans une petite case, ça craint ! Mais encore plus si la petite case consiste à ce que ma soi disante femme reste gentiment à la maison ! Je veux trouver une femme, pas une servante, merci ! Alors garde pour toi tes conneries du siècle dernier.

Bien, Jaime avait finalement eu les insultes souhaitées. Ne lui restait désormais plus qu'une sortie flamboyante, ce qu'il s'empressa de faire en se levant vivement. C'est à cet instant que passa une grande blonde près de la table et sans qu'il puisse réfléchir, Jaime s'était rapproché d'elle et l'avait embrassé.

- Elle, c'est ma petite-amie, expliqua froidement Jaime. C'est une femme merveilleuse, qui souhaite s'engager comme moi dans l'armée, et je te jure que si tu dis encore une fois qu'elle devrait rester « dans la cuisine », elle va te le faire amèrement regretter. Parce qu'elle est beaucoup plus forte que toi ! Et si je ne t'ai pas appris notre relation, c'est parce que je ne voulais pas qu'elle soit blessée par tes propos arriérés. Mais maintenant que c'est fait, je peux te le dire : plus la peine de m'arranger des rencontres, je suis suffisamment grand. Et Lysa, tu devrais en faire de même. Maintenant bonne fin de soirée.

Et sur cette dernière tirade, Jaime quitta le restaurant.

Bien. Il avait eu sa sortie flamboyante.

Le coup de poing qu'il se reçut par la suite le fut tout autant.

- Que... articula tant bien que mal Jaime en tachant de comprendre d'où celui-ci était venu.

- Ça, c'était pour m'avoir embrassé !

Ah. La blonde.

- Je... je suis désolé. Sincèrement. Mon père...

- A l'air quelqu'un d'incroyablement charmant, compléta la femme avec amertume.

- En effet, ironisa Jaime.

La blonde le toisa un instant, avant de soupirer et lui tendre une gourde.

- Pour votre joue. C'est de l'eau fraîche, ça devrait faire du bien.

- Vous me donnez de quoi apaiser la blessure que vous m'avez vous-même faite ?

- Le coup c'était pour le baiser. Le remède c'est pour les mots que vous avez tenus ensuite.

Son assurance se fissura alors qu'elle demanda timidement :

- Comment... comment avez-vous deviné que je préparais le concours d'entrée dans l'armée ?

- Oh ça...

Pour toute réponse, Jaime leva sa main droite. Celle-ci était abîmée des mêmes altérations que celle de la blonde.

- Je sais reconnaître quelqu'un qui travaille d'arrache-pied pour se préparer à ce métier.

- Je vois, répondit-elle avec une once de sourire, avant de reprendre plus sérieusement : vous pensiez ce que vous avez dit ?

- Comme quoi vous étiez forte ? Bien sûr que oui. Je n'ai pas besoin de vous connaître pour le deviner. Et si vous en doutez, je peux vous assurez que ma joue sera là pour le prouver.

Cette fois-ci, la femme sourit franchement.

- Vous êtes vachement peu réactif pour quelqu'un qui souhaite intégrer l'armée. Et j'avais un couteau ?

- Et oh ! Vous avez juste lâchement profité de l'effet de surprise.

- C'est bien le principe de savoir se défendre, c'est aussi pour répondre aux surprises.

- Oui mais...

- Et bien, je vois qu'on s'amuse bien ici, les interrompit une voix.

Celle-ci appartenait à nul autre que Brynden Tully, qui s'avançait vers eux les mains dans les poches.

- Vous avez fait une sortie remarquée, là dedans. Ton père est furieux, Jaime. M'enfin, comme il est toujours énervé, je ne saurais dire si c'est grave. Mais je manque à tous mes devoirs... Brynden Tully, se présenta-t-il à la blonde.

- Brienne de Tarth, répondit-elle en serrant sa main avec assurance.

- Tarth... ce nom me dit quelque chose. Tarth... oh oui ! Ton père ne serait-il pas dans la marine ?

- C'est exact, capitaine.

- Capitaine ? Je crois que je t'aime bien, toi. Fais gaffe Jaime... un peu plus et c'est elle qui va remporter le stage dont il été question ce soir.

- Parce qu'il y avait vraiment un stage dans la balance ?

- De mon côté, oui. Tywin lui était complètement occupé par cette idée idiote de rencontre... Mais ce n'est pas grave. L'important, c'est que ce que moi j'ai en tête. Alors vous avez intérêt à vous dépasser tous les deux car il n'y aura qu'une place !

À cela, les deux commencèrent à se lancer dans un vif débat visant à prouver à l'autre que chacun était meilleur.

Brynden Tully, lui, continua sa route, en retenant un rire. Il avait peut-être menti à propos de ce stage – des places, il en avait deux. Mais il pressentait que cette rivalité pourrait être intéressante...

En revanche, il n'imaginait pas à ce moment là qu'elle mènerait à une relation plus intime.


Petit mot de fin : vous n'imaginez pas combien c'était douloureux d'écrire les mots de Tywin. Il y a des baffes qui se perdent.