Titre : Taylor
Résumé : Suite de "La Nouvelle Salamandre". Harry apparaît dans le salon de Newt Scamander, sous l'œil surpris de Remus. Comment Hermione va-t-elle l'expliquer ? Et comment Harry va-t-il s'intégrer à cette nouvelle vie ?
Disclaimer : L'univers et les personnages d'Harry Potter ne nous appartiennent pas. Nous ne recevons aucune compensation financière pour la publication de cette histoire.
Pairing : Het et Homo
Rating : T
Statut : Terminée
Auteures : Epsilon et Pauu
Bêta : Epsilon et Pauu
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Dans le chapitre précédent : Le premier jour de cours commence de manière particulière pour les élèves de septième année. Les professeurs leur annoncent qu'ils vont travailler en binome tout l'année sur un projet mêlant deux thématiques. Hermione et Sirius se mettent ensemble, ainsi que Lily et James. Peter, qui a eu une altercation avec une Serpentard se retrouve à devoir travailler avec elle en guise de punition. Remus et Harry forment donc un binôme.
Harry fait la rencontre "officielle" de Regulus et Severus et, face à leur moquerie, Lily évoque le fait qu'elle serait fier que son enfant soit à Poufsouffle. Harry est rassuré par ses paroles. Un petit groupe se forme, composé des Maraudeurs, Lily, Hermione, Harry, Regulus et Severus.
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Chapitre 5
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- Il dort ? résonna une voix près de lui.
- Je pense que oui, répondit Hermione, plus loin.
- Comment il fait… marmonna quelqu'un d'autre. Un bon feu de cheminée et il dort pendant des heures, vautré sur un tapis.
- Je peux le faire aussi ! Mais seulement quand je suis sous ma forme de chien… Vous ne pensez pas qu'il pourrait être un Animagus ?
- Non, répondirent deux voix simultanément.
Harry ouvrit ses paupières lourdes et posa son regard sur la pièce. Sirius était au-dessus de lui et le fixait, les sourcils froncés. James était juste derrière, à côté de Peter, et tous deux l'observaient aussi. Lily, assise sur un canapé non loin de là, était également tournée vers lui, alors que Remus et Hermione travaillaient plus loin, sans leur accorder d'attention. C'était eux qui avaient certifié qu'il n'était pas Animagus.
S'il en avait eu la force, Harry les aurait remerciés. Pour le moment, il tentait simplement de se souvenir de ce qui l'avait amené ici et de la raison pour laquelle il semblait être le centre de l'attention de tout le monde. Tournant la tête, il vit le feu de cheminée et se souvint qu'il avait trouvé la chaleur agréable. Il avait préféré s'asseoir sur le tapis plutôt que sur un fauteuil et il s'était laissé bercer par la douceur du feu, s'endormant.
- C'est fou… J'ai beau savoir que tu dors habituellement beaucoup, ça me surprend à chaque fois, ricana Sirius. Une sieste de deux heures au milieu de l'après-midi… Tu vas finir par ne plus jamais te réveiller.
- Tu ne crois pas si bien dire, marmonna Harry qui se souvenait de ses derniers instants sous sa forme de Pitiponk.
Pendant plusieurs jours, en plus de penser qu'il ne redeviendrait jamais humain, il passait tant d'heures à dormir qu'il s'était demandé s'il n'était pas en train de mourir.
- Quoi ? demanda James. Comment ça ?
Harry se rendit compte trop tard que tout le monde l'avait entendu. Hermione et Remus avaient finalement quitté leurs devoirs des yeux et s'étaient tendus, appréhendant la réponse du Poufsouffle. Les autres se contentaient de le regarder, curieux. Décidant que seule une histoire alambiquée le tirerait de là, Harry prit un air théâtral.
- J'ai été maudit à mon plus jeune âge, déclara-t-il, d'une voix presque désespérée. Quand j'avais cinq ans, un sorcier qui avait une dent contre mon père m'a jeté une malédiction. À partir de ce jour, j'ai commencé à dormir, de plus en plus, de plus en plus longtemps. À tel point que mes parents sont partis en Afrique en espérant y trouver un remède. J'ai rencontré les plus grands des marabouts, des sorciers, des médecins moldus même !
James et Sirius étaient fascinés par son récit. Peter, bien qu'un peu plus en retrait, semblait écouter de toutes ses oreilles aussi. Seule Lily semblait suspicieuse. Harry observa une pause dramatique et croisa le regard de sa meilleure amie. Hermione leva les yeux au ciel, un sourire à peine visible sur les lèvres, reflet de celui qu'arborait Remus.
- On ne vous l'a pas dit avec Hermione mais… quand j'avais sept ans, j'ai dormi pendant plus de six jours. Rien, rien, ne pouvait me réveiller. Mes parents m'ont cru mort.
- C'était affreux, commenta Hermione la voix basse, au fond de la pièce.
Sirius et Peter se tournèrent vers elle, comme s'ils se rappelaient sa présence. Même Lily semblait commencer à croire leur histoire.
- Je venais le voir tous les jours. Il était là, allongé dans son lit, sans bouger, la respiration si basse…
- Vous ne m'aviez pas dit qu'il avait même cessé de respirer un jour ? intervint Remus, les sourcils froncés.
Ce fut au tour de James de se tourner vers lui.
- Tu étais au courant Rem' ?
- Bien sûr, acquiesça ce dernier. Un jour, alors que je venais voir Monsieur Scamander, Harry s'est endormi dans le canapé et ne s'est pas réveillé avant plusieurs heures. J'étais inquiet pour lui alors ils m'ont tout raconté.
- En tout cas, un jour j'ai en effet cessé de respirer, reprit Harry, attirant à nouveau l'attention sur lui. Pendant quelques minutes seulement, mais c'est à partir de ce jour que mes parents ont décidé d'aller en Afrique. Ils avaient entendu parler de cas identiques qui avaient été guéris là-bas.
Les quatre Gryffondor étaient pendus à ses lèvres, attendant la suite avec impatience.
- Hélas, le bilan est vite tombé : la malédiction qui pèse sur moi est si puissante qu'aucun sort, aucun magicien ne peut me l'ôter. Depuis, j'ai à vivre avec cette épée de Damoclès sur la tête.
- Laquelle ? jappa Peter, effrayé.
Harry se tourna vers lui et fixa un point invisible au-dessus de son épaule, espérant que cela lui donnerait un regard vide.
- Celle de ne pas me réveiller un matin et de dormir pour l'éternité.
Un long silence suivit sa déclaration. Harry devait se retenir de toutes ses forces pour ne pas partir dans de grands éclats de rire et il évitait à tout prix de croiser les visages de Hermione et Remus derrière leurs amis.
- Mais… Hermione, tu ne nous avais pas dit que les parents d'Harry lui avaient proposé de faire sa scolarité à Poudlard avant de partir en Afrique ? intervint Lily, les sourcils froncés. Si c'était pour te soigner Harry, pourquoi t'auraient-ils offert de rester en Angleterre ? C'est illogique.
Pendant quelques secondes, personne ne parla, puis Harry, Hermione et Remus partirent dans un long fou-rire, sous les regards perplexes de James, Sirius et Peter, et celui gentiment désespéré de Lily.
- Si tu n'avais pas été là Lily, je me demande combien de temps on aurait tenu cette histoire, déclara Remus entre deux rires.
- Harry est juste un gros dormeur, il n'y a rien de plus, ajouta Hermione.
- Bande d'idiots, grommela James, retournant sur son siège, l'air boudeur.
Peter fit de même, plongeant dans son livre pour cacher ses joues rouges de honte. Il avait vraiment cru à l'histoire de bout en bout. Il avait même imaginé la fin, comme un conte Moldu qu'il connaissait : Harry aurait été embrassé par Hermione pour se réveiller d'un long sommeil. Cela aurait expliqué le lien fort qui les unissait tous les deux. Et il aurait pu prévenir Sirius de se méfier.
En effet, il voyait d'un mauvais œil l'arrivée de ce nouveau membre dans leur groupe. Harry était trop gentil, trop loyal, trop… parfait. La seule chose qu'il avait trouvé pour se moquer un peu de lui était le fait qu'il soit Poufsouffle, mais ça n'avait pas l'air d'amuser vraiment ses compagnons. Jamais, il n'aurait dû partir en vacances avec sa mère pour voir sa famille. S'il était resté en Angleterre, il aurait pu venir au Manoir Potter et n'aurait pas eu cette longueur de retard sur Harry. Tout le monde semblait l'adorer et lui était mis de côté.
- Vous n'avez pas honte ?! cria Sirius, le sortant de ses pensées. J'ai cru qu'Harry allait nous quitter bien trop tôt !
Il posa une main sur son front, faisant jaillir des fausses larmes sans que personne ne sache comment il s'y prenait.
- Arrête tes sottises Sirius ! L'oscar du meilleur acteur a déjà été remis à Harry, rit Hermione.
- L'osquoi ? bafouilla l'homme.
- Allez, viens ici et arrête de te plaindre, nous n'avons pas fini de détailler le processus de la première transformation.
- Hermione, geignit Sirius. Je t'aime et je ne regrette absolument pas de sortir avec toi mais… ça ne fait que deux semaines que les cours ont repris, et on a déjà bien trop avancé sur ce sujet !
- Mais nous devons avoir progressé au maximum pour notre rendez-vous avec le Professeur McGonagall !
- C'est dans plus d'un mois et on a déjà onze pages !
Les autres élèves de la pièce laissèrent leurs deux amis se chamailler et reprirent leurs activités. Harry s'approcha de Remus, les joues légèrement rougies.
- Je suis désolé de m'être endormi, la chaleur du feu était si douce… murmura-t-il.
- Ne t'inquiète pas, répondit Remus. Tu ne m'en voudrais pas si je ne pouvais pas travailler à cause de la pleine lune ?
- Non, bien sûr.
- C'est un peu pareil je trouve.
Harry sourit et s'installa à la table à côté de Remus, légèrement en retrait par rapport aux autres.
- C'est comme ça que tu le ressens alors ? murmura Harry.
- De quoi tu parles ?
- Cette impression de ne pas être toi-même. Comme si une deuxième personne vivait dans ton corps. J'ai de la chance, la mienne n'est pas une bête assoiffée de sang… Mais elle est là. Je… Je ne sais pas comment décrire ce qui se produit…
- Je trouve que tu le décris plutôt bien, commenta Remus, indulgent. Enfin, je ne sais pas si les autres pourraient comprendre, mais ça me semble plutôt limpide.
Ils gardèrent le silence un moment, puis Remus abandonna le devoir d'Astronomie qu'il rédigeait.
- Tu ressens d'autres choses venant de Pitiponk ?
Face au regard surpris d'Harry, Remus reprit :
- J'ai dit quelque chose de bizarre ?
- Non, se dépêcha de répondre Harry. C'est juste, que ça fait bizarre de réentendre ce nom. Ça résonne en moi, mais je n'avais jamais songé à continuer à l'utiliser.
- Pourtant ça t'aiderait à te différencier de lui, si tu en as envie bien sûr.
Harry resta silencieux un moment songeur.
- Tu as raison, j'imagine. En tout cas, il y a plusieurs choses. Je suis constamment en train de me rappeler que ma place n'est pas sur l'accoudoir du canapé, par exemple. Des fois, fit-il en riant, j'ai ce réflexe de vouloir passer ma main derrière mon oreille, ou encore de tourner sur moi-même avant de m'asseoir. C'est assez étrange.
Remus l'écoutait, sans l'interrompre, comprenant qu'il était important pour Harry d'en parler.
- Je ne fais plus de nuits complètes tu sais. Je suis capable de dormir beaucoup en journée, j'ai du mal à me lever le matin, mais je me réveille toutes les trois ou quatre heures dans la nuit. Même si c'est de mieux en mieux.
Le Poufsouffle s'interrompit, réfléchissant à d'autres choses qui lui venaient en tête.
- Il y a aussi le fait de renifler les gens ou ce que tu manges ? proposa alors Remus, après quelques secondes.
Harry se tourna vivement vers lui, les yeux écarquillés.
- J'étais sûr que tu ne l'avais pas remarqué, se moqua gentiment le loup-garou. Ne t'inquiète pas, ça ne se voit presque pas quand tu fais ça avec les gens. Hermione et moi l'avons vu que très récemment, on s'était dit qu'on t'en parlerait.
- C'est pas vrai, rougit Harry en se cachant la tête dans ses mains.
- Ce n'est pas très grave et j'ai aussi remarqué ces derniers temps que tes manies suivaient un cycle, elles sont plus présentes à la fin du mois, peut-être que quelque chose influe sur la façon dont elles se manifestent.
- Comme pour la pleine lune sur Lunard tu veux dire ?
- Par exemple, oui.
- Je n'y avais pas pensé… Je n'avais jamais remarqué une quelconque influence…
- Nous pouvons surveiller ça de près si tu veux. Peut-être que la lune t'influence aussi à sa façon. La magie naturelle, qui circule autour de nous, est toujours plus forte lorsque la lune est pleine ou en est proche, même si je n'en connais pas exactement les raisons. Plusieurs théoriciens en ont parlé dans des ouvrages. Nous pourrions les lire.
- Je pense que c'est une bonne idée. Ca nous ferait quelque chose en plus à étudier pour notre projet : comment la lune influence les animaux et les plantes.
- Certains de ces livres doivent se trouver dans la réserve, nous devrons faire une liste pour la présenter au Professeur Chourave.
- Bien, dit Harry en prenant un parchemin pour rédiger ce dont ils avaient parlé.
Ils travaillèrent tous dans le calme, sauf Peter qui détestait sincèrement son binôme et ne voulait donc pas la retrouver. Celui-ci s'assoupit sur le canapé, son magazine de Quidditch posé sur son nez. Lorsqu'il fut seize heures, Harry se leva et s'étira. Il regarda autour de lui, vit Lily et James blottis l'un contre l'autre, et Sirius et Hermione qui travaillaient toujours et parlaient à voix basse.
- Je dois y aller… murmura Harry.
- Pourquoi ? demanda Remus.
- C'est les sélections pour l'équipe de Poufsouffle.
- Pourquoi tu ne nous l'as pas dit ?
- J'ai un peu la pression… Je ne veux pas que James me donne des conseils, qu'Hermione me répète que je vais y arriver ou que Sirius me… Eh bien… Qu'il me pousse dans les escaliers pour que je n'y aille pas, ricana-t-il.
- Et moi ? murmura Remus. Pourquoi je ne viendrais pas ?
- Tu veux m'accompagner ?
- J'aimerais ça. Un peu d'air me ferait du bien.
Harry sourit et d'un coup de baguette, rangea leurs affaires. Ils regardèrent à nouveau leurs amis, tous plongés dans leur discussion et se levèrent, espérant s'éclipser discrètement. Ils ne passèrent cependant pas inaperçus aux yeux de Sirius.
- Vous allez où ? demanda celui-ci.
- Euh… prendre l'air, répondit rapidement Harry, tirant Remus avec lui pour passer la porte, évitant ainsi toute autre question et empêchant le Gryffondor de leur proposer de les accompagner.
Riant dans les couloirs, ils se dirigèrent vers la sortie, puis vers le terrain de Quidditch.
- Avec quel balai vas-tu voler au fait ? s'enquit Remus. Pendant l'été, James t'en prêtait un.
Harry lui jeta un regard de côté, puis arbora un air de conspiration.
- Remus Lupin, es-tu capable de garder un secret ?
- Ça dépend, combien vaut ce secret, Harry Taylor ?
- Deux parts de Tarte Tatin sorcière à la poire.
- Ton secret sera enterré avec moi.
Harry éclata d'un rire joyeux, avant de reprendre son sérieux.
- Regulus m'a prêté le sien.
- Vraiment ? s'étonna le lycanthrope. Regulus a fait ça ?
- A deux conditions. Premièrement, que je sois qualifié.
- Et la deuxième ?
Un sourire carnassier se dessina sur les lèvres du Poufsouffle.
- Que je batte Gryffondor. L'Attrapeur et Capitaine des Serdaigle étaient en septième année, ainsi qu'un de leur Batteur et une Poursuiveuse. Regulus n'a que peu d'espoir en leur nouvelle équipe, mais selon lui il manque à Poufsouffle un bon Attrapeur pour pouvoir gagner.
- Ça ressemble bien à Regulus, rit Remus. Cependant je n'ose pas imaginer ce qu'il te fera subir si tu ne respectes pas ton contrat.
- Moi non plus, répondit Harry. Et comme je ne veux pas le savoir, je vais tout faire pour que ça n'arrive pas !
- Très bonne idée ! Et, ne le dis pas à James, mais je vais t'encourager. Même contre les Gryffondors.
Harry sourit de toutes ses dents, avant de regarder le loup-garou, suspicieux.
- Tu ne veux pas que ton équipe gagne ?
- A vrai dire, je me moque pas mal du Quidditch, de la Coupe des quatre maisons et de tout ce qui touche à la compétition. Tout ce qui m'intéresse, c'est de voir mes amis heureux. Je sais que tu le seras si tu gagnes, bien plus que James qui a déjà remporté la coupe plusieurs fois d'affilée.
- J'aime ta façon de penser, répondit Harry avec un sourire.
Ils pénétrèrent sur le terrain et Remus partit aussitôt s'asseoir dans les gradins alors que le Poufsouffle entrait dans les vestiaires. Il se changea rapidement et laissa ses affaires sur le banc pour aller chercher le balai de Regulus, rangé dans l'armoire prévue à cet effet.
Lorsqu'il sortit, il vit que Sasha était sur le terrain, en train de donner des consignes à plusieurs groupes d'élèves.
- Ah ! Te voilà Harry, fit la jeune fille. Je t'attendais.
- Excuse-moi, je suis un peu en retard… J'ai été distrait en chemin.
- Pas de problèmes, mets-toi ici, dit-elle en désignant un groupe composé de cinq élèves, tous plus jeunes. Ce sont les postulants Attrapeur. Vous pouvez aller vous asseoir, je vais commencer par les Poursuiveurs, puis les Batteurs, et vous serez le bouquet final.
Harry acquiesça et partit s'installer sur un banc avec les autres. Il ne regarda pas vraiment les sélections, passant plus de temps à discuter avec ses compagnons, essayant de les rassurer lorsqu'ils se montrèrent stressés.
Une heure plus tard, ils furent appelés sur le terrain et Harry se distingua par son jeu fluide et son aisance dans les airs. Sasha leur déclara qu'elle mettrait les résultats sur le tableau d'affichage quelques jours plus tard et ils purent tous retourner aux vestiaires pour se changer et prendre une douche.
Il faisait quasiment nuit lorsque Harry rejoignit Remus. Celui-ci lisait tranquillement, accompagné d'un petit feu bleu dans un bocal pour s'éclairer et se réchauffer, comme Hermione le faisait souvent.
- C'est elle qui me l'a appris, expliqua Remus en voyant son regard sur le bocal.
Harry n'eut pas besoin de lui demander de qui il parlait et sourit.
- Evidemment. J'espère que tu ne t'es pas ennuyé, c'était un peu long.
- Pas de problème. J'avais de quoi m'occuper. Et c'était intéressant. Je l'avais déjà remarqué chez James mais… Tu as une sorte de grâce féline quand tu voles. Tes gestes sont très fluides, on dirait que c'est inné. Pitiponk y est peut-être pour quelque chose…
- J'ai toujours été à l'aise sur un balai, déclara Harry alors que le loup-garou se levait et rassemblait ses affaires. Mais j'ai l'impression que je le suis plus encore maintenant. Tu as peut-être raison. Après tout, les chats aiment les hauteurs.
Sur le chemin du retour, ils discutèrent des sélections, ou plutôt Harry évoqua ce qui pour lui semblait être la meilleure équipe. Quand ils arrivèrent dans le hall du château, le Poufsouffle se rendit compte qu'il avait essentiellement parlé et que Remus n'avait fait que l'écouter.
- Désolé, murmura-t-il, légèrement gêné. J'ai tendance à me laisser entraîner quand il s'agit de Quidditch.
Remus balaya ses excuses d'un mouvement de main, souriant.
- Ne t'inquiète pas, c'était intéressant. Tu as un oeil critique mais juste sur les différents joueurs, et même si je ne connais pas grand chose à ce sport, tu sembles avoir une bonne analyse. Tu penses continuer dans le Quidditch après tes études ?
Harry haussa les sourcils, surpris par la question. Etrangement, Remus et lui n'avaient jamais parlé de leur avenir post-Poudlard. James et Sirius se vantaient régulièrement des prouesses qu'ils feraient à l'école d'Auror, Lily caressait le doux rêve de devenir Briseuse de Sorts et Hermione s'intéressait de plus en plus aux affaires du Ministère pour révolutionner le monde de la magie et créer une école primaire sorcière.
Un an plus tôt, Harry avait pensé devenir Auror, comme son père et son parrain, mais aussi parce qu'il avait le sentiment que c'était son devoir, en tant que Survivant et "Élu" de la communauté sorcière. Aujourd'hui, alors que le climat politique était bien plus calme et que Voldemort n'était étrangement pas si présent, peut-être grâce aux actions discrètes de Newt et Dumbledore, Harry se rendait compte qu'il n'avait pas pensé une seule fois au métier d'Auror.
- Pour tout te dire, je n'y ai pas encore réfléchi, finit-il par répondre. Continuer dans le Quidditch ? Pourquoi pas. Et toi ? Je me rends compte que tu n'en parles jamais.
Remus haussa les épaules et détourna le visage.
- Ce n'est pas comme si j'avais beaucoup de possibilités, je suis un loup-garou. Mes perspectives d'avenirs sont sensiblement restreintes.
- C'est faux ! protesta vivement Harry. Tu peux faire des tas de choses, tu ne dois pas te limiter à cette pensée. Je suis sûr que les autres seraient d'accord avec moi.
Leurs regards se croisèrent et le Poufsouffle perçut une lueur dans le regard ambré de Remus, un mince espoir pensa-t-il.
- Tu es quelqu'un de pédagogue et investi, je suis sûr que tu ferais un très bon professeur, continua-t-il.
- Qui voudrait d'un professeur absent trois jours par mois ? rétorqua Remus, redevenu amer.
- Mais…
- N'en parlons plus Harry, le coupa-t-il. Tiens, regarde, les autres arrivent pour manger.
En effet, Hermione, Sirius, Lily, James et Peter venaient d'apparaître en haut des escaliers principaux et se dirigeaient vers eux. Harry n'eut pas le cœur de continuer la discussion en présence des autres. Le sujet était trop sensible et il espérait simplement que Remus ne lui en voulait pas trop.
- Vous avez fait le tour du lac ? s'enquit Hermione quand ils se furent rejoints.
- J'étais aux sélections de Quidditch, répondit Harry après un hochement de tête négatif. Remus m'a accompagné.
Un concert de protestations s'éleva, chacun exposant sa frustration de ne pas avoir pu venir. Finalement, Lily attrapa le bras d'Harry.
- C'est exactement pour ça qu'il vous l'a caché, se moqua-t-elle.
La Gryffondor leur tira la langue et tira Harry vers la Grande Salle, rieuse.
- Tu m'as sauvé, soupira Harry.
Il se rendit compte de ce qu'il venait de dire et de la signification de ses mots alors qu'ils se dirigeaient vers la table des Poufsouffle. Elle l'accompagna jusqu'à Bao et le reste de sa maison et embrassa sa joue, avant de se détourner.
- Tu pourras toujours compter sur moi, Harry, dit-elle en le regardant par-dessus son épaule alors qu'elle se dirigeait vers James qui l'attendait pour s'asseoir.
- Ça va le nouveau ? demanda Olivier face au silence et l'immobilité d'Harry qui était toujours debout devant leur table.
- Mh ? Oui. Juste… Un souvenir.
- Arrête de l'appeler comme ça, déclara Sasha à Olivier alors qu'Harry s'asseyait enfin sur le banc et remplissait son assiette de nourriture. Il est Poufsouffle, comme nous. Et il le sera peut-être plus que toi s'il est pris dans l'équipe.
- C'est une blague, se justifia Olivier, levant les yeux au ciel. On partage le même dortoir je te rappelle. Alors je suis le mieux placé pour savoir qu'il est aussi Poufsouffle que moi. Comment se sont passées les sélections ?
- Nous avons de bons éléments, répondit la jeune fille, haussant les épaules. Le choix ne sera pas facile, mais nous aurons au moins une chance de gagner la coupe cette année. La rafler sous le nez de Potter serait l'apogée de ma scolarité. Sans offense, dit-elle à l'adresse de Harry.
Celui-ci fit un geste de main, montrant qu'il se moquait bien de ce qu'elle pensait de James, ce n'était pas parce qu'ils étaient amis qu'ils étaient obligés de s'entendre sur tous les sujets. Pour beaucoup, James Potter était un crétin arrogant. Ce qui était compréhensible.
- Comment avance votre projet ? demanda Harry, changeant ainsi de sujet.
Le repas se déroula sans encombre et ils parlèrent tranquillement des cours et des devoirs à venir.
Lorsqu'il fut fini, Harry quitta à nouveau ses compagnons de dortoir pour retrouver les Maraudeurs dans la Salle sur Demande, comme ils l'avaient fait l'après-midi. Il culpabilisait un peu de ne pas passer beaucoup de temps avec les Poufsouffle qu'il appréciait aussi beaucoup, mais il se sentait bien avec ses amis. De plus, seuls Hermione et Remus étaient conscients de sa particularité féline et pouvaient le couvrir en cas de besoin.
Lorsqu'il s'était mis à miauler la semaine précédente, Remus avait fait croire à tout le monde qu'il avait glissé un bonbon farceur dans son brownie. Quelques jours plus tard, quand Harry avait émis un son proche du ronronnement, alors qu'il se prélassait devant la cheminée, Hermione avait parlé, parlé et parlé, pour couvrir le son, jusqu'à ce qu'il s'arrête. Même pour elle, cela avait été une prouesse.
- Alors, comment vole mon balai ? demanda une voix froide derrière lui.
Harry se retourna pour faire face à Regulus qui se tenait dans le couloir, à côté de Severus. Le Poufsouffle avait beau essayer de réfléchir, il ne se souvenait pas de la dernière fois où il les avait vus l'un sans l'autre. Depuis qu'ils s'étaient mis en binôme, ils étaient comme accrochés par la hanche.
- Génial ! répondit Harry, souriant. Il est vraiment rapide. Tu es sûr que ça ne te dérange pas ?
- J'en ai eu un autre plus performant pour mon anniversaire, répondit Regulus avec un geste de main négligeant.
- Je comprends mieux pourquoi tu me l'as prêté si facilement. Vous alliez à la bibliothèque ? demanda alors Harry, changeant de sujet.
Regulus et Severus acquiescèrent en silence.
- Vous voulez venir avec moi ? On se retrouve tous dans une salle pour travailler en ce moment, c'est un peu plus motivant. Et je vous assure que même James et Sirius restent sérieux.
Les deux élèves face à lui semblèrent hésiter un instant, puis acceptèrent. Ils suivirent donc Harry qui les fit entrer dans la Salle sur Demande. Presque tout leur petit groupe était déjà présent, seuls Sirius et Peter étaient absents.
- J'ai ramené du monde, annonça Harry. J'espère que ça ne vous dérange pas.
Lily et Hermione qui étaient en train de lire dans un canapé relevèrent la tête. Elles affichèrent toutes les deux un sourire ravi en apercevant leurs amis.
- Tu as bien fait, déclara Hermione en se levant. J'avais songé à vous le proposer, mais je ne savais pas si vous accepteriez.
- Hé bien, il faut croire que Taylor se pose moins de questions que toi.
- Et ce n'est pas plus mal, fit la Serdaigle. Alors, comment trouvez-vous notre petite salle ?
Un silence suivit sa question, puis Severus fit un pas en avant.
- Très… cosy, commenta-t-il simplement, d'une voix dans laquelle perçait le doute. Où sommes-nous ?
Lily rigola à sa remarque avant de lui expliquer le concept de la Salle sur Demande.
- On s'y retrouve en ce moment, pour travailler, ou simplement pour se détendre, termina-t-elle. Elle s'adapte à nous.
- Intéressant, commenta le Serpentard.
Harry les laissa discuter entre eux et s'approcha de Remus, assis à une table dans un coin de la pièce. Il se laissa tomber à côté de lui, son sac sur ses genoux.
- J'espère que tu ne m'en veux pas, lui chuchota-t-il.
- D'avoir ramené Severus et Regulus ? Non pas du tout, je n'ai rien contre eux tu sais.
- Non, pas ça. Pour tout à l'heure, notre discussion avant d'aller manger. Je ne voulais pas te mettre mal à l'aise.
- Oh, fit Remus, soudainement gêné. Non, je ne t'en veux pas. En fait, j'espérais que toi tu ne m'en voudrais pas, j'ai été assez froid.
Harry émit un rire léger puis se détendit, soulagé de savoir qu'il n'y avait aucun problème entre eux.
- Bien, puisque tout va bien, continuons ce fichu projet. Tu sais que je n'ai jamais travaillé autant ?
En disant cela, il sortit de son sac des parchemins, sa plume et son encrier. Ce ne fut que lorsqu'il posa ce dernier sur la table qu'il se rendit compte de son oubli. Il aurait dû aller récupérer un essai à la bibliothèque. Celui de Bolutra Tendric, une médicomage qui avait écrit sur les propriétés de plantes lors des pleines lunes.
- Désolé Remus, ça m'est complètement sorti de la tête ! Je fais un aller-retour rapide pour aller le chercher.
Sans attendre que le Gryffondor lui réponde, Harry prit son sac et sortit de la salle. Il entendit tout juste Hermione lui demander de regarder si Sirius était toujours là-bas. Il courut presque dans les couloirs, ne ralentissant que lorsqu'il fut à quelques mètres de la bibliothèque. Le souffle rapide, il se dirigea vers la section qui l'intéressait.
- Tu es sûr de pouvoir faire confiance à Taylor ? entendit-il alors qu'il s'apprêtait à prendre le livre.
Intrigué, il s'interrompit. Il était à peu près sûr d'avoir reconnu le timbre de Peter. Silencieux, il s'approcha des voix. De là où il était, il pouvait distinguer clairement le petit Gryffondor sans que celui-ci ne le voit. Il parlait à quelqu'un qu'Harry ne voyait pas.
- Je ne remets pas en doute Hermione, c'est quelqu'un de très gentil. Mais ce Taylor ne m'inspire rien qui vaille. Tu as vu comment il se colle à elle tout le temps ? Il y a forcément un truc de louche.
- Arrête Peter… souffla la voix de Sirius.
Harry arrêta de respirer l'espace de quelques secondes. Peter était en train de le discréditer auprès de Sirius ? Pourquoi ? Qu'avait-il fait ? Bien qu'il ait de très mauvais souvenirs avec cet homme, il n'avait fait que se montrer courtois depuis le début de l'année.
- C'est un bon gars, j'ai passé mon été avec lui ! continua Sirius, le coupant dans ses pensées.
- Justement ! pointa Peter. Pourquoi tu as dû passer l'été avec lui ? Parce qu'Hermione ne voulait pas le quitter.
- C'est vrai… murmura Sirius.
- Et quand tu étais à ton entraînement hier, ils étaient seuls dans la Salle sur Demande. Il s'est endormi sur le canapé, la tête sur les genoux d'Hermione et elle lui massait le crâne ! Je suis sûr que si je m'étais approché, je l'aurais entendu ronronner…
- Mais- commença Paddy.
- Non Sirius, je t'assure qu'il y a un truc pas clair avec lui ! Il ne t'apportera que du malheur.
C'en fut trop pour Harry. Oubliant le pourquoi de sa visite, il se précipita en dehors de la bibliothèque. Il courut dans les couloirs, se dirigeant sans même réfléchir. Il savait juste qu'il avait besoin d'air, de hauteur, de calme.
Lorsqu'il reprit ses esprits, il était au sommet de la plus haute tour du château. C'était l'endroit même où, dans une autre vie, il avait délivré Sirius pour qu'il échappe au baiser du détraqueur. Ce moment de sa vie avait été si intense. C'était l'instant où il avait osé rêver d'une famille, d'une vie normale. Un instant au cours duquel il s'était dit que Sirius était la personne la plus importante de sa vie.
Et que faisait-il à présent ?
Il gâchait le bonheur de Sirius alors que celui-ci avait trouvé la personne parfaite pour lui. Il le faisait douter. Douter de l'amour inébranlable qu'éprouvait Hermione pour lui. Son arrivée ici pourrait-elle briser le couple ? Hermione avait assez souffert au cours de ses années et elle semblait enfin heureuse, enfin sereine. Harry ne pouvait pas accepter d'être la cause de tension entre eux.
Il se força à respirer profondément, reprenant son calme, puis regarda autour de lui. Il faisait sombre et après s'être assis sur le sol, il sortit sa baguette et invoqua un petit feu bleu, regardant les flammes danser devant ses yeux. Il fit le vide dans son esprit et profita de ce moment de solitude.
En tant que Pitiponk, il était allé et venu à sa guise, avait exploré le château durant des heures et avait bénéficié de longues nuits paisibles à arpenter les couloirs. Seul. Il avait profité de cet état pour se recentrer, profiter de la nature et tout cela était parti depuis qu'il était redevenu lui-même. Il avait passé quelques jours avec Hermione, puis était resté un mois chez James avant d'arriver à Poudlard où il avait passé son temps entre les cours, les Maraudeurs, les dortoirs.
Il devrait faire attention à son comportement avec Hermione. Il n'était plus Pitiponk et ne pouvait plus être avec elle comme il l'avait été auparavant. Il devait aussi le faire pour lui, pour limiter sa fatigue et pour comprendre les comportements félins qui le traversaient parfois.
.oOo.
- Je te trouve enfin, résonna une voix derrière Harry.
Celui-ci se figea, cessant tout mouvement alors qu'il jouait négligemment avec une brindille sur le sol en pierre. Il avait trouvé refuge dans la tour, pour être un peu seul et éviter les questions de Remus. Celui-ci devenait suspicieux et Harry pensait qu'il était le seul à avoir remarqué son comportement étrange.
- Tu me cherchais ? demanda le Poufsouffle en se retournant finalement vers Remus.
- Tu as disparu après qu'Hermione se soit assise à côté de toi dans la Salle sur Demande.
- Ah… murmura Harry. Je n'ai pas remarqué. J'avais juste besoin de prendre un peu l'air.
- On t'a déjà dit que tu étais un horrible menteur, Harry Taylor ?
- Pas en ses termes… grogna le Poufsouffle.
C'était vrai. On lui avait déjà fait ce reproche, mais toujours à Harry Potter. Apparemment, il n'était pas meilleur en tant que Taylor.
- Ne t'inquiète pas, reprit-il. Je suis juste en train de réajuster mes curseurs "Pitiponk".
- Réajuster tes curseurs ? répéta Remus.
Harry hocha la tête, mais ne répondit pas immédiatement, prenant un temps de réflexion pour trouver les mots justes.
- Disons que j'essaie de voir à quel point le comportement de Pitiponk m'affecte, pour essayer de mieux les comprendre et agir en conséquence ? Tu vois ce que je veux dire ?
- Oui, mais pourquoi ?
- Comprendre Pitiponk, c'est me comprendre par la même occasion, répondit Harry. Je pense que c'est important.
Il garda sous silence la relation de Sirius et Hermione. Il n'avait pas l'intention non plus de lui parler de la conversation qu'il avait entendue entre les deux Animagus. Prendre ses distances avec Hermione n'était pas si facile, au-delà des habitudes qu'il avait prises et qui étaient difficiles à oublier du jour au lendemain, Hermione restait sa meilleure amie. Il avait toujours été très proche d'elle, très tactile avec elle. Il pouvait cependant comprendre que son comportement pouvait affecter Sirius, et il ne voulait absolument pas être un frein dans son couple.
- Donc tout va bien avec Hermione ? s'enquit Remus, un soupçon de doute dans la voix. Ou avec Sirius ?
Harry hocha une nouvelle fois la tête et sourit, espérant que sa surprise ne se voit pas sur son visage. Il savait depuis longtemps que Remus était quelqu'un de très observateur et perspicace, mais ce dernier continuait de l'impressionner tous les jours par ses talents.
- Tout va bien, fit Harry, essayant le plus possible de paraître convaincant.
Remus l'observa quelques instants, puis soupira.
- Je ne suis pas convaincu Taylor, mais puisque tu dis que tout va bien, je te fais confiance.
- Assez parlé de moi, déclara Harry. Ça va toi ? La pleine lune est ce soir, ajouta-t-il à voix basse, regardant l'horizon.
- Oui. C'est pour ça que je voulais te voir. J'avais envie de te trouver avant de m'enfermer dans cette horrible maison.
- Pourquoi ? demanda doucement Harry.
- Je ne sais pas, répondit Remus à voix basse. J'aimais me réveiller à l'infirmerie avec Pitiponk sur mon torse. Il me manque parfois.
- Je suis désolé.
- Pourquoi t'excuserais-tu ?
- Pour t'avoir offert du réconfort mais te l'avoir retiré.
- Je préfère l'avoir connu et le perdre que ne jamais l'avoir ressenti… murmura Remus.
Après un instant de silence durant lequel les deux jeunes hommes regardèrent le soleil descendre lentement sur la forêt interdite, le loup-garou reprit :
- Ce qui me manque le plus, c'est de voir Madame Pomfresh te courir après dans l'infirmerie avec un balai à la main au réveil, rit-il.
- C'est vrai qu'elle n'apprécie pas les animaux dans son domaine, répondit Harry avec un sourire doux. Ça ne m'a pas empêché de revenir chaque mois.
Un nouveau silence prit place et ce fut à nouveau Remus qui le brisa, voyant la nuit arriver.
- Quand il faut y aller… soupira-t-il, avant de se détourner.
- Remus, l'interpella Harry, l'arrêtant à la porte. Je vais rester ici cette nuit. Si vous sortez de la cabane, je le saurai.
Remus acquiesça silencieusement et partit, la tête basse. Ils avaient déjà beaucoup parlé des nuits de pleine lune. D'abord, Remus y avait été encouragé par Newt, puis il avait fini par se livrer de plus en plus souvent à Harry. Il lui avait révélé que parfois, les Maraudeurs ouvraient la porte de la Cabane Hurlante pour se balader dans la forêt interdite avec le loup-garou.
Il était vrai que la cabane était petite pour trois énormes animaux, Peter ne prenant quant à lui que peu de place. Mais si les Animagus pouvaient maîtriser le loup en cas de débordement, c'était tout de même trop dangereux. Ils auraient pu tuer ou transformer n'importe qui à Poudlard ou Pré-au-Lard par accident.
Harry s'assit sur la rambarde, les pieds dans le vide. Il se passa un peu moins d'une heure avant que Madame Pomfresh et Remus sortent du château. L'infirmière, recouverte d'une épaisse cape de laine, parlait doucement au Gryffondor. Harry la vit effectuer un mouvement léger du poignet puis le Saule se figea. Ils entrèrent dans le tunnel et, à peine quelques minutes plus tard, Madame Pomfresh en ressortait.
Cette dernière était tout juste rentrée dans le château quand les portes s'ouvrirent une nouvelle fois. Invisibles à l'œil nu, James, Peter et Sirius étaient sûrement en train de traverser le parc, cachés sous la cape d'invisibilité du premier. Harry sut rapidement qu'il avait raison. Au beau milieu de l'étendu d'herbe, Sirius sortit de la cape et fit des grands signes de main à son attention, avant de se remettre à l'abri des regards. Harry ne prit pas peine de lui répondre, soupirant de dépit face à l'inconscience du Gryffondor.
- A quoi sert votre cape d'invisibilité si vous prenez des risques comme ça ? murmura-t-il pour lui-même.
Harry les observa, ou plutôt les imagina, figer le Saule Cogneur, puis décida de se caler dans un coin de la tour. Il avait remarqué que s'il appréciait s'allonger à côté d'un feu de bois ou se glisser sous des couvertures épaisses, il n'était pas plus atteint que cela par le froid. A partir du moment où il était à l'abri du vent et qu'il portait une cape en laine, il pouvait attendre dehors sans trop souffrir.
Il resta une heure à fixer la sortie de la Cabane Hurlante, perdu dans ses pensées, puis il s'endormit, roulé en boule comme il en avait désormais l'habitude. Ce fut un hurlement qui le réveilla. La lune était ronde et avait déjà commencé à redescendre dans le ciel, et aucun nuage ne venait la cacher. Elle éclairait l'intégralité du parc, et Harry y voyait presque comme en plein jour. Il se releva doucement, s'étirant et se rapprocha du bord de la tour, cherchant du regard les Maraudeurs.
Il se passa un long moment avant qu'il aperçoive la forme élégante du cerf apparaître à l'orée de la forêt, le plus près possible du Saule Cogneur. Un instant, il se demanda comment ils allaient faire pour rentrer dans le tunnel sous leur forme Animagus, ou comment ils en sortaient. Dans son souvenir, le passage ne permettait pas à un cerf de passer.
Loin de ces questionnements, Cornedrue gambadait joyeusement. Il esquiva les branches folles de l'arbre puis ce dernier se figea, le cerf entra alors dans le passage, ne semblant aucunement gêné par l'étroitesse du tunnel et Harry se jura de demander à James comment il faisait.
Quelques secondes plus tard, Hary perçut de nombreux aboiements. Il vit alors Patmol sortir de la forêt en trombe, sautant en tout sens. Le Poufsouffle ne put retenir un frisson en voyant la silhouette du loup-garou. Les deux canidés coururent dans le parc et s'arrêtèrent quelques instants devant le Saule Cogneur et roulèrent au sol en jappant, essayant de s'attraper et de se mordiller.
Après quelques instants, ils entrèrent et le saule recommença à ondulé. Harry soupira de soulagement, constatant qu'il ne s'était rien passé de grave. Il avait essayé de prévenir les Maraudeurs qu'ils prenaient énormément de risque, mais ils étaient encore jeunes et fougueux. Passer une nuit entière dans un si petit endroit n'était pas facile.
Harry leur avait dit qu'il les surveillerait, mais il avait conscience que sa marge de manœuvre était réduite. Il ne pourrait pas faire grand chose en cas de problème. Au moins, il pourrait créer des diversions si les professeurs s'approchaient.
Harry ferma lentement les yeux et les rouvrit lorsqu'il entendit des bruits en bas de la tour. Les Maraudeurs rentraient dans leur dortoir après avoir laissé Remus. Quelques temps plus tard, il entendit un hurlement lointain et vit le soleil se lever, signe que la transformation était terminée. Madame Pomfresh poussa les grandes portes du château et marcha jusqu'à la cabane. Elle y entra et sortit quelques minutes plus tard, faisant léviter une civière.
Le Poufsouffle se concentra sur la forme étendue, sachant qu'il s'agissait de Remus. Ce dernier devait souffrir et Harry essaya de voir le moindre signe qui pouvait montrer à quel point. Il était malheureusement trop loin et décida d'attendre un peu que Madame Pomfresh retourne se coucher avant de s'infiltrer dans l'infirmerie.
Après une vingtaine de minutes de sieste, Harry redescendit les marches de la tour. Il était à l'affût du moindre bruit de pas, du moindre signe. Il aperçut Severus sur le chemin, qui semblait descendre vers les cachots, se tamisant dans l'ombre, et se demanda brièvement ce qu'il faisait là si tôt. Lorsqu'il fut devant l'infirmerie, il attendit patiemment pour s'assurer que personne n'y était à part Remus, et entra.
Il le trouva sur le lit du fond. Un bandage autour du biceps, un autre autour de la cuisse, fatigué mais éveillé. Ses grands yeux d'ambre n'avaient pas perdu leur petite lueur animale alors qu'il fixait le plafond, plongé dans ses pensées
- Remus, murmura Harry.
Le Gryffondor tourna brusquement la tête et scruta la pénombre. Le Poufsouffle s'avança lentement, comme pour ne pas l'effrayer. C'était peut-être ridicule, Remus était toujours son ami, le doux et gentil Remus, mais Harry connaissait parfaitement cette sensation de ne plus être soi-même, tout en l'étant encore un peu.
- Qu'est-ce que tu fais ici ? demanda le loup-garou d'une voix rauque.
- A ton avis... J'ai un problème sur mon ongle du petit orteil.
- Oh…
- Mais non, idiot, murmura Harry, levant les yeux au ciel. Je m'inquiète pour toi.
- Tu ne devrais pas, répondit Remus. Tu prends un risque en étant là, et si Madame Pomfresh te voyait ?
- Elle dort comme un loir, se moqua Harry. Tu ne l'entends pas ronfler ?
Remus se tourna vers la porte qui donnait sur les appartements de l'infirmière puis fixa à nouveau Harry.
- Tu l'entends réellement ?
- Non, rit Harry. J'ai une meilleure ouïe, mais pas à ce point. Comment vas-tu ?
Le Gryffondor ne répondit pas immédiatement, partagé entre l'idée de faire sortir Harry de cette infirmerie pour qu'il ne prenne aucun risque et l'envie qu'il reste pour lui tenir compagnie.
- Comme tous les matins de lendemain de pleine lune, finit-il par dire. J'ai l'impression d'être passé sous le Poudlard Express.
Harry grimaça, compatissant.
- Je connais ça, j'étais un vrai casse-cou avant, je ne compte pas le nombre de fois où je me suis réveillé dans un lit alors que je m'y étais clairement pas couché.
Remus haussa un sourcil, intrigué. Afin de répondre à sa question silencieuse, mais surtout de le distraire, Harry lui raconta plusieurs des situations au cours desquelles il avait atterri à l'infirmerie. Pour ne pas éveiller les soupçons sur son passé, il adapta les époques et parfois les circonstances. L'effet fut celui escompté. Rapidement, Remus se dérida, se moquant gentiment de son ami.
- Madame Pomfresh va bientôt se lever, déclara Harry presque trente minutes plus tard. A tout à l'heure.
Il fit un grand sourire à Remus et s'éloigna le plus silencieusement possible. Juste avant de passer les portes de l'infirmerie, il adressa un geste de la main à son ami. Personne n'était encore dans le couloir, mais Harry ne doutait pas que les trois derniers Maraudeurs ne tarderaient pas à arriver. Il décida pour sa part, de faire un aller-retour rapide à sa Salle Commune pour prendre une douche et se changer.
Quand il atteignit les dortoirs de sa maison, ses camarades étaient toujours dans les bras de Morphée.
- Dire que tout le monde pense que je suis un gros dormeur, murmura-t-il pour lui-même, souriant de la situation.
Il fit un rapide passage dans la salle de bain, se retint de se glisser dans son lit une fois habillé, puis sortit des dortoirs, reprenant la direction de l'infirmerie. Quand il y arriva, une trentaine de minutes après son départ, il trouva en effet Sirius, James et Peter au chevet de Remus.
- … et là tu as hurlé à la mort, alors on a décidé qu'il valait mieux rentrer, disait Sirius, riant avec les Maraudeurs.
Remus souriait mais n'avait pas l'air véritablement heureux. Harry pouvait imaginer que malgré la formidable aventure narrée par son ami, il était à la fois triste de le vivre et déçu de ne pas s'en souvenir.
- Vous trouvez ça amusant ? demanda le Poufsouffle en s'approchant.
- Salut Harry ! On t'a vu en haut de la tour ! De quoi tu parles ? demanda James, sincèrement curieux.
- Je vous ai dit plusieurs fois que permettre à Lunard de sortir était dangereux.
- Arrête d'être rabat-joie, répondit Peter avec un signe de main nonchalant.
- Nous sommes là pour contrôler la situation ! reprit Sirius, bombant le torse. Lunard n'est rien de plus qu'un gros loup mal léché. Il ne ferait pas de mal à une mouche !
Harry vit distinctement la grimace qu'afficha Remus, bien que les autres, tourné vers le nouvel arrivant, ne le firent pas. Parler de lui en ses termes, avait certainement pour but de diminuer sa douleur, sa souffrance. Harry ne pensait pas que c'était ce que Remus souhaitait vraiment, mais il l'acceptait en silence, pour ses amis, pour les voir rire et s'amuser.
- Lunard est bien plus qu'un simple loup, répondit Harry d'une voix sombre. C'est votre ami qui lutte de chaque fibre de son être pour pouvoir être lui-même. C'est votre ami qui ne souhaite blesser personne et qui est pourtant tenté de le faire à chaque pleine lune. C'est votre ami qui a l'impression d'être déchiré en deux alors que vous riez.
- De quoi tu te mêles Taylor… grogna Peter.
- C'est vrai ! reprit Sirius. On est devenu des Animagi pour lui et il le sait ! Tous les efforts déployés au cours de ses années sont simplement pour être avec lui et le soutenir. Tu es avec nous depuis deux mois, Harry. Ne fais pas comme si tu savais mieux que nous ce qu'il ressentait.
Harry ressentit la tension qui s'était installé entre lui et Sirius depuis le jour où il avait surpris sa discussion avec Peter. Les deux se fixèrent intensément et Harry était certain de voir le regard de son ami vaciller. Il doutait. Il doutait de lui.
Cependant, Harry n'était pas prêt à laisser tomber Remus. Il était certain de ce qu'il avançait : Remus souffrait de la situation.
- Et s'il échappait à votre vigilance ! grogna-t-il. Tout ceci n'est pas un jeu ! S'il venait à mordre quelqu'un, non seulement il aurait des problèmes avec la justice, mais il se sentirait affreusement coupable ! Vous le savez très bien.
- Ça ne peut pas arriver ! gloussa James, tentant d'alléger l'ambiance. On s'amuse trop durant ses nuits et Lunard adore jouer, il ne nous quitte pas d'une semelle. J'ai hâte de raconter cette histoire à mes enfants ! Ils n'en reviendront pas de tout ce que nous avons pu faire avant même d'être majeur.
Harry haleta.
- Tu crois qu'ils seraient fiers que tu aies mis les habitants de Pré-au-Lard en danger ? Ainsi que l'un de tes meilleurs amis ? Vous faites ça pour vous, uniquement, pas pour Remus. Pour avoir une super histoire des Maraudeurs à détailler. Eh bien j'en ai une autre d'histoire : Celle de Patmol, Queudver et Cornedrue qui n'ont pas vu la tristesse dans les yeux de Lunard lorsqu'ils vantent leurs exploits et exhibent leurs blessures de la nuit.
Sur ce, Harry sortit de l'infirmerie, claquant la porte derrière lui.
Bonjour à tous !
Nous espérons que ce chapitre a été plaisant à lire ! Encore une fois, nos deux vies ne nous permettent pas de vous accorder beaucoup de temps, malheureusement. Ce début de vacances accélère les choses pour nous, mais nous restons présent pour lire vos toujours plus adorables reviews !
Comment les Maraudeurs vont-ils réagir ? Harry s'en voudra-t-il après son débordement ? Peter va-t-il s'excuser ? La suite, après la... semaine !
Bonne semaine à vous.
Aupaupsi
