One-shot écrit dans le cadre de la cent-trente-neuvième nuit d'écriture du FoF (Forum Francophone), sur le thème "Trame". Entre 21h et 4h du matin, un thème par heure et autant de temps pour écrire un texte sur ce thème. Pour plus de précisions, vous pouvez m'envoyer un MP !
Ce texte est rating T pour mauvais traitements suggérés.
Téa sentit ses mains se mettre à trembler quand des pas retentirent dans le couloir obscur, en résonnant étrangement contre le sol de pierre et sous le plafond massif, fait pour supporter les tonnes et les tonnes de sable qui se trouvaient au-dessus d'eux. Les gardiens de tombeaux réfractaires qui se trouvaient là avaient peut-être fait les choses en grand, avec la construction de cette ville souterraine épatante, mais ils avaient oublié la moquette. Ici, on entendait toujours les gens arriver. C'était l'une des premières choses que la jeune femme avait remarquées en arrivant ici, terrorisée et captive. La peur omniprésente lui avait presque donné des réflexes de bête. Elle écoutait toujours les bruits qui résonnaient, même quand elle dormait.
Heureusement, contrairement à ce qu'on pouvait craindre par superstition, les battements de cœur, de son cœur à elle, n'étaient, eux, pas audibles à l'extérieur. Personne ne pouvait entendre à quel point elle se sentait angoissée, ni distinguer la sueur qui mouillait sa nuque. Il faisait trop sombre, malgré la lumière des lampes à huile. Alors, elle n'avait pas besoin d'essayer de calmer son rythme cardiaque, seulement de faire en sorte que ses enfants ne voient pas ses mains qui tremblaient. Dès l'apparition des bruits de pas, elle cacha ses doigts sous ses fesses, feignant une posture décontractée et joueuse.
« Et donc, les deux enfants décidèrent de préparer un grand et délicieux gâteau, raconta-t-elle avec fausse bonne humeur, modifiant drastiquement la trame de son récit. Un gâteau à la crème avec des fruits rouges…
-Comme les écailles de Sliffer le Dragon du Ciel ? demanda Morgan, le plus jeune de ses deux garçons, qui avait alors trois ans.
-Oui, mon étoile… Comme Sliffer le Dragon du Ciel, confirma Téa en avalant sa salive. Ils décidèrent d'offrir ce gâteau aux dieux pour… pour les remercier de leur protection et… et simplement être reconnaissants de ce que la vie leur apportait… »
Téa entendit les pas disparaître dans le couloir. Ses mains cessèrent de trembler et elle ajouta, la bouche toujours sèche :
« Et également pour demander aux dieux de les aider à courir aussi vite que possible, dans le sable du désert, quand ils seraient enfin dehors… »
Soudain, un autre bruit de pas se fit entendre. Cette improvisation-là était facile. Téa mentit à toute vitesse :
« Parce que l'extérieur est un endroit dangereux, plein d'hommes qui vous veulent du mal. Il y a évidemment beaucoup moins de périls à vivre sous terre, là où les vôtres prendront soin de vous, comme vous prendrez soin des dieux… »
La présence devant la porte de la chambre disparut encore. L'ancienne danseuse avait mal à la tête à force de se concentrer autant, de chercher un « conte » convenable aux yeux de ses bourreaux quand l'un d'eux passait à proximité, au cas où il l'entendrait, mais aussi à faire en sorte que le récit reste cohérent pour ses deux garçons. Ils devaient comprendre le plan de leur mère afin qu'ils adoptent naturellement le comportement qu'elle voulait lorsqu'elle lancerait leur évasion. Ce ne serait qu'un jeu pour eux, mais il était primordial qu'ils y mettent tous leurs efforts.
« On est plus en sécurité dans les souterrains, mais on n'y est pas libre, murmura Téa en se penchant sur ses fils. On ne peut pas y voir le ciel, ni les étoiles, ni la mer… On ne peut pas chanter et danser à sa guise et lire les histoires qu'on a envie de lire. C'est pour ça qu'on s'en va, tous les trois, d'accord ?
-Maman, pourquoi Père ne vient pas avec nous ? s'enquit Heru, les plus âgé des deux garçons, qui avait alors cinq ans. »
Téa ferma les yeux et prit une grande inspiration. Elle redoutait cette question. Si elle était prisonnière de ces gardiens depuis près de six ans, kidnappée, frappée, mariée de force, maltraitée, ce n'était pas le cas des fils qu'elle avait eus d'un de ses bourreaux. Eux, ils étaient des enfants des souterrains, ils étaient choyés et aimés par leur père et le reste de la communauté. Ils n'avaient aucune raison de vouloir partir et avaient sans doute peu conscience de ce que leur mère vivait au quotidien.
« Parce que votre père, expliqua Téa doucement, est certain que l'extérieur est mauvais pour vous. Mais nous allons lui montrer, d'accord ? Lorsqu'il verra que vous êtes heureux, il comprendra qu'il n'a rien à craindre. »
C'était faux, bien sûr. Mais les deux enfants hochèrent la tête. Téa contempla longuement le visage d'Heru. Comme il ressemblait à son père… Ses yeux, son expression sérieuse, ses cheveux châtains… Il n'y avait que son teint qui était clair, clair comme le sien, un phénomène que la jeune femme ne s'expliquait pas. Pourquoi ses fils n'étaient-ils pas nés métissés ? Une humiliation de plus que les gardiens réfractaires lui faisaient vivre au quotidien. Ça, en plus du fait que Morgan lui ressemblait beaucoup trop à elle à leur goût, avec ses cheveux acajou, ses grands yeux et son air perpétuellement optimiste.
Téa ferma les yeux et posa sa main sur son ventre. Elle savait qu'elle était de nouveau enceinte de son mari imposé. Elle ne savait pas à quoi ressemblerait le bébé, mais elle refusait qu'il naisse dans cet endroit lugubre. Dans la faible lueur des lampes, le dessin qu'elle avait tracé sur le dos de sa main luisit doucement. Le même que celui que Yugi, Joey, Tristan et elle avaient partagé, en signe de leur amitié, avant d'affronter Kaiba, il y avait comme une éternité de ça. Ce symbole lui donnait de la force. Elle ne devait pas craquer maintenant et elle devait s'en sortir, avec ses enfants.
« Allez, si vous avez bien écouté le jeu, c'est l'heure de nous rendre à la cuisine, décréta Téa en se levant péniblement.
-Préparer le gâteau pour Sliffer, Maman, renchérit Morgan pour lui montrer qu'il avait écouté. »
Téa ne répondit pas. La cuisine, s'échapper par le puits… Retrouver la fratrie Ishtar qui devait encore habiter dans le coin, ou encore leur clan qui n'était pas composé de gardiens de tombeaux dissidents et barbares. Eux, ils pourraient sûrement l'aider. Elle devait y croire.
