Note de l'auteur : Cette histoire commence à dater d'il y a quelques années déjà. Je l'avais à l'origine publié sur un autre site. Mais je me suis dit que ça pourrait être bien de la mettre également ici. Bonne lecture !
Journal d'un enchanteur
Chapitre 1
Le soleil brillait dans un ciel pur dépourvu de tout nuage. Il faisait très beau en cette fin juin et les rues grouillaient de badauds braillards. Beaucoup avaient opté pour une balade dans les quartiers sorciers de Londres en ce samedi après-midi afin de profiter de cette chaleur assez étonnante pour le climat anglais auquel ils étaient d'ordinaire habitués.
Beaucoup de fenêtres étaient ouvertes, et de certaines s'échappaient des particules lumineuses ou des flashs indistincts. Les boutiques étaient pleines et les gallions passaient d'une main à une autre. Tous semblaient se complaire de ce beau temps qui était parti pour durer.
Spica soupira pour la cent douzième fois ce jour-là.
Il le savait. Il avait compté. Car cela correspondait malheureusement aux hurlements des gamins qui jouaient dans la cour juste derrière son échoppe.
Il avait l'impression désagréable d'avoir déjà tout tenté. Les runes de protection n'avaient rien changé et même le sort de silence que son voisin avait lancé sur les briques et vitres n'avait rien fait pour atténuer le bruit extérieur. C'était comme si les cris de banshee que poussaient les gosses au-dehors étaient capables de transpercer les murs les plus épais.
Il soupira pour la cent treizième fois tandis qu'un ballon à la couleur rose fluo cognait contre l'une de ses vitres.
Il avait horreur de l'été. Et cela n'était pas nouveau.
L'été était synonyme pour l'une d'une baisse cruciale de son chiffre d'affaires, car tous étaient bien trop préoccupés par le beau temps et la chaleur pour se soucier de la protection de leur maison.
Pire, l'engouement certain suscité par l'évasion de Sirius Black un an plus tôt avait depuis tragiquement décru. Et il en était revenu à vendre de banales amulettes de protection pour nouveaux nés et animaux de compagnie divers.
Il grogna en jetant un coup d'œil à l'extérieur.
Il avait horreur du soleil et de cette chaleur insupportable.
En tant que résident permanent de l'allée des enchanteurs, il était plutôt habitué au brouillard continuel et au ciel gris qui semblait régner perpétuellement dans ces ruelles étroites.
À mi-chemin entre le chemin de traverse et l'allée des embrumes, l'allée des enchanteurs n'avait pas très bonne réputation. On y croisait beaucoup de sorciers moyens, qui n'avaient guère assez de gallions pour se loger dans les quartiers les plus huppés du monde sorciers, mais qui souhaitaient rester proches des commodités qu'offrait le chemin de traverse.
Mais là n'était pas la spécificité la plus importante de cet endroit.
Spica effleura distraitement les runes qui étaient gravées sur son banc de travail.
Il était un enchanteur, comme la plupart des commerçants de cette rue.
Il gagnait sa vie en enchantant les objets les plus simples, en les transformant, en leur donnant une nouvelle utilité. Cela passait notamment par une incroyable quantité d'enchaînements runiques de protection dont lui seul avait le secret et autour desquels il avait bâti sa clientèle.
Il était l'un des meilleurs, si ce n'était le plus doué. Et sa connaissance des arts occultes, propre à sa famille, se faisait que renforcer son expertise à ce sujet.
Le seul pépin dans l'histoire était le pouvoir grandissant que tentait d'exercer le ministère sur ses activités. Cela passait notamment par la régulation de l'enchantement des objets moldus et cela signifiait pour Spica une baisse cruciale de son chiffre d'affaires.
Heureusement pour lui qu'il ne jouait pas tout à fait dans la même cour que ces idiots de bureaucrates.
Il leva la tête lorsque le carillon de la porte d'entrée retentit.
Quelqu'un venait d'entrer dans sa boutique. Un étranger dont il lui était impossible de distinguer le visage à cause de la lourde cape qui l'englobait complètement.
Spica songea distraitement que l'individu devait sérieusement mourir de chaud là-dessous.
Mais cela n'était pas vraiment son problème.
-Que puis-je faire pour vous ? s'enquit-il en faisant plusieurs pas en avant.
L'étranger resta silencieux durant de longues secondes, comme s'il observait attentivement l'échoppe dans laquelle il venait de pénétrer.
Spica dut se retenir pour ne pas rouler des yeux. Il avait horreur de ce genre d'individus. Des hommes qui se dissimulaient sous une fausse apparence comme pour se donner un air mystérieux, inapprochable.
C'était précisément ce genre d'idiots qui se lançaient dans la magie noire et qui mourraient à peine quelques mois plus tard, car un rituel s'était retourné contre eux.
C'était pitoyable.
-Je cherche des informations sur les runes sombres, articula enfin l'étranger.
-Je vois, marmonna Spica.
Il avait vu juste, et cela l'agaçait encore plus. Pourquoi fallait-il toujours que ce soit lui qui ait à faire à ce genre d'énergumènes ?
Depuis quelques années, de plus en plus de ces mages noirs novices fuyaient l'allée des embrumes, devenue de plus en plus dangereuse. Spica pouvait encore y mettre les pieds, mais c'était seulement parce qu'il était un habitué des lieux, et qu'il avait plus d'un tour dans son sac.
D'autres s'étaient peu à peu redirigés vers l'allée des enchanteurs, qui gagnait donc progressivement une réputation de plus en plus sombre.
C'était bon pour les affaires, mais ce n'était pas forcément du goût de l'homme. Déjà qu'il n'était pas déjà très bien considéré de la part du sorcier moyen et du ministère. Voilà qu'on le rattachait de plus en plus à la magie noire.
Il secoua la tête puis se déplaça jusqu'à une étagère dans le fond du magasin. Il en tira deux livres poussiéreux, puis refit le trajet inverse pour les apporter au visiteur.
-Cela devrait vous convenir, fit-il. Je les ai dénichés dans l'allée des embrumes i peine quelques jours. De la marchandise toute récente. Mon contact m'a informé qu'ils provenaient de la bibliothèque d'une famille de sang pur qui cherche en ce moment à se débarrasser de ce genre de littérature. Si vous voyez ce que je veux dire...
Il vit les yeux de son interlocuteur s'allumer d'une étincelle soudaine.
Il soupira intérieurement.
C'était presque trop facile.
-Combien ? siffla l'homme.
-Cent gallions, lâcha Spica.
C'était trois fois le prix auquel il avait obtenu ces ouvrages. Mais ça, l'homme n'était pas censé le savoir.
-C'est hors de prix ! s'insurgea l'étranger. Vous vous fichez du monde !
Mais Spica garda une expression impassible.
-C'est le prix à payer pour la connaissance que contiennent ces grimoires, rétorqua-t-il d'un ton sec. Vous ne trouverez pas mieux dans cette allée. Si vous souhaitez avoir un prix plus bas, orientez-vous vers l'allée des embrumes.
Ils se dévisagèrent durant de longues secondes. Mais lorsque Spica fit mine de retourner vers le fond du magasin pour reposer les deux grimoires, il perçut le tintement des pièces sous la cape de l'homme.
-Très bien. Cent gallions.
Les pièces changèrent de main. Celle de l'homme était moite. Les gallions puaient la sueur et la magie noire.
Mais Spica s'en fichait.
C'était son gagne-pain.
Et c'était surtout la promesse d'une cagnotte bien remplie cette semaine-là. Ses projets personnels actuels demandaient beaucoup d'argent et il n'avait pas fini d'arnaquer les soi-disant mages noirs, surtout si cela lui permettait d'empocher une petite fortune.
La porte claqua lorsque l'étranger sortit de la boutique, et Spica soupira profondément tandis que le carillon qu'il avait enchanté faisait une embardée et manquait de se décrocher. La politesse se perdait de plus en plus ces derniers temps. Et certains se mettaient en tête qu'ils avaient le dessus sur les autres simplement parce qu'ils avaient touché à un type de magie plus dangereux que les sorts ordinaires.
C'était vraiment pitoyable.
Il ouvrit la porte de l'échoppe et jeta un coup d'œil à l'extérieur. L'étranger s'éclipsait déjà dans une des ruelles adjacentes d'un pas bien trop rapide pour être totalement innocent.
Un éclat doré au sol attira l'œil de Spica, et il ramassa le gallion qui était tombé sur l'un de pavés de la rue.
Il renifla d'un air amusé.
Son client était-il si peu soigneux qu'il se souciait peu de son argent ? Ou peut-être avait-il bien trop peur d'être attrapé par les aurors et avait-il donc préféré ne pas revenir en arrière pour ramasser l'argent qu'il avait malencontreusement égaré ?
Dans tous les cas, c'était un bénéfice de plus pour lui. Peut-être pourrait-il même utiliser cet argent pour payer les gamins derrière s'ils lui promettaient d'arrêter de hurler toutes les trois minutes.
Il retourna à l'intérieur puis referma la porte derrière lui, non sans jeter un dernier regard dans la ruelle pour tenter d'apercevoir une dernière fois ce qu'il considérait désormais comme le mage noir le plus pathétique de tous les temps.
Une explosion retentit dans l'arrière-boutique.
-Maître Spica !
Tout occupé qu'il était à observer le cheminement de son client le plus récent dans la ruelle au-dehors, Spica sursauta violemment.
Le monde tourna autour de lui. Sa vision changea brusquement.
Il releva la tête pour fixer les yeux noisette du jeune homme penché au-dessus de lui.
Comme à chaque fois, des mèches blondes s'étaient échappées du catogan du garçon, donnant comme toujours l'impression qu'il sortait tout juste d'une sorte de bataille étrange.
-Maître Spica ?
-Miaou !
Spica, l'un des enchanteurs les plus réputés de cette allée, un homme aux multiples ennemis fait de clients mécontents, l'expert que tous venaient voir pour des magies des plus complexes s'étira largement puis bailla, dévoilant à son apprenti des crocs acérés.
Le jeune homme ne parut toutefois pas du tout impressionné et se pencha même pour ramasser le minuscule chat noir qui avait pris la place de son maître.
-Souhaitez-vous que je vous amène dans l'arrière-boutique, Maître ? s'enquit-il.
Il n'eut pour unique réponse qu'un miaulement offensé. Le chat le dévisageait d'un air tellement offensé avec les mêmes yeux gris que ceux de son maître. C'était étonnant à quel point un sorcier et sa forme animagus pouvaient avoir les mêmes expressions.
Le jeune homme eut un sourire en coin.
-Je vois.
À peine quelques secondes plus tard, le chat lui sauta des bras et se transforma aussitôt en l'enchanteur le plus doué de toute l'allée.
-Sans commentaire, grogna-t-il tout en faisant de son mieux pour masquer le rouge qui recouvrait ses joues.
Cela faisait déjà près d'un an qu'Azhar travaillait pour lui. Le jeune homme terminait une maîtrise en runes et espérait ensuite parcourir le monde pour vendre ses talents et acquérir de nouveaux savoirs. Une quête noble, que Spica avait lui-même accomplie des années plus tôt.
Ce n'était pas la première fois qu'Azhar était témoin des talents maladroits d'animagus de son Maître. Talents dans le sens où cela était une prouesse digne des prodiges en métamorphose. Maladroits, car Spica ne contrôlait pas encore très bien ses transformations, et ces dernières se produisaient principalement lorsqu'il était surpris ou effrayé. Malheureusement, cela lui prenait souvent de nombreuses heures avant de reprendre forme humaine.
L'enchanteur épousseta sa robe puis remit de l'ordre dans ses cheveux pourtant courts.
-Qu'y a-t-il Azhar ? C'était quoi cette explosion ?
Il roula des yeux tandis que son apprenti lui exposait les raisons qui l'avaient amené à détruire une partie du mur qui séparait leurs deux ateliers.
Ce gamin avait décidément encore beaucoup à apprendre.
….
Spica essuya la pellicule de sueur qui lui collait au front. Être un enchanteur n'avait la plupart du temps rien de sexy. Beaucoup considéraient ce métier comme gratifiant, avec une bourse remplie de gallions à la fin de chaque semaine et la reconnaissance éternelle des clients. L'image renvoyée par l'enchanteur était celle d'un homme puissant qui exécutait le moindre sortilège sans remuer le petit doigt.
La réalité était pourtant bien différente.
Spica ronchonna pour la cent quarante-deuxième fois alors que les gamins de la cour juste en bas continuaient de hurler aussi fort qu'ils pouvaient.
Il n'était vraiment pas possible de travailler en paix, ces derniers jours.
Il avait décidément horreur du beau temps.
À genoux à même le sol, armé d'un marteau et d'un burin, il mettait une touche finale à sa dernière œuvre.
Il ne savait pas vraiment si un pan entier de mur pouvait être considéré comme une œuvre à part entière. Mais il espérait en tout cas que celui-ci serait suffisamment solide pour ne pas être détruit par son apprenti.
Il marmonna quelques jurons tandis qu'il inscrivait avec patience les dernières runes, qui permettraient avec un peu de chance d'éviter une nouvelle catastrophe de ce type.
Un mur qui s'effondrait avait naturellement tendance à projeter de la poussière un peu partout. Y compris dans la quantité impressionnante de livres qui tapissaient les murs de son atelier.
Et Merlin savait à quel point il avait horreur de cette poussière qui se faufilait entre les pages et lui donnait chaque fois une douloureuse quinte de toux.
Il reposa les outils au sol et attrapa le pinceau et le pot de peinture qu'il avait ressorti d'un vieux placard lui aussi plein de poussière.
Ce n'était bien évidemment pas de la peinture ordinaire. Cette dernière était spécifiquement prévue pour maintenir les runes en place, même après des dizaines d'années. Elle fournissait également une protection supplémentaire pour que le mur en lui-même ne s'effondre pas.
Bref, c'était donc exactement ce dont Spica avait besoin.
Le seul hic était que la peinture devait être appliquée à la main. Peindre avec la magie générait quelques interférences qui risquaient de provoquer à moyen terme une perte de puissance dans les enchantements du mur.
N'ayant pas particulièrement envie de reconstruire un mur de ce type tous les jours, l'homme se mit lentement au travail.
Deux heures quarante-cinq.
C'est le temps qu'il lui fallut pour venir à bout de cette tâche.
Au bout de ce temps presque interminable, l'homme avait le visage parsemé de taches vertes - couleur qu'il avait choisie pour son mur. Seuls ses yeux bleus ressortaient complètement et ne se mariaient à vrai dire par très bien avec sa nouvelle couleur.
Quiconque connaissait Dolores Ombrage aurait pu jurer qu'elle avait engendré un hybride mi crapaud mi-humain. Du moins, c'était ce que la couleur laissait penser.
-Maître Spica !
Avez-vous déjà vu un chat armé un pinceau et couvert de peinture ?
Moi non plus. Du moins, pas avant aujourd'hui.
Mais je peux vous assurer que cette vision est très divertissante.
Spica mit de longues minutes à se retransformer en humain. Mais pendant ce temps, il s'était précipité aussi vite que ses petites pattes le lui permettaient vers l'entrée du magasin.
Il regagna enfin forme humaine en franchissant la porte de l'arrière-boutique. Ses bottes claquèrent comme à chaque fois sur le plancher centenaire, lui donnant l'impression de briser le calme des lieux.
Azhar se tenait droit comme un I face au client qui venait de pénétrer dans la boutique. Et lorsque Spica note à son tour l'emblème sur la robe de l'étranger, il ne put que masquer une grimace.
Un auror.
Un foutu auror dans son échoppe.
Que faisait-il ici ?
Que lui voulait-il ?
-Monsieur, le salua-t-il. Que puis-je faire pour vous ?
L'individu le détailla de haut en bas en haussant un sourcil. Vêtu en tout et pour tout d'une tunique usée, d'un pantalon rapiécé et de bottes en cuir de dragons qui avaient vu des jours meilleurs, l'enchanteur savait qu'il donnait là une piètre image de sa profession.
-Quelques travaux de peinture, se défendit-il d'un ton sec. Un problème de mur qui s'est effondré.
Mais cela ne parut que renforcer l'incrédulité de son interlocuteur.
-Je vois, finit par murmurer l'auror.
L'homme sortit une liasse de papier de sous sa robe et les tendit à l'enchanteur.
Spica essuya hâtivement ses mains encore couvertes de peinture sur sa tunique avant d'attraper les documents.
-Qu'est-ce que c'est ? s'enquit-il. S'il s'agit des dernières taxes, je suis à jour. J'ai tout réglé à Gringott's il y a deux jours à peine.
-Il s'agit des dernières régulations du ministère. Le ministre nous a chargés de mettre au courant les trafiquants des dernières lois en matière d'enchantement.
Spica serra les dents.
La condescendance de l'homme était irritante au possible. Mais il savait que le moindre faux pas de sa part signerait son arrêt de mort.
Il se savait surveillé et avait même dû augmenter les protections autour de sa boutique.
Toute l'allée l'était de plus en plus.
Mais ce n'était pas aujourd'hui que le ministère aurait le dessus sur lui.
-J'y jetterai un coup d'œil, grogna-t-il. Mais je ne vois pas trop en quoi cela me concerne. Mon banquier m'a assuré récemment que tout était en ordre. Mais peut-être pourrions vérifier cela avec lui ?
Les deux hommes s'affrontèrent du regard.
Il était connu que les aurors n'étaient pas forcément en bons termes avec les gobelins. Spica savait qu'il avait déjà gagné cette bataille. Pour autant, c'était loin d'être la dernière.
L'auror quitta la boutique en claquant la porte derrière lui et manqua au passage de faire tomber le carillon. Deux fois en une journée que cette dernière manquait une rencontre fortuite avec le sol. Sa durée de vie s'annonçait de plus en plus courte.
Mais ce n'était pas ce qui préoccupait le plus le propriétaire des lieux.
Il feuilleta rapidement la liasse de papier.
C'était la même chose depuis plusieurs mois.
Toujours plus de régulations. Comme un coupe-gorge qui se refermait toujours plus sur lui.
-Encore un peu, et je devrai fermer boutique, soupira-t-il. Ou du moins, cesser d'être complètement honnête.
Azhar haussa un sourcil, comme s'il doutait déjà de l'honnêteté relative de son maître.
-Ne me regarde pas comme ça, marmonna Spica. Tu sais parfaitement que nous ne pouvons pas nous contenter des soi-disant mages noirs de passage. Nous avons aussi besoin d'une clientèle plus diversifiée pour maintenir notre commerce.
Il craignait surtout que le ministère décide à l'avenir de mettre en place ses propres boutiques, approuvées au préalable. Cela avait déjà commencé pour des échoppes de potions ou d'herboristerie, par exemple. Il avait entendu ses collègues s'en plaindre de plus en plus. Il allait devoir trouver un moyen de s'en sortir, ou sinon il ne donnerait pas cher de son activité.
Quelques heures plus tard, ces questions tournaient encore dans l'esprit de l'homme.
Accoudé à sa fenêtre, il observait d'un regard morne le paysage de toitures et de ruelles. L'allée des enchanteurs était composée d'une multitude d'impasses et chemins qui serpentaient autour de l'arcade principale. Beaucoup s'y perdaient encore après y avoir habité durant des années, mais ces passages recelaient de trésors et de merveilles que seul un connaisseur savait dénicher.
Spica les connaissait presque tous.
Il savait où trouver les meilleurs ingrédients de potion, où dénicher les cristaux les plus purs. Il connaissait chacune de ces échoppes, de l'herboriste au tanneur, du potionniste au libraire. Chacun était une partie de l'allée, comme un morceau de son âme.
Chacun était à la limite de la légalité et proposait à sa clientèle des biens qu'elle ne trouverait nulle part ailleurs.
Et tout cela risquait d'être détruit par l'avidité du ministère.
Une brise fraîche s'engouffra dans sa tunique.
Il referma la fenêtre d'un geste sec.
Il n'avait guère le temps de ruminer sur le passé. Seul l'avenir comptait, et comme chaque jour il devrait se lever tôt le lendemain.
Son sommeil fut agité et instable. Lorsqu'il se réveilla le lendemain, il eut l'impression désagréable d'avoir à peine fermé l'œil.
FIN DU PREMIER CHAPITRE
