Chapitre 3
Le parc de Poudlard n'avait pas changé en quinze ans, et Spica fut comme projeté dans le corps du gamin de dix-sept ans qu'il avait été lorsqu'il avait marché sur cette pelouse pour la dernière fois. Il avait transplané à Pré-au-lard une demi-heure plus tôt et avait entamé le long cheminement vers le château.
Il se revoyait encore dans son uniforme à la fois trop petit et trop large pour l'adolescent grand et filiforme qu'il était, avec à son cou cette cravate aux tons jaunes qu'il avait commencé à détester. Disons que ça aurait pu mieux se passer si sa famille n'avait pas pris sa maison d'appartenance en horreur.
Une odeur âcre planait encore dans l'air et il frissonnait quelque peu malgré la chaleur étouffante. Il savait que des détraqueurs avaient été déployés dans le secteur après l'évasion de Sirius Black. Et, même si les créatures avaient quitté les lieux, il planait encore une atmosphère d'épouvante, très désagréable.
Il espérait sincèrement ne pas ressentir cela une fois à l'intérieur du château.
Il marchait d'un pas rapide, appréciant le sol ferme sous ses bottes. C'était là l'avantage de la chaleur sèche qui régnait actuellement. L'un des seuls avantage, pour être tout à fait honnête.
Une brise légère courrait sur sa robe, ouverte sur le devant et qui laissa entrevoir une tunique ample, mais également de nombreuses poches intérieures, magiquement élargies pour contenir une bonne partie de ses outils.
La sacoche en cuir qui se balançait négligemment à son épaule était remplie de son journal, de certains de ses outils, mais également de quelques vêtements de rechange. Dumbledore ne lui avait donné plus de précisions sur le travail qu'il devrait effectuer et dans quelles conditions ce dernier allait se dérouler. Et Spica préférait être prêt à tout.
Il plissa les yeux en distinguant une silhouette au loin, qui progressait dans sa direction. Il supposait que les sorts autour de la propriété avaient alerté les occupants de sa présence.
Il sourit brièvement en reconnaissant le professeur de métamorphose.
Minerva McGonagall n'avait guère changé depuis la dernière fois qu'il l'avait vu. Elle arborait toujours ce même air sévère et cette posture parfaitement droite, comme si on lui avait enfoncé un peu trop profondément un balai dans le...Bref, elle se tenait très droite. Seules peut-être les mèches grises dans sa chevelure témoignaient du passage des années.
-Professeur, la salua-t-il une fois qu'il fut arrivé à sa hauteur. J'ai rendez-vous avec le professeur Dumbledore.
-Il est sept heures du matin, monsieur...
-Spica ! Juste Spica ! la coupa-t-il alors qu'elle allait prononcer son nom de famille.
-Monsieur Spica, donc, reprit-elle d'un air pincé. Je crains qu'il ne soit un peu tôt.
Spica fronça les sourcils.
-Le professeur Dumbledore n'avait pas donné d'heures. J'ai jugé qu'il était donc correct que je me présente à l'heure à laquelle j'ouvre d'ordinaire ma boutique. Mon apprenti doit d'ailleurs déjà être au travail à l'heure qu'il est.
Il apprécia grandement la gêne qui passa sur le visage de la professeure de métamorphose avant que cette dernière ne la masque immédiatement.
-Je crains que nous ne soyons quelque peu plus indulgents sur les horaires lorsque les élèves ne sont pas présents. Après tout, nous aussi avons besoin de vacances.
Spica se mordit la langue pour ne pas répliquer qu'il n'avait pas pris un jour de vacances depuis l'ouverture de son commerce, des années plus tôt. Elle n'avait guère besoin de le savoir. Mais il avait tout de même l'impression de tomber à nouveau dans l'enfer des habitudes complaisantes qui avait cours ici, à Poudlard.
-Je comprends, grinça-t-il à la place. Serait-il possible d'attendre quelque part dans le château ?
-Evidemment, renifla McGonagall. Suivez-moi. Nous sommes tous réunis dans la grande salle pour le petit déjeuner.
-Charmant, marmonna l'homme.
C'était bien là quelque chose qui ne lui manquait pas. La grande salle et son brouhaha constant qui lui donnaient à chaque fois mal à la tête. Et il ne voyait vraiment pas l'intérêt de manger au même endroit de tout le monde. Dans sa boutique, Azhar et lui prenaient des repas séparés et tout allait bien comme cela.
Parfois il se demandait comment le choipeau avait pu décider de l'envoyer dans la maison de l'amitié et de l'entraide. Il était tout sauf sociable, et ses camarades de maison s'en étaient rendu compte assez rapidement.
Il sortit de ses pensées tandis qu'ils arrivaient devant le portail immense qui constituait l'entrée principale. Les portes grincèrent quand McGonagall les ouvrit, et Spica manqua de suggérer qu'ils lui huilent un peu de temps en temps. Le grincement était le même que lors de son passage en temps qu'étudiant. À croire que ce genre de détails était briqué à la perfection pour garder le côté ancien et vénérable du château.
Il montèrent rapidement l'escalier du hall d'entrée, avant de se diriger vers la grande salle.
Lorsque les portes s'ouvrirent devant eux, Spica manqua de se diriger machinalement vers la table des Poufsouffle. Mais il se ravisa au dernier moment alors que tous les regards étaient posés sur lui.
Relevant le menton, il les dévisagea avec force. Il n'était plus l'étudiant en retrait. Cela faisait quinze ans, désormais. Il avait grandi. Il était un adulte. Il pouvait à présent être considéré comme leur égal.
-Spica ! Mon garçon ! Vous voilà donc bien matinal !
L'enchanteur serra les dents.
-J'ai trente-deux ans, professeur, siffla-t-il. Je vous prierais donc de cesser de m'appeler 'mon garçon'. Et vous ne m'aviez pas donné d'heure exacte. À l'heure qu'il est, j'ai déjà d'ordinaire commencé ma journée de travail.
Dumbledore parut ne pas se soucier du ton acerbe de sa réponse, et garda le sourire avenant qu'il avait sur les lèvres.
-Joignez-vous donc à nous pour le petit déjeuner, s'exclama le directeur.
Il désigna d'un geste de la main la table professorale, à laquelle les quelques enseignants présents étaient installés. Cette dernière était à vrai dire plutôt vide.
En dehors du directeur, il y avait une femme rondelette que Spica reconnut comme étant la professeure de Botanique, qui avait commencé à enseigner juste avant la fin de sa scolarité. Il y avait aussi la sévère professeure d'arithmancie, ainsi que le garde chasse.
Le seul visage sur lequel il ne parvint pas à mettre un nom était celui d'une jeune femme de taille moyenne, qui devait avoir environ son âge, et dont la chevelure rousse complètement désordonnée donnait l'impression qu'elle ne s'était pas coiffée depuis des mois.
Il salua l'assemblée d'un signe de tête avant de se laisser tomber dans un siège vide, juste à côté du professeur de Botanique.
Il tendit la main pour attraper la théière qui était posée juste devant lui. Ses doigts en caressèrent distraitement l'anse, appréciant le contact frais du matériau qui contrastait étrangement avec sa contenance.
De la porcelaine.
D'une qualité excellente. Bien meilleure que les vulgaires ustensiles en verre qui étaient réservés aux élèves.
Il se demanda distraitement s'il s'agissait des dernières nouveautés en matière de théières, qui étaient capables de garder du chaud ou du froid selon la séquence de runes qui étaient activées. Peut-être pourrait-il emprunter discrètement celle-ci pour étudier son fonctionnement exact.
Mais les regards appuyés que les autres posaient sur lui l'en dissuadèrent. Il conjura d'un coup de baguette une tasse de thé, puis se servit lentement le liquide.
Il trempa ses lèvres dedans, puis grimaça aussitôt. Ça avait un arrière-goût de citron beaucoup trop amer. C'était même écœurant d'avoir gâché à ce point un aussi bon thé. Le pire c'est qu'il était presque sûr de savoir qui avait commis ce délit.
Quelques places plus loin, le professeur Dumbledore le regardait avec des yeux pétillants.
Spica leva lentement sa tasse de thé, haussant les sourcils avec ironie, puis but une nouvelle gorgée. C'était infect, mais il ne pouvait pas vraiment tout recracher. Peut-être allait-il même tomber malade un de ces jours, à force d'avaler n'importe quoi.
-Spica ici présent fera partie de l'équipe qui rénovera les protections du château, annonça Dumbledore tandis que l'enchanteur s'étranglait avec son thé.
L'homme fronça les sourcils.
Une équipe ? Quelle équipe ?
-Je n'avais pas été informé que j'allais travailler avec d'autres personnes, releva Spica. Ce n'était pas dans le contrat.
-Ce n'était pas non plus écrit que vous alliez travailler seul, rétorqua le directeur.
Spica se renfrogna. Il savait bien que son banquier avait oublié quelque chose en relisant le contrat.
-Je vois, marmonna-t-il. Je suppose que ça devrait pouvoir le faire.
Après tout, vu la somme astronomique qu'il était payé, il n'allait pas claquer la porte juste pour cela, même s'il avait horreur du travail en équipe.
-Pourquoi ne l'avez-vous pas prévenu ? intervint la jeune femme que Spica n'était pas parvenu à identifier. Vous m'aviez dit que je n'aurais pas à travailler seule.
Spica la dévisagea avec interrogation. Pour qui se prenait-elle ? C'était à lui de poser ce genre de questions.
Il se renfrogna lorsque Dumbledore dédia un sourire radieux à celle qui avait pris la parole.
-Car il aurait refusé, Gemini. Et nous avons besoin du meilleur enchanteur pour cette mission.
-Un enchanteur ? C'est ça qui va me servir de partenaire ?
La jeune femme renifla.
-Les enchanteurs sont juste bons à animer quelques objets moldus parfaitement inutiles, continua-t-elle. Il ne me sera d'aucune aide. Le dernier que j'ai embauché arrivait à peine à analyser les sorts ou les barrières magiques les plus basiques. C'est un briseur de sorts qu'il me faudrait. Même un botaniste serait plus pertinent !
-Parce que vous croyez être capable de vous débrouiller toute seule ? Pour qui vous prenez-vous donc ? siffla Spica.
-Gemini Rigel, déclara-t-elle fièrement.
Elle le dévisagea longuement, comme si elle s'attendait à une réaction de sa part.
-C'est censé me dire quelque chose ? grinça l'homme.
Une rougeur soudaine colora les joues de la jeune femme, renforçant encore plus le roux de ses cheveux.
-Je suis l'une des aventurières sorcières les plus célèbres. J'ai suivi mes parents dans le monde entier.
-Et bien vous auriez dû continuer de les suivre, rétorqua Spica. Et puis d'abord, je pensais que Lockhart avait été interné il y a deux ans. Aurait-il réussi à se transporter dans un nouveau corps ?
Il invoqua par réflexe un bouclier lorsqu'un sort fusa vers lui.
Gemini s'était levée et le fixait avec rage.
Le sort ricocha et alla détruire la théière que Spica avait examinée un peu plus tôt.
Il haussa un sourcil.
Tant pis pour l'inspection qu'il souhaitait effectuer dessus.
Le coup était parti tellement vite que la plupart des professeurs présents sursautèrent.
McGonagall alla même jusqu'à laisser échapper la tartine beurrée qu'elle venait de finir de se préparer. Malheureusement pour elle, les restes de son petit déjeuner ne retombèrent pas du bon côté.
-Spica Arcturus Charles Orion…, commença le professeur de métamorphose avec irritation.
Elle n'était visiblement pas ravie de la chose, et Spica la comprenait tout à fait. Cela devait être parfaitement irritant de devoir tartiner une deuxième tartine de beurre après avoir fait tomber la première. Surtout si le beurre était dur.
-Ca va, ça va ! la coupa-t-il avant qu'elle ne puisse finir d'énoncer le nombre incroyable de patronymes dont l'avait affublé ses parents. Et puis c'est elle qui a commencé.
McGonagall le fusilla du regard comme si elle était effarée qu'un Poufsouffle se comporte de cette manière.
Spica se contenta de secouer la tête. Ce boulot commençait vraiment très mal et il se demandait sérieusement comment il allait réussir à supporter cette personne durant deux mois entiers.
Il agita machinalement sa baguette pour se protéger d'un nouveau sort.
-C'est de si bas niveau que s'en est pitoyable, soupira-t-il.
-Peut-être serait-il judicieux de relocaliser cette discussion dans votre bureau, Albus ? déclara le professeur de métamorphose. Il serait mal venu de continuer à déranger ainsi le petit déjeuner de nos collègues ?
Spica roula des yeux tandis que Dumbledore se levait à son tour et leur faisait signe de les suivre.
L'enchanteur n'avait à vrai dire pas vraiment besoin qu'on lui montre le chemin. Après sept ans passés à Poudlard, il savait pertinemment où se trouvait le bureau du directeur, surtout vu le nombre de fois où il y avait été convoqué.
Il était certain qu'il n'avait pas eu une scolarité des plus reposantes.
-Dragibus, annonça fièrement Dumbledore en se postant devant la gargouille qui gardait le bureau.
Spica roula des yeux tandis que la statue se déplaçait pour leur céder le passage. Le directeur avait toujours eu des goûts plus que particuliers en matière de mots de passe.
Il monta les marches une à une, s'étonnant de savoir encore sur laquelle il ne valait mieux pas trop s'appuyer sous peine de manquer de se casser la figure.
Il ricana lorsque Gemini faillirent se manger une marche. Il y avait des petits plaisirs dans la vie qu'il ne fallait pas négliger.
Le bureau du directeur n'avait pas changé en quinze ans. Les mêmes portraits occupaient les murs, chuchotant entre eux tandis qu'ils entraient tous les quatre dans la pièce. Dans un coin, posé sur une étagère, il reconnut sans mal le choipeau - celui qui avait décidé de faire de ses sept années à Poudlard un enfer sans nom.
Il dut se retenir de ne pas jeter un sort à ce vieux chiffon.
Il en avait rêvé durant des années. Pourtant, chaque fois qu'il en avait l'occasion, le côté ancien et solennel de la chose l'empêchait de passer à l'acte. De plus, en tant qu'enchanteur, il respectait bien trop le travail qui avait été accompli sur cet objet pour tout gâcher pour une banale histoire de répartition. Après tout, il s'était déjà estimé heureux de ne pas avoir atterri chez les Gryffondors.
Dumbledore invoqua deux chaises supplémentaires en plus de celle qui était déjà présente en face du bureau. Il s'installa lui même dans son fauteuil de Directeur.
-Je pense qu'il est temps que nous vous donnions plus de détails sur ce que nous attendons de vous exactement, annonça-t-il.
Spica se tortilla sur sa chaise. Il avait soudainement très chaud et son malaise ne cessait d'augmenter au fil des minutes. Il avait vraiment horreur qu'on le prenne pour un idiot, et il avait là nettement l'impression que Dumbledore s'était quelque peu moqué de lui en ne lui divulguant pas tout de suite toutes les informations.
-Comme vous le savez sûrement tous les deux, Poudlard a l'honneur d'avoir été choisi pour accueillir cette année le tournoi des sorciers.
-Un honneur ? releva Spica. Une vraie connerie, plutôt.
McGonagall paraissait prête à l'éviscérer pour cette interruption, mais Dumbledore garda un sourire avenant et se contenant de reprendre d'une voix calme.
-Nous ne sommes pas ici pour discuter de la pertinence d'accueillir un tel évènement dans cette école. Si je vous ai convoqué aujourd'hui tous les deux, c'est parce que Poudlard a besoin de renouveler ses protections. Comme vous le savez peut-être, les rumeurs courent de plus en plus au sujet d'anciens fidèles du seigneur des ténèbres qui reprendraient leurs activités les plus sombres.
Spica fronça les sourcils. Il n'avait pas remarqué d'activité anormale dans le trafic d'artefacts occultes. Mais il était vrai que cela faisait plusieurs semaines qu'il ne s'était pas aventuré dans les coins les plus sombres de l'allée des embrumes.
-En êtes-vous vraiment certain ? s'enquit-il. Je peux vous assurer que ma clientèle actuelle est principalement constituée d'apprentis mages noirs qui savent tout juste reconnaître leur droite de leur gauche. Cela n'a rien à voir avec l'engouement de l'été dernier juste après l'évasion de Black.
Dumbledore le dévisagea intensément, et Spica se demanda un instant s'il avait dit quelque chose qu'il ne fallait pas. Le vieil homme avait sûrement déjà été au courant des activités plus sombres de son échoppe. Tout le monde était au courant dans l'allée des enchanteurs, même s'il était parvenu à cacher cela au ministère. Du moins, pour le moment.
-Mes sources sont sûres, fit le directeur. Et je peux vous assurer que la menace d'une attaque sur Poudlard n'est pas à prendre à la légère. Il nous faut réellement travailler au renforcement des protections.
Il soupira en caressant sa barbe.
-Malheureusement, la dernière fois que les protections ont été manipulées remonte à des centaines d'années. Et pas soucis de sécurité, mes prédécesseurs n'ont pas gardé beaucoup d'informations à ce sujet. À mon arrivée au poste de directeur, mon prédécesseur m'a transmis ce qu'il savait, et nous avons donc pu travailler sur les protections en surface, celles que tout sorcier digne de ce nom est capable de renforcer. Mais ce sont aussi les plus vulnérables.
Il s'arrêta quelques secondes pour s'éclaircir la gorge.
-J'ai besoin que vous descendiez plus bas. Beaucoup plus bas. Si possible jusqu'aux fondations les plus anciennes du château.
-Êtes-vous certain que cela est une bonne idée ? intervint Gemini. Si tout ce que l'on dit sur Poudlard est vrai, alors les fondateurs auront sûrement laissé une quantité impressionnante de pièges pour éviter que n'importe qui ne touche à leur travail. Surtout en considérant le contexte de l'époque…
Spica ne pouvait qu'être entièrement d'accord avec elle. Il commençait même à comprendre pourquoi le vieil homme lui avait proposé tant d'argent pour ce travail. Ça devait être une sorte de prime de risque, ou quelque chose du genre.
Durant toutes ces années où il avait bricolé des runes et arrangé des objets, il avait appris une chose primordiale : il était parfois mieux de ne pas trop triturer un objet dont on ne connaissait pas la provenance et dont les sorts étaient anciens. Trop anciens. Cela signifiait en générale une magie qui datait de temps trop reculé pour être capable de la comprendre. Et qui disait magie ancienne disait gros problèmes si cette dernière se retournait contre vous.
-Mais c'est précisément pour cela que je vous ai embauché, Gemini, sourit le vieil homme. Votre réputation vous précède, et vous êtes l'une des rares à vous être aventurée dans des châteaux et caches perdus depuis des siècles. Si mes sources sont exactes, vous êtes l'experte dans ce domaine. Je ne doute pas de votre capacité à protéger Spica ici présent contre les dangers qui se mettront sur votre route.
Spica le dévisagea avec horreur. Elle était censée le protéger ?
Il eut soudainement l'envie presque irrésistible de prendre ses jambes à son cou et de rentrer chez lui. Cette mission devenait vraiment du grand n'importe quoi.
-C'est une blague ? s'exclama la jeune femme. Je suis là pour être la garde du corps de cet abruti ?
L'abruti en question ouvrit la bouche pour protester, mais se ravisa presque immédiatement. Parfois il valait mieux savoir quand la fermer. Surtout en considérant l'endroit dans lequel il se trouvait. Il serait là assez délicat d'éviter certains sorts offensifs dans une pièce aussi étroite.
-Pas seulement, sourit Dumbledore. Je vous fais aussi confiance pour nous rapporter les secrets enfouis dans les sous-sols du château. Les fondateurs de Poudlard étaient des individus très en avance sur leur temps. Pourtant, tant de secrets ont été perdus. Cette mission est aussi l'occasion d'explorer cet héritage qu'ils nous ont laissé afin d'en apprendre plus sur le château. Qui sait ce qui se cache sous les couloirs que nous parcourons tous les jours.
Cela parut calmer quelque peu la jeune femme.
-Je vois, marmonna-t-elle. Mais j'ose espérer ne pas tout le temps l'avoir dans les pieds. Je risquerais de le tuer par mégarde.
Spica se mordit la langue pour ne pas répliquer. Sa fierté et son ego lui hurlaient de se défendre et de lui faire remarquer qu'il était l'un des enchanteurs les plus doués de Londres et qu'il pouvait donc tout à fait se débrouiller tout seul, merci bien. Pourtant, et encore une fois, la salle dans laquelle il se trouvait était trop étroite pour sortir indemne d'une bataille. Et Spica avait fini par développer un instinct de conservation particulièrement poussé.
-Parfait ! s'exclama Dumbledore. Je savais que nous finirions par nous entendre à ce sujet.
Spica leva les yeux au ciel.
Ils passèrent l'heure suivante à écouter le sorcier leur donner des directives plus précises, y compris un plan assez ancien des quelques souterrains qui avaient été explorés sous le château. Le dessin était assez sommaire, voir quasi inutile, mais c'était déjà une base concrète sur laquelle débuter.
Ils furent également informés des spécificités propres à chaque fondateur afin de savoir à quoi s'attendre s'ils tombaient sur des pièges étranges.
-Ce qui nous amène au dernier point que je souhaitais aborder avec vous, continua Dumbledore. Je vous prierais de me suivre afin que je vous présente le dernier membre de votre équipe.
Spica et Gemini se dévisagèrent en soupirant, une même pensée effleurant leur esprit : quel énergumène est-il encore allé dénicher ?
Cygnus Lovegood était l'un des individus les plus étranges que Spica avait été amené à rencontrer. Pourtant, ce n'était pas le premier Lovegood dont il avait le plaisir de faire la connaissance.
-Lovegood ? Comme le Chicaneur ? s'enquit-il dès que Dumbledore eut mentionné le nom de leur dernier acolyte.
-C'est un lointain cousin de Xenophilius Lovegood, en effet, confirma le directeur. Il est arrivé il y a deux jours. Il revient tout juste d'un long séjour à l'étranger. J'ai eu le temps de le briefer avant qu'il ne parte à la recherche de Jobarbilles dans la forêt interdite. D'après lui, c'est exactement à cette période de l'année qu'elles prennent un pelage arc-en-ciel, comme c'est la période de leur reproduction. Évidemment, il ne voulait manquer cela pour rien au monde.
-Évidemment, répondit Spica.
Gemini dévisageait quant à elle les deux hommes comme s'ils avaient perdu l'esprit.
Ce n'était pas la première fois que Spica avait à faire à des Lovegood. Xenophilius était un de ses clients réguliers. Le journaliste cherchait toujours mille et un objets tordus pour l'aider dans ses expériences étranges qui consistaient en général à tenter d'apercevoir des animaux dont lui seul connaissait l'existence. Autant dire que Spica n'avait jamais croisé un Ronflax cornu de sa vie ou encore un Ronflax non-cornu, apparemment lointain cousin du Ronflax cornu. Mais à force de subir les bavardages de Xeno, il était devenu plutôt cultivé à ce sujet.
Le soleil illuminait les couloirs du château tandis qu'ils se dirigeaient tous les trois vers le parc. Minerva McGonagall avait préféré regagner la grande salle, sûrement pour terminer son petit déjeuner et ainsi pouvoir enfin manger une tartine beurrée sans que cette dernière ne lui échappe des mains. Un travail titanesque en perspective, donc. Surtout qu'avec l'âge, les tremblements devaient la guetter.
Spica considéra brièvement l'image d'une MgGonagall ensevelie sous des tranches de pain beurrées avant de revenir à la réalité tandis que leurs pas les portaient à l'extérieur.
Il était encore tôt, mais l'air était déjà chargé de la chaleur de la journée à venir. Spica plissa les yeux. Le soleil était encore bas et son éclat était difficile à supporter.
Avait-il mentionné à quel point il avait horreur de l'été.
-Je vois que Monsieur Lovegood n'est pas encore arrivé, déclara Dumbledore. Nous devrions aller à sa rencontre. Cela ne m'étonnerait pas qu'il ait encore oublié l'heure.
Conformément aux dires du directeur, le parc était complètement désert. Les eaux du lac étaient calmes, et seuls quelques remous irréguliers témoignaient de la présence du calamar dans ses profondeurs. Spica avait passé de nombreuses après-midi sur ces bords sablonneux à tenter d'apercevoir ne serait-ce qu'un tentacule qui sortait de l'eau. Ça avait été notamment l'occasion pour lui de prendre froid. À de très nombreuses reprises. L'infirmière n'avait pas toujours été ravie de le voir débarquer dans son sanctuaire, humide et tremblant.
Mais Spica avait grandi et il se contenta de jeter un bref coup d'oeil au lac. Un sourire étira ses lèvres lorsqu'un tentacule sortit brièvement de l'eau comme pour les saluer. Certaines choses ne changeaient décidément pas.
Il ne fut pas vraiment surpris lorsque Dumbledore les guida vers la forêt interdite. Après tout, un Lovegood ne faisait jamais rien comme tout le monde et, évidemment, l'homme avait été chercher ses jobarbilles dans le lieu le plus dangereux de tout Poudlard.
-Pourquoi avons-nous besoin de lui, d'ailleurs ? s'enquit Gemini. Un autre garde du corps pour l'autre abruti ?
Spica fit la moue. Il sentait qu'il allait très rapidement perdre son calme. Et le résultat risquait de ne pas être très joli à voir.
-Je me suis dit qu'un botaniste et habitué des voyages serait un bon ajout à votre équipe, fit Dumbledore d'un ton si calme que Spica se demandait comme il faisait.
Gemini n'eut pas l'air d'être vraiment convaincue par cette explication, mais ne protesta pas davantage.
La forêt interdite était telle que Spica se la remémorait. Lugubre et magique à la fois. On y trouvait des espèces uniques de fleurs et champignons qui étaient d'ordinaire particulièrement rares. La tourbe au sol était épaisse et leurs pas étaient comme absorbés par le murmure indistinct qui régnait en ces lieux. C'était une atmosphère feutrée et fragile qui pouvait être brisée à chaque instant par n'importe quelle créature qui surgirait des fourrés.
-Il ne devrait plus être très loin, annonça Dumbledore après environ une demi-heure de marche.
Ils n'avaient croisé que quelques centaures et acromentulas. Spica était presque déçue. Il avait un temps carrossé l'espoir de voir une bestiole bouffer Gemini. Dommage. La prestance et la réputation du directeur devait sûrement refréner les envies meurtrières de certains. Mais ce serait pour une prochaine fois.
Ils progressèrent jusqu'à une clairière aux formes arrondies. Les lieux étaient immenses. Il était même étonnant qu'ils n'aient été devoirs qu'au dernier moment. Mais les fourrés autour étaient si touffus qu'il était difficile de distinguer quoique ce soit de l'extérieur.
Un homme était agenouillé au sol et fouillait dans les hautes herbes, probablement à la recherche de jobarbilles.
-Cygnus ! Je vois que vous avez à nouveau oublié l'heure de notre rendez-vous.
L'homme releva la tête. Il était grand et élancé, d'une carrure similaire à celle de Xeno. Ses yeux étaient d'un bleu si pâle qu'on aurait pu se demander s'il était vraiment capable d'y voir quoi que ce soit.
Ses cheveux étaient courts et comme complètement décolorés d'une teinte vaguement blonde. Ou peut-être cela était-il dû aux rayons du soleil qui perçaient au travers de la toiture de végétaux formée par les arbres immenses qui s'étiraient vers le ciel.
-Toutes mes excuses, Albus, fit l'homme d'une voix absente. Est-il déjà huit heures du matin ? Il est assez difficile de s'en rendre compte en regardant le sol.
-Bien sur, Cygnus. Venez donc nous rejoindre que je vous présente vos coéquipiers.
Cygnus se redressa. Il était vêtu de longues robes à la couleur bleu nuit qui s'ouvraient sur le devant et dévoilaient une tunique toute simple sur laquelle étaient brodés de nombreux symboles mystérieux.
Il s'avança vers eux d'un pas fluide, son regard dans le vague.
-J'avais bien l'impression que vous alliez me rejoindre ici, murmura-t-il. J'avais dans l'espoir de vous dénicher une jorbabille ou un ronflax cornu. Malheureusement, je crois que la journée est trop avancée pour espérer encore une telle découverte. Peut-être une prochaine fois.
-Les ronxlax cornus ça n'existe pas, intervint Gemini. Tout le monde le sait. Dans tous mes voyages, je n'en ai croisé aucun.
Cygnus la dévisagea en penchant légèrement la tête sur le côté.
-Il est probable que vous n'ayez pas assez voyagé, dans ce cas ou que vous ne disposiez par de l'ouverture d'esprit nécessaire pour apercevoir de telles créatures.
Gemini renifla d'un air peu convaincu puis se tourna vers Dumbledore.
-Est-il vraiment nécessaire que je collabore avec ces deux la ? S'enquit-elle. Je crains que leur présence ne fasse que nuire à cette mission.
-Ma cherté Gemini, cela n'est pas négociable, sourit Dumbledore. Bien que je ne doute pas de votre capacité à découvrir seule les trésors dont regorgent les souterrains de Poudlard, je me dois d'insister par rapport à la présence de vos deux acolytes. Je rends un service à votre père. Il n'aurait pas voulu que vous restiez seule après sa mort. Lui même avait failli sombrer au décès de votre mère.
-À l'assassinat de ma mère, vous voulez dire ! Je ne rêve que d'infiltrer Azkaban et d'égorger ses meurtriers tout en prenant bien le temps de les faire souffrir. Eux et tout ce qui leur reste de famille. Un jour je détruirai la lignée des Lestrange, même si je dois périr en accomplissant cette tâche.
Spica ouvrit la bouche puis la referma aussitôt. Il avait soudainement très envie de courir très vite et très loin et pourquoi pas ďaller se réfugier au fin fond de l'Alaska. Là où elle ne pourrait pas le trouver.
-Une vengeance n'est jamais la bonne solution, soupira Dumbledore. Vous le savez aussi bien que moi. De plus, je crains que vous n'ignoriez encore beaucoup de choses au sujet des Lestrange. J'ose espérer que vous finirez par comprendre que tous ne sont pas comme ceux qui ont tué votre mère.
Toute une tripotée d'ange passa et Spica se demanda distraitement si des Séraphins ou d'autres créatures étranges allaient suivre.
Cygnus finit par tendre une main vers Spica.
-Cygnus Lovegood.
-Spica.
Le botaniste haussa un sourcil.
-Juste Spica ? Il me semble que mon cousin m'a parlé de vous. Majoritairement en bien, je vous rassure.
Spica acquiesça lentement.
-C'est un de mes clients réguliers, affirma-t-il. Mais je ne l'ai pas vu depuis plusieurs semaines. Est-il reparti en voyage?
-Depuis quelques jours, en effet. Il est au Mexique à la recherche de colibris laineux. Je ne suis pas certain qu'il trouvera ce qu'il recherche. Tout le monde sait qu'ils sont particulièrement craintifs à cette période. Mais je suppose qu'il veut juste faire plaisir à Luna. Et l'air du Mexique lui fera certainement beaucoup de bien.
Spica ne releva pas le doute dans le ton de son interlocuteur. Il s'en fichait à vrai dire pas mal de savoir si Xeno arriverait à trouver ou non ce qu'il recherchait. Quoiqu'il arrive, l'article qui émergerait de ce voyage ne pourrait être que très divertissant.
Ils repartirent tous les quatre vers Poudlard après quelques minutes supplémentaires de discussion.
C'était le début d'un été que Spica voyait déjà comme long et pénible. Surtout vu les regards appuyés que Cygnus posait sur lui. La question qui demeurait était assez simple : serait-il encore en vie d'ici septembre ?
Fin du chapitre 3
