Chapitre 4


Les cachots étaient sombres et humides et Spica grimaçait en détaillant les murs lavés par le temps et par les vapeurs de potion. Beaucoup de choses s'étaient produites dans ces couloirs, et pas les meilleures. L'atmosphère elle-même paraissait saturée d'une magie à peine définissable qui puait les arts sombres. Pas la magie noire propre et pure, mais celle qui n'était pas du tout maîtrisée.

Il eut un haut de cœur, mais se força à garder une expression parfaitement impassible.

-Est-il vraiment nécessaire de mettre les pieds ici ? s'enquit Gemini. N'y a-t-il pas une autre manière de descendre dans les souterrains ? Je sais que je n'ai pas fait mes études à Poudlard, mais ce château est célèbre pour ses passages secrets.

-La plupart ont été perdus, lui répondit le directeur qui menait la marche. Et ceux qui restent sont pour beaucoup en très mauvais état. Je préférais vous conduire par des chemins sûrs. Mais rien ne vous empêche d'explorer ensuite par vous même si tel est votre souhait.

La jeune femme ne répondit pas, mais Spica sentait parfaitement que cette conversation n'était pas terminée et qu'elle prendrait bel et bien l'initiative d'en apprendre plus sur Poudlard et ses passages secrets.

Au fur et à mesure de leur progression, les couloirs se faisaient plus sombres et il était de plus en plus rare de croiser un chandelier ou une torche encore en état de marche. La couche de poussière sur le sol et sur le mobilier témoignait d'ailleurs du peu de passage qu'il y avait d'ordinaire dans ces corridors reculés.

-Combien de temps encore avant d'arriver à notre destination ? s'enquit Spica au bout d'une vingtaine de minutes. J'ai l'impression que nous nous enfonçons progressivement dans le sol et pourtant vous ne ralentissez pas le rythme.

-Je crains que nous ne soyons encore loin de notre but, fit Dumbledore sans se retourner. Il nous faudra encore marcher un quart d'heure avant d'atteindre le début des souterrains. Les fondateurs étaient des individus très intelligents et très en avance sur leur époque. Ne sous-estimez pas leur talent pour dissimuler des choses. La multitude de galeries qui s'étend sous Poudlard témoigne de tout leur génie.

Seul Cygnus paraissait ne pas s'interroger sur leur destination. L'homme observait d'un air intéressé les alentours.

-Peut-être arriverons-nous à trouver des ronflax cornus, déclara-t-il tout en se penchant pour passer dans une alcôve. Ils aiment les endroits sombres et vides de tout passage.

-Je crois que serait effectivement le meilleur endroit pour en trouver, sourit Cygnus. Qui sait, peut-être dénicherons nous aussi des chauves souris. J'ai cru entendre que Severus Rogue enseignait toujours à Poudlard.

Sa blague tomba à plat et ne fit rire personne à par lui, mais il ne se priva pas de laisser échapper un léger ricanement.

Il avait eu le malheur de supporter un Rogue qui commençait tout juste sa carrière d'enseignant et qui était donc d'une irritabilité notable. Maintenant qu'il n'était plus étudiant, il ne se privait pas de se moquer du professeur irascible à l'allure de chauve-souris dès qu'il en avait l'occasion.

Il sourit encore plus en enjambant un vieux chaudron éventré qui gisait au sol. Visiblement, il s'était vraiment passé des trucs pas nets dans ces couloirs.

Ils passèrent une ribambelle de salles d'armes plus désuètes les unes que les autres sur les murs desquelles pendaient encore épées, arbalètes et boucliers.

Lorsque Dumbledore ralentit enfin, le sol était devenu glissant et inégal, recouvert d'une sorte d'algue qui aurait très bien pu être également composée d'un ensemble de moisissures.

Le vieil homme sortit une clé minuscule de sa poche, dont la taille contrastait étrangement avec les dimensions de la porte qui leur faisait face. Spica s'apprêtait à s'enquérir de l'utilité réelle de la chose lorsque le directeur redonna une taille décente à l'objet.

C'était tout de suite beaucoup mieux.

La porte grinça horriblement lorsqu'elle s'ouvrit et Spica eut l'impression de recevoir mille ans de poussière à la figure. Ce n'était d'ailleurs peut-être pas qu'une impression…

Il toussa en cœur avec ses acolytes dans un concert pas spécialement très harmonieux. Seul le directeur semblait étrangement immunisé contre cet assaut. Ou peut-être avait-il simplement prévu une sorte de bouclier qui éliminait la crasse ? Spica aurait donné n'importe quoi pour être au courant de ce sort. Il nota dans un coin de son esprit de faire des recherches à ce sujet dès qu'il serait de retour chez lui. Il avait après tout un tas de livres à sa disposition, même si certains contenaient des enchantements à l'utilité plus que discutables.

-C'est un petit peu poussiéreux, fit Dumbledore.

-Non, vraiment ? ronchonna Gemini. J'ai l'impression de ne jamais avoir avalé autant de crasse.

-Et moi qui croyais que vous étiez habituée à ce genre d'endroit ? marmonna Spica. Je croyais que tous les endroits secrets de ce type devaient forcément être tellement sales que même ceux qui y avaient planqué un trésor ne seraient pas capables de le retrouver.

La jeune femme le fusilla du regard.

-Vous êtes vraiment un emmerdeur, ronchonna-t-elle.

-Je sais, rétorqua Spica. On me le dit souvent.

-Il n'est pas nécessaire d'en être aussi fier.

Derrière eux, Dumbledore et Cygnus échangèrent un regard exaspéré. L'un comme l'autre savait que les prochaines semaines allaient être longues. Très longues. Interminables, même. À moins d'enfermer ces deux-là dans un des cachots et de prier pour qu'ils s'étripent le plus rapidement possible.

-Jeunes gens, intervint le directeur, peut-être pourrions revenir à notre sujet principal ?

Les deux intéressés se lancèrent un dernier regard noir avant de reporter leur attention sur le directeur.

-Bien, reprit ce dernier. Nous sommes ici dans le début des souterrains s'étendant sous Poudlard. C'est ici que je vous laisse. Je ne descendrai pas plus loin avec vous. Malheureusement, mes responsabilités m'appellent et je n'ai plus autant de temps que dans ma jeunesse pour m'adonner à ce genre d'activité. Si vous avez le moindre problème, n'hésitez pas à m'envoyer un patronus ou à venir me chercher dans mon bureau. Soyez très prudent. Merlin sait ce qui se dissimule sous vos pieds.

Il ne leur donna pas beaucoup plus d'indications avant de faire volte-face, laissant les trois compères figés devant le gouffre sombre qui se dessinait devant eux.

-Je crois qu'il serait judicieux de regarder jusqu'où celui descend ? fit Cygnus après quelques secondes d'un silence pesant.

Cela fut suffisant pour que les deux autres reprennent leurs esprits.

Spica jeta par réflexe un bref lumos, pour dévoiler des marches étroites qui s'enfonçaient dans l'obscurité.

-Ça ne nous avance pas beaucoup plus, marmonna Gemini. Je crains qu'il ne faille descendre pour voir où cela nous mène.

-Est-ce vraiment une bonne idée ? intervint Spica tandis que la jeune femme s'avançait. Nous ne savons pas ce qui nous attend. Cela me paraît un peu présomptueux…

Il ne termina pas sa phrase.

Le cri de stupeur de Gemini résonna dans les souterrains tandis qu'elle était happée par l'obscurité.

-Merde ! Lumos maxima !

L'enchanteur balaya les alentours avec le faisceau lumineux de sa baguette. Ses toiles d'araignées immenses tombaient du plafond et venaient recouvrir les briques qui constituaient un passage étroit qui s'enfonçait dans les entrailles de la Terre.

-Rigel ? Où êtes-vous ?

-Un peu plus bas, fut la réponse lointaine qui lui parvint. Faites attention où vous mettez les pieds. Le sol est très glissant.

-Ne me dites pas qu'elle a réussi à descendre tout ça en glissant sur les fesses ? fit Spica à l'attention de Cygnus.

Ce dernier se contenta de hausser les épaules, un sourire sur les lèvres. Visiblement, il y en avait au moins un qui trouvait ça drôle.

-C'est sûrement les Joncheruines, glissa le botaniste.

-Je n'en ai aucun doute, sourit Spica. Mais allons voir si elle est vraiment toujours en vie ou si c'est son fantôme qui nous parle.

Il leur fallut près d'une vingtaine de minutes pour atteindre l'endroit où Gemini avait fini sa chute. La jeune femme était installée à même le sol, un bras ramené contre lui.

-Bras cassé ? s'enquit Cygnus.

-Je crois, ronchonna-t-elle.

-C'était un peu hasardeux de votre part de plonger de suite dans cet endroit. Je crains qu'il ne nous faille réfléchir un peu plus à tout ceci avant de nous aventurer plus loin. Peut-être serait-il judicieux de mettre en place des sorts de détection assez poussés pour reconnaître le secteur et savoir jusqu'où cela descend. Nous devrions également prévoir des vivres et plus de matériel si nous devons être amenés à descendre longtemps là-dessous.

Une rougeur prononcée colorait à présent les joues de la jeune femme. C'était elle qui était censée penser à tout cela, et elle s'était montrée incroyablement imprudente.

-Cela me paraît être une bonne idée, sourit Spica. Mettons-nous au travail !

Ils commencèrent tout d'abord à sécuriser le bras de Gemini afin de ne pas trop handicaper cette dernière. Les sorts de guérison que connaissait Spica étaient assez basiques, mais suffiraient pour attendre qu'ils aient un médicomage sous la main. Cygnus lui-même avait apporté sa contribution avec des enchantements dont Spica ne connaissait pas la provenance, mais qui paraissaient être sacrément efficaces pour faire disparaître la douleur. En espérant que cela dure.


Quelques heures plus tard, ils étaient tous les quatre postés à l'entrée du souterrain. De nombreux ustensiles étaient éparpillés sur le sol. Certains brillaient d'une lueur diffuse tandis que d'autres laissaient échapper de légers grésillements.

-Je détecte au moins trois escaliers qui descendent plus bas, annonça Spica. Il y a également une cavité sur notre gauche, mais impossible de savoir ce qu'il y a là dedans. As-tu plus de détails Cygnus ?

Ils avaient convenu d'un commun accord de passer au tutoiement, plus aisé pour communiquer, surtout s'ils allaient être amenés à devoir se supporter sur le long terme.

Le botaniste s'était équipé d'étranges lunettes à la forme arrondie. Au premier abord, on aurait pu croire que cette dernière était dépourvue de verres et ne servait donc pas à grand-chose. Mais un coup d'oeil plus appuyé permettait de distinguer la très fine paroi aux reflets rosée.

Cygnus était penché au-dessus d'une petite plante pourvue de tiges longues et filiformes qui courraient sur les pierres au sol et se faufilaient entre elles.

-Impossible d'y pénétrer, confirma l'homme. C'est comme si quelque chose bloquait complètement l'accès. Ce n'est probablement activable qu'avec une certaine combinaison de runes, un sort particulier, voir un rituel de sang.

-Magie noire ! s'exclama Gemini qui était installée un peu plus bas et qui examinait le mur avec attention.

Spica roula des yeux.

-Je vous assure que non, rétorqua-t-il. La magie du sang est très ancienne et était beaucoup plus répandue il y a quelques centaines d'années avant qu'une poignée d'abrutis ne prennent peur et ne décrète que c'était dangereux et anormal. Encore aujourd'hui, elle est utilisée dans de nombreux rituels, notamment pour protéger des maisons ou manoirs. Cela permet de lier la magie du propriétaire à sa résidence et donc de renforcer les barrières magiques mises en place.

Gemini grimaça à l'entente du mot rituel et Spica ne put que rouler des yeux. Encore une qui avait dû être corrompue dès son plus jeune âge par des sorciers lumineux soi-disant bien pensants.

-Mon père avait horreur de tout cela, murmura-t-elle. Ma mère a été tuée par de la magie noire.

-Et vous croyez qu'ils n'auraient pas pu le faire en usant d'autres types de magie ? rétorqua Spica. La magie n'est ni bonne ni mauvaise, peu importe ce qu'on a pu vous ancrer dans le crâne.

La jeune femme serra les dents, mais ne rétorqua rien, se contentant de lui tourner ostensiblement le dos.

-Je crois qu'il serait prudent d'être un peu plus diplomate, intervint Cygnus d'une voix calme. Cela nous permettrait peut-être d'avancer beaucoup plus vite.

Spica se contenta de secouer la tête. Il n'avait pas de temps à perdre avec ce genre d'ineptie. Il avait mieux à faire.


Le soleil terminait sa course lorsqu'ils ressortirent tous les trois des cachots. Ils étaient couverts de crasse, de poussière et de toile d'araignée et ils furent donc bien embêtés lorsqu'ils entrèrent dans la grande salle.

Surtout Spica, en fait.

Gemini ruminait toujours dans son coin et ne paraissait pas se soucier de l'état de crasse de ses vêtements et de ses cheveux. Elle avait encore son bras en écharpe et le triturait machinalement.

Cygnus avait quant à lui son éternel sourire serein. Il était donc difficile de savoir ce qu'il pensait vraiment de tout cela.

-Peut-être serait-il judicieux de leur indiquer la salle de bain la plus proche avant de les autoriser à s'asseoir, déclara le professeur de métamorphose d'un ton pincé tandis que Dumbledore les accueillait avec un large sourire.

-Je crains que Minerva n'ait quelque peu raison, sourit le vieil homme. Ne vous avais-je pas indiqué vos quartiers lors de notre marche de ce matin ?

Spica se pinça l'arête du nez.

-Je crains que non, professeur, articula-t-il en faisant de son mieux pour garder son calme.

-J'ai dû oublier, dans ce cas, fit le vieil homme en gardant son sourire. Suivez-moi donc !

Spica s'exécuta en traînant les pieds tout en songeant que les semaines à venir allaient être longues. Vraiment très longues.


Fin du chapitre 4