Chapitre 7


La première chose que Cygnus remarqua lorsqu'il se réveilla fut la chose étrangement chaude dans son dos. Une chose beaucoup trop chaude pour être agréable. Surtout en considérant les températures extérieures. Il était comme toujours dans la chambre qui lui avait été assignée depuis son arrivée à Poudlard. Sauf que quelque chose avait changé. Quelque chose n'était pas pareil.

La chose dans son dos bougea en émettant une sorte de grognement beaucoup trop humain pour être une nargole.

Le cerveau du botaniste siffla et manqua de laisser échapper de la fumée par les oreilles de son propriétaire. Il était parfois assez difficile pour lui de se mettre en route le matin.

Cygnus cligna des yeux.

Pas une nargole, donc. Ni un joncheruine. Pas non plus un coléoptère véloce ou un jobarbille.

-Si tu continues à réfléchir comme ça à voix haute, je t'étrangle, Azhar, grommela la chose toujours dans son dos. Et puis tu ne sais même pas ce que c'est qu'une nargole. Alors, mets-toi au travail et arrête de m'emmerder.

Cygnus ne put retenir un éclat de rire tandis que son cerveau faisait enfin le rapprochement. Pour peu et il aurait allumé une chandelle juste au-dessus de sa tête pour témoigner de son illumination.

-Spica, réveille-toi, lui souffla-t-il.

Mais l'enchanteur faisait preuve d'un entêtement particulier qui fit échouer ses tentatives suivantes. Au point que le botaniste dut s'y reprendre à plusieurs fois pour réussir enfin à faire sortir son compagnon du sommeil.

Quelques heures plus tard, lorsque les deux hommes émergèrent enfin de leurs quartiers, personne ne releva leur réveil tardif ou même l'étrange rougeur sur leur visage. La plupart des professeurs songèrent immédiatement à des coups de soleil. Madame Pomfresh leur proposa même un baume contre les brûlures. Elle ne comprit pas vraiment pourquoi les deux hommes s'empressèrent de refuser et repartit vers l'infirmerie en grommelant contre ces idiots qui ne voulaient même pas être soignés.


Ce ne fut finalement que deux jours plus tard que Dumbledore les convoqua finalement dans son bureau.

Le temps était toujours au beau fixe et beaucoup trop chaud au goût de Spica, qui avait passé le plus clair de son temps au fin fond des couloirs les plus sombres de Poudlard dans l'espoir de retrouver ne serait-ce qu'un peu de fraîcheur.

Cygnus et lui n'avaient pas discuté de ce qui s'était produit ce soir-là. L'un comme l'autre avait statué sur un accord simple qui dictait que cela n'était qu'une incidence unique qui n'allait avoir aucun impact sur leur collaboration, mais qui pourrait se reproduire dans les semaines à venir, sans pour autant que cela mette en cause des sentiments éventuels. Spica n'avait de toutes les façons pas l'intention de s'engager dans quelque relation que ce soit. C'était bien trop compliqué à gérer pour être totalement appréciable.

Le bureau du directeur était toujours le même et Spica ne prêta donc pas d'attention particulière au décor et s'installa machinalement à la droite de Cygnus, dans la chaise qui avait été mise à sa disposition.

Toute son attention était focalisée sur la jeune femme qui était à la droite du directeur. Elle était droite comme un I et donc visiblement complètement mal à l'aise. Son regard ne cessait de passer des deux hommes au visage du directeur, comme si elle s'interrogeait si l'un d'eux n'allait pas lui sauter au visage.

Spica songea distraitement que, si c'était là leur nouvelle garde du corps, alors elle était bien mal placée pour faire ce travail - surtout si elle continuait de se montrer aussi craintive. Mais peut-être cela n'était-il qu'une façade, et il resta donc sur ses gardes. Il avait depuis longtemps appris que les apparences étaient souvent trompeuses.

Leur nouvelle acolyte était ce qu'il y avait de plus banal, si bien que Spica ne se serait pas retourné dans la rue s'il l'avait croisé. Il aurait pu même instantanément oublier son visage. Mais c'était peut-être là que reposait toute la beauté de la chose. Un visage bien trop banal pour être reconnue dans une foule. De grands yeux noisette assez communs pour être oubliés en un clin d'œil. Même sa coupe de cheveux à la garçonne lui donnait un air assez androgyne pour que l'on se questionne sur son identité tout en n'étant pas capable de se souvenir parfaitement de ses traits après avoir fermé les yeux.

-Colin Marble.

La jeune femme cligna à peine des yeux lorsque Dumbledore la présenta.

-Poufsouffle diplômée de Poudlard i peine quelques années, sang-mêlée, continua le vieil homme. Je suis certain que vous arriverez à vous entendre. J'ai cette fois bien vérifié qu'elle n'ait aucune affaire familiale qui risquerait de vous porter préjudice.

La nouvelle venue roula des yeux. Un mouvement imperceptible qui fit sourire l'enchanteur.

-Je sais rester professionnelle, professeur, soupira-t-elle. Je ne suis plus vraiment nouvelle dans le métier, vous savez.

-Le métier ? releva Cygnus. Quel métier ?

Ce fut Dumbledore qui répondit à cette question.

-Miss Marble a repris les traces de son père...

-Je suis mercenaire, le coupa-t-elle.

Spica haussa un sourcil, tandis que Cygnus s'était redressé sur son siège. Voilà qui devenait nettement plus intéressant.

-Mercenaire, vous dites ? s'enquit le botaniste. J'ignorais que c'était un métier pratiqué par des femmes. Mais j'ai eu vent des activités de votre famille. Je ne doute pas que vous ayez été bien formée.

L'étincelle de colère qui était apparue dans les yeux de leur interlocutrice mourut presque immédiatement et elle inclina lentement la tête.

-Je vous remercie, déclara-t-elle.

-Mais de rien, sourit Cygnus. Vous ferez une bonne addition à notre équipe. Surtout si vous ne tentez pas de tuer Spica.

Ce dernier secoua la tête, presque vexé par la légèreté avec laquelle son compère évoquait son assassinat avorté. Parfois Cyngnus était décidément quelqu'un d'étrange.


Il fut décidé qu'ils commenceraient le jour même. Apparemment, embaucher un mercenaire était déjà suffisamment cher comme cela et ils n'avaient vraiment pas de temps à perdre. Enfin, Dumbledore ne l'avait pas dit à voix haute, mais Spica avait suffisamment l'expérience de l'argent pour le déduire du léger tic qui agitait la paupière du vieil homme. Ça, et le large sourire qui étirait de temps à autre les lèvres de Colin.

Il leur fut donné à peine quelques heures pour préparer suffisamment de matériel et de vivres pour survivre plusieurs jours dans les souterrains. Sachant qu'ils étaient tous les trois sorciers et qu'ils étaient donc parfaitement capables d'invoquer de la nourriture si besoin. La magie, c'était tout de même bien pratique, surtout si l'on n'était pas trop regardant sur la provenance de la nourriture en question (mais c'était là un autre problème et nous n'épiloguerons pas ici sur ce dernier).

-C'est toujours aussi poussiéreux, soupira Spica quelques heures plus tard tandis qu'ils s'enfonçaient dans les profondeurs des souterrains.

La crasse et les araignées étaient toujours là, comme des choses immuables dans les bas-fonds des sous-sols du château. Et encore, ils étaient loin du fond.

Par chance, cette fois personne ne termina la première descente sur les fesses et ils purent alors progresser au-delà de leur avancée précédente. L'obscurité les enveloppait complètement au point qu'il était difficile de savoir où ils mettaient les pieds. Même la lumière qui s'échappait de leur baguette ne parvenait pas à éclairer complètement les alentours, comme si elle-même était happée par l'obscurité.

-C'est charmant, marmonna Spica. On se croirait dans un de ces châteaux lugubres dont raffolent les mages noirs.

-Parce que tu as déjà mis les pieds dans ce genre d'endroit ? releva Cygnus.

L'enchanteur renifla.

-Tu n'imagines même pas le nombre d'idiots qui se disent mages noirs et qui ne sont même pas fichus de poser des protections élémentaires sur leurs murs. Et dans ces cas-là, c'est moi qui vais faire le sale boulot à leur place. Heureusement qu'ils payent plutôt bien.

-C'est la même chose lorsqu'on est mercenaire, intervint Colin qui était jusque-là restée silencieuse. Nous n'apprécions pas toujours ce que nous faisons, mais le principal reste combien le client est prêt à payer.

-Moui, enfin, vous tuez des gens, tout de même, protesta Spica.

Colin se tourna lentement vers lui, le dévisageant d'un air amorphe.

-Tout le monde meurt un jour. Je ne fais juste qu'accélérer la manœuvre, rétorqua-t-elle d'un ton sec.

Étonnamment, cette remarque ne permit pas de détendre l'atmosphère. Au contraire, les alentours leur parurent à tous les deux soudainement beaucoup moins accueillants, comme si les paroles de la jeune femme étaient un présage néfaste de leur avenir.


Le premier vrai frein dans leur descente se produisit environ deux heures plus tard. Spica avait alors l'impression d'avoir descendu de près de deux fois la hauteur du château. Mais cela pouvait être complètement faux et provenir uniquement de la perte de ses repères dans un environnement aussi étroit et peu éclairé.

Il transpirait comme jamais et regrettait même d'avoir emmené avec lui son épaisse robe de sorcier. Cette dernière était pourtant habituellement parée de toute une panoplie de sortilèges plus efficaces les uns que les autres pour contrer ce genre de désagréments. Mais il avait là réellement l'impression que le sort s'acharnait sur lui.

Il faisait une chaleur étouffante à l'extérieur du château et il avait pensé pouvoir compter sur les souterrains pour lui fournir un peu de fraîcheur. C'était bien le cas au début. Sauf que cela n'avait pas durer et il avait l'impression que l'atmosphère était de plus en plus oppressante au fur et à mesure qu'ils s'enfonçaient dans l'obscurité.

-Regardez ça !

Spica et Colin levèrent aussitôt la tête pour fixer autre chose que le sol devant eux. Cela avait été jusque-là une technique plutôt aboutie pour éviter de se casser la figure et de se blesser plus que nécessaire. Malheureusement, ça avait ses limites. Surtout quand il y avait un éboulement immense juste devant eux et qu'ils avaient tout simplement manqué de le percuter de plein fouet.

-Il semblerait que la voie soit condamnée, marmonna Spica. Ça va être compliqué de passer au travers.

-Cela s'est probablement effondré avec le temps, remarqua Colin.

Le regard de la jeune femme glissait d'un point à un autre de l'éboulement comme si elle cherchait le meilleur moyen pour se tirer de ce problème.

-Je présume qu'un simple Bombarda Maxima ne permettra pas de résoudre notre problème ? s'enquit Cygnus.

Les deux autres le dévisagèrent d'un air blasé.

-Si tu veux mourir, pourquoi pas, grinça Spica. Mais je ne crois pas que ce soit là notre objectif. Il nous faut trouver autre chose. N'y a-t-il pas une plante ou quelque chose qui nous permettrait de passer au travers ?

-Une potion passe-muraille, certes, admit le botaniste, mais je crains qu'elle ne soit particulièrement longue à préparer et il nous faudrait revenir en surface. Nous avons déjà perdu suffisamment de temps comme cela.

-Peut-être...

Spica ne termina pas sa phrase. Il s'accrocha à la première chose à sa portée lorsque le sol trembla sous lui. Ce qui s'avéra être l'épaule de Cygnus. Les deux hommes tombèrent sur le sol en un mouvement parfaitement synchronisé, atterrissant tous les deux sur leur postérieur respectif.

Tandis que Spica se confondait en excuses hasardeuses, Cygnus jeta un bref coup d'œil à l'attention de Colin. Cette dernière paraissait tout aussi sonnée qu'eux.

-Ça va aller ? s'enquit-il à son attention.

-Parfaitement, lui affirma-t-elle.

Sa voix tremblait tout de même un peu, mais Cygnus fit mine de ne pas l'avoir remarqué.

Un nouveau tremblement secoua le passage et, pour la première fois en plusieurs semaines, Cygnus se demanda si ça avait été une bonne idée d'accepter ce travail. Certes, il était un peu à court d'argent pour sa prochaine expédition, mais ce n'était pas non plus utile de mourir ainsi dans les souterrains les plus miteux du château.

-Que se passe-t-il exactement ? grogna Spica en se relevant pour la seconde fois. Je ne crois pas que le directeur nous ait précisé que nous étions là dans une région sismique. À moins que Poudlard n'ait soudainement été délocalisé à l'autre bout du monde. Si ça se trouve, nous allons peut-être croiser un Kangourou, qui sait ?

Son trait d'humour passa totalement inaperçu. Un bruit sourd annonça la prochaine secousse. Sauf que cette fois, une partie du plafond s'effondra en même temps.

Spica et Colin eurent le réflexe d'invoquer un bouclier de protection qui parvint tant bien que mal à les englober tous les trois.

Mais le souffle et les débris ne manquèrent pas de les projeter au sol. Ils s'effondrèrent dans la poussière tandis que l'obscurité les happait complètement.

Spica se redressa au bout d'un temps indéterminé. Il avait l'impression d'être resté allongé plusieurs heures. Mais peut-être seulement quelques minutes s'étaient écoulées et avait-il simplement pris un sérieux coup sur la tête.

Il toussa pour évacuer la poussière qui s'était insinuée dans ses poumons. C'était parfaitement désagréable.

Il chercha sa baguette à tâtons. L'obscurité était totale, mais il parvint finalement tout de même à mettre la main dessus. Il murmura un bref lumos, illuminant aussitôt les alentours.

Un grognement à sa droite lui apprit que Cygnus était toujours en vie et se relevait tout juste. Un peu plus loin, Colin paraissait parfaitement alerte et cherchait, elle aussi, sa baguette.

Un rayon de lumière rejoignit la première dès qu'elle l'eut retrouvé à son tour.

-On est coincée, remarqua-t-elle quelques secondes plus tard.

Spica fit volte-face, ignorant la douleur qui lui crispait le dos.

-Merde !

Conformément aux dires de la jeune femme, ils étaient bel et bien coincés. L'éboulement avait également entraîné la chute du plafond derrière eux, condamnant définitivement le passage par lequel ils étaient venus.

-Nous sommes obligés d'avancer, marmonna le mercenaire. Nous ne pourrons pas faire autrement.

-Le problème est qu'il va être difficile d'avancer, grogna Spica en se tournant à nouveau vers elle. Le passage est bloqué, vous vous souvenez ? Il n'y a pas moyen de continuer. On va rester bloqués ici.

-Ne soyez pas si défaitiste ! siffla-t-elle d'un ton agacé. Nous arriverons sans problème à nous en sortir. L'éboulement a débloqué un léger tunnel. Cela ne devrait pas être très difficile de l'agrandir. Le tout est de savoir où il mène.

-Ça ne devrait pas être très compliqué à découvrir, intervint Cygnus qui était resté silencieux jusqu'à présent. Spica, pourrais-tu t'en charger ? Avec ta forme animagus...Un chat devrait pouvoir passer sans problème.

L'enchanteur fit la moue. Il n'avait pas vraiment prévu d'en arriver à cela. Le problème de sa forme de chat était qu'il la maîtrisait tout juste et qu'il risquait de rester bloqué dans cette forme s'il n'arrivait pas ensuite à se retransformer.

-Soit, mais je compte sur vous pour me transporter si je reste bloqué sous cette forme, admit-il. Et il faudra que vous m'éclairiez le passage.

-Et on vous nourrira avec des croquettes, renifla Colin.

Spica la fusilla du regard tandis que Cygnus riait légèrement. Mais il ferma ensuite les yeux et se laissa envahir par les sensations qui allaient d'ordinaire avec sa transformation.

Très rapidement, il fut bien campé sur ses quatre pattes, ses coussinets laissant des traces dans la poussière au sol. Il suivit la lumière de la baguette de Colin et grimpa avec agilité sur la montagne de pierre qui constituait l'éboulement.

Pour un humain, cela ne représentait pas une hauteur conséquente. Mais pour un chat c'était toute autre chose. Surtout que les pierres avaient tendance à être couvertes d'une sorte de vase glissante et désagréable qui l'empêchait d'être complètement stable.

Il finit tout de même par atteindre le passage désigné par Colin. C'était effectivement plus qu'assez grand pour laisser passer un animal. Mais encore un peu trop étroit pour un humain.

Il s'engouffra dans l'obscurité.

Même avec la lumière dégagée par la baguette de Colin, il était difficile de savoir où il posait ses pattes. Il devait déjà s'estimer heureux de la vision de nuit qui accompagnait cette forme en particulier. Mais cela avait quelques limites.

Lorsqu'il déboucha à l'autre extrémité du passage, il fut surpris de la vaste salle qui se présenta à lui. Là encore, une partie du plafond paraissait avoir cédé sous la force de l'éboulement. Mais ce détail était presque insignifiant et ne bloquait en aucun cas toute progression future. Ce ne fut même pas ce détail que Spica remarqua en premier.

Ses yeux de chat s'écarquillèrent, et il manqua de perdre l'équilibre.

Il ouvrit la bouche pour les prévenir de cette découverte, mais seul un miaulement en sortit.

Zut.

Parfois il oubliait sous quelle forme il se trouvait.

Il se retransforma tant bien que mal en humain, puis se racla la gorge. Là, c'était déjà beaucoup mieux.

-Il y a quelqu'un ici ! Un jeune homme ! Il est blessé !


Fin du chapitre 7