Chapitre 8
Spica descendit en hâte, se faufilant parmi les gravats. Il devait faire vite. Il n'avait aucune idée de l'état de santé réel de l'individu. Il ne savait à vrai dire même pas si ce dernier était dangereux, ni même qui il était.
Il paraissait si jeune. Était-il encore étudiant à Poudlard ? Mais alors que faisait-il ici durant l'été alors que les cours s'étaient terminés il y a déjà plusieurs semaines ?
La tignasse du jeune homme, d'un brun absolument banal était couverte de poussière et son visage bien trop pâle donnait l'impression désagréable qu'il était déjà passé de vie à trépas.
Son torse se soulevait pourtant régulièrement, mais ce qui inquiétait surtout Spica était la blessure qui lui barrait la pommette gauche.
-Le lieu est-il sécurisé ? cria Colin à l'autre bout du tunnel.
-Sans problème ! lui assura-t-il
-Pourriez-vous cesser de me hurler ainsi dans les oreilles ? grommela l'individu qui était toujours allongé. C'est absolument désagréable.
L'enchanteur sursauta violemment. Deux yeux d'un marron presque noir le dévisageaient fixement.
Le monde tourna autour de lui et il se retrouva à nouveau à quatre pattes.
-Miaou !
-Je crois que ça va être compliqué de se comprendre, marmonna le jeune homme.
Spica se racla bruyamment la gorge dès qu'il eut retrouvé forme humaine. Il allait vraiment devoir travailler ce point-là, car cela devenait quelque peu embarrassant.
-Je suis navré pour cela, bafouilla-t-il. Quelques difficultés à contrôler cette foutue transformation.
Le jeune homme haussa un sourcil.
-Je vois ça, sourit-il.
Mais son visage se crispa presque immédiatement lorsqu'il tenta de se redresser.
-Doucement ! s'exclama Spica. Vous êtes blessé. Vous avez apparemment chuté sur plusieurs mètres. Vous avez besoin de soins.
Il leva sa baguette et appliqua sans attendre les premiers soins qu'il connaissait, fouillant même dans son sac pour sortir une potion qui permettait de soigner les blessures les plus générales.
Son patient le remercia d'un bref sourire.
-Où sommes-nous ? s'enquit-il juste après. Et qui êtes-vous ?
-Dans les souterrains du château. Je me nomme Spica. Et à qui ai-je l'honneur ?
-Procyon, marmonna l'individu.
-Juste Procyon ? releva l'enchanteur.
-Juste Spica ? rétorqua le jeune homme.
Spica roula des yeux.
-Touché, reconnut-il. Comment êtes-vous arrivé ici ? Et que faites-vous à Poudlard ?
-Je prépare ma maîtrise en runes, grogna Procyon et se redressant doucement. Le professeur Flitwick m'a autorisé à demeurer à Poudlard durant les vacances scolaires pour bénéficier du calme du château et des nombreuses salles non utilisées. Mon rituel a mal tourné. Ça a explosé et ça a entraîné le sol sur lequel j'avais tracé mon pentacle. J'ignorais qu'il y avait des souterrains juste en dessous. J'aurais dû choisir un autre endroit pour pratiquer ce rituel en particulier. Ce n'est pas la première fois que cela m'arrive.
-J'imagine bien, sourit Spica.
Lui-même ne comptait plus les occasions où ses expériences avaient échoué, entraînant des blessures plus ou moins graves selon sa capacité à réagir à ce genre de problème. Mais avec les années il était devenu de plus en plus doué pour éviter de mourir. Ce qui n'était pas vraiment une mauvaise chose, lorsqu'il y réfléchissait.
-À quelle académie étudiez-vous ?
-Celle de Londres.
Évidemment. C'était la meilleure et la plus réputée. Celle où les maîtres les plus reconnus avaient fait leurs études.
Spica lui-même avait deux maîtrises de cet établissement.
-Félicitation, sourit-il. Ils ne prennent pas n'importe qui. Et le niveau est exigeant. Le mage Mellen enseigne-t-il toujours ? Il avait été celui qui avait dirigé ma maîtrise.
Les yeux de Procyon s'écarquillèrent un instant avant qu'il ne reprenne une expression neutre.
-Il est l'un de mes maîtres de conférence, admit-il. Il a depuis pris un apprenti et consacre donc la majeure partie de son temps à le former.
-Je vois, fit Spica. C'est une bonne chose qu'il y ait quelqu'un pour prendre la suite. Les années doivent commencer à le rattraper.
-Vous ne voulez pas non plus qu'on vous apporte du thé et des scones, pendant que vous y êtes ? fit la voix moqueuse de Colin à quelques mètres de là. Ou une petite nappe avec des fleurs ?
Spica roula des yeux.
-Ça ira, merci, grinça-t-il.
Il leur fallut plusieurs minutes pour faire les présentations, mais ils en arrivèrent bien vite à la conclusion que Procyon ne pouvait que venir avec eux. Après tout, ce n'était pas comme s'il pouvait aller autre part.
Il était évident que Colin ne faisait pas tout à fait confiance à Procyon. C'était à vrai dire à peu près le cas de tout le monde. Spica lui-même savait qu'il était délicat de faire confiance à un étranger que l'on venait à peine de rencontrer - surtout un étranger qui était en quelque sorte tombé du ciel dans un endroit où normalement les gens ne tombent pas du ciel comme cela. Encore un peu et ils verraient voler un coq qui leur chanterait régulièrement cocorico. Quoique, une poule serait plus utile et pourrait au moins leur fournir quelque chose à manger.
Pour en revenir à Procyon, le jeune homme marchait d'un pas lent et hésitant, comme s'il n'était pas tout à fait certain de s'être complètement remis de sa chute.
-C'est étrange que nous ne vous ayons jamais vu dans la Grande Salle pour les repas, remarqua Cygnus. Le professeur Dumbledore n'exige-t-il pas que vous y soyez présent ?
Procyon détourna le regard, visiblement gêné par cette question.
-J'ai tendance à éviter les professeurs, admit-il. Je me sens mal à l'aise en leur présence. Je n'ai pas vraiment envie d'en parler.
Colin roula des yeux, apparemment peu convaincue par cette explication.
-Sont-ils au moins au courant de votre présence à Poudlard ?
-Évidemment ! s'exclama le jeune homme. Le directeur est au courant de tout ce qui se passe dans le château. C'est bien le problème.
La dernière phrase avait été prononcée si bas qu'il était difficile de savoir si Procyon avait réellement souhaité émettre une opinion à ce sujet. Et Spica ne put que secouer la tête. Visiblement, il n'était pas le seul à ne pas aduler le directeur.
Leur progression s'était considérablement ralentie depuis l'ajout de ce nouvel arrivant à leur groupe. Pourtant, même si Colin ronchonnait parfois, elle n'avait pour l'instant pas protesté au sujet de ce rythme réduit.
Spica soupçonnait silencieusement que le directeur avait promis de la payer à la journée. Ce qui signifiait donc que, plus ils mettaient de temps à trouver leur chemin et plus elle gagnait d'argent. Surtout si elle avait un salaire aussi mirobolant que le sien.
-Je crois que nous commençons à atteindre les protections supérieures, annonça Spica. D'après le plan, elles ne devraient plus se situer bien loin.
Le morceau de parchemin que leur avait gracieusement fourni le directeur avait été quelque peu endommagé lors de la chute du plafond, mais restait tout de même plus ou moins lisible.
D'après ce qui y était inscrit, les fondations de Poudlard étaient réparties en deux couches bien distinctes et malheureusement pas situées au même endroit.
La couche numéro un était celle qu'ils avaient prévu d'atteindre ce jour-là. Elle constituait un premier dédale de couloirs qui s'enchevêtrait sous les cachots et qui avait été, d'après la légende, bâti par Salazar Serpentard en personne. Il était donc assez délicat d'y circuler sans prendre garde. Merlin seul savait quels sortilèges vicieux et imprévisibles se dissimulaient dans ces souterrains.
Spica espérait pour l'heure simplement que le puits qui était indiqué sur le plan et qui constituait un appel d'air et donc une possibilité de regagner la surface était encore bien présent. Sinon, il y avait des risques pour qu'ils ne parviennent pas à remonter au niveau du sol. Ou du moins, l'entreprise allait s'avérer plus que compliquée.
Des runes se détachaient clairement sur le sol malgré la poussière et le sol toujours couvert de sortes de moisissures. Elles étaient accompagnées d'autres symboles que Spica n'avait vus que dans d'anciens grimoires.
Spica s'agenouilla pour frotter les algues qui masquaient l'un des symboles.
C'était ancien. Vraiment très ancien.
-Nous allons devoir être extrêmement prudents, annonça-t-il. Je reconnais la plupart de ces symboles, mais je ne les avais jamais vus imbriqués de cette manière. Cela ressemble à une sorte de pentacle de protection, mais je n'ai aucun moyen d'en être sûr.
-Que pourrait-il arriver si nous mettons le pied à un mauvais endroit ? s'enquit Colin en plissant les yeux.
L'enchanteur haussa les épaules.
-C'est difficile à dire. Il y a mille et une manières de tuer un intrus. Tout dépend de la puissance et de l'imagination du ou des sorciers qui ont inscrit cela. Cela peut aller des simples flammes aux chocs plus élaborés en passant par la disparition du sol sous nos pieds. L'imagination des fondateurs était réputée pour être sans limites. Et ils étaient bien trop puissants pour que nous puissions rivaliser à ce niveau-là. Notre seul avantage est qu'ils sont morts depuis des siècles et que quantité de sorts et de runes ont été mis au point depuis cette époque reculée. Ils n'ont pas pu penser à tout. Il y aura toujours une faille. À nous de l'exploiter avec les moyens limités que nous possédons.
Il fit un pas en avant pour tester la solidité du sol devant lui. Il était de toutes les façons impossible de faire marche arrière et un sort de lévitation n'aurait rien changé. Ce genre de protection sentait tout simplement la magie de l'individu en lui-même.
Il manqua de lâcher sa baguette lorsqu'une lueur bleue plana autour de lui.
-Merde ! jura-t-il.
Il restait immobile, réprimant du mieux qu'il pouvait l'effroi qui grimpait au fond de lui. Son cœur battait à un rythme effréné dans sa poitrine et il avait plus chaud que jamais. Comme s'il était sur le point de basculer d'un précipice sans fin.
La lumière bleue ne cessait de croître autour de lui.
Il n'osait pas bouger d'un pouce, de peur de faire un faux mouvement qui pourrait causer une agression de la part de la lumière. Il n'avait jamais rien vu de semblable, même si cela lui rappelait les ouvrages qu'il avait lus au sujet des anciennes formes de barrières de protection. Sa magie était analysée, il pouvait le sentir par les picotements qui se propageaient en lui. C'était profondément désagréable. Il avait surtout l'impression d'être presque happé par tant de puissance. Cette magie était trop ancienne pour qu'il parvienne à la supporter sans laisser échapper des grimaces.
-Qu'est-ce que c'est ? murmura Cygnus.
Ce dernier n'osait pas avancer, tout comme le reste de leurs compagnons. Aucun ne savait vraiment comment cela allait se comporter vis-à-vis d'eux.
-Une sorte de barrière de protection, annonça Colin. J'ai déjà vu ça une fois. C'est très dangereux, surtout si la magie décide que vous n'êtes pas les bienvenues. J'ai vu un homme se faire griller sur place, une fois. Ce n'était pas très joli à voir.
-Je pense que je me serais passé de ce commentaire, grogna Spica. Ce n'est guère encourageant.
-Y a-t-il moyen de stopper cela ? s'enquit Procyon qui était jusqu'à présent resté silencieux.
-Pas si tu souhaites rester en un seul morceau, gamin, rétorqua Colin. C'est bien trop risqué d'interrompre l'analyse.
-Alors on va juste rester là et attendre de voir s'il meurt ou pas ? protesta le jeune homme.
Colin et Cygnus échangèrent un bref regard. Il était clair que cela ne leur plaisait pas vraiment, mais ni l'un ni l'autre n'avait une idée pour se sortir de cette situation.
-Malheureusement, notre expert en runes est un peu coincé, fit la jeune femme en désignant Spica d'un mouvement de la tête.
-L'expert en runes vous emmerde, grogna l'enchanteur, et il espère aussi ne pas finir complètement grillé.
-Charmant, renifla Colin. Nous mettrons cela sur ton épitaphe.
-Je préférerais assez que cela ne soit pas nécessaire, marmonna Spica.
Il grimaça tandis que la lueur bleue semblait comme s'incruster dans sa peau. Cela commençait à devenir vraiment désagréable.
-Du calme ! s'exclama-t-il. J'étais à Poudlard comme étudiant. À Poufsouffle ! Je ne suis pas dangereux !
Les mouvements de la lumière s'arrêtèrent tout net, mais cette dernière resta présente, comme si elle attendait une suite.
-Nous sommes ici pour protéger le château. Nous avons été mandatés par le directeur Albus Dumbledore. Nous ne voulons aucun mal à Poudlard. Pitié et par Merlin, laissez-moi juste faire mon travail. J'ai vraiment besoin de cet argent.
La lueur perdit en intensité, puis finit par s'éteindre complètement après un dernier flash intense.
-Je...crois que c'est bon ? osa murmurer Spica après plusieurs secondes d'un silence pesant.
-J'ose espérer, soupira Cygnus. Ou peut-être s'est-elle cachée pour revenir ensuite lorsque tu t'y attendras le moins ?
L'enchanteur roula des yeux.
-Je t'en prie, ne parle pas de malheur, ronchonna-t-il. Nous sommes déjà assez mal embarqués comme cela.
-Par contre, intervint Colin. Je ne suis pas certaine que le coup du 'j'ai vraiment besoin de cet argent pitié laissez-moi m'enrichir' soit vraiment très pertinent. Je crois bien que la magie se fou éperdument de l'état de ton coffre, Spica.
Ce dernier se renfrogna, nota toutefois au passage le tutoiement soudain. Mais après tout, c'était peut-être plus facile ainsi.
-J'ai essayé ce que j'ai pu, se justifia-t-il. Au moins, on est tiré d'affaire.
-Pour le moment, compléta Cygnus. Nous ignorons complètement ce qui nous attend ensuite.
-Qu'attendons-nous pour le découvrir ? s'exclama Spica.
-Ô joie, marmonna Colin, allons gaiement voir quelle est la chose suivante qui va essayer de nous tuer. Je ne crois pas qu'il soit nécessaire d'y mettre autant d'enthousiasme.
Fin du chapitre 8.
