Chapitre 9
Malheureusement pour eux et conformément aux craintes de Colin ils eurent bien du mal à progresser dans les minutes voire les heures qui suivirent. Ils durent d'abord tous se plier à l'examen du détecteur de magie, comme Spica l'avait fait plus tôt. Cygnus passa le test sans aucun problème. Cela ne dura pour lui qu'une poignée de secondes comme si la lumière elle-même en avait conclu qu'il ne représentait aucun danger notable.
Pour les autres, ce fut un peu plus long. La lumière s'arrêta en particulier bien longtemps sur Procyon - presque aussi longtemps que sur Spica. Sans que le jeune homme ne se décide à expliquer pourquoi.
Cela provoqua une méfiance encore plus accentuée de Colin à son égard. Mais de toutes les façons, les autres étaient rapidement arrivés à la conclusion que derrière son apparence calme se cachait une jeune femme ferme et méfiante qui ne faisait vraiment confiance à personne. Son comportement n'était donc guère étonnant.
Par contre, elle s'avéra être un atout précieux dans le cheminement difficile qui les attendit ensuite.
Ils durent à plusieurs reprises déjouer les nombreux pièges qui se dressaient sur leur chemin. Il était de plus en plus délicat d'avancer, tant le souterrain paraissait se recroqueviller sur lui-même.
Spica avait lu dans de vieux ouvrages que la taille des individus avait augmenté depuis le moyen âge, mais c'était encore plus impressionnant de le constater. Impressionnant et douloureux. Il ne comptait plus le nombre de fois où il s'était cogné la tête contre le plafond. Il allait avoir un nombre assez conséquent de bleus et éraflures - surtout en considérant la rugosité du plafond en question. Encore une chose qui avait été construite pour des nains. Ou tout simplement pour des fondateurs qui ne devaient apparemment pas dépasser le mètre soixante. Il était assez tragique d'en arriver à cette conclusion. Cela donnait une ombre certaine à leur réputation.
Quoi qu'il en soit, ils continuaient d'avancer aussi bravement que possible, se couchant au sol dès qu'un nouveau sortilège fusait dans leur direction. Ils avaient bien vite conclu que c'était la méthode la plus efficace - bien que la plus douloureuse. Après tout, leurs boucliers invoqués à la va-vite avaient bien des fois failli trop rapidement et il était dans ces cas-là beaucoup plus difficile de se défendre.
Les individus qui avaient construit cet endroit avaient dû être au courant des dalles sur lesquelles il ne fallait surtout pas poser le pied. Malheureusement pour eux, cette connaissance s'était manifestement perdue avec le temps. De manière volontaire ou non ? Ils ne le sauraient probablement jamais. Mais il était assez consternant de constater qu'ils n'étaient vraiment pas en mesure de prévoir les attaques sur leur personne.
Spica se mangea le sol pour la trentième fois ce jour-là. Il atterrit tel un sac négligemment jeté à terre. D'une manière absolument pas élégante, donc. Mais vraiment pas. Surtout lorsque Cygnus vint s'écraser sur lui.
Il parvint tout de même à lever sa baguette et à marmonner un Finite Incantatem le temps de désactiver temporairement le sort. Temporairement, oui, car les fondateurs avaient vraisemblablement trouvé une parade pour être certains de la durabilité de leurs protections. Finite Incantatem devait être un de ces sorts passe-partout de l'époque qui permettait de passer sans trop de problèmes - après avoir passé l'épreuve de la barrière de magie - du moins lorsqu'on connaissait parfaitement l'emplacement des protections. C'était tout de suite beaucoup plus compliqué lorsqu'on n'était pas certain de cette chose.
-J'en ai marre de tout ça, geignit-il. Je suis enchanteur, moi, pas dresseur de dragon ou batteur de Quidditch. J'ai l'impression de n'être jamais autant tombé en une journée.
Procyon paraissait lui aussi passablement énervé mais gardait le silence. Il n'avait à vrai dire pas dit grand-chose depuis qu'ils l'avaient récupéré et rafistolé tant bien que mal. Il les suivait sans un mot, les aidant de temps à autre pour réussir à passer les protections.
-Au moins, nous sommes en vie, grogna Colin. Et puis ils en disent quoi sur votre plan ?
-Je ne crois pas qu'il y ait une petite croix magique qui dise 'vous êtes ici' et qui avance au fur et à mesure de notre progression, marmonna Spica en sortant tout de même la carte de sa poche.
Contrairement à ses dires, la chose existait bel et bien et ils furent donc ravis d'apprendre qu'ils n'étaient plus qu'à une petite centaine de mètres de la salle qu'il cherchait. Celle qui contenait les protections secondaires, donc.
-Je n'imagine même pas ce que ça doit être pour les protections principales, commenta Cygnus. Il doit être encore plus compliqué d'en approcher.
Spica gémit intérieurement. Pour l'instant il préférait ne pas trop y penser. Rien que d'imaginer la galère que ça allait être lui donnait envie de fondre en larmes, de tout plaquer et d'aller élever des nargoles au fin fond de la Laponie. Même s'il n'était pas vraiment certain que les pauvres bêtes arrivent à se faire au climat. Ou alors il faudrait qu'il choisisse une variété bien particulière.
-Les nargoles laineuses devraient pouvoir survivre, lui précisa Cygnus. Mais seulement les nargoles laineuses à poils bleus. Les autres trop sont fragiles pour être élevés dans de telles conditions.
L'enchanteur releva la tête, surpris de cette information.
-J'ai pensé tout haut, c'est ça ? s'enquit-il.
Il pouvait déjà sentir le rouge envahir ses joues. Il n'était pas vraiment fier d'avoir un schéma de pensée aussi tordu. Mais après tout, c'était peut-être dû à la fatigue et à la tendance fâcheuse qu'avaient ces souterrains de lui faire perdre toute notion du temps.
Il se renfrogna lorsque ses compagnons acquiescèrent, puis jeta un bref tempus qui l'informa qu'il était déjà six heures du soir.
-Je ne crois pas que nous parviendrons à regagner la surface pour la nuit, annonça Cygnus. Il nous faudra nous préparer à passer la nuit dans ce lieu.
-Nous devrions pouvoir trouver un recoin qui ne soit pas trop bardé de sorts, déclara Colin en faisant la moue. Sinon ce sera compliqué de penser à jeter un Finite Incantatem toutes les demi-heures.
-Peut-être dans la salle des protections ? intervint Procyon. Nous serons sûrement beaucoup plus à l'abri.
Il rougit immédiatement lorsque tous les regards se posèrent sur lui.
-Ce n'est pas une mauvaise idée, admit Spica. Ça aurait le mérite d'être assez grand pour nous quatre tout en étant bien protégé de l'extérieur. Il faudra juste éviter de toucher à quoi que ce soit. Et monter la garde, aussi, pour se tenir prêt si quelque chose de fâcheux venait à se déclencher sans prévenir.
Les pieds de Spica glissaient plus que jamais sur le sol en pente tandis qu'il grimpait lentement le dernier rempart vers la salle qui contenait apparemment les protections secondaires de l'école de sorcellerie Poudlard.
Les quelques centaines de mètres qui les avaient séparés de leur but s'étaient avérés plus difficiles à parcourir que prévu - notamment à cause de l'effondrement d'une partie du chemin.
Fort heureusement, le toit n'était cette fois pas tombé sur eux, mais avait dû s'effondrer des années plus tôt. Il n'était guère aisé de donner une date exacte, mais c'était suffisamment vieux pour que la végétation ait eu le temps de reprendre le dessus. Par végétation, ils entendaient bien évidemment l'espèce d'algue qui couvrait toujours le sol. En bref, ça ralentissait prodigieusement leur avancée et tous commençaient à se sentir vraiment très gluants. Ce n'était donc guère agréable.
L'homme manqua de glisser une énième fois et ne dut son salut qu'à la baguette de Colin qui vint s'enfoncer dans son dos. Il sursauta et parvint tant bien que mal à se raccrocher à une pierre juste au-dessus de lui.
-Je rencontre encore une fois tes fesses, Spica, et je te jure que tu ressors d'ici avec au moins un bras en moins. Ou une fesse en moins, au choix.
Spica aurait pu répliquer que ça lui faisait une belle jambe, mais il n'était pas certain que Colin apprécie ce trait d'humour. Il se contenta donc d'avancer un peu plus rapidement tout en prenant bien garde à ne plus glisser ou trébucher. Sa vie en dépendait. Après tout, il tenait particulièrement à ses bras. Et à ses fesses.
De sa position, il fut le premier à balayer du regard la salle, ou plutôt la grotte immense, qui contenait les protections secondaires de Poudlard.
Il écarquilla les yeux. C'était bien plus grand que ce qu'il avait imaginé. Il allait falloir au moins une journée entière pour remettre à jour tout cela.
Le plafond s'élevait sur au moins cinq mètres et était constitué d'une multitude de stalactites qui s'étiraient en ombres discontinues sur la roche poussiéreuse. Il régnait une atmosphère fraîche qui tranchait nettement avec la chaleur qui habitait les tunnels. Le plus étonnant était la lueur diffuse qui paraissait comme rayonner sur les murs, mais dont Spica était incapable de trouver la provenance exacte.
Le plus impressionnant était toutefois les multiples filaments qui serpentaient du sol au plafond, courant sur les murs et les piliers, pulsant d'une magie qui habitait la grotte tout entière.
Cygnus siffla avec émerveillement lorsqu'il atteignit à son tour la position de Spica.
Ils étaient quelques mètres en hauteur par rapport au sol de la grotte et avaient donc de leur position un point de vue inégalé sur l'espace qui s'offrait à eux.
-C'est splendide ! s'exclama l'homme. Je me demande si des plantes ont réussi à s'habituer à ces conditions et si elles ont développé des caractéristiques particulières en conséquence.
-Nous aurons tout le temps de le découvrir, déclara l'enchanteur. Ça va nous prendre des heures pour analyser tout ça ! Heureusement que nous avons des vivres ! Et ensuite nous devrons en plus essayer de trouver une sortie.
-Au moins, il y a de l'air et de la lumière, fit Colin qui s'était positionnée à gauche de Spica. Et je crois bien entendre de l'eau un peu plus loin. Peut-être une sorte de source ? Je me demande si elle reliée au lac ?
Spica ouvrit la bouche pour répondre, mais ses mots furent étouffés par le hurlement que poussa Procyon. Le jeune homme avait trébuché et glissait à présent inexorablement sur la roche en direction de l'intérieur de la grotte.
-Merde ! jura Colin. C'est ce qui s'appelle une entrée en fanfare.
Elle courut sur la pierre comme pour tenter de rattraper le plus jeune de leur groupe. Mais elle était ralentie par l'état du terrain, qui n'était toujours que rochers et algues et l'empêchait donc de courir aussi vite qu'elle l'aurait souhaité.
-Immobilus !
Le sort de Cygnus rata de peu le jeune homme et ils perçurent un étrange clapotis, suivi d'un cri étranglé à peine quelques secondes plus tard.
Spica et Cygnus échangèrent un long regard, avant qu'ils ne se précipitent tous les deux à la poursuite de Colin. Ils ne mirent que quelques minutes à descendre la pente et à arriver au niveau de Colin. Cette dernière était déjà en train d'extraire un Procyon encore conscient d'une sorte de petit bassin assez profond pour permettre un plongeon inopiné.
Le jeune homme tremblait de tous ses membres. L'eau n'était vraisemblablement pas très chaude et il avait eu le malheur d'être complètement trempé.
-Il a eu beaucoup de chance, marmonna Colin en lançant quelques sorts de diagnostics. À croire que tu veux mourir, gamin. Ce n'est pas croyable d'être aussi maladroit.
-Je suis désolé, murmura le jeune homme d'une voix rauque. Ce n'était vraiment pas volontaire.
-J'espère bien ! s'exclama-t-elle. Je n'ai pas envie de passer ma vie à te repêcher.
Ils venaient à nouveau d'éviter une énième catastrophe, et Spica se demanda si cela n'allait pas être le motto principal de leur progression. Il apprécierait assez de récupérer tout le monde en un seul morceau à la fin. Il serait en effet assez délicat d'expliquer à Dumbledore pourquoi untel ou untel avait fini tragiquement telle une crêpe démembrée au fin fond d'un vieux souterrain poussiéreux.
Il rangea cette constatation dans un coin de son esprit avant de s'intéresser davantage au lieu dans lequel ils avaient atterri.
Cygnus s'était déjà éloigné, après avoir vérifié que Procyon était en un seul morceau et n'avait pas l'air d'être sur le point de mourir. Du moins pas dans la demi-heure qui suivait. Le botaniste était déjà agenouillé devant une sorte de végétal à la forme biscornu qui serpentait entre deux pierres et paraissait se complaire dans la faible luminosité de l'endroit.
Pour être tout à fait honnête, les compétences de botaniste de l'homme ne leur avaient pour l'instant servi à rien. Mais il était débrouillard et rapide avec une baguette. Sa présence n'avait donc pas été totalement inutile, surtout lorsqu'il s'agissait de désactiver rapidement les protections autour d'eux puis de les remettre en place ensuite - toujours aussi rapidement afin de ne pas en oublier une au passage - ce qui pourrait être assez fâcheux dans le cas d'une attaque potentielle.
L'écho de ses pas se répercuta dans la salle. La grandeur de cette dernière était encore plus impressionnante lorsqu'on se trouvait au niveau du sol. Il avait l'impression d'être complètement insignifiant par rapport à tout ce qui se trouvait autour de lui.
Il commença à examiner les murs, partant à la recherche du moindre symbole qui pourrait lui dire par où commencer. Dumbledore ne l'avait bien évidemment pas préparé à ce qu'il pourrait trouver dans ces souterrains et il était là complètement perdu face à ce qu'il devait accomplir.
Mettre des protections nouvelles sur un lieu était une opération assez simple. Il suffisait de repérer les éléments porteurs puis de dresser en premier lieu un schéma grossier du design que prendraient les lignes activées par les runes. Le dessin se précisait lors de la mise en place des symboles et s'affinait à force de travail et de patience.
Reprendre des protections existantes était une autre paire de manches. C'était beaucoup plus complexe, car il fallait avant tout comprendre comment l'ensemble était agencé avant de toucher à n'importe quoi. La moindre mauvaise manipulation risquait d'entraîner l'effondrement de tout le système suite à un afflux trop important de magie sur des points beaucoup trop sensibles. C'était d'ailleurs l'une des méthodes préférées de Spica lorsqu'il souhaitait faire sauter une habitation. Rien de tel qu'une défaillance dans les runes protectrice pour déclencher une belle explosion. Sauf qu'ici ce n'était pas ce qu'il cherchait à accomplir.
Au contraire.
Il caressa les murs de la main, souriant tandis que les runes s'illuminaient au passage, stimulées par sa magie. C'était toujours aussi grisant de découvrir ces lieux anciens, et même bien plus que lorsqu'il avait parcouru les souterrains. La puissance des lieux était aisément palpable. Une sorte de grésillement lointain planait dans l'air. L'atmosphère elle-même était lourde malgré la fraîcheur. Quiconque ayant des difficultés pour contrôler ses pouvoirs ne pourrait pas se sentir complètement à l'aise dans un tel environnement.
Spica nota d'ailleurs qu'il vaudrait mieux éviter toute transformation animagus tant qu'ils ne seraient pas sortis de là.
-On dirait une construction en pentacle, fit une voix à sa gauche.
Il aurait pu sursauter s'il n'avait pas perçu un peu plus tôt le bruit de pas derrière lui. Sauf qu'il s'était attendu à ce qu'il s'agisse de Colin ou de Cygnus. Mais c'était bien Procyon qui avait prononcé ces mots.
-Tu n'es pas censé être à moitié mort ? s'enquit l'enchanteur d'un ton amusé. Tu devrais rester allongé encore un peu histoire de te remettre de ta chute.
Le jeune homme se renfrogna.
-Je vais parfaitement bien ! protesta-t-il vivement. Et c'est tellement intéressant de découvrir tout cela. Je pourrais faire une maîtrise parfaite avec tout ce que j'aurais appris. Ce serait formidable !
Spica soupira profondément. Il comprenait l'attrait du jeune homme pour cette relique ancienne qu'était cette salle. Lui-même sautillait au fond de lui et avait hâte de commencer les travaux. Mais ce n'était pas non plus une raison pour être imprudent.
-Soit, admit-il. Mais ne touche à rien. Je n'ai pas particulièrement envie de tout faire exploser.
Le sourire de Procyon fut suffisant pour que Spica lâche un nouveau soupir. Il pressentait déjà qu'il allait être difficile de refréner l'entrain du plus jeune.
Fin du chapitre 9
