Blâmez Angie, et Gigi qui encourage.
Le Bain Romain.
à Kaamelott, Arthur possède un bain romain dans une pièce reculée. C'est une petite piscine chauffée où l'on peut s'asseoir immergé sur les bords pour discuter avec des invités et nager un peu, ou simplement se détendre seul avec pourquoi pas un en-cas et des boissons.
Devant la porte en bois massif du bain romain, se tiennent les seigneurs Lancelot, Bohort, et Léodagan. Le seigneur Léodagan est mouillé, les cheveux dégoulinants, drapé dans un drap blanc qui lui colle à la peau et tient une épée à la main, prêt à frapper.
Lancelot : Que s'est-t'il passé, Seigneur Léodagan ?
Léodagan : Je sais pas, on discutait, puis brusquement ils se sont mis à parler en viking, là, et le roi m'a foutu à la porte en disant qu'il avait plus besoin de moi et ils se sont barricadés.
Bohort : Seigneur Léodagan, ne souhaiteriez-vous pas rengainer votre épée, dans cet espace si exigu ?
Léodagan : S'il y aurait que ça pour vous faire plaisir. Mais ils ne m'ont pas laissé le temps de prendre mes fringues, encore moins mon fourreau.
Lancelot : Vous pensez que le chef viking peut attaquer notre bon roi ?
Léodagan : Ils avaient l'air de plutôt bien s'entendre, mais si vous voulez je fais venir quatre gardes et un bélier, et on sera fixés.
Lancelot : Je ne tiens pas non plus à interrompre des pourparlers vitaux pour le royaume de Logres, cessez de prendre tout à la légère, Seigneur Léodagan.
Léodagan : De toute façon ils n'ont pas pris d'armes.
Bohort : Alors pourquoi diable aviez-vous votre épée ?
Léodagan : Avant que je fasse confiance à un viking…
Lancelot : C'est quand même Ragnar Lothbrok
Léodagan : Justement, il a trouvé l'île de Bretagne, saccage nos côtes depuis des années malgré les défenses mises en place par mes meilleurs tacticiens et ses hommes disparaissent comme par magie : c'est le plus retors d'entre tous.
Bohort : Mais c'est aussi un chef très apprécié pour ne pas être un gros bourrin. Et c'est lui qui a demandé cet entretien à notre bon roi.
Léodagan : Si je ne me retenais pas, j'irais casser du viking dans la salle du trône, vu la horde qu'il a amené. Pourquoi ils ont tenu à parler traité de paix dans le bain romain, d'ailleurs ?
Bohort : Notre roi pense qu'un corps détendu amène un esprit détendu. Et puis c'est plus intime.
Silence.
Lancelot : Moi je trouve ça trop intime. Je suis son premier ministre, je devrais assister aux négociations.
Une jeune femme brune arrive dans le couloir, vêtue d'une belle robe en velours bleu nuit, et drapée d'une cape en soie vert émeraude, dont la capuche brodée d'or est posée sur le sommet de son crâne, cachant un peu une superbe coiffure élégante toute massée sur la droite de son visage. Elle salue les trois hommes d'une légère révérence et regarde devant elle d'un air composé.
Lancelot : Bohort, donnez-moi votre cape.
Bohort : Pourquoi faire Seigneur Lancelot ? Ces couloirs sont glacés et plein de courants d'air, je risque d'attraper une rhume, ou pire, une angine de poitrine !
Lancelot : Ne faites pas l'enfant, vous êtes un homme adulte en bonne santé et nous sommes en Septembre.
Bohort : Justement, c'est trompeur, car on croit que la saison est encore belle, mais le fond de l'air s'est déjà refroidi…
Lancelot : Bohort…
Bohort soupire et défait sa cape qu'il tend à Lancelot comme s'il lui en coûtait terriblement. Lancelot en revêt Léodagan.
Léodagan : ça fait dix minutes que je me caille dans ces couloirs et c'est seulement maintenant que vous pensez à ma santé ?
Lancelot : Je ne pense pas à votre santé, je pense à l'honneur de la dame. C'est plus respectueux, maintenant.
Bohort : Si je dois subir une infection de poitrine pour protéger l'honneur d'une noble dame, qu'il en soit ainsi...
Lancelot : Quel est votre nom, gente dame ?
La noble dame : Je suis Judith, femme d'Aethelwulf du Wessex. J'ai une audience avec le roi Arthur, mon beau-père le roi Ecbert m'envoie.
Lancelot : Comment ? Mais je n'étais pas au courant !
Judith : De ce qu'on m'a dit, l'entrevue était censée être… privée ?
Lancelot est totalement déboussolé.
Léodagan : C'est sûr que votre poste de premier ministre est très utile…
Lancelot : Oh vous la ferme !
Arthur : Vous, la ferme !
On entend la barricade en bois massif de la porte tomber par terre, et le roi Arthur surgit, en drap de bain, l'air excédé et vocifère :
-Mais vous allez bien ? Vous avez pas bientôt fini de piailler comme des oies devant la porte ? On s'entend plus parler ! Vous admettrez que pour s'accorder sur un traité de paix, c'est pas le mieux !
Judith : Sire ? Je suis Judith du Wessex.
Arthur : Ah. Oui...
Lancelot : Et j'étais pas au courant...
Arthur : Oui et bien pour une fois vous n'étiez pas au courant, voilà. Vous allez pas me chier une pendule ?
Lancelot : Sire, je trouve extrêmement vexant de ne pas être au courant des tractations qui prennent place en haut lieu pour le bien du royaume.
Arthur : Mais c'était censé être secret !
Léodagan : Pour la discrétion on repassera.
Arthur : Allez tous vous faire frire un œuf, et si possible loin de la porte de la salle de bain !
Lancelot : Malgré le fait que je ne sois pas au courant de tous les pourparlers en cours, je me dois d'être au plus près de mon roi pour le défendre.
Arthur : Mais me défendre de quoi ? Ragnar Lothbrok est venu en paix, et on a pas d'armes ! Les trucs les plus dangereux de la pièce, ce sont la carafe à vin et les draps.
Lancelot : on peut très bien étrangler quelqu'un avec un drap. Et un bain romain est le meilleur endroit pour noyer quelqu'un.
Arthur lève les yeux au ciel et reporte son attention sur Judith.
Arthur : Puisque vous avez sollicité mon aide pour faire office de juge entre vous et les vikings, peut-être que je pourrais vous recevoir maintenant ?
Judith fait une révérence, Lancelot s'insurge :
Lancelot : Pour l'honneur de la dame, Sire, je vous prie de reconsidérer votre proposition !
Ragnar fait un petit signe de la main à Arthur, complètement nu dans le bain romain.
Arthur : J'admets que ce serait un peu... inconventionnel…
Lancelot : Et une insulte au Wessex
Léodagan : En même temps, qu'est-ce qu'on les emmerde, les saxons… Sans offense, ma dame.
Judith sourit un peu crispé.
Ragnar : Arthur !
Arthur : Oui, oui, ben j'arrive ! Chère Judith, que diriez-vous de parler ce soir, lors du dîner ? A ma table, tous les trois avec Ragnar.
Judith : Sire, ce serait parfait.
Arthur : Bon ben voilà on fait ça. Je vous confie aux soins du Seigneur Bohort qui saura vous distraire en attendant.
Bohort : Sire… Puisque vous comptez discuter au dîner… avez-vous besoin de retourner vous enfermer avec ce sauvage ?
Lancelot : c'est vrai, Sire, et qu'avez-vous besoin de vous barricader alors que de risquer votre vie sans raison est une situation que le royaume ne peut pas se permettre, d'autant plus en l'absence d'héritier ?
Arthur : Ragnar et moi avons des choses à… parler. Et je me barricade pour ne pas être dérangé par une bande de zouaves tels que vous !
Arthur claque la porte et la re barricade aussitôt.
Léodagan : Seigneur Lancelot, vous comptez reconsidérer l'idée du bélier ?
Lancelot : Non.
Léodagan : Moi je reconsidère l'idée d'aller casser du viking... ou du saxon car la dame ne doit pas être venue seule… Sans offense, ma dame.
Judith sourit d'un air crispé.
Bohort : Gente dame Judith, souhaiteriez-vous prendre du repos loin de ces brutes après votre long trajet ? Ou peut-être visiter Kaamelott ? Les jardins, la bibliothèque… Je ne vous propose pas la salle du trône, elle est infestée de vikings pour le moment.
Judith : Seigneur Bohort, rien ne m'aurait fait plus plaisir que de visiter la bibliothèque, mais je vais attendre le roi pour le dîner, dussé-je attendre debout toute l'après-midi.
Le Père Blaise arrive dans le couloir, avec papier, plume, encrier et une planche en bois.
Lancelot : Qu'est-ce que vous faites là Père Blaise ?
Père Blaise : Le roi m'a demandé de venir pour écrire un traité qui doit être ratifié entre les saxons et les vikings.
Lancelot : Donc en fait la négociation secrète entre vikings et saxons, elle n'est secrète que pour moi…
Père Blaise frappe à la porte de la salle de bain.
Arthur : CASSEZ-VOUS !
Père Blaise : Vous m'avez demandé de venir écrire un traité.
Arthur : Et ben vous reviendrez au dîner, en attendant, tirez-vous tous de devant ma porte !
Judith : Je ne bougerais pas. J'ai une mission.
Lancelot : Moi aussi. J'ai juré de protéger le roi.
Arrive une drôle de forme de taille humaine, au bout du couloir. La forme se rapproche, et on peut deviner un animal brun et à écailles dans la pénombre, à la longue trompe pointue et aux pattes griffues, qui marche sur ses pattes arrières. Lancelot et Bohort dégainent leurs épées, Léodagan brandit la sienne, et les trois chevaliers font face, tandis que le père Blaise lâche tout son attirail et saisit son crucifix :
Père Blaise : Vade retro satana !
Angie : Bonjour, est-ce que quelqu'un pourrait m'indiquer où se trouvent le roi Arthur et Ragnar Lothbrok, s'il vous plaît ?
Bohort : La créature parle !
Lancelot : Seigneur Bohort, gardez votre calme, mais je crois que c'est une jeune fille dans un costume de pangolin.
Angie : En effet, je suis ici pour une rencontre d'âme-soeurs.
Lancelot se jette à genoux et plante son épée devant Angelica.
Lancelot : Bénissez-moi, ô Grande Déesse du Pangolin !
Angie : En fait la Grande Déesse du pangolin c'est ma sœur, Almayen… je ne suis ici qu'en temps que simple pangolin d'âmes-soeurs.
Lancelot : Bohort, Léodagan, Père Blaise, mettez-vous à genoux ! Pangolin d'âmes-soeurs, nous accorderez-vous votre bénédiction par la grâce sacrée de la Grande Déesse Almayen ?
Angie : Je sais pas bien si je suis autorisée à faire ça… heu… Bon… je vais essayer : preux chevaliers et saint homme, par la grâce des pangolins d'âmes-soeurs, soyez bénis et allez en paix. Maintenant, où sont Ragnar Lothbrok et Arthur Pendragon ?
Bohort : Derrière cette porte, Pangolin, mais elle est barricadée.
Angie : Aucune porte n'est barricadée pour un pangolin d'âmes-soeurs.
Soudain, les regards d'Angelica et de Judith se croisent. Un long silence s'installe durant lequel les hommes regardent ce qui se passent sans mot dire, puis Angelica ordonne :
Angie : Bohort, déshabillez-vous.
Bohort : Mais vous voulez donc tous ma mort !
Lancelot : Bohort, obéissez au pangolin d'âmes-soeurs.
Père Blaise : Ce sont les anges descendus sur terre pour nous montrer la voix de l'amour.
Bohort : La voix de l'amour, la voix de l'amour, peut-être, mais la voix de mes poumons va être obstruée !
Angie : Dépêchez-vous je n'ai pas beaucoup de temps !
Bohort se déshabille, Angie enlève son costume sous lequel elle porte une robe, et donne son costume à Bohort.
Angie : Mettez ça, et prenez cette pancarte.
Angelica prend la main de Judith qui sourit naturellement. Une musique liturgique s'élève de nulle part.
Angie : Maintenant, agitez la pancarte en dansant sur la musique et en nous disant : "Félicitations, Angelica Reine de L'Angoisse et Judith du Wessex, je vous annonce que vous êtes âmes-soeurs" !
Bohort : Bon… Angelica, Reine de l'Angoisse, et Judith, du Wessex, je vous annonce que vous êtes âmes-soeurs, félicitations !
Lancelot : Bohort, c'est magnifique, vous venez d'officialiser une rencontre d'âmes-soeurs !
Bohort : Oui, l'amour est une chose merveilleuse…
Judith et Angelica se regardent amoureusement avec des étoiles dans les yeux.
Angie : Père Blaise, voulez-vous bien bénir notre union ?
Père Blaise : Ce n'est pas très chrétien, mais je peux bien faire une entorse… Angelica, voulez-vous unir votre vie à celle de Judith ? Avez-vous l'intention de l'honorer, de l'aimer, et de la soutenir jusqu'à la fin de vos jours ?
Angie : Je le veux.
Père Blaise : Judith, voulez-vous unir votre vie à celle d'Angelica ? Avez-vous l'intention de l'honorer, de l'aimer, et de la soutenir jusqu'à la fin de vos jours ?
Judith : Je le veux.
Père Blaise : Les épreuves viendront, car il y a beaucoup de choses dans notre monde qui sont cause de séparation. Acceptez-vous de donner à votre union un caractère de permanence en développant courage et compréhension ?
Judith et Angie : Nous l'acceptons.
Père Blaise : Je vous déclare unies devant les yeux des témoins ici présents et devant l'Eternel.
Angelica prend Judith par la main, et elles se volatilisent presque instantanément dans une superbe porte donnant sur des milliers d'étoiles scintillantes.
Père Blaise : Je crois que je viens d'officialiser une mariage entre deux personnes de même sexe…Je risque d'être expulsé de l'Eglise si ça s'apprenait !
Léodagan : Plus important : que venait faire cette pangolin d'âmes-soeurs en premier lieu ?
Lancelot : Peu importe : nous avons assisté à l'ineffable et divine beauté d'une rencontre d'âmes-soeurs… Sur nous rejaillira la gloire de ce moment pendant des siècles et des siècles !
Bohort : Je peux enlever le costume maintenant ? Il gratte horriblement…
Fin.
