Chapitre 11
Le soleil se levait à peine sur le château de Poudlard. Contrairement à leurs habitudes, les professeurs présents étaient sur le pied de guerre malgré l'heure matinale.
Le professeur Rogue et le professeur McGonagall franchirent les portes de Poudlard quelques minutes après que le soleil soit passé au-dessus de la tour d'astronomie. Ils étaient partis en direction du ministère à une heure très matinale, trop matinale.
Le professeur de potions faisait des efforts évidents pour ne pas bâiller, et même le professeur de métamorphose témoignait d'une fatigue évidente.
L'horaire très matinal auquel ils avaient poussé la porte du service des relations internationales avait été parfaitement prémédité et longuement réfléchi.
En ce dimanche d'août, aux aurores, le ministère avait été désert, et ils avaient alors pu récupérer sans risque leur précieux chargement.
Ils le transportaient maintenant dans un sac noir, bien emballé sous plusieurs couches d'un tissu charmé magiquement pour être presque indestructible.
La coupe de feu arrivait à Poudlard.
Le directeur de l'école les attendait de pied ferme devant les portes du château.
La traversée du parc fut calme. Les lieux étaient encore plongés dans la brume matinale caractéristique d'un matin d'été. Elle était illuminée par le soleil et créait donc une atmosphère propice à la rêverie et à l'imagination.
Mais les deux professeurs marchaient d'un pas rapide. L'un comme l'autre n'était guère à l'aise avec la tâche qui leur avait été confiée. L'objet qu'ils transportaient était très ancien, très puissant aussi. Et ils n'avaient guère envie de le conserver sur eux plus longtemps que nécessaire.
-Vous voilà enfin ! Nous vous attendions !
Severus Rogue tendit en hâte le sac au professeur Dumbledore.
-Reprenez cette coupe de malheur ! siffla-t-il. Je peux sentir sa magie à des kilomètres. C'était une folie de l'amener ici. Elle pue la magie noire !
Mais le directeur se contenta de lui dédier un sourire qui se voulait rassurant.
-Je vous assure qu'il n'y a aucune raison de s'inquiéter, Severus. Tout se passera bien. Poudlard connaît cet objet. Il est déjà entré dans ces murs.
Mais lorsqu'il fit un pas à l'intérieur du château, un puissant tremblement se fit sentir.
-Il connaît cet objet, hein ? marmonna Severus. Et je suppose que vous avez songé à informer votre équipe de bras cassé qu'il fallait bien laisser cette signature en particulier passer les protections ?
-Évidemment, sourit le directeur. Je suis certain qu'ils ont déjà atteint le cœur des protections. Ils ont déjà dû s'en occuper.
…..
Mais quelques centaines de mètres sous la surface, c'était la panique à bord.
-C'est quoi ce bordel ? hurlait Spica tandis qu'une nouvelle secousse se faisait sentir.
C'était la troisième depuis qu'ils avaient repris la route, la plus puissante également.
Quelque chose était en train d'activer les protections autour d'eux, et le couloir étroit dans lequel ils circulaient se transformait peu à peu en un piège grandeur nature au fur et à mesure que des runes étranges s'activaient sur les murs.
-Couchez-vous ! hurla Procyon qui fermait la marche.
Tous se jetèrent sur le sol, juste à temps pour laisser passer le flux de magie qui courrait sur la partie supérieure du tunnel.
-C'est quoi ce truc ? s'exclama Spica. Je n'ai jamais vu ça de ma vie !
-On dirait une sorte de fantôme, murmura Colin. Mais en plus puissant.
La chose fit demi-tour, et fonça cette fois sur eux.
-Attendez ! s'exclama Spica en levant les mains. Nous sommes ici pour réparer les protections ! Ne nous faites pas de mal !
Il haleta lorsque la forme indistincte s'arrêta juste en face d'eux et se transforma peu à peu pour laisser place à un homme qu'ils reconnurent tous immédiatement.
-Godric Gryffondor, souffla Cygnus. Je dois avouer que je ne m'attendais pas à cela.
-Lui-même ! s'exclama le fantôme. Puis-je connaître la raison de votre présence ici ?
-Nous avons été mandatés par le directeur de Poudlard pour réparer les protections du château ! s'écria Spica.
-Qui êtes-vous ? Et qui vous a enseigné ?
-Je suis Spica Lestrange, de la maison Poufsouffle, voici Cygnus Lovegood de la maison…
-Serdaigle ! annonça le botaniste.
-Colin Marble, Gryffondor, déclara la jeune femme.
-Procyon Nott, Serpentard, déclara le jeune homme en faisant une grimace.
Spica le fixa en haussant un sourcil. Procyon était donc un Nott. Il n'était pas étonnant que le jeune homme n'ait pas souhaité dévoiler son nom de famille. Cette dernière baignait dans la magie noire et avait presque aussi mauvaise réputation que les Lestrange. L'étudiant le fixait d'ailleurs avec intérêt.
-Pas ces Lestrange-là, se sentit obligé de préciser Spica, l'autre branche.
Procyon eut un murmure compréhensif.
-Vous formez une bande bien étrange, murmura le fantôme. Je sens chez vous un voyant, deux enchanteurs, et une spécialiste de la magie offensive ?
Colin acquiesça avec un léger sourire.
Ils sentirent tous les quatre un flux de magie les traverser, et Spica grimaça alors que ses barrières d'occlumancie tombaient une à une.
-Vos intentions sont pures, finit par déclarer le fantôme au bout de plusieurs longues secondes. Continuez votre route, mais soyez prudent. Un objet aux intentions néfastes a été introduit dans le château. Je dois aller le trouver.
-Il s'agit probablement de la coupe de feu, lui répondit Spica. Un tournoi est organisé cette année au château et une coupe est censée choisir les participants.
-Hm, cela ne me dit rien qui vaille. Je sens une magie très ancienne. Trop ancienne pour qu'elle ne soit complètement innocente. Je me dois d'aller la mettre hors d'état de nuire afin de protéger les étudiants.
Il n'attendit pas de réponse de leur part et s'en alla aussitôt, se transformant à nouveau en un flux magique.
Spica observa la direction dans laquelle le fantôme s'était enfui, puis haussa les épaules.
-Dumbledore n'aura qu'à se débrouiller avec lui. Et s'il dit vrai, il a bien raison d'aller y mettre son grain de sel. Allez, continuons ! Nous avons encore de la route à faire.
Leur progression fut nettement ralentie au fur et à mesure que les enchantements des lieux s'activaient. Malheureusement, le droit de passage octroyé par Godric Gryffondor en personne, ou du moins son fantôme, n'était pas suffisant pour leur promettre une traversée sans embûche.
…
Dans le bureau du directeur de Poudlard, l'ambiance était encore moins détendue. Après tout, ce n'était pas tous les jours que le fantôme de l'un des fondateurs débarquait à l'improviste pour vous hurler d'éjecter sur le champ la coupe de feu de l'école.
À vrai dire, si l'on avait dit à Severus Rogue qu'il serait un jour témoin d'une telle scène, il aurait répondu à son interlocuteur d'aller consulter en urgence dans l'unité psychiatrique de Sainte Mangouste. Et pourtant, c'était bel et bien ce qui était arrivé.
Cela faisait maintenant près d'un quart d'heure qu'il était assis sur cette chaise, à observer le match verbal entre Dumbledore et le fantôme de Godric Gryffondor.
Malgré la haine particulièrement tenace qu'il éprouvait envers les représentants de cette maison, il ne pouvait qu'admettre que le fantôme dégageait un charisme certain. Il était étonnant de constater que Godric Gryffondor était relativement petit par rapport aux standards de l'époque actuelle. Dans les livres anciens, il était décrit comme un géant pour son époque. Mais son fantôme arrivait tout juste au menton de Severus. Encore une chose qui avait dû changer avec les siècles.
Mais en tout cas, il avait du coffre.
-Je vous répète que ceci est insensé ! Avez-vous une idée de l'âge de cet artefact ? Il a plus de deux mille ans. Deux mille ans, espèce de directeur à la noix ! Avez-vous la moindre idée des folies dont ils étaient capables à l'époque ?
-Eh bien…
-Non ! le coupa le fantôme. Aucunement, sacrebleu ! Vous jouez à un jeu dangereux, directeur ! J'ai lu dans votre esprit. Je sais ce qui s'est produit lors des dernières éditions de ce tournoi sanguinaire !
-Des protections seront mises en place, tenta de protester Dumbledore.
-Cela n'a pas été suffisant pour que des élèves meurent ! J'ai déjà tenté d'avertir les directeurs à l'époque, et aucun d'eux n'a voulu m'écouter. Vous êtes tous les mêmes, accablés par le pouvoir, persuadé que vous êtes les nouveaux mages blancs prêts à tous sacrifier pour être celui qui sauvera votre siècle. Fous que vous êtes tous !
Une vague de magie décoiffa tous ceux qui étaient dans la pièce.
-La magie noire n'a fait que croître depuis la dernière fois que j'ai été en présence de cet objet. Il échappe peu à peu à votre contrôle, et vous n'en avez même pas conscience. Il y aura des morts, Dumbledore ! Et quand cela adviendra, vous regretterez de vous être opposés à moi !
Il disparut dans une gerbe de magie. Puis réapparu quelques secondes.
-Au fait, j'ai croisé votre équipe de consolidation des protections. Ils ont fini le cercle extérieur et ils n'ont clairement aucune idée de ce qui les attend. Vous devriez faire plus attention à vous sous-fifres. Ils finiront un jour par vous reprocher votre négligence !
Cette fois il disparut pour de bon, laissant le bureau dans un silence pesant.
Severus aplanit distraitement les plis qui s'étaient formés sur sa robe, tout en faisant de son mieux pour cacher sa satisfaction à l'idée d'avoir vu Dumbledore se faire remonter les bretelles. Il était presque ravi de s'être levé tôt ce jour-là.
-Eh bien, déclara le directeur en réajustant ses lunettes, mon prédécesseur ne m'avait pas parlé de cela. Je commence à croire que bien d'autres choses se cachent encore dans les souterrains de Poudlard.
-Qu'allons-nous faire, à présent ? s'enquit le professeur McGonagall.
-Continuer ce qui était prévu, bien évidemment, sourit le directeur. Ce n'est pas un fantôme qui va décider comment fonctionne cette école.
-Il s'agit du fantôme de Godric Gryffondor ! s'offusqua le professeur de métamorphose.
-Qui est mort il y a plus de mille ans, termina Dumbledore. Je pense que nous pouvons affirmer que beaucoup de choses ont évolué depuis ce temps. J'ai la situation parfaitement sous contrôle et je vous assure que tout se passera bien.
Severus roula des yeux.
Lorsqu'ils furent tous les deux congédiés par le directeur, il se hâta en direction des cachots. Il avait une potion sur le feu qui ne pouvait pas attendre. Et il préférait pour l'instant oublier tout ceci.
….
Au même moment, quelques centaines de mètres plus bas, le petit groupe continuait lentement sa progression. Ils traversaient salle après salle, toutes aussi étranges les unes que les autres. Elles étaient chacune sculptées à même la roche. Et même si les années avaient clairement eu leur lot de dégradations naturelles, elles restaient majestueuses.
-Je ne comprends pas comment tout ceci peut se cacher sous le château sans que personne ne soit au courant, marmonna Colin tandis qu'ils quittaient une nouvelle pièce, dans laquelle avait été empilée une série d'armures.
Mais un mur tomba devant eux sans qu'ils n'aient pu en franchir le seuil.
-Oh par Merlin ! s'exclama Spica en faisant volte-face.
Les armures s'étaient relevées et avançaient désormais vers eux.
Ce n'était pas le premier artifice de ce genre qu'ils devaient affronter. Ils commençaient à en avoir vu un certain nombre, et à présent plus rien ne les surprenait vraiment.
Ils sortirent tous les quatre leur baguette, et commencèrent à jeter des sorts offensifs.
Ils avaient fini par comprendre que c'était cela qui était attendu des intrus, une démonstration de force et de magie. Ces salles avaient autrefois dû être des lieux d'entraînement pour les élèves du château. La magie était puissante, mais les sorts avaient depuis évolué avec les années. Et la plupart des attaques avaient été faciles à déjouer. Mais la difficulté augmentait au fur et à mesure de leur progression. Ils sentaient que cela devenait chaque fois plus compliqué.
Et là encore, ils avaient du mal à venir à bout des armures.
Lorsqu'ils y parvinrent enfin, ils étaient tous les quatre essoufflés, et en sueur.
-Oh Merlin, souffla Cygnus. J'espère que ça ne va pas continuer comme ça. Sinon je crains pour la suite.
Quelques heures plus tard, ils étaient tous les quatre installés dans une salle voûtée pour un campement improvisé. Ils étaient tous à bout de force, et la décision de s'arrêter à cet endroit avait été unanime.
Un feu de camp avait été installé à même le sol, et quelques sorts de rembourrage avaient permis de rendre la pierre qui constituait leur couchage un peu plus confortable.
Spica était enroulé dans son long manteau, sur lequel il avait jeté quelques sorts de réchauffement.
Malgré la chaleur de l'extérieur, les souterrains restaient horriblement froids et humides et il était très désagréable de rester immobile dans un tel environnement.
-Je ne suis pas assez payé pour ce genre de conneries, ronchonnait-il. D'abord des armures, ensuite des araignées, et maintenant une horde de fantômes ? Que va-t-on encore croiser ? Des inferi ? Des loups-garous ? À se demander ce que les fondateurs avaient en tête lorsqu'ils ont construit cet endroit. Il y a décidément beaucoup trop de pièges pour que leurs intentions soient parfaitement innocentes. Et puis d'abord, comme ils faisaient lorsqu'ils avaient besoin de mettre à jour les protections ? Ils se tapaient toute la série de protection ? Cela devait leur prendre des jours.
-Je pense plutôt qu'ils devaient désactiver tous les enchantements, lui répondit Cygnus qui était installé juste en face de lui de l'autre côté du feu. Il devait y avoir un moyen. Quelque chose qui s'est perdu au fil des années.
-Ils auraient pu nous laisser un mode d'emploi, quelque chose, marmonna Colin. Je commence à en avoir assez de tout ceci.
Spica renifla.
-Et moi qui croyais que c'était votre quotidien, marmonna-t-il.
-Ce n'est pas pour autant que ça me plaît de rester coincée des jours entiers dans des souterrains miteux, siffla-t-elle. J'ai juste envie qu'on en finisse rapidement pour enfin sortir d'ici.
Spica sortit de sous son manteau la carte que le professeur Dumbledore leur avait fournie juste avant qu'ils ne descendent dans les souterrains. Le parchemin était un peu humide, et recouvert d'algues et de moisissures par endroits, mais il était encore possible de déchiffrer ce qui était écrit dessus. Même l'utilisation de sorts de conservation n'avait pas permis à leur précieuse carte d'échapper à l'humidité ambiante. Ils espéraient juste que leur précieux parchemin n'allait pas finir par se détériorer complètement, car certains passages étaient tel un labyrinthe, et il était souvent difficile de savoir vers où ils se dirigeaient.
-D'après la carte, nous sommes juste au-dessus de la salle des protections principales. Nous devrions l'atteindre demain dans la matinée. Apparemment il y a une sorte de puit à quelques centaines de mètres d'ici, qui devrait nous permettre d'y descendre. À voir s'il est encore suffisamment en bon état. Sinon ça va être un peu compliqué.
-Ô joie, soupira Colin. Encore un passage rempli de toiles d'araignées et de cadavres de diverses bestioles mortes depuis longtemps.
Elle frissonna.
-J'ai tellement hâte, ironisa-t-elle.
Spica ne put s'empêcher de ricaner.
-Pour une mercenaire vous êtes un peu pitoyable, des fois, rit-il.
-Allez vous faire voir ! lâcha Colin en le fusillant du regard. Et ne pensez pas que je n'ai pas vu votre regard terrifié lorsque nous avons croisé ce foutu filet du diable.
-Touché, sourit Spica.
Il avait horreur de l'admettre, mais il y avait encore des choses qui le terrifiaient ce bas monde. Le filet du diable en faisait partie, et il n'avait jamais pensé en croiser un dans un endroit pareil. Pourtant, c'était bien ce qui s'était produit. Et il commençait à sérieusement appréhender ce qu'ils pourraient croiser ensuite.
-Les fondateurs étaient particulièrement sadiques, soupira-t-il. Je parie que Poufsouffle était derrière ce truc.
-Serpentard était celui qui avait dû réfléchir à la majorité des pièges, sourit fièrement Procyon. Il était réputé pour être sans pitié vis-à-vis de ses adversaires.
-Ne soyez pas si sûr de cela, jeune homme. Tous les quatre étaient des sorciers hors pairs, renommés à leur époque. Et cela signifie qu'ils étaient parvenus à résister à la purge voulue par les moldus. Chacun était capable de se battre, et je suis persuadé qu'ils ont tous pris part à la confection des pièges. Il est dit dans certains grimoires que Gryffondor lui-même pouvait se montrer sans pitié.
Procyon soupira.
-Serpentard reste le meilleur des quatre. Sans lui, Poudlard ne serait rien, poursuivit-il tout de même.
-Tous comme les autres, rétorqua Cygnus. Il faut arrêter de penser que sa maison est la meilleure de toute. Chaque maison a des qualités et des défauts. Et je trouve assez dommage qu'il y ait autant de clivages entre ces dernières. À notre époque, et même autrefois lors de la montée en puissance de Voldemort, le monde sorcier aurait gagné en supprimant ces murs qui nous séparent. Il est fâcheux de constater que ces différences sont encore présentes aujourd'hui. Je rêve d'un jour où Poudlard ne sera plus une guerre perpétuelle entre trois maisons qui isolent une quatrième sous prétexte qu'elle regorge de mages noirs. Foutaises !
Procyon le dévisagea avec surprise.
-Vous croyez vraiment cela ? souffla-t-il. Tout le monde pense que les Serpentard sont maléfiques.
-C'est un vaste ramassis de conneries, affirma Spica qui avait suivi la discussion. J'ai vu des mages noirs tout droit sortis de Poufsouffles, comme de Gryffondor. Les Serdaigles ont tendance à être un peu moins concernés par l'affaire, car ils sont souvent bien trop perdus dans leur livre, ou cherchent la connaissance juste pour la beauté de la chose et non pour avoir une application en particulier. Mais la maison dans laquelle vous avez été réparti en entrant à Poudlard ne veut pas dire grand-chose pour le reste de votre vie. Après tout, je suis un Lestrange, un enchanteur, et un Poufsouffle.
Procyon grimaça.
-Ce n'est pas très glorieux, murmura-t-il.
-Parce que vous y portez de l'importance, lui répondit Cygnus. Mais il ne devrait pas y en avoir. Pourquoi nos sept années d'études devraient-elles avoir un tel impact sur le reste de notre vie. Sept ans sur cent ou cent cinquante ans. Quelle importance ? Nous pouvons tellement changer à notre sortie de Poudlard. Et même parfois entre notre première et notre quatrième ou cinquième année. Nous ressortons tous tellement différents. Alors pourquoi notre maison devrait-elle avoir un impact sur le restant de notre existence ?
Le jeune homme baissa les yeux.
-Ma famille pense qu'il n'y a pas de plus grand honneur que d'être réparti à Serpentard, admit-il. Si je n'y avais pas été…
-Ils s'en seront remis, fit Spica avec nonchalance. Vous êtes l'héritier de votre famille ?
Le jeune homme secoua la tête.
-J'ai un frère aîné. C'est lui qui héritera du titre de chef de famille.
-Raison de plus ! s'exclama Spica. Aucune importance ! Vivez votre vie comme vous l'entendez et arrêtez de vous soucier de ce que pensent les autres !
-J'aimerais que ce soit aussi facile, fit Procyon avec une grimace, mais mes moindres faits et gestes sont épiés par mon père. Je ne peux me permettre d'échouer dans chaque chose que j'entreprends. Déjà, s'il savait que je passais du temps avec un Poufsouffle et un Gryffondor….
Il secoua la tête.
-Je suis encore trop jeune pour m'extraire de son emprise. Mais dès que j'aurai acquis ma maîtrise, cela sera différent.
Spica le fixa quelques secondes, avant qu'une idée étrange se forme dans son esprit.
-Vous savez Procyon, mon apprenti actuel a encore environ quatre ans avant d'avoir terminé son apprentissage. Il m'a ensuite annoncé vouloir parcourir le monde. Je me retrouverai donc sans personne pour m'aider à la boutique. Si vous cherchez un apprentissage d'enchanteur, je serai ravi de vous proposer le poste.
-Vraiment ? s'exclama le jeune homme.
Un sourire étira ses lèvres.
-Vraiment, sourit Spica. Vous vous débrouillez très bien. Vous êtes dégourdis, et vous n'avez pas peur de tester des combinaisons de runes, même si cela explose assez souvent. Je pense que vous avez du potentiel.
-Merci pour cette proposition, sourit Procyon en inclinant la tête. J'y réfléchirai.
Spica lui adressa un signe de tête en retour. Du peu qu'il avait pu en voir, il savait que le jeune homme serait parfait dans ce rôle. Il avait tout ce qu'il fallait pour se lancer dans un apprentissage de ce type. Il lui manquait encore des connaissances, mais sa maîtrise en runes compléterait cela. Et ensuite il pourrait devenir aussi talentueux qu'Azar. Peut-être même plus.
Le reste de la soirée se déroula dans un silence confortable. Chacun ruminait sur les évènements des derniers jours et de ce qui les attendrait le lendemain. Tous étaient fatigués, aussi bien physiquement que mentalement et ils s'endormirent les uns après les autres, sauf Colin qui fut chargée de prendre le premier tour de garde. Cygnus la remplaça au milieu de la nuit, observant avec intérêt les ombres qui dansaient sur le plafond au rythme des flammes qui les réchauffaient encore tous les quatre.
Cet endroit était majestueux, mais également terriblement dangereux, et il sentait au plus profond de lui qu'ils n'avaient pas encore découvert le danger principal de ces souterrains. Ses visions lui montraient des sifflements étranges, et des flammes qui les menaçaient tous les quatre. Il ne savait pas exactement quoi en penser. Il ne voyait pas la mort, et le danger qui se dessinait ne déclenchait pas chez lui un malaise trop profond, comme s'il le connaissait déjà. Mais pour l'instant c'était bien trop flou pour qu'il n'en tire des conclusions hâtives ou qu'il n'en parle à ses compagnons. Il avait donc décidé de se taire à ce sujet, de ne pas alarmer inutilement Spica, et de se concentrer sur l'instant présent, sans pour l'instant songer à l'avenir.
Fin du chapitre 11
