Chapitre 12
Il faisait toujours aussi humide le lendemain matin lorsqu'ils reprirent la route. Personne n'avait réellement bien dormi. Tous s'étaient retournés encore et toujours sur ce sol qui ne serait jamais vraiment confortable, même après avoir lancé une dizaine de fois des sorts de rembourrage.
Il y avait de plus quelque chose dans ces souterrains qui rendait presque impossible l'acte simple de dormir à poings fermés. Le poids des années, des sorciers et sorcières qui avaient foulées ces pierres était écrasant et impossible à oublier. Et là encore, tandis qu'ils levaient les yeux vers la voûte parée d'ogives, ils étaient silencieux face à l'histoire qui se présentait sous leurs yeux.
-Nous devrions bientôt arriver à une intersection, souffla Spica qui menait la marche. D'après le plan, il nous faut prendre à droite. Et ensuite nous devrions trouver le puits qui nous mènera dans la salle des protections principales.
-Il fait horriblement chaud, vous ne trouvez pas ? fit remarquer Colin.
La jeune femme avait noué son châle épais à sa taille et transpirait à grosses gouttes malgré sa tunique légère.
La température avait très vite grimpé au fur et à mesure de leur avancement. C'était la première fois qu'ils observaient cela, et c'était assez inquiétant en comparant cette chaleur humide avec la fraîcheur de la nuit précédente.
-Hmm, acquiesça Spica. Et cela ne me dit rien qui vaille.
L'intersection suivante se révéla être plus complexe que prévu. Cinq chemins différents s'offraient à eux. Les deux de gauche étaient barrés suite à un éboulement. Mais restaient celui du milieu, et les deux de droite.
-Le chemin de droite, hein ? soupira Colin. Lequel de droite ? Celui le plus à droite, ou l'autre ?
Spica haussa les épaules. Il n'en avait franchement aucune idée.
-Ce n'est pas indiqué sur le plan. Si ça se trouve, ce vieux machin n'est qu'une copie qui a été faite bien après la mort des fondateurs, par quelqu'un qui n'a jamais mis les pieds ici.
-ça nous avance beaucoup, ronchonna Colin. Je ne sais pas vous, mais je n'ai pour ma part pas particulièrement envie de me retrouver dans un nouveau tunnel empli de pièges.
-Nous ne pouvons pas non plus rester ici en attendant que quelque chose se manifeste et nous aide à prendre la bonne direction, déclara Cygnus. Il va nous falloir prendre une décision.
Et ce fut comme si l'univers avait entendu ses paroles.
Ils sursautèrent tous les quatre lorsque l'entrée du passage le plus à gauche s'effondra sur elle-même, libérant au passage plusieurs centaines d'années de poussière.
-Protego !
Tous marmonnèrent par réflexe un sort de bouclier, certains plus efficaces que d'autres. Mais ils finirent tout de même couverts de poussières de la tête aux pieds.
-Ah par Merlin ! pesta Spica. On a vraiment la poisse ! Recurvite !
Mais la couche de poussière était trop épaisse, et il lui fallut plusieurs tentatives pour ne pas avoir l'impression de respirer plus de poussière que d'oxygène.
-Je crois que nous n'avons plus trop le choix, déclara Procyon qui s'était empressé de faire de même. Nous n'avons plus qu'à prendre le chemin de droite qui est praticable. De toutes les façons, ça nous prendrait des heures pour tout déblayer.
Tous acquiescèrent à ces paroles, et ils s'engouffrèrent un à un dans celui-ci.
Malheureusement pour eux, ce choix ne fit qu'augmenter la chaleur qu'ils ressentaient tous les quatre. Et cela ne faisait qu'empirer.
-Je commence à avoir un très mauvais pressentiment, murmura Cygnus au bout de plusieurs minutes. Il y a quelque chose là-dessous.
-Pour l'instant il dort, souffla Procyon.
Tous se tournèrent vers le jeune homme.
-De quoi parlez-vous ? s'enquit Spica.
Le jeune homme rougit et baissa les yeux, comme s'il regrettait d'avoir prononcé ces paroles.
-Il y a une sorte de serpent non loin, admit-il quelques secondes plus tard. Je peux l'entendre siffler dans son sommeil.
-Vous êtes un fourchelangue ? lui demanda Cygnus d'un air intéressé.
Procyon acquiesça.
-C'est une bonne chose, alors, sourit le botaniste. Nous allons avoir besoin de vos talents si un serpent se cache réellement dans ces souterrains. N'est-ce pas Spica ?
-Tout à fait. Vous avez bien fait de nous en parler, renchérit l'enchanteur.
-Vous…D'habitude lorsque les personnes apprennent que je peux parler aux serpents, bafouilla Procyon.
-C'est un don bien utile, le coupa Colin. Plusieurs fois j'aurais aimé avoir ce talent. Surtout lorsque les serpents en question essayaient de me tuer. Et puis vu comment nous sommes mal embarqués, cela ne pourra être que bénéfique d'avoir quelqu'un comme vous sous la main.
Elle essuya une couche de sueur sur son front.
-Pouvons-nous continuer ? reprit-elle. J'ai l'impression de fondre sur place, et j'aimerais tant qu'à faire que ça ne dure pas trop longtemps.
Ce ne fut qu'au bout de longues minutes de marche supplémentaires qu'ils trouvèrent enfin le puits mentionné sur la carte.
-Eh bien ! C'est ce qui s'appelle un puits d'une taille conséquente ! siffla Colin.
Il était à vrai dire difficile d'estimer la profondeur réelle de l'installation, mais la circonférence était d'une taille pour le moins respectable. Ils pouvaient y entrer tous les quatre en même temps, en ayant largement la place pour quadrupler la taille de leur groupe.
Spica releva la tête.
Le puits se prolongeait au-dessus d'eux par une sorte de cheminée de la même diagonale qui remontait très haut, trop haut pour qu'ils ne puissent en distinguer le fond.
-J'ai un mauvais pressentiment, répéta Cygnus. Quelque chose de grand vit là-dedans. Et si le serpent dont parlait Procyon est aussi grand, alors nous risquons d'avoir quelques problèmes.
Ils s'engouffrèrent avec précaution dans la brèche. Des marches avaient autrefois dû être présentes, taillées à même la pierre. Mais avec le temps, l'humidité avait dû les ronger, jusqu'à ce qu'elles ne ressemblent plus qu'aux minuscules encoches qu'ils observaient à présent.
-C'est quoi ce machin ? hurla Spica.
Des flammes s'échappèrent du trou béant et ils durent tous s'accrocher à la paroi pour ne pas être brûlés.
Un rugissement fit vibrer les parois du puits. Spica put le ressentir en lui de longues secondes après que ce bruit atroce se soit tu. Il commençait à réellement craindre ce qui se dévoilerait ensuite.
Ils avaient pensé à un serpent. Mais un serpent ne faisait pas ce bruit-là. À moins qu'ils n'aient à faire à un basilic, et dans ce cas c'était pire que toutes ses prévisions. Si c'était bel et bien un basilic, jamais ils ne ressortiraient de ce trou. Ils mourraient ici, oubliés de tous, et personne n'irait rechercher leur cadavre dans ces souterrains meurtriers.
Il frissonna.
Mais il n'eut pas le temps de réfléchir davantage.
Il ne put réprimer un cri de surprise lorsque la créature surgit soudainement de l'obscurité.
-Un dragon ! hurla Cygnus. Par Merlin, il est magnifique !
Spica n'avait pas les mêmes préoccupations, mais il devait tout de même avouer que le dragon avait de l'allure. Il n'était pas un fin connaisseur à ce sujet, mais il était difficile de lui donner une espèce en particulier.
Il était immense.
Bien plus grand que tous ceux qu'il avait pu observer dans les grimoires.
Sa peau d'une couleur rouge vif semblait comme scintiller à la lueur de leurs baguettes. La taille de ses écailles était impressionnante, et il était évident par leur épaisseur qu'elles seraient également très difficiles à transpercer. Les dents de la créature étaient immenses et parfaitement aiguisées.
Ils étaient dans une merde sans nom. Aussi grosse qu'une bouse de dragon, et c'était le cas de le dire.
-Arrête !
Le cri de Procyon fut suivi d'une série de sifflements qui fit frissonner Spica.
Cela faisait bien longtemps qu'il n'avait pas entendu cela. Cette langue si étrange et mystérieuse.
Le fourchelangue.
Un de ses grands-oncles avait été capable de le parler, mais il était passé de vie à trépas près de vingt ans plus tôt.
Il était étonnant d'observer quelqu'un si jeune maîtriser cette langue.
Surtout lorsqu'on remarquait les effets secondaires.
Le dragon s'était figé et les observait avec intérêt.
Un son lugubre sortit de sa gueule, se transformant peu à peu en un sifflement rauque qui ressemblait beaucoup à celui émis par Procyon.
Ils continuèrent à échanger durant plusieurs minutes, augmentant peu à peu le malaise qu'éprouvaient ses compagnons.
Un dragon.
Procyon dialoguait avec un dragon.
C'était fascinant et terrifiant à la fois.
Le ton de Procyon devenait de plus en plus insistant. Il désigna plusieurs fois Spica, qui se ratatinait toujours plus sur lui-même tandis que le regard du dragon glissait lentement vers lui.
Lorsque la créature se rapprocha de lui et le fixa avec attention, l'enchanteur déglutit et pâlit précipitamment.
-Qu'est-ce qu'il me veut ? balbutia-t-il. Pourquoi est-ce qu'il me regarde comme ça ?
-Restez calme, souffla Procyon. Tout va bien.
Le dragon était à présent à seulement quelques mètres de lui et continuait de se rapprocher.
Spica pouvait désormais sentir le souffle de la créature sur son visage. C'était une odeur de soufre et de sulfure. C'était irrespirable, et il se retint de jeter un sort de têtenbulle.
Finalement, le dragon dévoila ses canines en ce qui ressemblait à un étrange sourire, puis il plongea soudainement dans l'obscurité.
-Nous pouvons avancer ! cria Procyon.
Mais tous le dévisagèrent avec incompréhension.
-C'était quoi ce machin ? balbutia Colin.
-Le dragon qui protège Poudlard, sourit Procyon. J'avais entendu la légende, mais je ne croyais pas qu'elle puisse être vraie. Il est vieux. Incroyablement vieux. Il ne devrait même plus être en vie. Mais ce dragon est celui des fondateurs. Par Merlin ! C'est un honneur d'avoir pu faire sa connaissance !
-Draco dormiens nunquam titillandus, sourit Cygnus. Ne chatouillez pas un dragon qui dort. Je pense que la devise de Poudlard prend maintenant tout son sens. Je présume qu'il s'agit de celui qui garde les protections principales ?
-Tout à fait ! affirma Procyon. Il m'a dit que nous pouvions y aller, mais qu'il nous surveillait et que nous ne pouvions pas rester très longtemps. Il m'a indiqué quelles étaient les protections qu'il était nécessaire de renouveler. Tout était clair dans son esprit. Je sais exactement ce que nous devons faire.
-Tant mieux, grinça Colin. Il fait vraiment trop chaud ici. J'ai terriblement hâte de remonter à la surface.
La descente en direction du cœur des protections principales fut éprouvante pour tous les quatre. Ils étaient tous physiquement atteints par la chaleur, le stress, et la fatigue accumulée ces derniers jours. Mais ils avançaient enfin vers leur objectif premier.
L'obscurité était toujours plus importante, surtout depuis la disparition du dragon. Et même la lumière émise par leur baguette ne leur permettait pas de voir le fond du tunnel.
La paroi était toujours aussi glissante, mais ils avançaient à un rythme soutenu.
-C'est ici ! s'exclama Procyon au bout de longues minutes.
Il désignait un trou dans la roche, qui se révéla bientôt être l'entrée d'une salle plongée elle aussi dans l'obscurité.
-Lumos Maxima ! souffla Spica en s'engouffrant dans la brèche.
Il recula précipitamment et aurait pu tomber dans le puits si Cygnus ne l'avait pas retenu.
Sa baguette était tombée au sol et continuait malgré tout d'illuminer la pièce tout entière. Ce n'était pourtant pas cette dernière qui était à l'origine de sa réaction, malgré bel et bien le dragon qui était installé tout au fond et qui les observait fixement.
Procyon entra sans attendre, sans se soucier de Spica, qui s'asseyait un instant au sol pour reprendre son souffle.
Les mains de l'enchanteur étaient soumises à un tremblement incontrôlé et très désagréable. Son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine. La fatigue et la chaleur accentuaient ses émotions au point que ces dernières devenaient horriblement désagréables.
Il se prit la tête dans les mains et inspira profondément pour se calmer et surtout pour garder le contrôle de sa transformation. Il n'était guère judicieux de se transformer en chat juste devant un dragon de plusieurs mètres. Il n'avait aucune envie de finir dans l'estomac de la créature.
-Ça va ?
Il releva la tête, pour plonger son regard dans celui de Cygnus. Il lui fit un sourire qui ressemblait plus à une grimace et acquiesça lentement.
-Trop d'émotions pour aujourd'hui, marmonna-t-il. A croire que je commence à être trop vieux pour tout ça.
Le botaniste roula des yeux.
-Tu racontes vraiment n'importe quoi, lui répondit-il avant de lui tendre une main pour l'aider à se relever.
Spica ronchonna encore quelques secondes puis finit par se lever. Il attendit quelques secondes afin de vérifier que ses jambes étaient suffisamment assurées pour le retenir, puis s'avança quelque peu en direction de Procyon, lequel était déjà agenouillé au sol et semblait déchiffrer en hâte les runes qui y étaient gravées.
-Vous êtes sûr qu'il ne nous fera aucun mal ? s'enquit-il à l'attention du jeune homme tout en jetant un regard en coin au dragon.
-Il me l'a certifié tout à l'heure, lui assura l'étudiant. Regardez, Spica ! Je pense que nous devrions commencer par ici.
Ledit Spica soupira. C'était là qu'il se rendait compte qu'il vieillissait. Il avait quelque peu perdu de la fougue qu'il avait au même âge.
Il s'agenouilla pour observer le travail du jeune homme, puis se lança à son tour dans l'analyse des runes présentes au sol.
Fin du chapitre 12
