Chapitre 14


Le passage à l'infirmerie fut aussi pénible que prévu, et ils durent ensuite s'atteler tous les trois au dur labeur qu'était la rédaction du rapport qu'ils devaient remettre au professeur Dumbledore.

Ils étaient encore tous les trois à l'infirmerie, vêtus de robes de sorcier un peu trop petites, que Mme Pomfresh leur avait prêtées le temps de leur convalescence. Ils allaient rester en observation au moins toute la nuit, afin de vérifier qu'ils allaient bien et qu'ils n'avaient pas de risque de mourir des effets retardés d'un ancien enchantement présent dans les souterrains. Ce repos forcé ne plaisait évidemment à aucun des trois.

Spica souhaitait simplement pouvoir profiter du soleil et de la chaleur extérieure, Colin criait haut et fort qu'elle n'avait pas été payée pour ça, et Cygnus s'était contenté de soupirer lourdement pour marquer sa désapprobation.

Mais ils n'avaient rien pu faire.

Comme souvent, le professeur Dumbledore avait eu le dernier mot.

C'était donc vêtus de robes usées et raccommodées par endroits qu'ils étaient tous les trois penchés sur une table, un parchemin devant eux.

-Tu as un peu enjolivé les choses, non ? déclara Spica en plissant les yeux pour déchiffrer l'écriture en pattes de mouche de Colin. Je ne me rappelle pas que nous nous soyons battus contre une armure de trois mètres de haut.

-Je sais juste mieux raconter les choses que toi, lui rétorqua Colin avec un geste agacé. Et puis qu'est-ce que ça peut te faire ? Il y a juste le vieux barbu qui ira mettre son nez dedans.

-Mais voyons ! s'offusqua Spica, et que fais-tu des générations futures ? Si ça se trouve dans cinq cents ans il y aura trois autres abrutis qui seront désignés pour descendre là dessous et ils prendront ton témoignage au sérieux. Alors, évite de raconter n'importe quoi !

-Je suppose qu'il faut donc retirer la partie au sujet des nargoles ? s'enquit Cygnus après s'être doucement raclé la gorge.

Spica leva les bras en direction du plafond, puis prit une profonde inspiration pour se calmer.

-Aux dernières nouvelles, tu es le seul à les voir, donc on peut laisser les nargoles si tu veux, soupira-t-il.

-Il a le droit à ses nargoles et moi je n'ai pas le droit à mon armure ? s'exclama Colin. C'est quoi ce favoritisme ? Je proteste !

Spica se prit la tête entre les mains. Cela faisait au moins deux heures que ce manège durait et il commençait sérieusement à en avoir assez. La moindre ligne de ce foutu rapport était discutée durant un temps infini et ils n'en voyaient toujours pas le bout.

-OK pour l'armure, abdiqua-t-il. Mais je trouve ça profondément ridicule.

Colin poussa un cri de victoire, et ils passèrent à la phrase suivante.

La luminosité de la pièce commençait à décroître tandis que l'après-midi touchait à sa fin.

La journée avait encore une fois été longue et il aurait depuis longtemps été assoupi sans les potions de l'infirmière.

Il soupira tandis que Colin lisait à voix haute la suite du rapport. Il était maintenant question de fantômes aux pouvoirs complètement aberrants.

-Vous auriez dû devenir romancière, grogna-t-il. Si ça se trouve, vous auriez pu faire de l'ombre à Gilderoy Lockart.

Colin éclata de rire.

Leur rédaction fut interrompue quelques minutes plus tard lorsqu'un juron retentit à l'autre bout de l'infirmerie.

Trois baguettes furent sorties par réflexe, et pointées vers le jeune homme qui venait visiblement tout juste de se réveiller.

-Rangez tout de suite ces instruments de torture ! Ou je vous les confisque ! s'exclama l'infirmière en entrant dans la pièce. Nous sommes dans un lieu de repos, mais dans une salle de duel ! Par Merlin, quelle idée de vous autoriser à les garder avec vous ! Et vous Spica, n'essayez même pas de vous transformer en chat pour déjouer ma surveillance. Je connais parfaitement vos pouvoirs et je vous assure que je vous couperai la queue si je vous prends à essayer de vous enfuir.

L'enchanteur roula des yeux, puis rangea sa baguette dans sa robe.

-Ce n'était pas du tout mon intention, marmonna-t-il.

Il tenta un air parfaitement innocent, mais le regard méfiant qu'il posait toujours sur le lit de Procyon n'aidait pas vraiment dans la manœuvre.

-Il est attaché, au moins ? grogna Colin. Je n'ai pas envie qu'il essaye de nous étrangler durant notre sommeil.

L'étudiant leur dédia un regard noir, puis chercha quelque chose dans ses vêtements, avant que son visage ne perde de ses couleurs.

-Où est ma baguette ? siffla-t-il.

-Le professeur Dumbledore a jugé que vous n'en aviez pas besoin pour le moment, lui répondit sèchement l'infirmière. Et restez donc allongé ! Vous avez besoin de repos !

Procyon tenta malgré tout de se relever, mais il fut stoppé par un mur invisible qui était présent tout autour de son lit.

-Laissez-moi partir ! exigea-t-il. Vous n'avez pas le droit de me retenir ici !

-Je peux vous assurer que nous avons parfaitement le droit, Monsieur Nott ! fit une voix en direction de l'entrée de l'infirmerie.

Tous se tournèrent vers le nouveau venu.

-Professeur Dumbledore ! s'exclama l'infirmière. Monsieur Nott vient tout juste de se réveiller.

-Merci Pompom, sourit le directeur.

Il s'avança en direction du lit de l'étudiant, tandis que ce dernier se ratatinait peu à peu sur place.

-Maintenant Procyon, pourriez-vous m'expliquer exactement ce qu'il s'est passé ? fit-il en s'asseyant sur une chaise au chevet du jeune homme. J'ai eu la version des faits de vos compagnons, et je souhaiterais maintenant entendre la vôtre.

-Que vous ont-ils dit ? marmonna le Serpentard.

-Oh, rien de grave, ironisa Colin. Juste que vous aviez essayé de nous tuer !

-C'est faux ! s'exclama-t-il aussitôt.

-Ah vraiment ? Et comment est-ce que vous appelez ça ? rétorqua Colin. Si Spica ne vous avait pas retenu, vous auriez fait exploser tout le château !

-Je ne voulais pas tuer, souffla-t-il en baissant les yeux. Je souhaitais juste détruire Poudlard.

-Et vous pensiez sincèrement que tous ses occupants allaient transplaner comme cela spontanément avant le début de l'explosion ? ricana Colin.

-Il suffit ! la coupa le directeur. Laissez donc notre jeune ami s'exprimer.

Il se tourna à nouveau vers Procyon pour le fixer avec attention.

-Peut-être pourriez-vous reprendre depuis le début ? lui proposa-t-il. Comment vous êtes-vous retrouvé dans les souterrains ?

-Je savais qu'une équipe était censée descendre dans ces derniers, admit Procyon. Je voulais y participer, mais mes professeurs pensaient que j'étais trop jeune. Trop inexpérimenté. Je me suis donc dit que je pourrais me faufiler dans les souterrains. J'ai récupéré une vieille carte dans la réserve de la bibliothèque, et j'avais prévu de créer un portail runique qui pourrait me transporter directement sur les protections extérieures. Ça n'a pas très bien fonctionné.

Spica renifla, puis secoua la tête.

-Que s'est-il passé ensuite ? lui demanda le directeur.

-Je suis tombé sur l'équipe chargée des protections. Je pensais arriver avant eux. Je savais que les travaux avaient pris du retard. Et je me disais que je pourrais atteindre les protections principales avant qu'ils n'entrent dans les souterrains. Mais ensuite je n'ai pas pu leur fausser compagnie. Lorsque nous sommes arrivés aux protections principales, j'avais beaucoup observé Spica travailler et je savais comment atteindre mon objectif.

-Tout faire péter ? s'enquit Colin qui roula des yeux lorsque le professeur Dumbledore lui fit signe de se taire.

-Pourquoi vouloir faire exploser le château ? s'enquit doucement le directeur.

Procyon détourna le regard.

-Tout est pourri, ici, souffla-t-il. Le système des maisons est un échec complet, le niveau n'a fait que baisser par rapport à ce qui était enseigné dans le passé. Tout raser pour tout reconstruire...Cela aurait donné à Poudlard un nouveau souffle.

Spica ne put qu'admettre que Procyon n'avait pas totalement tort, même si sa solution était un peu extrême.

-Je ne crois pas que cela soit réellement une bonne solution, fit le directeur d'un air grave. Vous auriez pu tuer toutes les personnes qui étaient dans le château. En avez-vous conscience ?

Procyon se contenta de hausser les épaules.

-Répondez à ma question, Monsieur Nott, insista le directeur.

-Je n'avais pas réfléchi à cela, murmura l'étudiant. Je voulais juste que tout cela s'arrête.

Le directeur soupira et Spica se demande soudainement ce qui allait se passer à présent. La solution la plus logique serait de livrer le jeune Nott aux aurors pour qu'il soit jugé pour ce qu'il avait voulu faire. Mais ensuite, qu'adviendrait-il de lui ? Azkaban n'était pas une bonne chose, surtout pour quelqu'un d'aussi jeune, et même sur une très courte période.

Le directeur parut arriver à la même conclusion.

-Je ne préviendrai pas les aurors, à la seule condition que vous donniez des cours de soutiens aux élèves en difficultés pour l'année scolaire à venir, déclara-t-il. Votre famille vous a laissé trop longtemps à la dérive, et il est temps que vous vous repreniez en main.

-Et mes études ? s'offusqua Procyon.

-Nous nous arrangerons pour que vous puissiez cumuler les deux, lui promit le directeur. Cela vous fera du bien d'être au contact d'autres individus que des Serpentards. Vous verrez à quel point Poudlard peut être belle si vous lui en laissez la chance.

Procyon grogna d'un air peu convaincu, mais ne lui répondit pas. Après tout, il était clair qu'il n'avait guère le choix.

-Est-ce que vous pouvez au moins me laisser libre de mes mouvements ? fit-il au bout de quelques secondes de silence.

-Pas avant que vous ne vous soyez reposé, intervint l'infirmière. Hors de question que je vous laisse retourner à vos petites expériences dans l'état de fatigue dans lequel vous êtes.

Le jeune homme se renfrogna et croisa ses mains sur sa poitrine. En cet instant son jeune âge ressortait plus que tout et il ressemblait réellement à un enfant que l'on aurait privé de son jouet favori.

Le début de soirée se termina dans une cacophonie sans nom, tandis que le rapport se terminait enfin. Procyon avait décidé de mettre son grain de sel dans les discussions, et protestait vivement à chaque nouvelle invention de Colin. Mais enfin, un point final fut apposé sur le document, et ils signèrent tous les trois en bas du parchemin.

-Un vaste ramassis de conneries, ronchonna Spica en apposant sa signature. J'espère que ce rapport sera vite perdu et oublié et personne n'aura l'idée saugrenue de le ressortir dans le futur.

Ils bouclèrent le parchemin et décidèrent de le transmettre le lendemain au professeur Dumbledore.


Fin du chapitre 14