Et bonsoiiir tout le monde ! Ravie de vous retrouver pour le troisième chapitre de cette fic' ^^
Comme je vous l'avais précisé il y a deux semaines, ce chapitre est un peu plus riche en émotions, et de ce fait, il est aussi légèrement plus long que les précédents. On se concentre un peu plus sur la relation que Touya entretient avec sa famille et je vous offre même quelques détails sur son passé uwu J'en profite pour vous remercier pour vos review, elles me vont droit au coeur w
Avant de commencer, quelques alertes : il y a un spoiler sur la réelle identité d'un antagoniste, donc attention si vous n'êtes pas à jour ! Je vous mets aussi en garde concernant la présence de scènes d'automutilation (si on peut appeler ça comme ça) et d'allusions assez gores. Comme toujours, c'est à vos risques et périls.
Comme toujours, merci à mon cher Blue Aaren pour la bêta ! Je vous souhaite une bonne lecture ^^
Les personnages de My Hero Academia appartiennent à Kohei Horikoshi, mais l'histoire, elle, m'appartient.
Chapitre 3 – La première baignade
31 juillet, un peu plus tard dans la matinée, dans une suite de la station balnéaire :
D'un air très concentré, Aizawa envoya de nouveau un coup de marteau à réflexes sur le genou entièrement reconstruit de Touya, qui s'éleva sans aucun problème. Apparemment satisfait, le chirurgien laissa ses lèvres s'étirer l'espace d'un instant, à la suite de quoi il demanda à Touya de s'allonger sur le dos pour qu'il examine les agrafes de son visage qui avaient recommencé à le faire souffrir.
La lumière blanche de la lampe frontale de Aizawa perça ses yeux bleus dès qu'il commença à l'examiner, mais Touya n'avait pas le choix, il fallait les garder ouverts pendant l'examen. Aizawa se concentra tout d'abord sur son œil gauche, qui avait été le plus touché des deux ; lors de ses premières semaines à l'hôpital, les médecins avaient été persuadés que le brun finirait par le perdre, mais il n'en fût rien. Touya sentit les mains gantées du spécialiste lui étirer la paupière inférieure, une sensation qu'il détestait toujours autant. Pour éviter de se focaliser dessus, il observa l'adulte penché sur son corps, et se mît à penser à la première fois qu'il l'avait rencontré.
Il ne s'en souvenait pas vraiment, en réalité. La toute première fois qu'ils s'étaient vus devait sans doute être lorsque sa vie ne tenait plus qu'à un fil, et que son corps fondant avait pénétré le bloc opératoire. Touya se souvenait cependant très bien de la première fois où ils s'étaient parlés ; et alors que Aizawa s'évertuait à prendre toutes les pincettes nécessaires pour lui apprendre en douceur que 60% de la surface de sa peau avait été brûlée, le brun s'était contenté de murmurer qu'ils auraient dû le laisser crever dans cette putain de voiture, parmi les corps de ses amis partis si tôt.
Mais Aizawa ne s'était pas contenté d'assurer toutes les opérations de greffes de peau que Touya avait dû subir ; il l'avait accompagné pendant toute sa convalescence et sa rééducation, lui donnant tantôt des conseils pour moins souffrir, le forçant tantôt à suivre les traitements que le brun refusait de prendre. Le chirurgien l'avait même poussé à suivre ces foutues séances de psychothérapies obligatoires, allant jusqu'à l'accompagner à quasiment chaque réunion, afin d'être certain qu'il s'y rende.
Touya se demandait souvent s'il avait eu droit à un tel traitement de faveur du fait que Aizawa pratiquait souvent avec Rei à l'époque où elle exerçait encore en tant qu'infirmière, ou encore si c'était parce que sa mère était la marraine d'Eri. Le brun s'en fichait un peu, pour être honnête ; le chirurgien était le seul auprès duquel il n'éprouvait aucune crainte à se confier quant à ses douleurs, ou ses angoisses quotidiennes, et surtout le seul étranger à sa famille qui avait le droit de poser les yeux sur son corps partiellement dénudé. C'était tout ce dont il avait besoin.
« - Tes agrafes n'ont pas bougé, annonça Aizawa en retirant ses gants et son masque de protection. Ton rythme de sommeil en ce moment ?
- Comme d'hab'. » répondit Touya en haussant des épaules. « Ç'a un rapport ?
- Je pense, oui. Les cauchemars ? » Touya grimaça en détournant la tête. Bien qu'ils fussent proches, il n'avait pas forcément envie d'en discuter tout de suite ; à vrai dire, il n'avait pas envie d'en discuter tout court. Le chirurgien ne partageait pas cet avis. « Gamin. C'est important. »
- .. T'jours pareil. » maugréa-t-il en grimaçant. « Et toujours aussi intense, si c'est c'que vous alliez demander. »
Aizawa soupira, mais n'insista pas. Il demanda à l'aîné des Todoroki de faire quelques mouvements, pour vérifier que les cicatrices de ses bras et de ses jambes ne se remettent pas à l'étirer elles-aussi. Il annonça ensuite à Touya qu'ils en avaient fini.
« - Pour ce qui est du genou, tes réflexes sont bons. Après autant de temps, ça peut paraître normal, mais c'est tout de même encourageant. » Il rangea son matériel tout en continuant ses explications. « Pour les yeux, tu as dû faire une crise en plein sommeil qui aurait en temps normal sollicitée tes canaux lacrymaux. Mais comme tu n'en as plus, ton corps a certainement trouvé un autre moyen d'évacuation, ce qui expliquerait que tes cicatrices aient recommencé à te faire mal. Les greffes de ton visage sont les plus fines, il est normal que tu ressentes encore quelques douleurs fantômes. » Il se retourna vers Touya qui ne l'écoutait déjà plus, son regard océan fixé sur le carrelage. « Ça finira par te passer. »
Les greffes de peau avaient toutes été plus ou moins douloureuses à supporter, mais celles de son visage avaient été – et de loin – les pires.
Tout d'abord parce que Touya n'en avait pas voulu, de cette peau qui n'était pas la sienne, et qui ne le serait jamais ; encore moins sur une partie de son corps visible aux yeux de tous. Les médecins avaient mis des semaines à lui annoncer qu'ils ne pourraient jamais reconstruire son faciès sans greffes, et le brun se souvenait parfaitement à quel point toute l'aile de l'hôpital l'avait entendu hurler de rage contre les spécialistes. Il n'avait laissé personne le voir après l'opération. Sa phobie de voir apparaître son reflet dans un miroir était apparue aussi soudainement que ses pansements avaient été retirés.
« - Allez rhabille toi gamin. » La voix d'Aizawa fit sursauter Touya en même temps qu'elle le tira de ses rêveries. « Tu vas pas passer tes vacances dans un cabinet improvisé, et moi non plus. »
Le chirurgien sortit de sa chambre en laissant Touya remettre ses vêtements, lequel le suivit à peine quelques secondes plus tard. Lorsqu'il pénétra dans la pièce centrale de cette grande suite, Touya observa Eri attablée près du canapé, concentrée sur la préparation de son thé qu'elle faisait semblant de concocter avec sa théière. Près d'elle, Hitoshi balaya les mèches qui s'échappaient des couettes que sa petite sœur lui avait faite, et sirota l'eau que contenait sa tasse en plastique sans aucun commentaire.
Lorsque son regard dévia vers le brun, l'adolescent leva ses doigts en signe de victoire sans laisser transparaître la moindre émotion, geste que Touya lui rendit aussitôt. Il s'entendait plutôt bien avec Hitoshi, ce dernier lui ressemblant sur de nombreux traits de caractères. Il ne parlait que très peu, voire même pas du tout ; mais lorsqu'il prenait la parole, ses mots tranchaient et veillaient à n'épargner personne. Hitoshi lui faisait penser à lui lorsqu'il avait son âge. Et pareillement à sa petite sœur et son père, il ne posait jamais de questions ; une vertu bien trop rare dans l'entourage du brun.
« - Au fait gamin. » Touya se tourna vers Aizawa qui lui tendait un tube qui devait très certainement être rempli de pommade. « Passe-toi la quand ta peau recommence à te tirer. » Le brun se saisit de la crème et s'apprêta à partir lorsque la voix du chirurgien le stoppa brusquement. « J'ai pas fini. Arrête de te griffer les plaies quand tu fais des crises. » Il fît une brève pause pour laisser à Touya le temps d'intégrer l'information. « C'est crevant, je le sais. Mais tu cicatrices déjà moins rapidement que la moyenne. Tu t'en sortiras pas si tu continues, c'est du sérieux. »
Touya se contenta d'hocher la tête, et salua la famille en se dirigeant vers la porte de sortie, se retenant de s'enfuir en courant. Il soupira ; gratter les cicatrices était devenu sa nouvelle façon de pleurer, même si cela s'apparentait plus à de l'automutilation qu'autre chose. Mais il ne pouvait malheureusement pas s'en empêcher, il avait bien souvent l'impression de ne pouvoir à nouveau respirer convenablement que lorsque ses ongles entreprenaient de râper sa peau jusqu'au sang. Peut-être que cette pommade ferait enfin effet ; il n'en savait rien, mais secrètement, il l'espérait.
« - À ce soir Frankenstein. » énonça la voix de Hitoshi alors que Touya allait refermer la porte. Le brun pivota, et après avoir demandé à Eri de se retourner, il adressa au grand-frère de la petite son plus beau doigt d'honneur. Le cerné riait encore lorsque Touya ferma la porte.
Ce dernier souffla du nez ; malgré ses complexes, il appréciait avoir dans son entourage quelqu'un qui ne se moquait pas par pure méchanceté, mais plutôt par compassion. Drôle de façon de compatir, pensa-t-il en retournant vers sa chambre, mais cela lui allait toujours mieux que n'importe quelles paroles pleines de pitié. Comme celles qu'il allait recevoir le soir-même, à ce fameux repas.
Il eut la nausée rien que d'y penser, et il claqua la porte de sa chambre contre le mur en manifestation de son mécontentement. L'enfer plutôt qu'un dîner avec son père et ses invités. Il s'écroula sur son lit, et eut presque envie de lui faire connaître le même sort que sa porte lorsqu'il entendit la voix de Shoto lui sommer de ne pas détériorer le matériel de la station.
Dans la soirée, au restaurant de la station :
Assis entre sa mère et monsieur Bakugo, Touya essayait de se concentrer sur ce qui se trouvait dans son assiette plutôt que sur les conversations futiles qui prenaient vie autour de lui.
Les adolescents avaient été déplacés dans une pièce à part, au plus grand plaisir du brun qui appréciait enfin le calme ; il se doutait très bien que si l'ambiance de sa table était assez détendue, celle des jeunes devait ressembler à s'y méprendre à celle de l'attaque de Pearl Harbor. S'imaginer Kaminari vider la poivrière dans le plat de Kirishima et Bakugo plonger la tête de ce dernier dans sa soupe le faisait presque apprécier d'être attablé avec les adultes. Du moins, ça aurait pu être le cas si son père ne participait pas à chaque conversation qui avait le malheur de débuter.
Il avait toujours fonctionné ainsi, Enji Todoroki. Il veillait au quotidien à ce que le masque de sympathie derrière lequel il se cachait éternellement ne s'effiloche jamais. Son être entier devait représenter une figure de justice inébranlable, qu'il s'efforçait de rendre du mieux qu'il le pouvait en exerçant sa fonction de magistrat. Fonction qui, au passage, le faisait passer pour un mari et un père exemplaire, qui permettait à sa petite famille de s'épanouir dans un cadre idyllique. Ayant résolu un très grand nombre d'affaires, dont certaines avaient été plutôt médiatisées dans tout l'archipel japonais, beaucoup voyaient en Enji Todoroki l'incarnation d'un héros ; aux yeux de Touya, il n'était qu'un connard imbu de lui-même qui passait son temps à être celui qu'il n'était pas.
Touya grimaça en regardant son père resservir à boire à Aizawa, terriblement concentré dans leur conversation, et il se demanda comment est-ce qu'un homme aussi abject que lui pouvait attirer autant le respect.
Son adolescence, Touya l'avait passé dans le bureau de son père à lire les biographies des plus grands magistrats japonais, les unes après les autres. À peine avait-il fini le lycée qu'il était déjà accepté dans la plus prestigieuse université de droit de Tokyo.
Enji avait fait subir le même sort à Fuyumi, qui par chance – ou plutôt par obligation – s'était découvert une passion pour le droit, mais elle avait rapidement décroché de l'enseignement de son père qui l'empêchait presque de suivre ses cours de lycéenne.
Natsuo avait détesté le droit dès l'instant où les mots « organisation administrative » avaient été prononcés, leur père n'avait même plus eu le courage d'insister.
Quant à Shoto, c'était lui qui en avait le plus souffert.
Il s'était révélé très doué dès le départ, réussissant à retenir n'importe quelle date, ainsi que les théories les plus complexes. Mais Enji avait surestimé son enfant ; et un soir, alors qu'il lui avait interdit d'aller se coucher avant d'avoir terminé de résumer, le pauvre Shoto épuisé avait fini par littéralement s'écrouler sur son bureau. Son visage avait rencontré le fer brûlant de la théière que sa mère lui avait porté quelques instants plus tôt ; depuis, son œil bleu était entouré d'une brûlure, exactement au même endroit que celle de son grand-frère.
Depuis cet incident, Enji Todoroki avait totalement délaissé ses quatre enfants, comme s'ils ne méritaient même plus son attention. Un pur gâchis, c'était comme ça qu'il les considérait désormais.
Et pour Touya, celui qui était son père était devenu aussi important pour lui qu'un pauvre sans domicile qu'il aurait pu croiser dans une ruelle.
« - J'ai entendu dire que tu avais enfin repris les études après ta convalescence Touya. Tes examens se sont bien passés ? »
Les différentes voix qui animaient jusqu'à présent la table se turent en même temps que Touya leva la tête de son assiette, le visage entièrement déformé par la surprise. Il fixa la pauvre Inko Midoriya qui lui souriait avec sincérité, sourire qui s'effaça lorsqu'elle réalisa que les trois enfants Todoroki la regardaient comme si elle avait sorti une absurdité sans nom. En même temps, les trois regards convergèrent vers leur paternel, qui semblait tout d'un coup très intéressé par les tranches de poisson fumé qu'il triait dans son plat.
Il n'avait mis personne au courant. Évidemment.
S'il devait être honnête avec lui-même, Touya avait commencé à détester le droit uniquement pour emmerder son paternel. En intégrant la faculté après toutes ces années gâchées à étudier, ses sentiments s'étaient confirmés ; en plus d'être extrêmement onéreux, l'apprentissage du droit était chiant à en crever. Il avait décroché dès le début, entraînant plus ou moins ses deux meilleurs amis avec lui ; son père ne lui avait rien dit, c'était à se demander s'il se rappelait l'existence de son aîné tant il passait son temps à l'ignorer. Mais après l'accident, reprendre les études aurait eu autant de sens que repasser son permis le lendemain de sa sortie de l'hôpital. Et il aurait eu bien trop peur de croiser les fantômes de Tenko et de Jin en arpentant les couloirs de la faculté.
Touya se mordit l'intérieur des joues et serra ses poings sous la table ; il avait promis à sa mère de bien se tenir, il lui ferait honneur. Il inspira un grand coup en se tournant de nouveau vers madame Midoriya, un sourire espiègle et factice étirant ses lèvres. Si Enji était excellent élève dans l'art du mensonge, Touya en était le maître.
« - Ç'a été. » répondit simplement le brun en buvant une gorgée d'eau pendant que toute sa famille entreprit de le dévisager pour tenter de comprendre ce qu'il fabriquait. « J'pense pouvoir me spécialiser dans le master auquel j'aspire. »
Faire un effort de langage lui brûla la langue, mais cela ne valait rien comparé à la tête que tirait désormais Enji ; ce dernier craignant très certainement le chemin que la conversation allait prendre.
« - Ah oui ? » demanda Inko, sincèrement intéressée. Pauvre dame, Touya s'en serait presque voulu de lui mentir aussi ouvertement ; la faute à Enji, se dédouana-t-il. Elle porta elle aussi son verre au niveau de ses lèvres et reprit : « Et donc, tu aimerais te spécialiser dans quelle branche exactement ?
- Les divorces. »
Inko Midoriya s'étouffa à moitié dans son vin pendant que Natsuo se retenait d'éclater de rire. Touya, arrogant au possible, détourna son regard plein de haine vers son père qui fulminait dans son coin, et continua sur sa lancée.
« Le marché est inépuisable. Puis j'me dis que si jamais quelqu'un de mon entourage venait à en avoir besoin..
- Mon fils a un sens de l'humour très développé Inko. » coupa net la voix autoritaire de Eiji qui fusilla Touya de ses yeux océan, lui intimant de se taire, ce qui donna plutôt envie à ce dernier de se révolter.
Il se tourna vers la pauvre femme qui ne savait plus où se mettre, sans se dérider.
« Ne fais pas attention à ses idioties. Il se spécialisera dans le droit pénal. S'il y met un peu du sien, je pourrais le présenter à des homologues qui l'aideront grandement.
- Parce que tu seras trop occupé pour t'en occuper toi-même j'imagine ? » osa demander Touya en fixant toujours son père qui l'ignorait royalement.
Il sentit la main de sa mère presser faiblement sa jambe pour le détendre, manœuvre qui ne fît qu'accentuer le feu ardant qui s'embrassait au fond de son être.
« - Si tu avais continué tes études comme prévu, je t'aurais déjà envoyé en stage chez des confrères, et tu serais peut-être déjà diplômé. »
Son père saisit un morceau de saumon avant de reprendre.
« Des congés sabbatiques t'ont semblé plus intéressant que ton avenir.
- Des congés sabbatiques ? » répéta cette fois-ci Natsuo qui ne pouvait plus laisser son père rabaisser son grand-frère à ce point. Autour d'eux, les invités s'étaient occupés à converser sur d'autres sujets, laissant les Todoroki régler leurs différends personnels. Rei et Fuyumi tentaient de ne pas rajouter de l'huile sur le feu. « Touya a passé pratiquement deux ans à l'hôpital ! Tu penses qu'on se remet d'un tel accident en deux semaines ?!
- Encore cet accident. » Il leva les yeux au ciel et reprit. « C'est devenu votre excuse universelle. »
Enji continua de manger comme si de rien n'était pendant que les yeux de Natsuo s'étirèrent au possible. Touya luttait grandement pour ne pas gratter de nouveau sa peau jusqu'au sang.
« Ce malheureux incident est derrière lui depuis longtemps. Il faudrait songer à arrêter de victimiser votre frère pour disculper le fait qu'il n'est qu'un tire-au-flanc. »
Ce fût la phrase de trop. En essayant d'être le plus poli possible, Touya se leva de table avant que Natsuo n'ait pu continuer cette joute verbale ; il y avait bien longtemps que l'aîné était considéré comme la teigne de la fratrie, alors un peu plus un peu moins, il n'était plus à ça près. Il ignora le regard piteux que sa mère lui lançait, très certainement pour lui prier de se calmer et de se rasseoir. Il prétexta devoir aller passer de la crème sur ses plaies qui recommençaient à lui faire mal. À peine eut-il dépassé la porte d'entrée du restaurant qu'il fonça vers la plage.
Comme si son traumatisme n'était pas suffisamment inextricable à surmonter, son père s'était toujours senti obligé de le minimiser. Ça avait commencé avant même que l'incident n'ait lieu, quand Enji lui avait suggéré de s'éloigner de ses amis qui commençaient à avoir une influence néfaste sur lui ; et par influence néfaste, il fallait comprendre « être concentré sur autre chose que sur ses études ». Même après l'accident, il n'avait cessé de remettre sous le nez de Touya que s'il avait écouté ses mises en garde, il n'aurait jamais été dans cette voiture cette nuit-là. Aussitôt était-il sorti du coma que son père avait déjà demandé aux médecins quand est-ce qu'il allait pouvoir rentrer chez lui, sans même prêter attention aux opérations qu'il devrait encore subir, ni au choc émotionnel qui l'ébranlerait désormais. Une fois sorti de l'hôpital, il avait voulu lui faire sauter ses séances de rééducation pour que Touya retourne le plus rapidement possible à l'université. Chaque fois qu'il faisait une crise, les paroles de son père frôlaient la moquerie de très peu, ne se retenant pas de démontrer à quel point il le décevait. Enji n'était même plus son père, le simple fait de voir son visage rappelait à Touya à quel point il était faible, et à quel point il était décevant aux yeux de tous.
Les plaies de ses bras le brûlèrent comme s'il était de nouveau dans cette automobile en feu, la sensation de picotement dépassant le stade de simple douleur, tirant vers le grattement obsessionnel dont Touya ne pouvait s'échapper. Il n'était plus en vacances, ni même à Ishigaki ; il était de nouveau là-bas, dans la voiture de Jin, à tenter de libérer le corps fondant de Tenko, coincé sous sa ceinture de sécurité. Au diable les nombres de trois en trois, les exercices de respiration et toutes les conneries qui allaient avec ; c'était au-dessus de ses forces. Ses ongles rencontrèrent sa peau brûlée et ils déchiquetèrent les pauvres plaies qui s'ouvrirent quasiment sur le champ, allant même jusqu'à se mutiler celles de sa poitrine. La douleur aiguë que Touya ressentit lui arracha une plainte douloureuse qu'il ne tenta même pas d'étouffer. Et alors que ses doigts se peignaient d'une couleur bien trop foncée à son goût, ce furent les plaies de son dos qui se mirent à le démanger. Touya planta ses dents dans une de ses mains pour arrêter de griffer ses cicatrices, espérant que cette douleur-ci le ramènerait sur Terre, et sentant son angoisse grimper en lui à une vitesse affolante, sans réfléchir, il balança ses chaussures dans le sable et se jeta dans la mer illuminée par la lumière de la lune. L'eau salée irrita bien plus encore ses blessures sanglantes ; ne trouvant aucun autre moyen pour extérioriser sa souffrance, Touya plongea la tête sous l'eau et hurla à s'en déchirer les cordes vocales.
Il ne sût pas combien de temps est-ce qu'il resta dans l'eau à crier, mais lorsqu'il sortit enfin la tête, il reprit sa respiration comme si l'air pénétrait ses poumons pour la toute première fois. Il réalisa d'où il se trouvait, de ce qui l'avait poussé à la crise d'angoisse et à s'ouvrir les plaies – encore –, et surtout de l'eau qui coulait depuis ses cheveux et trempait ses vêtements. Il eut froid soudainement, mais étant dès à présent presque entièrement mouillé, et à moitié dans l'eau, une idée lui parvint à l'esprit : et s'il prenait le risque de se baigner ?
Touya se retourna et fixa la plage en essayant d'apercevoir quelque chose à travers le noir de la nuit ; personne ne semblait l'avoir suivi, tant mieux. Il parût être seul, mais devait-il réellement s'y risquer ? Il abaissa son regard sur son jean complètement trempé jusqu'aux cuisses, et en remarquant que son t-shirt avait subi le même sort, il se fît la réflexion qu'il prenait déjà le bain d'une certaine façon. Et puis il faisait nuit, et il était seul ; personne ne risquerait de s'intéresser à lui, ou à son corps cicatrisé. Alors il retourna sur la plage, récupéra ses baskets qu'il avait envoyées valser quelques minutes plus tôt et déposa ses vêtements par-dessus. Avant qu'il ne change d'avis, il se précipita de nouveau dans l'océan et plongea la tête la première.
Il eut l'impression de renaître. L'eau avait toujours eu le pouvoir de le détendre ; quand il était petit, il appréciait tout particulièrement les sorties à la piscine. Il avait même voulu faire de la natation, et il aurait pu s'il n'avait pas eu une santé aussi fragile. Dans l'eau, tout était si calme, et si silencieux. Rien autour de lui n'avait d'importance, que cette étendue de bleu qui l'entourait et le berçait en douceur. Lorsqu'il remonta sa tête à la surface, l'air qui envahit ses poumons lui semblait plus pur qu'il ne l'avait jamais été. Ses plaies ne lui faisaient plus si mal, sa colère était apaisée, du moins pour l'instant ; cela lui suffisait.
Il remonta le reste de son corps à la surface et commença à faire la planche. Au-dessus de lui, la pleine lune et les étoiles se révélaient entièrement à lui, aucun nuage ne se permettait d'affaiblir la lumière qu'elles réfléchissaient sur la mer des Philippines. C'était si beau. Pour la première baignade depuis son accident, il ne pouvait rêver mieux.
Touya ferma ses paupières et se laissa guider par le faible mouvement des vagues. Il se concentra sur son souffle, et n'entendit plus rien d'autre, car plus rien n'avait d'importance. Pas même la voix qui le ramena instantanément sur Terre en s'exclamant :
« - Tu sais que les baignades nocturnes sont interdites ? »
*plis bagages et s'enfuit pour ne pas entendre vos insultes*
C'est sur cette fin absolument dégueulasse et pleine de suspense que je vous laisse ! XD J'espère tout de même que ça vous a plu, si c'est le cas vous connaissez la chanson. Le prochain chapitre rattrapera largement le coup, ne vous en faites pas uwu Et il sortira le 13 juillet ! D'ici là, portez vous bien !
Des bisous,
Zodiaaque.
