Bonjour bonjouuur ~ (comment ça il est 6h34 du matin ?). Je n'aurais pas le temps de poster ce soir, donc.. Ravie de vous retrouver pour ce chapitre 5 ! x) (c'est que ça avance vite mine de rien)

Bon.. J'ai quelques petits disclamers à faire avant de vous laisser. Tout d'abord, l'alerte spoiler est encore de sortie ! Gare à vous si vous n'êtes pas à jour x) Ensuite, je vous mets en garde contre la présence de scènes de violences explicites, si vous n'êtes pas à l'aise avec ça, il est encore temps pour fuir 'w'

Je tiens aussi à vous remercier pour vos reviews, elles sont d'une douceur et me motivent vraiment à faire mieux uwu

Sur ce ! Un grand merci à Blue Aaren pour la bêta (et pour avoir supporté ma haine envers les points de suspension) !
Et sachez que pour ce chapitre, je décline toute responsabilité concernant le mystère qui va être levé.

Bonne lecture !

Les personnages de My Hero Academia appartiennent à Kohei Horikoshi, mais l'histoire, elle, m'appartient.


Chapitre 5 – Le 7 août


1er août :

Alors qu'il était encore profondément assoupi, Touya sentit une main étrangère lui tapoter frénétiquement l'épaule.

C'était plutôt rare qu'on vienne le tirer du sommeil, du moins lorsqu'il était aussi paisible. Touya était réglé comme une horloge, il se réveillait quasiment à la même heure tous les matins. À moins d'une urgence, ou d'un cauchemar, ses frères et sœurs avaient interdiction de venir l'embêter, ordre de Rei. Et ils devaient encore moins le priver de son sommeil quand celui-ci succédait une crise d'angoisse aussi violente que celle de la veille, dont l'intensité l'avait poussé au bord du malaise vagal. Conclusion : cela ne pouvait donc être qu'un connard qui se permettait de venir le faire chier de si bonne heure. Il décida donc de ne pas y prêter attention ; il ronchonna qu'on l'ait réveillé et se tourna sur son autre flanc, espérant être laissé en paix. Si un de ses frères avait osé braver l'interdit, il allait l'entendre.

Bien qu'il ait décidé de laisser couler, lorsqu'il sentit celui qu'il supposait être un étranger lui saisir les épaules et le secouer vivement, il vrilla. Là, il allait vraiment péter un câble. Touya ouvrit ses yeux et se retourna vers cet individu sur le champ, prêt à hurler contre le salopard qui se permettait de rompre son sommeil si précieux.

Mais sa voix mourut au fond de sa gorge quand son regard se posa sur l'inconnu. Ses grandes mains posées sur ses épaules, ce n'était nul autre que Jin qui lui faisait face.

Aussi intense qu'un geyser, l'angoisse envahit le corps de Touya tout entier. La frimousse blonde de son acolyte s'agitait devant lui comme si elle était réelle, comme si Jin était de nouveau à ses côtés ; cela acheva de l'alarmer. À son tour, il se saisit les bras de ce qu'il pensait être une chimère cauchemardesque, bien trop envieux de se tirer de ce songe qu'il connaissait déjà par cœur.

Lorsque ses doigts rencontrèrent les avant-bras de Jin, ce fût le choc.

Dans ses rêves, tout était si flou, et si imperceptible. Quand Touya touchait quelque chose, il ne sentait rien, comme si n'importe quelle surface était composée d'air, et qu'il n'en ressentirait jamais le contact. Mais , sous la peau de ses doigts, Touya sentait la moindre parcelle de peau de son ami, toujours aussi rugueuse et peu soignée. Et jamais, au grand jamais, Touya n'aurait pu ressentir un tel contact dans un rêve. Intrinsèquement, sans qu'il puisse expliquer pourquoi, il en était convaincu.

Quand ses yeux se posèrent sur sa propre peau, le cœur de Touya rata un battement.

Il en retira ses mains du corps de Jin pour les approcher de son visage, ce dernier le regardant comme si son ami devenait complètement fou. Caressant ses poignets du bout de son pouce, sa peau immaculée était aussi douce que celle d'un bébé. Ses mains n'étaient pas séparées du reste de son corps par une tranchée d'agrafes.

Comme à l'époque d'avant l'accident.

Tremblotant légèrement, les doigts de Touya parvinrent jusqu'à son visage. Ici non plus, rien, aucune brûlure. Il en apprécia presque la sensation de picotements qu'il ressentit lorsqu'il frôla la naissance de sa barbe. Rien, qu'un rêve étrange bien trop réel, et un retour à la réalité des plus brutales.

Mais quelle réalité était vraiment la bonne ?

« - On est le combien ? »

Ce fût la seule phrase qui accepta de franchir le mur de ses lèvres. Encore bien trop préoccupé par les battements affolés de son cœur qui ralentissaient lentement, Touya perçut à peine la voix de Jin qui lui apprit qu'ils étaient le 1er août. Comme dans ce rêve, pensa-t-il alors. Son ami continua en précisant qu'ils avaient rendez-vous ici à quinze heures, comme chaque jeudi depuis le début de l'année scolaire.

Touya releva la tête, et quand ses yeux détaillèrent les grands arbres, le petit lac artificiel autour duquel les enfants nourrissaient les poissons, et les deux petits vieux concentrés sur l'échiquier public, il comprit. Par « ici », Jin parlait du parc qui faisait face à leur université. Le jeudi, plutôt que de s'infliger le supplice d'assister à leur cours de droit constitutionnel, ils se retrouvaient tous au parc pour se détendre et fumer en paix ; les vacances d'été ne venant pas mettre un terme à cette habitude qu'ils avaient pris.

Touya prit sa tête dans ses mains. Il n'arrivait pas à y croire ; tout ça… n'aurait été qu'un rêve ? C'était impossible, tout lui avait paru si réel, et si long. Sa vie après l'accident, Rei et ses frères et sœurs, les vacances.. Cela n'avait été que le fruit de son imagination ? Comment est-ce que plusieurs années avaient-elles pu passer en une simple sieste ?

Il calma sa respiration et pensa avec déception à Hawks ; une beauté sans pareille qui s'intéresse à un grand brûlé, ça ne pouvait être qu'irréel. Il regarda à nouveau ses poignets, ressentant presque encore la sensation de tiraillements que lui provoquaient ces maudites agrafes. Il n'arrivait vraiment pas à y croire.

Touya avait l'impression d'avoir dormi pendant des siècles. C'était bien la première fois qu'il faisait un rêve aussi réaliste, cela lui fît presque peur ; où est-ce qu'il avait bien pu aller chercher ça ?

« - Tu tires une de ces gueules Dabi... » se moqua une voix que le jeune adulte reconnut immédiatement. « Tu te sens bien ? »

Dabi.

Personne ne l'appelait ainsi dans ce rêve, alors qu'il ne répondait avec intérêt que lorsqu'on le nommait ainsi. C'était Tenko qui lui avait choisi ce surnom ; il disait ne pas supporter son prénom, alors il l'a renommé, tout simplement. Touya n'appréciait pas spécialement son prénom non plus – parce que c'était une idée de son père – alors ça lui faisait presque du bien de l'entendre de nouveau, et cela lui confirmait bien qu'il était désormais réveillé.

Dabi se pencha vers Himiko. La jeune fille n'avait pas attaché ses longs cheveux blonds comme elle en avait l'habitude ; Dabi détestait ses putain de couettes de gamines, ça lui allait tellement mieux quand ses cheveux étaient lâchés. Si elle n'avait pas complètement craqué pour Jin, Dabi aurait fait en sorte de la connaître plus intimement – enfin, si ce dernier n'avait pas été en couple non plus. Cela lui semblait si étrange de la voir, alors que dans ce..

Il secoua sa tête. Ce n'était qu'un rêve de merde, et rien d'autre. Il ne fallait plus qu'il y pense.

« - Ouais. Ça va. » baragouina-t-il avant que son amie ne trouve son regard lourd.

Il sortit son téléphone et lança l'appareil photo sur le mode selfie pour qu'il puisse s'observer. Ses cheveux étaient toujours atrocement rouges, comme ceux de son père. Il soupira ; tout allait bien.

« J'ai juste fait un rêve merdique. »

Il se releva et s'assit près de Jin. Il accepta la cigarette que ce dernier lui tendit, et en l'allumant, il demanda :

« - Vous êtes arrivés quand ?

- Y'a dix minutes environ. » répondit Himiko en s'amusant à faire des bulles avec son chewing-gum. Elle reprit : « J'ai voulu te réveiller tu sais. Mais Tenko a insisté pour qu'on te foute la paix. »

Touya pivota immédiatement vers son meilleur ami qu'il n'avait même pas remarqué. Il était emmitouflé sous la capuche de son sweat-shirt noir, dans lequel il nageait. Le cœur du brun reprit un rythme normal ; voir Tenko à ses côtés, vivant, le soulagea définitivement.

C'était la réalité, et tout allait bien.

Dabi ne demanda pas la raison d'une telle tenue en plein été ; il connaissait déjà la réponse, et il la détestait. Il demanda plutôt :

« - Tes exam', c'était pas aujourd'hui ?

- Si. »

Tenko n'avait jamais été un grand bavard, la plus belle des qualités selon Dabi. Il ne releva pas la froideur habituelle de sa voix, il y était habitué. Jin, lui, avait encore du mal. Se penchant quasiment sur Touya, le blond enchaîna :

« - Et alors ? Ils savent à quoi t'es allergique ? »

Depuis son enfance, Tenko faisait des crises allergiques à répétition, si bien que la peau de ses yeux et de son cou avait laissé place à plusieurs centimètres de crevasses dus aux grattements. Rajouté à cela son caractère totalement anti-social et impulsif, Tenko était de loin le plus craint de leur bande, mais aussi le plus discret. Cela expliquait son statut autoproclamé de chef de troupe, même si en réalité, ils n'avaient pas instauré de réelle hiérarchie. Après tout, ils n'étaient que quatre.

« - 'Savent toujours pas. » annonça simplement Tenko en réajustant sa capuche. « Les analyses montrent rien. » Il enfouit ses mains dans ses poches et se recroquevilla sur lui-même. « 'Paraît que c'est dû au stress. J'dois être allergique à la sale gueule de mon vieux. »

Dabi ricana jaune, sans plus aucune once de moquerie dans son rire. Tenko ne parlait jamais de sa famille ; tout ce que le brun savait, c'était que M. Shimura était responsable des cicatrices que Tenko avait à l'œil droit et sur le côté gauche de sa lèvre supérieure. Il ne l'avait vu qu'à une seule occasion – la seule fois où il avait mis les pieds chez eux – et il jugeait en avoir vu assez ; ce connard de flic se noyait dans l'alcool depuis le décès sa mère, et quand la boisson ne suffisait plus, il passait ses nerfs sur sa femme et ses enfants.

Dabi se plaignait souvent de sa relation avec Enji, mais comparé à Tenko, il s'estimait presque chanceux que leur mésentente ne soit que sur le plan moral. Si Dabi ne supportait pas son père, Tenko éprouvait pour le sien une haine viscérale qui le bouffait de l'intérieur.

Le carmin lui avait proposé à maintes reprises de venir crécher chez lui, mais Tenko craignait trop pour sa petite sœur, la seule personne sur Terre pour qui il éprouvait un minimum d'attachement. Alors ils en étaient là, à se retrouver tous les jeudis après-midi, et à attendre la délivrance.

« - Allez va, on va s'en sortir ! » s'écria Jin plein d'espoir ; dans leur trio masculin, c'était le seul qui en avait. Il se pencha au-dessus de Dabi et atteignit la cuisse de Tenko qu'il secoua rapidement avant que ce dernier ne se mette à hurler ; il haïssait au plus haut point les contacts physiques et entrait dans une colère noire dès qu'il était victime d'approches indésirées. « Ce soir on sort, faut te changer les idées !

- Sans moi. » annonça Dabi en se rallongeant dans l'herbe. « J'suis chez Kai.

- Encoooore ?! » s'exclama cette fois-ci Himiko en se penchant vers les garçons. Son coude prit appui sur le genou de son petit ami, et soutenant sa tête avec sa main, elle continua : « Il est si extraordinaire que ça, ton Chisaki ?

- Il sait fermer sa gueule de lui-même. Et on s'envoie en l'air. » Jin éclata de rire et emporta sa copine avec lui. Dabi s'empressa d'ajouter : « Comprenez que comparé à vous, c'est un putain de paradis.

- Himiko a raison. » trancha Tenko sur un ton colérique, faisant éteindre les rires. « Tu traînes trop avec cette ordure. T'avise pas de nous oublier. »

Dabi ne souleva pas, il se contenta de fixer le ciel dénué de nuages. Tenko était maladivement possessif, et en plus de ça, Kai et lui pouvaient pas se saquer. Le carmin s'en foutait un peu, pour être honnête ; il n'avait jamais été très coopératif lorsqu'il s'agissait d'allier ses amis et sa vie intime. Et puis c'était lui qui se tapait Kai, donc Tenko et son avis, ils pouvaient bien aller se faire foutre.

En soupirant, Dabi se redressa. Plus pour faire taire les plaintes de ses camarades que pour se justifier, il relança :

« - J'oublie rien, connard. » Tenko tiqua mais se contenta de grimacer. « Me faites pas chier. Y'a une soirée chez Spinner le 9 août, on se bourrera la gueule ce soir-là. »

Il jeta le mégot de sa cigarette près de ses pieds. Spinner était un abruti de leur promo qu'il ne supportait pas, Touya trouvait qu'il passait beaucoup trop son temps à mater Fuyumi et ça le rendait dingue. Heureusement que Jin jouait parfaitement le rôle de passeport personnel ; il s'entendait assez bien avec leur camarade et Spinner prévoyait toujours d'importantes réserves d'alcool. Dabi pouvait bien faire un effort de sociabilité et mettre son instinct de grand-frère de côté le temps d'une soirée.

Il se tourna vers Jin, sur le point de le chambrer. Les regards que lui lançaient ses trois amis lui coupèrent l'envie de plaisanter.

Ses sourcils se froncèrent ; qu'est-ce qu'ils avaient à le dévisager ? Il n'avait pourtant rien dit de particulier. Il se pencha vers Tenko qui le regardait d'un air encore plus dramatique. Qu'est-ce qu'ils leur prenaient tout d'un coup ?

« - Quoi ? » demanda-t-il alors. « J'ai raté quelque chose ? »

Seul le silence lui répondit, ses amis se regardèrent entre eux. Le ciel qui était jusqu'ici ensoleillé se couvrit de nuages sombres, et une sensation familière compressa la poitrine de Dabi.

Quelque chose clochait.

Jin fût le premier qui osa reprendre la parole. D'un ton bien moins enjoué que d'ordinaire, il avoua à Dabi :

« - Le 7 août, c'est l'anniversaire d'Himiko. »

Ça, il le savait. Et il n'allait pas l'oublier de sitôt, puisqu'il avait passé une après-midi entière à faire les boutiques avec Fuyumi dans l'espoir qu'elle l'aide à trouver un cadeau pour la jeune fille. Et puis, ça changeait quoi que ce soit l'anniversaire de la blonde deux jours avant ?

Dabi rétorqua alors :

« - J'le sais ça. Mais j'vous parle du 9. »

Jin abaissa la tête d'un air peiné, et Himiko la lui caressa comme pour l'apaiser. Dabi perdit patience ; il se passait quoi là ? S'ils avaient un problème, ils avaient qu'à en parler au lieu de tourner autour du pot ! Éviter sciemment les problèmes était quelque chose qui horripilait Dabi au plus haut point. Il ne supportait pas les lâches, et ses camarades ne l'étaient pourtant pas. Alors quoi ?

« - Dabi. »

Le fait que Tenko prenne la parole aurait dû le rassurer, ce dernier ne se fatiguait jamais à intervenir pour rien. En revanche, la main qu'il venait de déposer sur son avant-bras le fît frémir. Même avec eux, Tenko avait toujours été catégorique : aucun contact physique. Jamais, même si c'était pour une urgence ou que sa vie en dépendait.

Sa main était glacée, Dabi craignit même que sa peau se désintègre sous ses doigts.

Tenko plongea alors ses yeux carmin dans les saphirs de Dabi ; au lieu de trahir sa colère, son regard était vide. Sans aucune émotion.

Mort.

Quelque chose clochait. Et ça commençait à devenir gros.

« - On sera pas là le 9 août. » répondit simplement son meilleur ami comme un automate.

« - Quoi, c'est tout ? Et c'est pour ça que vous tirez une gueule d'enterrement ? » s'étonna Dabi en rigolant. Rire était le meilleur moyen de faire redescendre la pression ; cela ne fonctionna absolument pas. « Pourquoi vous serez pas là ? »

Il pivota vers le couple ; encore ce regard. Autour d'eux, le paysage changeait. Une multitude d'oiseaux affolés abandonnèrent leur nid en catastrophe, ils étaient désormais seuls dans le parc. Le vent se leva et fît tournoyer des feuilles mortes autour d'eux, un violent tonnerre se mît à gronder. Dabi commença à avoir le vertige.

« - C'est plus compliqué que ça. » rajouta Himiko. Le vent balaya ses cheveux dont le blond perdait étrangement en intensité. « Ce que Tenko veut dire, c'est que… »

La jeune fille posa à son tour sa main sur Dabi. Ce dernier eut un haut-le-cœur et tenta de s'éloigner d'elle le plus possible, sans succès. La pelouse jusqu'ici verdoyante s'était changée en sables marécageux. Dabi sentit ses jambes attirées par le sol.

La main de Himiko était couverte de sang.

Son corps refusa de produire le moindre mouvement supplémentaire. Tout ce sang s'écoulaient des doigts de son amie comme d'une cascade ; d'où est-ce qu'il venait ?! Affolé, il leva les yeux vers le visage de son amie, et il crût que son cœur allait exploser. La face entière de Himiko était ensanglantée, perforée par plusieurs dizaines de morceaux de verre. Près d'elle, Jin avait la nuque brisée.

« - Dabi. »

Elle déposa sur sa joue son autre main qui semblait fracturée. Le brun s'enfonça dans le sol et il commençait à voir la scène d'un œil plus bas, comme s'il rapetissait. Il n'eut d'autres choix que d'affronter le regard de... cette chose, qu'il ne reconnaissait plus.

Une atroce odeur de chair calcinée et de fumée envahit ses poumons. Il eut envie d'hurler ; cette odeur, Dabi – Touya - la connaissait par cœur.

Puisque c'était la sienne.

« - Dabi. » répéta Himiko en caressant sa joue du bout de ses doigts, alors qu'il se cramponnait à l'herbe brûlante pour ne pas disparaître dans le sol. « Le 9 août, tous les trois... On sera déjà morts. »

Et Touya tomba dans le vide.

Il atterrit six jours plus tard, le 7 août, dans cette voiture. La scène se passait à toute vitesse, mais Touya ne pouvait la percevoir autrement qu'au ralenti.

Tout allait si vite et si lentement.

De nouveau, cet éternel refrain qu'il ne voulait plus jamais entendre ; Jin, qui sous les effets de l'alcool, brûla la priorité. Le camion qui leur fonça dessus et qui les éjecta sur la station-service. Le corps d'Himiko qui traversa le pare-brise, et Jin qui mourut sur le coup. L'explosion quand la voiture percuta la pompe à essence.

Les flammes.

Les ceintures de sécurité qui se bloquèrent. Tenko qui lui hurla de s'enfuir.

« - DÉGAGE DE CETTE BAGNOLE ! »

Encore. Touya se débattit avec le système de sécurité qui ne retenait plus que Tenko. Touya lui promit qu'il ne le laisserait pas mourir. Et les flammes brûlèrent sa peau ; mais la douleur ne faisait pas le poids face à sa peur de la mort.

Le refrain changea subitement. Tenko prit en coupe le visage de Touya ; ses brûlures sur ses joues réapparurent aussitôt.

« - Réveille-toi Touya. »

Il scanda ce slogan une dizaine de fois environ, Touya se boucha les oreilles en criant par-dessus sa voix pour la couvrir. Ses cris de peur se changèrent en cri de souffrance ; le feu atteignit finalement l'intérieur de ses chairs.

« - Réveille-toi Touya ! »

Touya ouvrit les yeux.

Une paire de bras l'entourèrent immédiatement. Les effluves du cadavre de Tenko laissèrent place au parfum le plus rassurant au monde, cette merveilleuse odeur de jasmin qui lui rappelait son voyage en Europe ; le parfum de Rei.

Sa situation lui tomba sur les épaules comme le poids du monde entier, l'intégralité de ses cicatrices lui tirèrent la peau. Touya se réfugia contre sa mère en hurlant ; elle lui chuchota des mots tendres pour calmer ce qui auraient été des sanglots s'il était resté chez lui ce soir-là, s'il avait conservé ses canaux lacrymaux et s'il n'avait jamais eu d'accident de voiture.

Quelques instants plus tard, Rei remerciait sa fille qui leur avait apporté de l'eau-fraîche et un gant humidifié. Leur mère déposa le gant sur le front de Touya, dont la respiration se détendait difficilement. L'ancienne infirmière le fît s'allonger, et elle se coucha près de lui en le tenant toujours dans ses bras.

Dès que la tête de Touya rencontra son oreiller, il se sombra dans l'inconscience.


1er août, chambre 777 de la station balnéaire d'Ishigaki, dans l'après-midi :

Très lentement, l'esprit de Touya s'éveilla, mais son enveloppe charnelle garda ses yeux clos. L'environnement était encore parfumé de cette odeur de jasmin, mais Touya savait pertinemment qu'il ne se trouvait pas en Espagne, là où il poussait naturellement. Le parfum de sa mère rendit son réveil plus agréable, parce qu'il devinait sans mal qu'elle se trouvait – ou s'était trouvée – à ses côtés.

Les paupières toujours baissées, Touya tâtonna son matelas d'un mouvement lent ; le lit était vide, la place n'était pas chaude. Il soupira, et quand son ouïe perçut une voix enfantine qu'il reconnut, il ouvrit enfin les yeux.

Dehors, il faisait grand soleil, mais les rideaux tirés permettaient à la pièce de baigner dans une faible obscurité. Touya s'allongea sur le dos en gémissant ; les plaies de sa poitrine le brûlaient mais il ne se concentra pas sur la culpabilité qu'il ressentait à ce sujet. Il ne pensa pas non plus à cette soirée étrange qu'il avait passé en compagnie du beau et plus tellement inconnu maître-nageur ; ses pensées étaient toutes focalisées sur son cauchemar.

Le fait que son cerveau puisse créer un rêve aussi pervers le surprit autant qu'il l'effraya. Il n'avait jamais fait un cauchemar aussi réel, et l'idée qu'il puisse de nouveau cauchemarder de cette manière lui donnait envie de vider un camion-citerne de café dans son œsophage. En tentant de chasser la mine défigurée d'Himiko de ses pensées – sans réel succès – il tourna sa tête vers l'entrée de sa chambre. Au pied de son lit, une petite tête blanche dépassait.

Touya se redressa dans la même lenteur. La petite tête l'imita, mais seules une paire d'yeux vermeils furent visibles. Touya souffla du nez à cette vue ; la fillette se leva sur ses deux pieds et vint à ses côtés.

« - Tu fais plus dodo ? » demanda Eri en se hissant avec difficulté sur le matelas. Touya répondit à sa question par une autre :

« - Qu'est-ce que tu fais là Eri ? »

L'enfant recoiffa une de ses poupées sans prêter attention à l'étonnement de l'adulte. Elle prit un air sérieux, mais son visage s'étira plutôt dans une petite grimace. Face à cette mine adorable, Touya ne sût retenir son sourire.

« - J'ai mangé toute seule avec Papa parce que Totoshi est allé faire du surf avec Deku. J'ai mangé une glace à la fraise au dessert ! » Cela ne répondait toujours pas à la question mais Touya ne l'interrompit pas de peur qu'elle se renferme de nouveau dans sa timidité habituelle. « Papa devait me mener à la plage, mais des messieurs en blanc ont parlé à Papa dans son ordinateur et il a dit que je pouvais pas rester avec lui.. » Elle bouda pendant quelques secondes seulement avant de reprendre. « Mais Tata a dit que tu étais dans ta chambre, du coup je suis venue te voir ! »

Ça, c'était la réponse qu'il attendait. Eri joua de nouveau avec ses jouets et Touya attrapa son téléphone. Ses yeux s'écarquillèrent : il était quinze heures passées. Il n'en revenait pas d'avoir dormi autant, il avait dû rêver pendant de très longues heures.

Il avait des tas de messages, dont un de sa mère qui lui expliquait la situation de Eri en détails : Aizawa avait été contraint de rejoindre à l'improviste une réunion en conférence visuelle, laissant donc sa fille toute seule. Rei concluait son message par : « Eri n'a pas voulu que je te réveille. J'espère qu'elle n'a pas attendu trop longtemps. Offre-lui une pomme d'amour, c'est ce qu'elle préfère. Je t'aime. ». Il sourit mais reprit aussitôt son air sérieux ; sa mère avait envoyé ce message à treize heures trente.

« - Eri, ça fait plus d'une heure que tu m'attends ? questionna-t-il avec un profond intérêt.

- Oh ça fait rien ! » dit-elle immédiatement en agitant ses poupées devant l'adulte. « J'ai joué avec elles en t'attendant ! » Elle se calma un instant et regarda Touya d'un regard plus sérieux – enfin, aussi sérieuse qu'une enfant de six ans puisse l'être. « Tata a dit que tu avais fait des rêves pas beaux et que tu avais besoin de faire dodo. » Elle fît une pause pour sourire de toutes ses dents. « Alors j'ai attendu que tu dormes plus ! »

Parfois, Touya rêvait d'un monde où tous les mioches seraient aussi exceptionnels que Eri. Sa candeur et sa gentillesse lui enveloppèrent son cœur encore quelque peu chamboulé de cette nuit bien trop chargée en émotions. En guise de remerciements – et parce qu'exprimer autre chose que du sarcasme ou de la colère lui coûtait un rein – Touya ébouriffa les cheveux de la petite qui en rit aux éclats.

Eri sauta du matelas, et elle se dirigea vers un sac près de l'entrée que Touya n'avait même pas remarqué. Elle se saisit des anses et s'exclama :

« - On va à la plage ? »

L'idée d'avoir à supporter la chaleur alors qu'il était épuisé l'irrita, mais c'était pour faire plaisir à Eri, alors cela ne faisait rien. Touya se trouvait ridicule ; il haïssait les gosses, et pourtant, la personne dont il était le plus proche était une gamine de six ans.

Cette réflexion l'amena à réfléchir à sa situation. En plus d'être une enfant, Eri était en quelque sorte un membre de sa famille, puisque Rei en était la marraine.

En conclusion, il était tout simplement très lié à sa petite cousine.

Vraiment exceptionnel.

Il accepta la proposition de l'enfant qui s'agita de joie dans l'ensemble de la pièce. Touya lui indiqua de l'attendre sur son lit pendant qu'il se préparait, et après avoir récupéré des vêtements propres et son téléphone, il s'enferma dans sa salle de bain. Il s'habilla aussi vite qu'il le pouvait, tout en faisant attention aux bandages récents qui entouraient son torse et ses bras ; Aizawa avait raison, arrêter de meurtrir ses cicatrices devenait une urgence.

Il soupira, mais s'activa ; il avait vraiment besoin de prendre l'air.

Une fois qu'il fût habillé, il remarqua qu'il ne portait plus la tenue que Hawks lui avait prêté, celle-ci était correctement pliée près de la vasque de son lavabo. Il prit son téléphone pour vérifier les autres textos qu'il avait reçu ; ils venaient quasiment tous de membres de sa famille, excepté trois d'entre eux, provenant d'un numéro inconnu.

Le premier message était un très bref « Prends ton temps pour les fringues, ça urge pas. J'espère que tu vas mieux :D ». Le deuxième était un gif d'un poulet dansant la macarena. Enfin, le dernier concluait la série par « Au fait c'est Hawks, le maître-nageur ^^ »

Le visage de Touya se tordit d'une grimace d'incompréhension ; comment ce type avait-il fait pour avoir son numéro ? Il prit un instant pour réfléchir à tous les scénarios possibles et inimaginables qui auraient pu se conclure par le transfert de son contact à Hawks. La réponse ne mit pas longtemps à apparaître dans son esprit ; pour chaque scénario de cette envergure, le même suspect revenait sans cesse.

Il lut enfin les messages laissés par Natsuo. Sans réelle surprise, il put y lire dans un premier temps :

« Le maître-nageur est passé prendre de tes nouvelles ce matin. Tu dormais encore donc je lui ai filé ton numéro pour que ce soit plus pratique. »

Ce sale gamin. Son petit frère prenait bien trop ses aises. Plus pratique mon cul ; Natsuo avait saisi l'opportunité de jouer l'entremetteur, chose qu'il n'avait plus eu l'occasion de s'occuper depuis un long moment et qu'il prenait un malin plaisir à faire. En tout cas, le message qui suivait ne laissait aucunement place au doute :

« Remercie-moi, je t'évite le moment gênant où vous échangez vos numéros en rougissant. ;) »

Alors là, c'était la limite qu'il n'aurait pas dû franchir. Il valait mieux pour son espérance de vie que Natsuo ne le croise pas aujourd'hui, sinon quoi celle-ci se verrait être réduite de plusieurs dizaines d'années. Agacé au possible, il tapa frénétiquement sur son cellulaire « Si j'te croise, j't'envoie rejoindre Grand-père. », et il le plongea dans la poche de son bermuda dès que le message fut envoyé. Il rejoignit Eri qui l'attendait juste devant sa porte.

« - T'es prêt ? On y va ? »

Elle conclut ses questions par un grand sourire, auxquelles Touya ne répondit que par un simple hochement de tête. Il récupéra le sac de jouets de plage, bien trop lourd pour la petite, et ils laissèrent enfin la chambre 777 pour se diriger vers les ascenseurs.


*s'enfuit très vite et très loin avant de vous entendre hurler*

Et un traumatisme expliqué, un ! Il était temps XD

Rassurez-vous, c'est le dernier chapitre drama avant un petit moment. Vous pouvez donc souffler et vous considérez en vacances vous aussi owo On se retrouvera le 10 août pour le chapitre 6 et les retrouvailles avec notre maître-nageur préféré ! D'ici là, portez vous bien (et portez bien vos masques), et des bisous !

Zodiaaque.