Et bonsoiiir ! Voici le chapitre 13 de Comme un ange dans mon enfer ^^

J'ai pris un peu d'avance grâce au CampNaNoWriMo et pourrais donc poster un chapitre en juin et en juillet, en espérant pouvoir suivre le rythme pour la suite xD En parlant de rythme, on fait un énorme bon en avant niveau relation Hawks-Touya dans ce chapitre, j'espère que ça vous plaira ! (il y a toujours la même alerte spoilers concernant l'identité de certains personnages, et toujours les mêmes avertissements concernant les troubles de Touya)

Un grand merci à ma chère et tendre AhriallSann pour la bêta (et pour la phrase soulignée qui lui appartient) ! Je vous souhaite une bonne lecture :))

Les personnages de My Hero Academia appartiennent à Kohei Horikoshi, mais l'histoire, elle, m'appartient.


Chapitre 13 – Recommencer à vivre


7 août, quelque part sur l'île de Taketomi :

Nerveusement, Touya essuya la sueur qui perlait sur son front. Il mourait de chaud. Il avait l'impression de marcher depuis des heures alors qu'ils n'avaient même pas dû faire deux kilomètres. Il ignorait d'ailleurs s'ils suivaient une route connue des guides touristiques ou si ce crétin de Hawks improvisait à mesure qu'ils avançaient. Tout ce que Touya savait, c'était qu'il avait envie d'étrangler le maître-nageur et de buter Natsuo qui n'arrêtait pas de se foutre de sa « gueule d'asthmatique en détresse ». Il rêvait de retourner à l'hôtel et de pouvoir se rendormir.

Comme à son habitude, il avait terriblement mal dormi, et était donc d'une humeur odieuse. Les fantômes de ses amis n'y étaient cette fois-ci pour rien ; il avait passé la nuit à se demander quel goût pouvait bien avoir les lèvres du maître-nageur, et à quel point la peau de son dos pouvait être douce. Quand il n'avait pas fantasmé sur ce qui aurait pu se produire s'ils s'étaient embrassés, ses éternelles angoisses l'avaient fait culpabiliser d'avoir blessé Hawks et de ne pas être parvenu à contrôler ses émotions. Par conséquent, il évitait le blond depuis leur réveil et n'avait aucune idée de comment se comporter avec lui. Il regrettait presque d'avoir pris part au voyage et de ne pas être resté à la station balnéaire.

« - Tu tires une de ces têtes, releva Shoto qui ralentit son pas pour marcher à ses côtés. Les plaies de tes jambes ne te tirent pas trop ? »

Le détachement de son petit frère l'apaisa étrangement. Il apprécia que celui-ci s'inquiète de son cas, et il le rassura à ce sujet ; il y avait bien longtemps que ces cicatrices-ci ne l'embêtaient plus. Il aurait cependant bien aimé ne pas trop les solliciter, par exemple en profitant de ses draps toute la matinée. Qu'est-ce qu'il pouvait détester les randonnées. Qui était le connard qui avait pu inventer une activité aussi merdique ?

« - Ça va, dit-il simplement, c'est juste cette marche qui me prend la tête. »

Shoto compatit silencieusement et ils continuèrent leur route sans discuter. Devant eux, les deux pimbêches chouinaient auprès de Hawks mais celui-ci semblait bien plus concentré sur sa conversation avec Aizawa. De là où il était, Touya ne pouvait pas les entendre, mais le voir ainsi ignorer ces deux parasites l'amusait excessivement. Son cerveau tournait à mille à l'heure ; il avait déjà du mal à savoir comment se comporter en compagnie du maître-nageur, cela devenait encore plus difficile maintenant qu'ils avaient failli conclure. Il craignait durement avoir tout gâché entre eux et que Hawks ne souhaite plus jamais lui adresser la parole – si tel était le cas, il ne se le pardonnerait jamais.

« - Shoto ? »

Il regretta sa prise de parole dès l'instant où ses mots quittèrent ses lèvres. Son petit frère le regarda attentivement et Touya soupira avant de se jeter à l'eau.

« - Quand t'as… » Putain, il allait vraiment lui demander ça. « … embrassé Bakugo, ça s'est passé comment ? Après, quand vous êtes retournés en cours. »

C'était évidemment Natsuo qui l'avait mis dans la confidence ; d'après ses dires, lors de l'anniversaire d'Uraraka, Kaminari – qui d'autre sinon lui ? – avait ramené de l'alcool en douce et ils avaient un peu tous abusé sur la bouteille. Leur frère et Bakugo avaient fini par se rapprocher jusqu'à conclure. Ce n'était cependant pas allé plus loin que cette soirée.

Touya savait que Shoto n'avait absolument aucun mal à parler de cet événement. Sa pansexualité n'était un secret pour personne, pas même leur père, et l'adolescent se fichait royalement de parler de ses amourettes – même si honnêtement, Touya n'aurait jamais cru que son choix se porterait sur cette catastrophe ambulante de Bakugo. Il aurait plutôt parier sur Midoriya, étant donné à quel point son frère passait son temps à parler de lui. En réalité, il se fichait pas mal des préférences et des goûts de Shoto. Il avait besoin de conseils et son benjamin était le seul à pouvoir lui dire clairement ce qu'il avait besoin d'entendre ; Natsuo frôlerait l'hyperactivité s'il venait à apprendre ce qui avait failli se produire entre Hawks et il n'allait décemment pas appeler Fuyumi juste pour cette histoire. Shoto était définitivement le mieux placé pour le conseiller.

« - C'était étrange, les premiers jours. » Il prit un instant pour réfléchir mais reprit rapidement. « Bakugo n'a pas un caractère facile. Je lui ai laissé le temps de se faire à l'idée que je ne voulais pas qu'on sorte ensemble. Il l'a mal pris et m'a ignoré pendant quelques jours, mais quand il est passé à autre chose, nous sommes redevenus amis comme si de rien n'était. »

Touya avala les mots de son frère comme s'il s'agissait d'une prophétie ancestrale. Il se serait certainement senti ridicule s'il n'avait pas autant eu besoin d'aide ; alors c'était ça, la solution miracle ? Touya n'était que très peu convaincu. Contrairement au cas de son benjamin, il mourrait d'envie d'aller plus loin avec le maître-nageur et s'en voulait presque de ne pas avoir franchi le cap la veille. Comment était-il censé faire, dans ce cas ?

Le soleil tapait violemment sur ses épaules et son crâne, et il accepta la bouteille d'eau que Shoto lui tendit. Ils s'enfonçaient de plus en plus entre les arbres et les chants des cigales couvraient presque le bruit de leurs conversations. Touya ne savait pas réellement qui de la marche ou de ses tourments personnels le fatiguaient le plus.

« - Tu as enfin conclu avec Hawks ? »

Le brun s'étouffa à moitié et manqua de recracher le contenu de sa bouteille sur ses pieds. Il envoya un violent coup de coude à son frère en le sommant de parler moins fort ; il était trop à cran pour supporter l'enthousiasme de Natsuo et pour être honnête, il n'avait pas tant envie que la nouvelle se propage. Il culpabilisait encore bien trop.

« - Non, mais on a bien failli. Et j'ai aucune putain d'idée de comment me comporter avec lui.

- Vous vous êtes reparlés depuis ?

- Hier soir, en rentrant, et vite fait ce matin.

- Et c'est tout ?

- Ouais. »

Touya soupira. Il détestait que Shoto l'interroge ainsi, mais il accepta de mettre son agressivité de côté ; pour une fois qu'ils avaient une conversation qui ne concernait ni ses brûlures, ni leur père, il n'avait pas envie d'encore tout gâcher.

Tandis que le plus jeune réfléchissait, les yeux bleus de Touya se perdirent sur le dos de Hawks qui les dépassait de quelques mètres. Il avait attaché son t-shirt autour de sa tête pour se protéger du soleil, dévoilant ses ailes rouges tatouées dont les couleurs se ternissaient sous les rayons du soleil. Touya avait presque envie que le blond les déploie pour les emporter là où tout aurait été plus simple pour eux. Pourquoi tout devait toujours être si compliqué ?

Voyant que Shoto gardait le silence, Touya en profita pour lui détailler sa soirée. Bien que le lycéen tentât de garder un visage neutre, son aîné remarqua ce haussement de sourcil qu'il ne contrôla pas lorsqu'il en vint au moment où il avait blessé le maître-nageur sans le vouloir. Touya ne releva pas et profita de sa soudaine prise de parole pour se confier entièrement. Il ne le faisait que très rarement, mais lorsqu'il osait enfin être honnête sur ce qu'il ressentait, personne ne se permettait de l'arrêter.

« - Tu as peur que Hawks t'en veuille ? »

Touya prit un instant pour y réfléchir. C'était bien ce qu'il craignait, mais paradoxalement, il savait qu'il n'avait pas à s'inquiéter à ce sujet. Connaissant le maître-nageur, celui-ci oublierait sans mal cet incident et continuerait d'agir comme si rien ne s'était passé entre eux, comme chaque fois que Touya se retrouvait dans une situation qui le mettait mal à l'aise.

La vérité était que le brun était parfaitement capable de mettre des mots sur ce qui l'inquiétait, mais qu'il détestait viscéralement ce qui se passait dans sa tête. En réalité, il était si peu habitué à ce que l'on se comporte aussi gentiment envers lui qu'il redoutait que cela finisse par lui exploser à la figure, comme le pire des retours de flammes. Il avait confiance en Hawks mais cela ne suffisait malheureusement pas, et ça ne faisait que le dégoûter encore plus. Il craignait également ne pas réussir à se sortir de ses problèmes, que l'ataraxie prenne fin et qu'il replonge encore plus violemment dans sa dépression.

Il avait l'impression que l'ensemble de ses pensées, ses craintes et ses doutes s'étaient réunis dans une grande salle pour un débriefing d'urgence, et qu'ils se battaient pour savoir lequel d'entre eux était le plus important à régler.

Touya essuya son front dégoulinant du revers de sa main. Il étouffait, mais la chaleur n'y était que pour très peu. C'était bien pour ça qu'il haïssait profondément tout ce qui avait un rapport avec la romance ou l'amour ; ça lui apportait bien trop de problèmes inutiles.

Ils retrouvèrent le reste du groupe qui s'était arrêté devant une paroi rocheuse à escalader pour continuer la marche. Ils en profitèrent pour faire une petite pause, où Hawks leur annonça qu'il leur restait un peu plus de deux kilomètres avant d'arriver à l'endroit où pique-niquer. Les réactions ne se firent pas attendre et bien qu'il ne prononçât pas le moindre mot, Touya partagea l'avis de Kaminari quand celui-ci suggéra qu'on l'abandonne ici et qu'on vienne le chercher sur le chemin du retour. Une légère brise balaya les complaintes et rafraîchit les esprits de tous, mais pas celui du brun qui était toujours aussi perturbé.

Ses yeux finirent par se plonger dans ceux du maître-nageur, et comme chaque fois que cela se produisait, plus rien ne sembla exister autour d'eux. Mais Touya brisa rapidement le charme en détournant le regard dès que Hawks lui adressa un faible sourire. Il se sentait encore plus coupable, mais il préféra ne pas se laisser distraire davantage. Il avait vraiment besoin de faire le vide dans sa tête avant de recommencer à lui parler.

Une fois la paroi escaladée, la troupe reprit la randonnée avec autant de motivation que précédemment – soit finalement, très peu. Shoto et Touya, quant à eux, restèrent à l'écart pour continuer leur conversation.

« - Pour être honnête, j'en sais rien, déclara finalement le plus âgé. J'sais pas si j'attends qu'il décide s'il me déteste ou non, si j'espère un putain de miracle… »

À nouveau, il leva un regard peiné vers les épaules du maître-nageur. Il soupira.

« - Je veux pas lui infliger mes problèmes. Il a mieux à faire que de s'occuper d'un dépressif qui est incapable de passer à autre chose. »

Fuyumi l'aurait certainement disputé si Touya lui avait fait cette confidence. Sa patience et sa tendresse sans failles avaient des limites, et elle ne supportait pas que son grand frère s'identifie comme un fardeau pour les autres ; encore moins qu'il pense que son état mental et physique justifiaient qu'on se désintéresse de son cas. Mais Shoto ne réagit pas, et Touya appréciait grandement le fait qu'il le laisse se confier en toute franchise. Même si, pour être honnête, son silence commençait à l'alarmer.

« - Natsuo a raison, avoua Shoto.

- Par rapport à quoi ?

- Au fait que tu es un imbécile. »

Touya pivota vers son petit frère pour le dévisager d'un regard meurtrier. Celui-ci n'y prêta pas attention et il reprit sur sa lancée.

« - Ça fait une semaine que Hawks et toi vous connaissiez. En sept jours, il sait quasiment autant de choses sur toi que Fuyumi, Natsuo et moi. Il ne t'a pas lâché une seule seconde le soir où on a regardé ces films, tu lui as avoué ce que tu n'avais jamais osé dire à personne et malgré cela, vous êtes devenus encore plus proches depuis. J'ai du mal à comprendre comment tu peux encore douter de sa sincérité. »

Touya aurait pu lui assurer qu'il n'avait absolument aucune incertitude quant à l'affection que lui portait Hawks, mais les mots de son frère le percutèrent bien trop forts. Il se terra dans le silence en sentant la colère lui monter au nez, et il avait peur de dire une méchanceté gratuite s'il venait à l'ouvrir ; rien ne l'énervait plus que lorsque Shoto avait raison, même si c'était ce qui l'avait poussé à lui demander conseil. L'éternel détachement et franchise de son frère l'amusaient beaucoup, sauf lorsqu'il en était la cible.

Ce qui l'énervait le plus, c'était que l'adolescent venait de lui exposait une telle évidence qu'il se sentait profondément con de ne pas l'avoir réalisé plus tôt. Touya repensa à Hawks et à ce qu'il devait bien pouvoir se dire depuis ce matin, est-ce qu'il doutait lui aussi quant à sa sincérité et est-ce qu'il regrettait d'avoir fourni autant d'efforts pour que le brun finisse par abandonner à la première difficulté. C'en était à devenir fou. Il détestait définitivement les histoires d'amour.

Touya entendit Aizawa annoncer qu'ils étaient presque arrivés, et cela ne le soulagea pas autant qu'il l'aurait espéré. Tourmenté, il se concentra sur ses pieds et leur parcours, pour éviter la lumière du soleil et pour ne pas se rétamer au sol. Il savait qu'il ne pourrait éviter Hawks plus longtemps et qu'ils allaient devoir discuter, mais finalement, il ne savait pas vraiment quoi lui dire. À part qu'il était un abruti qui avait une fois de plus cédé à la panique, et qu'il était le roi des cons s'il pensait que le blond ne lui parlerait plus jamais à cause de l'incident de la veille.

« - Touya, tu n'es pas mort dans cet accident. »

Le susnommé releva immédiatement son regard vers son benjamin. Son ton calme et posé, ainsi que le sincère sourire qu'il lui adressait, lui confirmaient qu'il ne s'agissait pas là d'un reproche, mais plutôt d'un simple constat. Touya ne parvint même plus à respirer tant sa poitrine se serra.

« - Tu n'es pas mort, répéta Shoto pour s'assurer que son frère ait compris le sens de ses mots. Il est peut-être temps que tu arrêtes de vivre comme si c'était le cas. »

Jamais personne n'avait osé lui avouer une telle vérité, et pourtant, Touya crut bien n'avoir jamais eu autant besoin de l'entendre. Ses muscles se détendirent et il eut l'impression de respirer un air nouveau, purifié de tous ses maux. Son frère le regardait avec son éternelle expression neutre, comme s'il ne réalisait pas le chaos qu'il venait de créer dans son esprit. Pourtant, c'était un désordre nécessaire pour retrouver la paix. La culpabilité que ressentait Touya s'intensifia quand il réalisa à quel point il pouvait être un parfait idiot quand il s'y mettait, et parce qu'il s'en voulait de s'être à nouveau terré dans son coin plutôt que de chercher à résoudre ses problèmes.

Instinctivement, son regard se porta sur Hawks qui courrait comme un enfant en tête de file – apparemment, ils étaient enfin arrivés – sans se préoccuper de quoi que ce soit autour de lui. Touya l'enviait cruellement, il admirait sa capacité à vivre au jour le jour comme si rien n'était réellement important. Mais sa jalousie n'était que d'une très faible intensité, parce que le brun savait qu'à ses côtés, il finirait par reprendre goût à tout ce qu'il avait abandonné depuis cinq ans.

Shoto avait raison. Touya se comportait comme un fantôme disposant encore de son enveloppe corporelle, qui errait sur Terre et hantait ses proches en espérant passer de l'autre côté pour de bon. Cinq ans qu'il vivait comme s'il avait perdu la vie dans cet accident, auprès de ses plus chers amis. Et s'il n'avait jusqu'à présent trouvé aucune motivation pour aller de l'avant et chercher à s'en sortir, il en avait désormais une.

Touya voulait le faire pour Hawks. Il souhaitait profiter de chaque seconde du restant de sa vie, comme pour remercier le maître-nageur de l'avoir sauvé – parce qu'il ne s'en rendait sûrement pas compte, mais c'était littéralement ce qu'il avait fait. Ils ne se connaissaient que depuis peu, c'était vrai et indéniable. Mais si le brun était sincèrement convaincu d'une chose, c'était que lorsqu'il rentrerait à Musutafu, son existence ne serait plus la même. Il serait un autre homme, désormais.

« - T'as raison, accorda-t-il à Shoto qui semblait fier d'avoir pu l'aider. Merci. »

Le remercier lui coûta le peu de fierté qu'il lui restait, mais Touya devait bien ça à son petit frère. Il venait de calmer ses nerfs et lui permettre de profiter du reste de leur journée. C'était la moindre des choses.

Perdu dans ses pensées, il n'entendit presque pas la voix grave et fatiguée d'Aizawa indiquer au groupe qu'ils avaient fini de marcher. Il y avait beaucoup d'arbres autour d'eux et leurs ombres leur permirent de se désaltérer pendant leur pique-nique. Ils s'installèrent en rond autour de leurs provisions, Shoto rejoignit ses amis et Touya s'installa entre Yaoyorozu et Midoriya qui débattaient sur un sujet dont il se fichait éperdument. Il était bien trop concentré sur Hawks qui s'était assis face à lui.

Ils mangèrent dans la bonne humeur tandis que les conversations et les éclats de rire fusaient de toute part. Le personnel de l'auberge où ils avaient passé la nuit leur avait préparé des portions individuelles pour qu'ils puissent récupérer de leur périple. Touya eut l'impression d'assister à un banquet tant il y avait de choses à manger. Des onigiri minutieusement préparés aux bentos débordants de riz et de sauce, jusqu'aux melons pan qui étaient sans doute les plus moelleux que le brun n'ait jamais mangés, il y avait de quoi nourrir tout un régiment.

Hawks proposa de se détendre avant de reprendre leur excursion, et la majorité des vacanciers validèrent son idée. Même Bakugo accepta de la mettre en veilleuse pour se reposer, ça relevait du miracle.

Le silence tomba rapidement sur eux et ils ne furent plus qu'entourer des chants des cigales et des chuchotements de ceux qui ne se reposaient pas. Touya tira parti du calme pour se rapprocher de Hawks, qui somnolait au pied d'un arbre. Il jugeait l'avoir suffisamment ignoré et devait avouer que sa présence, sa bonne humeur et son humour douteux commençaient à lui manquer.

Il agit comme il le faisait habituellement avec le maître-nageur, se dirigeant vers lui comme si de rien n'était. Cet aspect de leur relation lui plaisait tout particulièrement ; il appréciait vraiment ne pas avoir à mettre de mots sur ces émotions qu'il ne parvenait toujours pas à comprendre.

« - Tu as enfin admis que ta vie était tristement ennuyeuse sans moi ? lui demanda Hawks, et il parvint à arracher un rire franc à Touya.

- Je me suis plutôt habitué à ce qu'un abruti de maître-nageur me colle constamment au train. »

Hawks rit à son tour et Touya s'allongea près de lui, veillant tout de même à ne pas trop l'envahir. Le blond conserva sa position, allongé à l'ombre avec ses bras croisés sous sa tête, et cela convint parfaitement au brun. Il n'était pas sûr d'être prêt à rencontrer à nouveau ses yeux.

« - 'Fallait que je réfléchisse, avoua-t-il à mi-mots.

- Tu n'as pas besoin de te justifier, Touya, le rassura le maître-nageur. » Il se redressa et lui adressa un sourire un poil moqueur. « Je ne vais pas t'en vouloir parce que tu passes ta journée avec quelqu'un d'autre ! Encore moins s'il s'agit d'un membre de ta famille. »

Les lèvres du brun s'étirèrent dans un sourire mélancolique. Hawks n'était pas idiot et ils savaient tous les deux que la raison de son ignorance était plus complexe que cela, mais cela leur convint. La légère brise rafraîchissait toujours leurs visages transpirants, mais elle ne parvint pas à balayer les craintes qui subsistaient toujours dans l'esprit de Touya. Il en avait gros sur le cœur et commençait à se faire à l'idée qu'il avait enfin quelqu'un à qui se confier. Il n'était pas obligé de dire toute la vérité à Hawks, de toute manière ? Il pouvait très bien faire le tri dans les informations, non ?

Il avait envie de lui parler. De lui révéler la moindre de ses peurs pour que le maître-nageur le rassure et lui promette que tout irait mieux.

« - Mon frangin m'a aidé à y voir plus clair, déclara-t-il en soupirant. Il a dit que je me prenais trop la tête et que j'étais qu'un imbécile.

- Et je le rejoindrais presque sur ce point, avoua Hawks et Touya lui pinça les côtes. Tu as une idée plus claire de ce que tu veux, maintenant ? »

Sa voix était douce mais le cœur de Touya manqua un battement. Il comprenait très bien le double sens de cette question qui l'empêchait de savoir quoi répondre au maître-nageur. Pourtant, la manière dont Hawks le regardait le rassurait paradoxalement, et il était convaincu que quoi qu'il dirait, le blond ne le prendrait pas mal.

Touya aurait voulu lui répondre sincèrement en avouant tout ce qu'il ressentait pour lui, mais le moment n'était pas encore venu. Il avait encore tout le mois d'août pour lui ouvrir son cœur.

Il avait encore toute sa vie devant lui.

« - Ouais, dit-il simplement sans lâcher Hawks du regard. Je crois. »

Le sourire du maître-nageur s'agrandit plus encore et Touya l'imita sans peine. Ils continuèrent de se dévisager pendant plusieurs secondes, après quoi ils rompirent finalement le contact. Ce que Touya pouvait aimer ces instants, où leurs regards semblaient se dire tout ce que leurs lèvres n'arrivaient pas à prononcer.

Hawks s'étira soudainement de tout son long et finit par se lever. Il tendit sa main à Touya qui l'interrogea d'un froncement de sourcils.

« - J'ai beau adorer te casser les pieds, ce n'est pas au point de te faire marcher quatre kilomètres pour rien. Je t'ai parlé d'une surprise hier, tu t'en souviens ? »

Évidemment qu'il s'en souvenait, mais Touya avait pensé qu'il s'agissait de sa foutue randonnée et du pire cadeau empoisonné de ses vacances. Il fut rassuré de savoir qu'il n'allait pas passer le reste de sa journée à déambuler entre les arbres, et il agrippa la main d'Hawks pour se relever. Ils réveillèrent le reste des vacanciers et ils réunirent leurs affaires ainsi que leurs détritus – le maître-nageur insista sur le fait qu'il ne fallait laisser aucun déchet au sol et Touya fût surpris d'à quel point il se faisait respecter. Il y avait comme une sorte d'aura autoritaire qui émanait naturellement de lui, mais elle paraissait si faible face à sa joie de vivre et à ses éclats de rire qui illuminaient les alentours. Touya se demandait qui de Hawks ou du soleil l'aveuglait le plus de sa lumière.

Ils marchèrent une vingtaine de minutes, mais le trajet était bien moins fatiguant qu'à l'allée. Bien qu'ils approchaient des quinze heures et que l'astre du jour était encore haut perché dans le ciel, il était désormais caché derrière les hauts arbres qui projetaient leurs ombres sur les vacanciers. Ashido et Natsuo passèrent l'entièreté du trajet à se lancer des défis plus idiots les uns que les autres, au plus grand plaisir de Touya qui faillit exploser de rire en voyant son frère contraint de marcher à quatre pattes sur plusieurs dizaines de mètres.

Leur agitation s'évanouit lorsque Hawks passa en tête de file pour indiquer qu'ils étaient arrivés à destination. Devant eux, la forêt semblait s'arrêter au bout d'un sentier qui montait. Englouti par l'obscurité, dès que le chemin descendait, il disparaissait. Ils n'avaient donc aucun moyen de deviner ce qui les attendait. Le maître-nageur les remercia d'avoir participé à l'expédition mais également au voyage sur l'île de Taketomi, ce qui fit lever au ciel les yeux de Touya qui ne supportait que très peu les éloges interminables – surtout que dans son cas, Hawks lui avait plus ou moins forcé la main pour qu'il participe. Non pas qu'il le regrettait, mais il y aurait certainement réfléchi à deux fois si le blond l'avait informé quant à sa randonnée au milieu des bois, sous une chaleur aussi ardente.

Finalement, ils reprirent leur balade jusqu'à arriver au bout du sentier. Le vif changement de luminosité força Touya à plisser ses yeux, mais les ébahissements des vacanciers autour de lui le pressèrent de les rouvrir. Il en eut le souffle coupé.

Touya croyait bien ne jamais avoir rien vu d'aussi beau. Ils étaient au sommet d'une falaise haute d'une dizaine de mètres, et devant eux s'étendait une eau turquoise admirablement calme et superbement transparente. Une petite crique isolée se trouvait en contre-bas, sans doute fallait-il emprunter le chemin qu'ils avaient parcouru pour y avoir accès. Ils pouvaient aisément s'y baigner, puisqu'un escalier de pierres – Touya ignorait s'il était naturel ou s'il avait été créé pour les quelques courageux qui finiraient par découvrir la calanque – descendait jusqu'au bord du sable blanc. C'était tout simplement magnifique. Le brun ne put s'empêcher de penser que cela justifiait bien les deux heures de marche qu'il avait effectuées.

Lorsqu'il se tourna vers Hawks, il constata qu'il souriait jusqu'aux oreilles. Il semblait tenir à ce lieu bien plus personnellement que le reste du groupe, et le voir si joyeux fit le bonheur de Touya. Le maître-nageur était sûrement déjà venu dans ces lieux, à en juger par la facilité avec laquelle il les avait guidés tout au long de leur parcours. Touya ne lui demanda pas s'il connaissait cet endroit ni depuis combien de temps. Il n'osa pas faire disparaître l'incroyable sourire qui illuminait son visage.

Ils descendirent vers le sable qui était si brûlant que certains se ruèrent à l'eau pour préserver leurs voutes plantaires. Touya resta au bord, assez enfoncé pour sentir les vagues mouiller ses genoux, mais suffisamment loin de la colonie qui s'était lancée dans une bataille d'eau. Sur le sable, Uraraka et Yaoyorozu profitaient du soleil tandis que Kirishima et Ashido enterraient les jambes de Kaminari sous le sable pour lui dessiner une queue de sirène. Hawks parvint à convaincre Touya de faire une partie de balle aux prisonniers avec des vacanciers qu'il ne connaissait que de vue. Bakugo était dans son équipe ; forcément, ils gagnèrent haut la main.

Vers les seize heures, ils se rassemblèrent tous ensemble sur le sable pour se désaltérer et grignoter les quelques pâtisseries qu'ils leur restaient. La température avait enfin chuté et il faisait beaucoup moins chaud qu'en début de journée, ce qui rendait leur après-midi bien plus agréable. Touya ne parvenait pas à détacher son regard de cette mer si paisible et si belle. Il réalisait difficilement qu'il se trouvait dans un endroit si magnifique.

« - Dis, Hawks, commença Kaminari avec un sourire bien trop étiré pour qu'il n'ait aucune idée en tête. On peut sauter depuis la falaise ? »

Touya pivota vers la falaise en question. Elle faisait un parfait point de saut, mais il doutait que l'eau soit suffisamment profonde pour effectuer une telle cascade. Non pas que ça l'aurait dérangé que certains vacanciers – ou vacancières – se brisent quelque chose en sautant, mais il voulait tout de même éviter un énième mélodrame et passer une fin de journée tranquille. Et connaissant les amis de son frère, c'était difficilement garanti s'ils se lançaient dans une telle animation.

Hawks avala l'énorme morceau de brioche qu'il venait de croquer et manqua de s'étouffer ; Touya leva les yeux au ciel en soupirant, mais lui asséna tout de même une série de tapes dans le dos pour qu'il reprenne son souffle.

« - Tu fais bien de poser la question, j'allais justement vous en parler ! révéla-t-il en se relevant tandis que le sang de Touya ne fit qu'un tour. Le niveau de l'eau sous la falaise est suffisamment profond pour qu'on puisse plonger. Alors si certains d'entre vous sont motivés, c'est le moment ou jamais ! »

La colonie s'enthousiasma d'une seule voix et Touya sentit son cœur se serrer. Il n'avait pas peur du vide, ni de s'y jeter, mais sauter signifierait devoir se baigner devant tout le monde, et il n'était pas certain d'en être capable. Il se leva à contre-cœur et ferma la marche, derrière les adolescents et les jeunes gens avec qui il avait joué dans l'eau. Aizawa indiqua à Hawks qu'il restait en bas pour réagir en cas d'accidents, et le maître-nageur s'empressa de rejoindre la bande.

Lorsqu'il arriva au niveau de Touya, il lui chuchota qu'il pouvait se contenter de surveiller les autres sans être obligé de se prêter au jeu, et le brun fût immédiatement rassuré.

Hawks n'eut pas le temps d'ordonner qu'on l'attende avant de sauter que Bakugo se trouvait déjà dans le vide.

Touya n'aurait jamais cru qu'observer des gens sauter puisse être aussi distrayant. C'était plutôt leurs atterrissages qui le faisaient rire, comme celui de Natsuo qui fit un plat si violent que son dos en garda la trace pendant plusieurs minutes. Midoriya plongeait comme un professionnel et Bakugo essayait bien évidemment de le reproduire, sans grand succès ; il manqua d'ailleurs de sauter sur Ashido qui n'avait pas encore eu le temps de s'écarter.

Touya se rapprocha des abords de la forêt pour profiter de l'ombre d'un de ses arbres, sous lequel il s'installa. Hawks ne tarda pas à le rejoindre, après avoir fait promettre aux adolescents de ne pas se comporter comme des inconscients.

Ils discutèrent de tout et de rien pendant un petit moment, à tel point qu'ils finirent par se retrouver seul au sommet de cette falaise. Les adolescents avaient sûrement fini par en avoir assez de faire tous ces allers-retours entre le sable et le point de saut, au plus grand plaisir de Touya qui profita du silence pour fermer ses yeux. Hawks l'invita à installer sa tête sur ses genoux et il ne se fît pas prier. Il était sincère quand il disait avoir une idée plus claire de ce qu'il voulait ; il n'en pouvait plus d'attendre un quelconque miracle qui les réunirait enfin, ou le moment où le blond finirait par l'abandonner.

Shoto avait décidemment raison ; il se comportait vraiment comme un imbécile.

« - J'avais peur que tu m'en veuilles pour hier soir. »

Hawks parla tout doucement, presque sur le ton d'une confession. Il passa une main dans les cheveux ténébreux de Touya et celui-ci rouvrit ses yeux en fronçant ses sourcils d'incompréhension. C'était plutôt à lui d'avoir peur qu'on lui reproche quoi que ce soit. Il ne voyait vraiment pas pourquoi Hawks s'inquiétait ; comment pouvait-il penser qu'il lui reprocherait d'avoir voulu l'embrasser ?

« - C'est pas à toi de t'en vouloir, crétin. Tu l'as dit toi-même, ma vie est tristement ennuyeuse sans toi. »

Il le dit sur le ton de la rigolade, mais il en pensait chaque mot. Et lorsqu'il plongea ses saphirs dans les ambres rayonnantes de Hawks, celui-ci sût que Touya ne plaisantait pas. Il lui adressa un grand sourire et ils restèrent ainsi plusieurs instants, à se dévisager sans qu'aucun d'eux ne fasse quoi que ce soit. Les doigts du maître-nageur étaient d'une douceur incroyable et Touya aurait pu s'endormir s'il s'était complètement laissé aller. Mais ils avaient encore le chemin du retour à faire et il préférait rester éveillé plutôt que se retrouver complètement épuisé après sa sieste.

Alors, ils ne firent rien. Ils profitèrent du bruit des vagues et du chant des cigales. Vers les dix-sept heures trente, ils décidèrent à contre-cœur de rejoindre auprès des autres ; il fallait bien qu'ils retournent à l'auberge.

« - Dommage qu'ils aient arrêté de sauter, se plaignit Hawks en soupirant, j'aurais bien aimé m'amuser avec eux…

- Pourquoi tu l'as pas fait plus tôt ? lui demanda Touya en lui adressant une grimace d'incompréhension. »

Hawks se retourna vers lui et lui lança un regard sans équivoque, accompagné d'un rictus tout aussi malicieux. Le brun sentit son ventre se tordre délicieusement et il leva ses yeux au ciel ; décidemment, il n'en ratait pas une.

« - T'as toujours le temps de sauter, tu sais, lui dit-il en refaisant ses lacets.

- Et bien, à vrai dire… »

Le ton qu'Hawks prit ne lui plut pas du tout et il se redressa vers lui pour le dévisager. Le blond se grattait timidement le crâne, cet éternel tic lorsqu'il se trouvait embarrassé ou qu'il ne savait pas quoi répondre. L'agréable sensation que Touya ressentait dans son ventre se transforma rapidement en boule d'appréhension ; qu'est-ce qu'il allait bien pouvoir lui sortir ?

« - Si j'ai pas sauté plus tôt, c'est parce que j'aurais aimé qu'on le fasse ensemble. »

Les yeux de Touya s'écarquillèrent et il sentit son cœur s'emballer. Son éternelle culpabilité le laissa tranquille pour cette fois-ci, car il était bien trop concentré sur tout ce qu'un simple saut pouvait avoir comme conséquences sur sa journée, voire sur ses vacances toutes entières.

Pourtant, il ne sentit pas la panique si propre à ces instants d'anxiété l'envahir ; au contraire, Touya se sentait plutôt… hésitant. Comme si le fait d'être accompagné du maître-nageur le rassurait et lui donnait le courage de franchir le cap. Mais il doutait sincèrement pouvoir se lancer aussi franchement la tête dans le vide, que ce soit au sens propre ou figuré. Son haut allait forcément lui coller à la peau, et les autres devineraient sans mal ses brûlures, non ? Il s'était senti suffisamment mal à l'aise lors de la soirée blanche, il n'était pas certain de vouloir donner matière à rire aux deux pestes qui suivaient Hawks comme leurs ombres. Mais… s'il sautait avec lui, il ne risquait pas grand-chose, n'est-ce pas ? Hawks le protégerait, quoi qu'il arrive ?

« - J'suis pas sûr d'en être capable. »

Face à lui, la mer était toujours aussi tranquille et semblait l'inviter à la rejoindre. Il se souvenait avec douceur et amertume des cours de natation qu'il suivait dans son enfance, et de l'incroyable sensation de l'eau contre son corps. Même après l'accident, recommencer à nager avait été le plus grand progrès de toute sa vie et sans doute ce qu'il l'avait motivé à tenir – il avait arrêté de compter toutes ces fois où Natsuo et Fuyumi avaient usé du nom de leur père pour privatiser la piscine du quartier pendant quelques heures, juste le temps que leur grand-frère puisse se détendre sans se préoccuper de rien ni de personne. Et toutes ces fois où il avait rêvé d'enfin se comporter normalement et de ne plus accorder autant d'importance aux regards des autres. Pourquoi cela devait être si difficile, d'être différent ?

« - … Et Dabi, il en aurait été capable, tu crois ? »

Son cœur cessa de battre.

Hawks s'était accroupi près de lui et il le regardait avec les yeux de l'amour et de l'espoir. Touya admirait l'audace dont il venait de faire preuve, mais fût profondément incapable de le lui reprocher. Il le dévisageait sans vraiment le réaliser. La réalité lui semblait bien loin, tandis qu'il repensait à ce surnom stupide et à toutes ces années perdues.

Himiko l'aurait certainement encouragé.

Sa vie d'avant l'accident n'était pas aussi rose que Touya voulait bien le prétendre. Il avait connu beaucoup de moments difficiles, entre les disputes quotidiennes avec son père et ses cours à l'université qu'il détestait de toute son âme. Il s'était si souvent retrouvé à bout de nerfs qu'il avait voulu plus d'une fois abandonner la photographie, puisque de toute manière, « il n'en ferait jamais son métier ». Mais Himiko avait été là à chaque crise.

Dès que Touya avait besoin d'un endroit au calme pour décompresser, la jeune fille l'accueillait avec plaisir à son appartement – enfin, celui de Jin – et commandait à manger pour qu'il se change les idées. Chaque fois qu'il avait voulu jeter son appareil photo par la fenêtre, elle avait été là pour le motiver à s'accrocher et à persévérer. Himiko était convaincue que leur moment de gloire viendrait un jour. Et si ce jour était justement arrivé ? Et si ce jour, c'était aujourd'hui, sur cette falaise, avec le plus beau type qu'il n'ait jamais rencontré de toute sa vie ?

Jin lui aurait répondu que c'était le cas. Que Dabi en aurait été capable, et que son jour de gloire était enfin arrivé.

Touya n'avait jamais fréquenté un mec aussi lunatique. Himiko avait pourtant assuré que Jin ne souffrait d'aucune pathologie mentale, contrairement aux idées reçues, alors le brun ne se privait pas de se foutre de lui dès qu'il en avait l'occasion. Mais le fait était que Jin avait été le plus optimiste de leur bande, et qu'il parvenait à motiver les troupes à lui tout seul. Quand les parents d'Himiko l'avaient mise dehors, il s'était empressé de trouver un emploi pour prendre un logement avec elle. Il avait proposé des milliards de fois d'accompagner Tenko au commissariat pour dénoncer son alcoolique de père, et puisqu'il refusait à chaque fois, Jin lui promettait qu'il trouverait un jour le courage de passer à l'acte. Ç'aurait définitivement été ce que Jin aurait répondu à Touya, s'il s'était encore trouvé à ses côtés.

Quant à Tenko, il l'aurait traité de trouillard et il aurait pris sa main pour qu'ils sautent ensemble.

Tenko avait été le frère jumeau que Touya n'avait jamais eu. Ils entretenaient une relation qui n'avait rien à voir avec celle que le brun entretenait avec sa fratrie, et c'en était de même pour Tenko et sa sœur. Ils passaient leur temps à s'envoyer des piques et à se chercher des noises, à se défier sur tout et n'importe quoi et à provoquer l'autre dans un but purement sadique et moqueur. Mais Touya n'avait jamais aimé quelqu'un aussi fort que Tenko. Il avait d'ailleurs toujours trouvé ça un peu étrange, d'aimer un ami d'une manière si intense, mais il ne pouvait nier la vérité. Tenko avait été son meilleur ami, un prolongement de lui-même, et bien qu'il ne l'aurait jamais avoué, celui-ci n'aurait sûrement jamais voulu voir Touya se morfondre autant sur son sort. Surtout pas après sa propre mort.

Shoto avait raison.

Touya n'était pas mort dans cet accident.

Il était temps qu'il recommence à vivre.

« - … À la moindre remarque, je tape le pire scandale auquel t'aies jamais assisté.

- Il n'y en aura aucune, assura Hawks en lui tendant une main chaleureuse. Si jamais j'entends une méchanceté, le responsable devra faire face à Hawks, l'incroyable super-héros ailé ! »

Il gonfla les muscles de ses bras comme le héros le plus kitsch de tous les temps et Touya éclata de rire. Il était incapable d'exprimer à quel point il lui était reconnaissant tant ce sentiment le dépassait.

Ses amis se seraient merveilleusement bien entendus avec lui.

« - Tu vas compter jusqu'à trois ? lança Touya, un sourire narquois étirant ses lèvres.

- Si ça te rassure, pourquoi pas, plaisanta Hawks à son tour. Tu veux aussi que je te prenne dans mes bras ?

- Je vais te noyer dès qu'on aura mis les pieds dans l'eau. »

Le rire mélodieux du maître-nageur enveloppa si tendrement son cœur que Touya n'eut pas le temps d'imaginer à quel point il pourrait regretter ce qu'il s'apprêtait à faire. Il était convaincu qu'une occasion comme celle-ci ne se représenterait pas de sitôt.

Et il voulait sincèrement s'en sortir. Il était prêt, désormais.

Ils s'échangèrent un regard à la fois tendre et motivé, et l'instant d'après, ils se précipitèrent jusqu'au bord de la falaise d'où ils se jetèrent dans le vide. Touya avait oublié cette étrange sensation et il laissa ses lèvres s'étirer dans le sourire le plus sincère qu'il n'ait jamais arboré. À aucun instant il ne lâcha la main d'Hawks.

Lorsque ses pieds, puis ses jambes et le reste de son corps rencontrèrent l'eau turquoise, il fût incapable de respirer. Pas seulement parce qu'il se trouvait sous l'eau, mais parce qu'il était persuadé qu'il allait se réveiller en sueurs dans le lit de sa chambre d'hôtel.

Il remonta à la surface et fût rassuré de constater qu'il était bel et bien en train de vivre. Depuis ces cinq dernières années, c'était la première fois qu'il le réalisait.

Des dizaines de sons différents l'envahirent tous en même temps. Il entendit d'abord les cris enthousiastes de Natsuo, Shoto et même d'Aizawa, qui semblaient être à la fois surpris et émerveillés. Il y avait aussi les encouragements de la colonie, qui se précipita pour les rejoindre et chahuter auprès d'eux, comme si Touya avait remporté une médaille d'or. Le son de la mer et le goût du sel sur sa langue embrouillaient ses sens. L'eau était froide, mais il s'en fichait éperdument.

Rien n'aurait pu l'empêcher de profiter du rire de Hawks qui refusait de s'évanouir, de ses bras entourés autour de son corps ou de sa voix qui ne cessait de lui répéter à quel point il était fier de lui. L'eau de mer lui piquait les yeux, mais Touya ne pouvait les détourner du visage radieux de Hawks, ni de ce sourire qui lui était destiné. À lui, et uniquement à lui.

Le maître-nageur embrassa son front dans un instant d'euphorie et Touya éclata de rire lorsqu'Hawks pesta contre l'affreux goût salé qu'avait pris sa peau. Il n'avait jamais rien entendu d'aussi beau ; la parfaite harmonie dans laquelle le rire du blond et les battements de son propre cœur se rejoignaient.

Touya n'était pas mort dans cet accident.

Et ce jour-ci plus que jamais, il en prenait enfin conscience.


Et voilàaaa, c'est fini. N'hésitez pas à laisser une petite review si ça vous a plu x)

Des bisous,
Zodiaaque.