Et bonjour tout le monde !

Nous sommes enfin au chapitre 15 de Comme un ange dans mon enfer, soit pile la moitié de la fic. Rassurez-vous, Touya et Hawks ne vous abandonneront pas encore tout de suite, mais ça me fait quelque chose de me dire qu'on a dépassé la moitié x) Et quel chapitre ! Je n'en dis pas trop pour éviter les spoilers, mais sachez que j'attends de l'écrire depuis le jour où je l'ai scénarisé xD Pour la blague, j'aurais bien aimé vous le poster ce dimanche 8 août, date à laquelle se déroule ce chapitre, mais je pars à l'étranger et n'aurais certainement pas internet, donc le voici !

Concernant les triggers warning du jour, y'en a une floppée MAIS, promis, ça finit bien. Au programme, nous avons donc : des mention de violences (dont domestiques) et de violences psychologiques, des mention de trafics de drogues, des mentions d'alcool et prostitution ET c'est tout. Et l'éternelle alerte spoilers concernant l'identité de certains personnages. On fait un IMMENSE bond en avant dans ce chapitre, j'espère qu'il vous plaira !

Un grand merci à AhriallSan pour sa bêta, et un gros bisous à Moira-chan qui a su relever mon foreshadowing comme une pro ! Bonne lecture !

Les personnages de My Hero Academia appartiennent à Kohei Horikoshi, mais l'histoire, elle, m'appartient.


Chapitre 15 – Keigo


Toujours le 8 août, sur les plages de la station balnéaire d'Ishigaki :

Pour la énième fois, un frisson frigorifié remonta le long de la colonne vertébrale de Touya. Sa tête reposant dans ses bras, eux-mêmes appuyés sur ses genoux qu'il avait ramenés vers son torse, il ne bougeait pas d'un iota. Il n'en avait ni la force, ni l'envie. Le bruit monotone des vagues calmes balayaient tant bien que mal la panique ayant envahi son cœur, mais pas suffisamment pour le détendre complètement. Et pourtant, il aurait désespérément souhaité que la mer emporte sa peine vers de lointains horizons, assez éloignés pour qu'il n'ait plus jamais à y faire face.

Maintenant qu'il s'était enfuit du restaurant, la pression était complètement redescendue. Et il se sentait… Honnêtement, il ne savait pas trop. Les ronces autour de ses poumons s'étaient enfin desserrées, et grâce à quelques rayons de soleil qui étaient parvenus à s'infiltrer, de petites fleurs y avaient fleuri. Il était près de vingt-trois heures et Touya mourrait d'envie de retrouver son soleil ; où avait bien pu passer Hawks ? Il lui avait envoyé un message plusieurs minutes auparavant, lui précisant bien qu'il s'agissait d'une urgence. D'habitude, il rappliquait rapidement. Pourquoi le soir où Touya avait le plus besoin de lui, il n'était pas là ?

Ses pensées divaguèrent terriblement et il regretta presque d'avoir accepté les deux verres de saké que son frère lui avait servi en début de repas. Mais c'était plus fort que lui ; les mots de son père refusaient de le laisser tranquille, tout comme ce fichu prénom qui envahissait son esprit tel un refrain débile dont il était difficile de se débarrasser.

Keigo.

« - Touya ! »

Le brun sursauta et releva immédiatement sa tête. Dans le noir, Hawks éclairait son visage avec la lumière de son téléphone et il manqua de s'embroncher dans le sable. Touya retint difficilement un ricanement qui lui mit du baume au cœur, parce qu'importait la situation, le maître-nageur parvenait à l'adoucir par sa simple présence. La réalité rattrapa le grand brûlé bien vite, quand ce garçon qu'il pensait connaître s'approcha de lui en n'ayant strictement aucune idée du bordel qui se déroulait dans la tête de son ami.

« - Désolé, je m'étais à moitié endormi. Tout va bien ? »

Il parla avec calme et intérêt, à en faire sincèrement sourire Touya. Il mourrait d'envie de le prendre dans ses bras, de se réconforter contre son épaule chaude sans prononcer le moindre mot ; il savait qu'Hawks n'aurait rien contre un tel programme, mais les réponses dont le brun avait cruellement besoin étaient plus importantes que ses actuels désirs.

Touya ne sût comment, mais dans l'obscurité, Hawks remarqua son trouble. Puisqu'il s'assit lentement près de lui, guettant ses réactions comme s'il était capable de les percevoir même dans la nuit noire. Dans les yeux de Hawks brillaient le reflet des étoiles surplombant la mer de Chine ; Touya ne s'en détacha que lorsque celui-ci prit la parole.

« - Ton message parlait d'une urgence, exposa le maître-nageur. Tu ne te sentais pas bien ? Tu as fait une crise ? »

Il ne le charriait pas comme il en avait l'habitude, ne faisant qu'accentuer l'étrange sensation de laquelle Touya se sentait prisonnier. Était-il devenu si transparent aux yeux du blond ? Peu certain de vouloir connaître la réponse, il se détourna et planta son menton sur ses bras encore croisés. Finalement, il reprit sa position initiale, orienté à l'opposé de Hawks. Comme un enfant sur le point d'avouer une bêtise sans pour autant vouloir affronter le visage fâché de ses parents.

« - J'me suis disputé avec mon père, déclara-t-il. Fort. »

Hawks passa une main timide contre son dos voûté, l'encourageant à se confier. Touya lui expliqua les grandes lignes de son affrontement avec Endeavor, omettant une majorité des atrocités que la colère lui avait fait dire – bien que son père les méritât amplement. Une fois sa tirade terminée, un silence doux mais douloureux plana au-dessus des jeunes adultes, leur apportant le calme nécessaire à la réflexion.

Le mutisme du maître-nageur inquiéta Touya. Il avait saisi que l'admiration que son père plaçait en lui était apparemment réciproque, et il craignait que Hawks lui tienne rigueur d'avoir aussi mal parlé à son employeur.

Évidemment, il réagit à l'opposé de ce à quoi le brun s'était attendu.

« - Et bah dis donc, si je m'étais attendu à ça comme urgence… »

Il écarquilla ses yeux en lâchant un sifflement stupéfait, qui causa l'hilarité de Touya dès que leurs regards se croisèrent à nouveau. Comme d'habitude, Hawks n'aurait pas pu mieux réagir ; avec légèreté mais néanmoins avec sérieux, il compatissait à sa situation sans pour autant prendre parti. Et ça lui fit du bien.

Bien que ce ne fût pas suffisant pour l'apaiser.

« - Je suppose que tu avais besoin de vider ton sac depuis longtemps, tempéra Hawks en continuant ses caresses. Tu te sens mieux, grâce à ça ?

- Non. »

Le ton de Touya dissuada Hawks de rajouter quoi que ce soit. Le brun se concentra sur l'étendue d'eau devant ses pieds, espérant trouver le moyen de lancer ce sujet qui leur ferait du mal à tous les deux. Le brun souffrait, mais la nature de sa souffrance était étrange ; il ne reprochait pas à Hawks d'avoir gardé ses secrets pour lui, mais il mourrait d'envie de savoir de quoi il était réellement question. Il redoutait d'apprendre la vérité sur son si cher maître-nageur, mais brûlait d'impatience de lever le voile sur ce prétendu sombre passé auquel son père avait fait plus d'une fois référence.

Putain. Ces sentiments paradoxaux le fatiguaient. Une fois encore, tout était la faute d'Enji Todoroki.

« - J'ai abusé, admit-il avec difficulté, mais mon paternel y est pas allé de main morte non plus.

- Avec ce que vous vous êtes envoyés, c'est normal que tu te sentes aussi mal, sourit sombrement Hawks.

- Non, le contredit Touya, t'y es pas. J'parle pas que de ça. »

Les doigts près de sa colonne vertébrale stoppèrent leur mouvement, et le brun regretta de semer le trouble dans l'esprit du maître-nageur sans lui donner d'explications claires. Mais en même temps, comment était-il censé lui dire ? Il était censé entamer la conversation comment, par un « Hé, mon père a sous-entendu que tu as vécu quelque chose de si affreux que tu as dû abandonner ton pays et ton identité » ? C'était un bordel sans nom avant même que la conversation n'ait commencé.

Il inspira et prit son courage à deux mains, en évitant sciemment le regard du maître-nageur.

« - On a parlé de toi pendant notre engueulade.

- Ah ? s'étonna Hawks. Vous avez débattu sur mon physique digne d'un Dieu grec ?

- Tais-toi, foutu pigeon ambulant. » Et l'éclat de rire du blond ne parvint pas à le soulager. « … Il m'a interdit de te voir. »

Hawks pivota vers lui jusqu'à ce que les yeux bleus de Touya lui confirment qu'il ne lui mentait pas. Il semblait profondément surpris, mais le froncement de ses sourcils indiquait qu'il avait besoin de plus de détails. Alors, Touya continua.

« - Il a dit que tu méritais mieux que moi et j'ai pété un câble. Mais c'est pas ça, le truc. »

La mine d'incompréhension qui tordait le visage de Hawks l'aurait amusé en temps normal. Il tirait la même tronche que Natsuo qui s'évertuait à comprendre ses exercices de mathématiques quand il était encore au lycée.

Touya se lança avant de perdre le peu d'assurance qu'il lui restait.

« - Il m'a balancé que je savais rien de toi, annonça-t-il sans réfuter ces paroles rapportées. Et il t'a appelé Keigo. »

Et les pires craintes du brun se confirmèrent, puisque la respiration de Hawks – pouvait-il encore l'appeler comme ça ? – s'entrecoupa. Endeavor ne lui avait pas menti ; il y avait bien une part de la vie du maître-nageur dont il ignorait les moindres détails, et cette simple réaction corrobora les propos de son père. Et à nouveau, l'inquiétude et la panique envahirent Touya ; parce que si Keigo existait bel et bien, alors Hawks avait dû en baver avant d'avoir légalement le droit de s'appeler ainsi.

« - Je savais qu'il finirait par t'en parler, soupira le blond en se dégageant de Touya. À vrai dire, ça nous plane dessus depuis la première fois où je t'ai parlé. »

L'estomac du brun se tordit douloureusement, et pas de la façon dont il le faisait habituellement lorsque Hawks se trouvait dans les parages. Touya ressentait l'absence de la main du blond contre son t-shirt et il eut même peur qu'il prenne la fuite sans lui donner plus d'explications. Avait-il bien fait de lui en parler ? Est-ce qu'il n'aurait pas mieux fait de garder cette révélation pour lui, et de laisser à Hawks le loisir de lui en parler quand il l'aurait souhaité ? Comme lui l'avait fait concernant ses brûlures ?

Tandis que les remords rongeaient Touya, le maître-nageur sortit son téléphone. Il garda le silence en faisant défiler son album photo du bout des doigts. Le brun se sentit obligé de mettre fin à cet atroce silence, qui ne ressemblait en rien à ceux auxquels ils s'étaient tous les deux habitués ; Hawks lui coupa l'herbe sous le pied.

« - Tiens, dit-il finalement en tendant son téléphone, regarde.

- Hawks, on est pas obligé d'en parler.

- Si, réfuta le maître-nageur et le ton de sa voix indiquait qu'il ne lui laissait pas le choix. On est obligé. J'avais aucune idée de comment lancer le sujet,

autant le faire maintenant que tu m'en donnes l'occasion. »

Touya fronça ses sourcils et saisit le cellulaire sans quitter Hawks des yeux. Il était… tellement perdu dans ses pensées, et tellement triste. Le brun savait qu'il ne se forçait pas à lui révéler la vérité, mais il reconnaissait mieux que quiconque cet air étrange que ses topazes éteintes affichait ; celui qui signifiait à quel point il aurait préféré que tout cela ne soit jamais arrivé, pour ne jamais avoir à en parler.

L'écran de Hawks affichait la photographie d'un passeport.

La photo d'identité était de mauvaise qualité, mais Touya reconnaissait parfaitement le blond. Il n'avait absolument pas changé, mis à part sa pilosité qui était apparue au fil du temps. Cette chevelure indomptable, ce regard empli de défi et de malice et cette expression neutre à en faire tomber plus d'un-e.

« - T'étais mignon, releva-t-il pour détendre l'atmosphère.

- Je le suis toujours, qu'est-ce que tu crois. »

Sa plaisanterie le fît sourire et Touya admira sa capacité à faire de l'humour même dans les situations difficiles comme celles-ci. Conscient de l'épreuve que cela devait être pour Hawks, le brun analysa le passeport sous toutes ses coutures. Il ressemblait en tout point à un passeport délivré par le Japon, pour la simple et bonne raison que les informations essentielles y étaient écrites en japonais. Ses yeux bleus balayèrent rapidement les données qui ne l'intéressaient que très peu, jusqu'arriver à la mention du prénom de Hawks qui figurait en lettres capitales.

Keigo.

« - C'est un beau prénom, admit Touya.

- C'est assez rare, oui, répondit Hawks – Keigo. Mais tu rates l'essentiel, Touya. »

Les sourcils du brun se froncèrent un peu plus. Il se reconcentra sur la photo, et y décela une autre information qui se révèlerait sûrement intéressante lorsque Hawks la lui expliquerait.

Takami.

« - C'est ton nom de famille ? interrogea-t-il naïvement.

- Celui de mon père, corrigea Hawks. Ça fait presque onze ans qu'il est en prison. »

Le cœur de Touya loupa un battement.

Instinctivement, il dirigea son attention sur le maître-nageur afin de vérifier s'il s'agissait d'une énième plaisanterie de sa part. Le vague à l'âme discernable dans ses yeux ne laissait aucune place au doute, et le brun n'en fût que plus inquiet. Hawks lui accorda un sourire triste, avant d'imiter sa position. Les genoux repliés vers son torse et le dos vouté vers eux, il ressemblait à un ange à qui on aurait arraché les ailes.

« - J'ai jamais connu ma mère, commença-t-il. Je suis né au sein d'un gang de trafiquants de drogue et elle devait sûrement être une travailleuse du sexe engagée par les hommes de main de mon père. Personne n'a jamais jugé utile que je fasse sa connaissance. »

Touya dévisageait Hawks, dont les poils s'étaient hérissés – à cause du froid, ou de la douleur que lui causait cette conversation ? Le brun ne lui posa pas la question. Il ne l'interrompit à aucun moment.

« - J'ai été élevé par un peu tout le monde, conta-t-il avec mélancolie. Les filles qui bossaient pour le gang, les petits dealeurs qui devaient s'occuper de moi en guise de bizutage… Un paquet de monde, sauf mon père. Il traînait rarement à la planque. Il avait trop peur de se faire arrêter. »

À la manière dont Hawks présenta le personnage, Touya le détesta immédiatement. Il n'en parlait pas avec autant de véhémence que lorsque le brun se plaignait du sien, mais sa colère et sa haine étaient évidentes. La manière dont ses sourcils s'étaient soudainement froncés en attestait.

« - Il s'est souvenu de mon existence quand j'ai eu dix ans, reprit Hawks en souriant nerveusement. Il m'amenait à son appartement, m'offrait des cadeaux de temps en temps… Comme si on avait toujours eu une relation parfaitement normale.

- Il a p'têtre réalisé sa connerie ? osa demander Touya pendant le bref silence que Hawks laissa planer.

- Possible, oui. Ou alors, il me caressait dans le sens du poil avant de faire de moi sa nouvelle mule. »

Cela ne dura qu'une fraction de seconde, mais les yeux si joyeux de Hawks s'emplirent de larmes jusqu'à faire briller le reflet des étoiles d'une lumière aveuglante. Il pencha sa tête en arrière en faisant mine de s'intéresser au ciel, mais Touya comprit pourquoi il agissait de la sorte. Timidement, il se rapprocha de lui jusqu'à ce que leurs genoux se frôlent. Ça ne suffirait certainement pas à apaiser le maître-nageur – il doutait que quoi que ce soit puisse le faire à cet instant précis – mais Touya lui faisait tacitement comprendre qu'il resterait à ses côtés, peu importait ce qu'il s'apprêtait à lui dire par la suite. Exactement comme il l'avait fait pour lui, le soir où il lui avait parlé de son accident.

« - J'ai dû hériter de sa malice, ironisa Hawks en lâchant un rire factice. Mon père était un génie. Aucun flic de Tokyo ne serait allé fouiller le cartable d'un gosse de dix ans pour y trouver une dizaine de kilos de poudre. »

Hawks plongea nerveusement ses mains dans sa chevelure, et probablement en quête de réconfort, il reposa sa tête sur l'épaule de Touya. Celui-ci n'hésita pas à enrouler un bras autour de sa taille. Il faisait de plus en plus froid sur cette plage, et le sable commençait à leur gratter les fesses ; aucun d'eux ne s'y attarda.

« - J'ai rapidement été habitué à la violence, tu sais, déclara-t-il la gorge nouée. Quand tu grandis dans le repaire d'un gang, tu assistes régulièrement aux règlements de compte ou aux descentes surprises qui se transforment en bain de sang. » Il marqua une pause durant laquelle il prit une grande inspiration. « … Mais dans la rue, c'était pas pareil. Jamais personne ne pourra imaginer un quart de ce qu'il s'y passe. »

L'accent qu'il mit sur ces mots emplirent de peine le cœur de Touya, et il se rapprocha un peu plus du maître-nageur. Ce dernier fixait le sable avec intérêt, mais le brun savait que ses yeux débordaient certainement de chagrin et de désespoir. Et cela lui fît encore plus de mal.

Son esprit se risqua à conjecturer les horreurs auxquelles Hawks avait pu assister, que ce soit des meurtres, des scènes de violence ou quoi que ce soit d'autre. Il se rendit à l'évidence en repensant aux mots du blond ; tous les efforts du monde ne lui permettraient pas de concevoir à quel point Hawks avait dû souffrir, tout comme celui-ci ne saurait jamais combien son accident l'avait marqué au fer rouge.

Ils avaient chacun leurs casseroles, et prétendre qu'elles leur permettaient de se comprendre l'un l'autre aurait été un terrible mensonge.

« - J'ai fait ça pendant quasiment deux ans, ajouta Hawks à mi-mots. J'allais même plus à l'école, je passais mes journées à aller et venir entre les différents points de vente. » Touya ne sût comment, mais leurs doigts finirent par se rencontrer. « Jusqu'au jour où c'est vraiment allé trop loin, et où j'ai rencontré ton père. »

Touya aurait pu se concentrer sur les précédentes informations, pourtant son cerveau ne traita que celle concernant son paternel. Et soudain, elles se connectèrent toutes ensemble dans son esprit, lui faisant prendre conscience de ce qui se trouvait sous son nez depuis le début.

« - Le gosse qui a donné le surnom d'Endeavor à mon père, c'était…

- Moi, confirma Hawks. C'est pas ouf, je sais. Mais sur le coup, j'ai pas trouvé mieux. »

Le blond lui donna plus de détails tandis que Touya réapprenait à respirer. Sur cette terrible journée dont il ne révéla rien, mis à part cet instant où il s'était enfuit du gang pour courir le plus vite possible au poste de police le plus proche. L'accueil des commissaires, comment personne ne l'avait cru jusqu'à ce que le procureur Todoroki débarque après l'appel d'un bleu. La manière dont il avait écouté Hawks pleurer jusqu'à ce qu'il n'ait plus d'eau dans son corps, et comment sa déposition avait permis le démantèlement d'un des plus gros trafics de drogues de ces vingt dernières années. Comment Enji avait fait jouer de ses relations pour organiser l'expatriation du blond vers les États-Unis, ainsi que son changement d'identité afin que le gang ne retrouve jamais sa trace. Ce surnom que Hawks avait donné au procureur, lorsqu'il avait avoué à une journaliste que Endeavor était le héros qui venait de lui sauver la vie.

Hawks cessa enfin de parler et ils ne furent plus qu'entourés du son apaisant des vagues. Le cœur de Touya battait à dix mille kilomètres-heures, comme s'il venait de terminer le visionnage d'un film d'horreur se concluant sur la mention « Tiré d'une histoire vraie ». Tout cela lui semblait irréel tant c'était difficile à imaginer.

« - Mais, si t'es parti aux États-Unis pour échapper au gang de ton père, pourquoi tu reviens bosser à la station chaque été ? s'interrogea-t-il.

- C'est vrai que ça a encore moins de sens, maintenant que tu sais tout, plaisanta Hawks. Mais je te l'ai dit ; j'ai besoin d'argent pour payer mes études. Et puisqu'il est le propriétaire de la station, c'est ton père qui décide de mon salaire. Il fait en sorte que chaque été que je passe ici soit le dernier, et est toujours désespéré de me voir rappliquer l'année qui suit. »

Touya remarqua la lueur resplendissant dans les yeux de Hawks lorsqu'il parlait d'Endeavor, et cela le mit légèrement mal à l'aise. Malgré tout ce qu'il venait d'apprendre, il avait du mal à comprendre comment il était possible que son père soit ainsi admiré, alors qu'une fois rentré du travail, il se comportait comme un vrai connard. Il garda cependant sa réflexion pour lui, jugeant que le moment où il pouvait se plaindre d'Enji Todoroki était révolu.

« - J'ai conscience des problèmes que tu as avec ton père, reprit Hawks en rangeant son téléphone. Et je te vois venir, je ne vais pas te reprocher d'en avoir. » Touya soupira instinctivement et Hawks se moqua de lui. « Mais… quand je dis que c'est mon héros, je le pense sincèrement. J'aurais connu l'Enfer sur Terre s'il ne m'avait pas sauvé ce jour-là. »

Au ton de sa voix, le grand brûlé comprit que le maître-nageur lui dissimulait une part de la vérité, mais il ne se permit pas de l'assaillir de questions supplémentaires. Hawks en avait suffisamment dit pour ce soir.

« - Merci, chuchota Touya. De m'avoir tout dit. »

Le blond lui répondit qu'il n'avait pas à le remercier et ils ne dirent plus rien pendant de longues minutes.

Touya ignorait l'heure qu'il était et ne chercha pas à le savoir ; s'il sortait son téléphone, il verrait les dizaines d'appels manqués de ses proches et culpabiliserait de ne pas les rappeler. C'était mieux comme ça. D'une autre part, l'inquiétude de sa famille lui passait bien au-dessus tandis que les doigts fins de Hawks retraçaient les courbes de ses phalanges, sa tête toujours appuyée contre son épaule. Ils n'étaient plus que bercés par le son des vagues et de leurs respirations monotones, ce qui aux oreilles de Touya, sonnait comme une douce mélodie. C'était les silences apaisants comme celui-ci qu'il appréciait le plus, pas ceux qui accordait un temps de réflexion entre de sombres aveux.

« - J'ai froid, lâcha finalement Hawks.

- J'croyais que les poulets se tenaient chaud grâce à leurs plumes, se moqua Touya.

- Il faut vraiment que tu arrêtes avec ça... Tout ça à cause de mon superbe pyjama et de la manière dont je siffle ?

- Et de tes putain de cheveux qui sont coiffés comme la crète d'un poulet. »

Hawks lui envoya un coup de coude dans les côtes en rigolant, ce qui ne fît que les rapprocher un peu plus. Quasiment dans ses bras, Touya sentait l'arôme de pêche que dégageait sa chevelure blonde ; il était prêt à parier que le maître-nageur se lavait uniquement avec du shampooing pour enfants. Il le rejoignit dans son hilarité et continuèrent de se chamailler, jusqu'à être à nouveau entourés par le silence.

« - En tout cas, reprit Touya, je comprends mieux pourquoi mon paternel voulait pas que je t'emmerde avec mes problèmes.

- Endeavor exagère, admit Hawks en souriant. Il me surprotège, mais je suis un grand garçon maintenant. Je peux choisir de me battre pour des causes qui méritent d'être défendues. »

Il planta son regard dans celui du brun, dont le rythme cardiaque s'accéléra immédiatement. Ses topazes avaient retrouvé cette lueur malicieuse qui faisait chavirer Touya, et celui-ci lui adressa un sourire chaleureux.

La mer était étonnamment calme, ce soir-là. Les vagues s'échouaient avec paresse sur le sable, comme si le courant marin n'existait plus. Les quelques nuages qui cachaient la pleine Lune s'étaient dissipés, laissant le reflet de l'astre illuminer les environs. Touya discernait bien mieux le visage du maître-nageur, si proche de lui qu'il sentait son souffle sur ses lèvres. Il se détourna pour porter son attention sur l'eau, envoûté par sa beauté et envieux de sa sérénité ; en réalité, il voulait éviter que l'incident du séjour à Taketomi se reproduise.

Hawks profita de sa concentration pour mieux s'installer contre lui. Le chant timide de quelques cigales les berçait, et Touya aurait parié que le blond avait fini par s'endormir. Jusqu'à ce qu'il reprenne soudainement la parole, pour lui poser une question à laquelle il ne s'était définitivement pas attendu.

« - Touya ?

- Hm ? répondit-il simplement, trop obnubilé par la mer pour prononcer quoi que ce soit.

- Tu t'es énervé contre ton père à cause de ce qu'il te disait, ou parce qu'il t'a interdit de me voir ? »

Le rythme cardiaque du brun augmenta progressivement, comme si son cœur cherchait à s'échapper de sa cage thoracique pour répondre lui-même au maître-nageur. Touya tenta tant bien que mal de garder une expression neutre, mais il lui était difficile d'ignorer la douce chaleur que la tension diffusait au creux de son ventre. Il évita sciemment le regard du blond par crainte de se perdre encore plus dans ses pensées, et inspira discrètement pour remettre de l'ordre dans son esprit.

Au début, il s'était mis en colère parce que les sous-entendus de son père ne lui avaient pas plu ; à l'entendre, Touya imposait sa présence auprès de Hawks alors que celui-ci avait mieux à faire, ce qui était totalement faux. Ils passaient la majorité de leurs journées ensemble, mais ils le souhaitaient avec la même intensité. Il avait fallu du temps à Touya pour admettre que le blond souhaitait sincèrement être son ami, et il ne supportait pas que son paternel remette ceci en question.

Ensuite, il y avait eu ce reproche sur le fait que le brun ignorait tout de Keigo. Cet argument n'était plus tout à fait vrai, désormais ; bien que conscient que le maître-nageur possédait encore ses petits secrets, Touya en savait désormais presque autant que son père au sujet de l'employé modèle de la station balnéaire d'Ishigaki. Cette argumentation n'avait donc plus raison d'être.

À mesure qu'il réfléchissait, les reproches de son père se déconstruisaient. Sa relation avec Hawks venait de franchir une nouvelle étape, la renforçant encore plus. Maintenant qu'ils s'étaient parlé à cœurs ouverts, qu'ils s'étaient avoués leurs pires craintes et leurs plus grands secrets, peu de choses arriveraient à les séparer. Pourtant, Touya ne parvenait pas à détendre ses nerfs. Au fond de lui, sa colère grondait encore et il avait du mal à s'en défaire.

Et il savait très bien pourquoi.

« - Les deux, avoua-t-il, après quoi il laissa planer un bref silence. Mais j'aurais sûrement pas piqué une telle crise s'il avait pas commencé à parler de toi. »

Les doigts de Hawks raffermirent leur pression autour de ceux de Touya, qui ne détourna pas son attention de la mer. Il avait du mal à croire qu'il s'apprêtait à se livrer autant, alors il préférait éviter d'être déstabilisé par les yeux perçants du maître-nageur.

« - T'es… la putain de meilleure chose qui me soit arrivé depuis ces cinq dernières années. » Finalement, il abandonna ses résolutions ; dans un élan de courage, il plongea son regard dans celui du blond. « Celui ou celle qui m'empêchera de te voir est pas encore né. »

Quelque chose traversa les yeux de Hawks. Une lueur étrange, à la fois heureuse et pleine d'espoir. Il semblait profondément touché par cette si soudaine révélation, et le sourire qui étira ses lèvres retourna l'estomac de Touya. C'était certainement le plus beau qu'il ne lui ait jamais adressé, et peut-être bien le plus sincère. Le brun était tout bonnement incapable de s'en désintéresser ; il dévisagea ses lèvres sans retenue, exactement comme il l'avait fait sur la plage de Taketomi. La brise estivale, le son des vagues s'échouant sur le sable et leur proximité… Tout était semblable à ce soir-là, où ils avaient manqué de s'embrasser.

À la différence que cette fois-ci, Touya était prêt.

« - Touya ? »

La voix de Hawks lui parut lointaine alors que pourtant, il avait rarement été aussi proche de lui. À quel moment s'étaient-ils rapprochés, d'ailleurs ? Après le sourire radieux du blond, ou plus tôt lorsque Touya avait avoué qu'il ne souhaitait pas le perdre ? Ils ne cherchèrent pas à obtenir de réponses tandis que leurs regards sondaient le moindre millimètre de leurs visages. Dans sa main, le brun serrait celle du blond avec vigueur, comme pour s'assurer – une fois encore – que tout ceci était bien réel. Ça lui permettait de garder pied. Il pouvait remercier les dieux de lui accorder une seconde chance aussi merveilleuse que celle-ci.

« - Il y a… une question que je veux te poser depuis le jeu du concours de château de sable. »

Ses yeux louchèrent vers les lèvres de Touya avant qu'il ne se reprenne en mordant les siennes. Le grand brûlé déglutit en amplifiant la pression sur ces doigts fins, dont la douceur lui donnait le tournis. À moins que ce ne soit l'alcool du saké qui faisait enfin effet ? Il ne savait plus où donner de la tête.

« - T'attends une invitation par boîte postale pour me la poser ? »

Le fait qu'il fût capable d'ironiser malgré l'appréhension qui comprimait ses poumons releva du miracle. Le rire qu'il arracha à Hawks sonna comme un chant divin, tandis qu'un long frisson remonta le long de sa colonne vertébrale. Les yeux du maître-nageur avaient la couleur du soleil et leur éclat alluma un feu de joie dans la poitrine du grand brûlé. Sa beauté était si éblouissante que Touya craignit de perdre la vue s'il regardait le blond trop intensément.

Lentement, tendrement, le blond apposa son front contre le sien. Leurs cœurs battaient sur le même rythme et leurs respirations devinrent commune. Les saphirs de Touya ne se détournèrent du maître-nageur à aucun instant, tandis que les topazes de Hawks disparurent lorsqu'il inspira un grand coup.

« - Est-ce que tu me laisserais t'embrasser ? »

Il plongea ses yeux si profondément dans ceux de Touya qu'il aurait pu toucher son âme du bout des doigts. L'univers cessa de se mouvoir tandis que le brun produisait un effort monstre pour contrôler les frémissements qui parcouraient son corps. Il paniquait comme une adolescente et était persuadé d'avoir le visage aussi rouge qu'une héroïne de romance.

Hawks le dévisageait avec intensité. Il lui laissa tout le temps nécessaire pour prendre sa décision, ce qui augmenta l'était d'affolement duquel Touya était prisonnier. Le souffle du maître-nageur contre ses lèvres, il lui était impossible de se concentrer. Putain, Hawks aurait pas pu se lancer directement au lieu de lui poser une telle question ?!

Son cœur battait si fort. Il était habitué à en ressentir le rythme jusque dans ses tympans, mais pour la première fois, la sensation était agréable. Cela lui prouvait qu'il n'était pas dans un de ses rêves lucides, bien qu'il angoissât de la même manière ; et si Hawks était dégoûté par la sensation des brûlures contre sa peau si douce ? Et s'il s'y prenait mal, s'il avait oublié comment faire depuis le temps ? Et après, il se passerait quoi ? Est-ce qu'ils iraient plus loin, est-ce qu'ils continueraient à se comporter normalement l'un envers l'autre ? Leur relation allait-elle avancer d'un nouveau pas, ou d'en reculer de dix ?

Touya enferma toutes ces questions dans une grande boîte qu'il propulsa au plus profond de son esprit. Incapable de prononcer quoi que ce soit, il répondit d'un simple hochement de tête. Son cœur cessa de battre lorsque les joues du maître-nageur se teintèrent de rousseur et que son sourire s'élargit un peu plus.

Puisque le brun gardait encore ses doigts en otage, Hawks se redressa pour loger tendrement son autre main contre la mâchoire de Touya. De la même manière qu'il l'avait fait à Taketomi, il retraça du bout des doigts la frontière entre sa peau et ses brûlures, jusqu'à les glisser dans sa chevelure rebelle. Les quelques caresses qu'il lui prodigua amplifièrent les frissonnements de Touya ; il ne chercha plus à les maîtriser. Son regard était suspendu à celui de Hawks qui ne le quittait pas des yeux, bien qu'il se rapprochât de plus en plus. Sa main rencontra finalement les brûlures de sa nuque, et par peur que quelque chose vienne tout gâcher, Touya ferma les yeux. Son souffle haletant mourut sur les lèvres de Hawks quand il les apposa sur les siennes avec délicatesse.

Un baiser chaste, timide, laissant à peine le temps à Touya de se délecter du moment. Ses paupières se rouvrirent pour observer le maître-nageur qui recula d'à peine quelques centimètres. Sa main ne changea pas de position, pas plus que ses doigts qui étreignaient ceux du brun en tremblotant. Ils dévisageaient chacun les lèvres de l'autre, autant avec satisfaction qu'avec appétit. Un moment hors du temps, comme s'ils planaient au-dessus de la Terre qui avait cessé sa rotation juste pour eux. Hawks esquissa un faible sourire qui donna à Touya une monstrueuse envie de l'embrasser à nouveau.

« - … Encore, demanda-t-il à mi-mots. »

Le rictus du blond s'élargit avec amusement. Encore, il pressa sa bouche contre celle du brun, avec légèrement plus d'intensité que la fois d'avant. Jamais Touya n'aurait cru son cœur capable de battre aussi fort.

Les lèvres de Hawks étaient douces comme l'amour et elles avaient un parfum de fraise ; Touya se l'imagina possédant une collection de baume à lèvres et à son tour, il sourit. Le blond raffermit sa prise sur sa nuque, déclenchant une nuée de papillons dans le ventre du grand brûlé. Chaque nouvelle bouffée d'air lui paraissait plus essentielle que la précédente tant il peinait à respirer convenablement. Après plusieurs secondes, Hawks se recula à nouveau ; Touya prit immédiatement la parole.

« - Encore. »

Un éclat de rire radieux, et Hawks sourit de toutes ses dents. C'était définitivement le plus beau son au monde, pour le plus beau sourire au monde.

Les lèvres du maître-nageur étaient extraordinairement pulpeuses. Touya s'était imaginé plus d'une fois leur contact sur les siennes, mais la sensation était mille fois plus délicieuse qu'il le pensait. C'était encore très délicat, mais il commençait à avoir de plus en plus de mal à contenir la passion qui grandissait en lui et qui lui donnait envie d'embrasser Hawks jusqu'à ce que le soleil se lève.

Ils se séparèrent et, putain, ce qu'il était beau. Son expression faciale, son regard, son sourire, tout chez Hawks irradiait de bonheur et témoignait l'état de joie profonde dans lequel il était. Il allait se faire mal aux joues à force de sourire autant. Il souriait comme s'il n'avait jamais été aussi heureux.

Touya n'avait jamais été aussi heureux.

« - Encore ? questionna Hawks en se moquant. »

Le brun ne lui laissa pas le loisir de plaisanter plus longtemps. Il libéra ses doigts pour prendre son visage en coupe, et fondit sur ses lèvres l'instant d'après. Touya l'embrassa comme si sa vie en dépendait, obligeant Hawks à s'accrocher à sa taille pour ne pas s'écrouler dans le sable. Ils s'embrassèrent à en perdre le souffle, se séparèrent pendant quelques brèves secondes pour le reprendre, pour finalement mieux se retrouver dans l'instant qui suivit.

Touya intensifia le baiser, désireux d'aller plus loin. Il caressa les lèvres de Hawks qui comprit sa demande ; il entrouvrit sa bouche, permettant à leurs langues de se rejoindre. Elles s'unirent avec sensualité et ardeur. Touya raffermit la pression de ses mains sur les joues du maître-nageur, lui arrachant un gémissement de plaisir qu'il ne parvint pas à contrôler et qui acheva de rendre fou Touya.

Il venait de conclure avec le maître-nageur de la station balnéaire.


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