Genres : Aventure, Western
Rating : K
Disclaimer : Hetalia appartient à Hidekaz Himaruya.
LA TRAVERSÉE D'ALFRED F. JONES
- CHAPITRE 1 -
Leave, Cowboy ! Leave.
Il y a-t-il plus relaxant qu'une bonne bouteille de whisky - où bien quelques verres de Moonshine pour les plus intrépides - après une journée exténuante à cheval ? Le cow-boy Alfred F. Jones connaissait déjà la réponse et elle fut bien évidemment négative.
Mais comment trouver un endroit approprié pour ce genre d'activité quand sa présence à elle seule dérange et est à l'origine d'agitation et de désordre ? Pour celle-ci, le blond passa son tour. Il n'était pas allé bien longtemps à l'école et les questions avaient le don de lui tracasser l'esprit. Pourtant, à première vue, ce saloon paraissait être un établissement tenu par d'honnêtes gens où la tranquillité fut mot d'ordre. Quand Alfred, de sa hauteur exaltée grâce à ses bottes, poussa les portes battantes et attira tous les regards vers lui, il essaya de dissimuler son mal-être derrière un de ses sourires si emblématiques. Mais en vain, l'atmosphère était lourde et l'odeur d'alcool très forte.
Les vieux péquenots au fond de la salle gobèrent leurs fonds de verre tout en l'assassinant du regard et le pianiste, bien débrouillard, rata ses notes de façon crescendo. Le blond n'était décidément pas la bienvenue, mais il fallait bien s'y attendre. La ville ne l'aimait pas et elle espérait bien lui faire comprendre. Mais Alfred fut un jeune homme têtu et vivace, ou bien était-il tout simplement trop naïf et sot pour s'en rendre compte.
— Dégage !
Lui balança l'employé du maréchal, tout en l'apercevant s'approcher de la table de poker.
Mais le blond n'en avait que faire. Il lui répondit par un ricanement sincère tout en lui empruntant son verre de whisky. Les râlements se firent entendre de plus belle sous les cliquetis de ses éperons. Encore quelques choses qui rendit Alfred plus détestable aux yeux des habitants de la ville. Enfin, quand les messes basses se firent plus rares et que les verres eurent finalement finis de voltiger autour de sa tête, le blond s'approcha du comptoir. Le saloon était aujourd'hui bondé et l'air ravis du tavernier se dissipa rapidement quand il aperçut le cow-boy arriver vers lui.
— Jones ! Paye ta dette ou tire-toi !
En réponse, Alfred sorti un petit sac de pièces et le balança vers son interlocuteur qui eut les mains bien prises. Le contenu atterrit en face de lui tout en faisant étaler l'or sur le comptoir. Pendant un moment, leurs regards se croisèrent et le vielle homme leva les yeux au ciel tout en continuant de cirer ses verres d'alcool. Alfred prit ceci pour une invitation et s'empressa de s'asseoir devant lui, tout en se faisant servir une boisson locale.
Les habitants de cette ville savaient comment dissimuler leur colère quand on leur ramenait quelques pièces d'or sous leurs nez, ou bien capturait plusieurs hors-la-loi. Et malgré tout ce qu'ils pouvaient dire à propos du blond, Alfred était doué dans les deux domaines. Ce fut un solitaire robuste, bruyant, qui savait manier la gâchette comme personne et qui collectionnait les primes comme des cartes dans un paquet. Vantard, Alfred ne se gênait jamais pour faire parler de lui et pour exceller dans tous les domaines. Son rêve était celui de devenir numéro un, quelque qu'en soit le prix. Enfin, c'est ce que racontaient les plus vieux d'ici. Cette facette-là de Jones fut peinte depuis des années et il fallait bien le remarquer, le jeune homme avait changé depuis quelques mois. Il faisait de moins en moins parler de lui, mais bizarrement, il était tout aussi agaçant et turbulent. Alfred devait partir pour que la paix revienne au sein de cette ville. Et les habitants étaient prêts à le tirer par la peau des fesses pour que cela soit possible. Du moins, s'ils ne recevaient pas leurs pièces d'or quotidiennes...
En engloutissant son verre d'alcool d'une traite, une silhouette attira son attention. Tout en s'essuyant la bouche, Alfred tourna son visage vers la droite et fixa l'homme qui était assis à ses côtés. Le cœur battant, il reconnut ce chapeau de paille entre mille et cette longue et épaisse fumée de tabac. Mais voulant d'abord dire quelque chose, Alfred referma sa bouche et se contenta de regarder devant lui, le sourire triste.
— Jones, franchement. Donne-moi une bonne raison de ne pas te défier en duel, là maintenant.
L'accent cubain résonnait presque faussement dans tout le capharnaüm que produisit le saloon. Dans la pénombre d'une lampe à pétrole posée non loin, le regard dur et haineux de Carlos transperça celui d'Alfred. Mais au contraire, le blond ne répondit pas instinctivement à la provocation de son lointain ennemi. Depuis quelque temps, il préféra garder sa fugacité pour d'autres occasions, et même imposer le silence en cas de situation extrême (celles-ci étaient rares).
— J'dois partir d'ici, j'ai pas le temps.
Son voisin fuma son cigare pendant un instant tout en fixant le blond du coin de l'œil. Ce n'était pas son genre de fuir un duel, surtout quand il avait l'occasion de briller. Cela avait le don d'interpellait le cubain, mais ne fît pas disparaître la rancœur qu'il possédait vis-à-vis de lui.
— Partir ? Pourquoi faire ? On ne t'a pas encore pendu, tu sais.
L'ombre sur son visage se dissipa petit à petit et laissa place au regard bleu d'Alfred. Son chapeau maintenant relevé, Carlos pouvait distinguer clairement son visage balafré, mais aussi juvénile et rempli de fougue qu'il possédait.
— Matthew est mort, Carlos.
— Matthew... ?
Un silence pesant prit soudainement place. La fumée de tabac qui paraissait si épaisse ne ressemblait à présent qu'à une brume au loin et les glaçons fondèrent tranquillement dans leurs verres d'alcool.
Carlos fut réellement secoué. Il ne s'attendait pas à cette révélation et pensa pendant un instant qu'Alfred lui fît une blague. Mais aussi farceur qu'il pouvait être, le blond ne blaguait pas sur ce genre de sujet. Malgré tout ce que l'on pouvait dire sur lui, il fut quelqu'un de juste et de droit dans ses bottes.
— Merde.
Alfred ne souriait plus et regarda son ennemi boire le fond de son verre, d'un coup sec. L'atmosphère fut soudainement plus légère mais aussi maussade. Alfred en avait un peu marre de répandre la nouvelle à qui voulait l'entendre. Mais pour Carlos, c'était différent. Il savait que c'était un ami proche de son frère et qu'il l'estimait beaucoup. Même un peu trop, vu leur rivalité d'antan.
— Je recherche l'homme qui lui a ôté la vie. Mais à part mes souvenirs, je n'ai aucune piste.
À l'ombre d'une lueur artificielle, le Cubain pouvait distinguer une once d'animosité dans son regard.
— Je ne peux pas t'aider sur ce coup-là, Alfred. Ma famille est ici et ma femme... Tout ça, c'est fini pour moi. Reprit Carlos en se penchant en arrière.
— Je sais. Mais tu as bien quelque chose non ? Une info ? Une diligence ?
— Blondinet... Si ton tueur se sent coupable, il ne doit même pas être dans les parages. Une diligence ne servirait à rien.
Carlos appela furtivement le tavernier tout en lui demandant de rallumer son cigare éteint. Celui-ci obéit et ne manqua pas d'assassiner Alfred du regard.
— J'ai sûrement quelque chose oui...
Le Cubain releva son chapeau de paille et tomba nez à nez sur la nouvelle ceinture à étui de son interlocuteur. À travers les reflets rouges et la brume de tabac, une boucle dorée symbolisant une feuille d'érable brillait légèrement. À cette vue, l'hésitation de Carlos disparu subitement et une vague de tristesse envahit son corps.
— Au port, vers le sud. Il y a une barque larguée non loin, mais elle part bientôt. Tu demandes un certain Kirkland... C'est un vieux croûton, tu ne risques pas de le louper.
Alfred sentit soudainement l'excitation faire battre son cœur. Il sourit de plus belle et releva la tête, les yeux brillants.
— Carlos je—
Celui-ci si secoua rapidement sa tête tout en balayant son index de droite à gauche.
— Je t'interdit de me remercier. Je fais ça pour Matthew, pas pour toi salopard.
Malgré ça, le blond ne put s'empêcher de sourire. Il finit son verre d'alcool et se leva de sa chaise, précipitamment.
— Merci Carlos, sérieusement !
— Putain...
Quand les espérons d'Alfred se mirent à cliqueter contre le parquet sale et taché d'alcool, les habitants de la ville arrêtèrent tout mouvement. À la vue de sa silhouette traversant la pièce et s'éloignant au loin, des acclamations de contentement se firent entendre. Ce fut un réel soulagement de voir le cow-boy partir de la ville. La journée était à la fête.
— Eh, Jones !
Le blond n'eut pas le temps de reprendre son revolver que lui tendait le petit garçon de l'entrée, qu'une voix l'interpella. Il se retourna à nouveau et fut face à Carlos qui ôta son chapeau de paille.
Le Cubain le plaça vers son cœur et ferma les yeux quelques secondes. Ce geste émeut Alfred et fit naître un petit sourire au coin de sa bouche.
— Retrouve-le et venge ton frère, il le mérite.
— Parole de Jones.
Le cow-boy poussa les portes battantes du saloon. Et sous les rayons fiévreux du soleil, il releva son chapeau grâce à son index et reprit :
— À la prochaine, vieux frère.
La ville enfin débarrassée du boulet que représentait Alfred, elle pouvait enfin respirer en paix. Les galops passants au loin et la poussière volant dans les airs étaient signe de repos et de jours paisibles. Mais pourtant, ce ne fut que le commencement pour Jones. Sous un soleil ardent, le cow-boy dévala les plaines à cheval et ne vit que pour une chose : la vengeance et un dernier verre de whisky.
