- CHAPITRE 2 -

"God Save The Queen"


Le voyage jusqu'au port ne fut pas très long. En galopant de nuit (les ténèbres étaient maintenant devenues son refuge), Alfred était déjà arrivé sur place.

La ville portuaire fut mouvementée - bien plus que celles du désert intrépides et ingrates. Le blond n'eut même plus la place d'attacher son cheval à un lampadaire ou un poteau s'offrant à lui : les calèches envahissaient les rues et les marchands piétinaient les pieds des malheureux se trouvant sur leur chemin.

Caressant une dernière fois la crinière de son fidèle destrier Sam, Alfred rebroussa chemin et s'approcha des premières vagues. Les mains dans les poches de son jean, il put apercevoir un attroupement se former devant lui. Derrière les énormes caisses en bois et l'odeur forte de l'eau salée, le cow-boy distinguait un énorme navire à voile. Flottant dans les airs, le drapeau britannique et le pavillon noir situé en dessous lui sauta immédiatement aux yeux.

— Dis gamin, tu ne sais pas où je peux trouver un certain Kirkland ?

Le gamin en question leva ses yeux vers le blond et lui lança l'un de ses regards les plus dédaigneux. Voyant le manque de réponse, Alfred lui balança une pièce, accompagné d'un léger sourire. Le petit la rattrapa aussitôt, tout en pointant du doigt le navire britannique.

— Là-bas m'sieur ! C'est le pirate qui parle bizarrement !

Alfred ne sût s'il pouvait le qualifier de bizarre, mais effectivement, son fort accent européen résonnait à travers la place tout entière et cela le fît bien rire.

En s'approchant un peu plus des ponts en bois menant aux différents bateaux, le cow-boy aperçu une silhouette débouler de celle-ci. Les pieds emmêlés, elle ne manqua pas de tomber dans la mer. Mais l'équipage qui la suivait de près arriva tout de même à la sauver de la noyade, plusieurs fois.

God save the Queen !

À la suite de cette réplique, plusieurs hommes situés sur le pont et ou dans la rue adjacente crièrent à l'unisson. Alfred se retrouva rapidement encerclé de pirates britanniques.

L'homme boiteux ne manquait pas une seconde de plus pour vider sa gourdasse - contenant surtout de l'alcool vu son état - et déposa son pied sur la terre ferme. Ses bottes mouillées et son allure peu moderne sautaient aux yeux d'Alfred. L'homme portait sur ses épaules un long et vieux manteau vert, sûrement usé par le temps. Son cou était orné d'un collier de perles et ses oreilles tenaient tant bien que mal une ribambelle de bijoux dorés. À la vue de cela, le cow-boy déglutit. S'il y a bien une chose qu'il ne ferait pas, c'est bien cela... D'après quelque dire, ça ferait un mal de chien.

— Vous savez où je peux trouver Kirkland ? Demanda Alfred en s'approchant d'un marin.

Assit sur une caisse en bois, l'homme qui ne paraissait pas très amical arqua un sourcil. Ses yeux balayèrent la silhouette du cow-boy de haut en bas et finissaient sa course en crachant à ses pieds.

— Boss ! On vous cherche !

À l'instant où ses mots sortirent de sa bouche, Alfred ne sut comment, mais ses yeux rencontrèrent immédiatement celui du Britannique soûl. Ses grandes pupilles vertes, surmontées d'épais sourcils, traversaient son regard et lui procura un étrange frisson. Malgré le fait que son accoutrement pouvait paraître très old-timer, Alfred sentit que quelque chose le liait à cet homme.

— Hm ?

Il s'était approché du blond, voulant se donner l'air le plus méfiant et menaçant possible. Alfred lui donna la trentaine, peut-être un peu plus, et lui trouva des airs de corsaire plus que de pirate. Qui se trimballait encore avec un sabre à la ceinture ?

— C'est vous le pirate Kirkland ? Moi c'est Alfred F. Jones !

Le Britannique jugea à son tour le blond de la tête aux pieds, tout en fronçant ses sourcils. Il regardait avec méfiance la main tendue d'Alfred et balança dans les airs sa gourdasse vide.

— Qu'est-ce tu veux ?

En ouvrant sa bouche, une forte odeur d'alcool y sortit, et le cow-boy se retenue de ne pas froncer le nez. Il n'avait pas vraiment son mot à dire... Lui aussi avait tendance à tirer un peu trop fort sur la bouteille de whisky.

— Un vielle ami m'envoie. J'ai entendu dire que vous pourriez me recruter sur votre bateau afin d'aller plus loin vers le sud et de—

— Toi ? Te prendre ? Coupa Kirkland en croisant ses bras.

À la suite de ça, son équipage s'approcha d'eux, tout en rigolant à gorge déployée. Alfred se vit rapidement encercler de pirates britanniques peu accueillants, mais très enjoués.

— Ce n'est pas l'équipage des zoulettes ici. Les cow-boys dans ton genre ne tiendront pas une journée sur l'eau...

— Je sais nager.

— C'est bien ça le problème ! Reprends le pirate, un peu plus fort.

Il recula ensuite et posa son pied sur le pont en bois légèrement incliné, afin de prendre de la hauteur. Tout son équipage se tenait au centre, mais ses yeux émeraude ne quittèrent pas la silhouette d'Alfred. Fièrement, Kirkland fronça ses sourcils et reprit :

— Tu penses tout savoir sur la vie d'un pirate ? Qu'il suffit juste de savoir nager et manier l'épée ? Mais écoute moi bien l'Américain... La mer, elle n'est pas faite pour tout le monde ! Elle est intrépide, sauvage et sans merci. C'est bien pour cela qu'il n'y a qu'une seule et unique nation qui a su la dompter...

L'équipage du pirate gloussait tout doucement, avec une légère fierté dans le ton de leurs voix.

The United Kingdom of Great Britain and Northern Ireland !

Puis celui-ci s'exclama à nouveau en cœur, les bras dans les airs et les dents pourries à la vue de tous.

Mais soudainement, le capitaine froissa son visage quand il tomba nez à nez sur celui d'Alfred : un visage souriant et regardant autour de lui, comme un enfant. Il se mit même à frapper dans ses mains, c'est dire ! La situation l'amusa et Kirkland le prit pour un affront. Mais ce qu'il ne savait pas, c'est qu'Alfred fut tout simplement un homme bien trop naïf, et absorbant les émotions des autres comme une éponge.

— Pourquoi rigole-tu cow-boy... Mon pays te fait-t-il rire ? As-tu l'audace d'affronter la couronne ? Réponds !

Le Britannique descendit du pont et s'approcha dangereusement d'Alfred, tout en pointant son doigt sur lui. La colère lui avait permis de rapidement dessoûler et l'Américain pouvait enfin apercevoir un air beaucoup plus sérieux et terrifiant de sa part.

— Non, non ! J'ai juste besoin de votre aide. Vot' bateau, vous voyez, il m'intéresse moi !

— Boss ! Ce cow-boy se paye votre tête ! Balançons-le dans l'eau.

— Écartelons-le, boss !

— Pendons-le !

SILENCE !

La foule se tut et Alfred pouvait même entendre les vagues de la mer percuter les bordures du port. Un silence planant régnait et l'air sérieux que se donnait Kirkland inquiéta le cow-boy. Si jamais leurs menaces devenaient réalités, Alfred avait toujours une main posée sur son double holster - au cas où.

— Tu as beaucoup d'audace pour un simple éleveur de vaches, dit moi. Tu viens ici - sur mon port ! - et tu défis la couronne, notre sainte reine Victoria. Tu devrais t'incliner pour ton immense faute et ta demande des plus insensée. Mais aujourd'hui, je suis d'humeur clémente. La mer est calme et j'ai besoin d'un service...

Le cow-boy enleva sa main de son arme et baissa sa garde, la curiosité à son paroxysme.

— J'ai pas tout compris... Mais OK ! Dis-moi pirate.

— Si tu veux rejoindre mon équipage tu devras d'abord te rentre en ville, à Chinatown. Là-bas, tu me retrouves mon trésor : « La Perle de l'Orient ». Et tu me le ramènes.

— C'est tout ?

Le pirate afficha un sourire machiavélique tout en croisant ses bras. Il fallait croire qu'Alfred était en train de jouer sur un terrain glissant.

— Va, cow-boy ! Ramène-moi mon trésor et après, on verra si « c'est tout ». Get out.

À première vue, Alfred avait pris le capitaine Kirkland pour un pirate tyrannique. Mais à part une grosse barque, un équipage soûl et un sabre, le Britannique ne possédait pas grand-chose. Un trésor ? Le blond allait lui en ramener 20 des trésors s'il le fallait ! Il était prêt à tout pour embarquer sur ce bateau et retrouver le meurtrier de son frère. Tout ce dont il avait besoin à présent fut de son destrier Sam, son courage monté à bloc et la direction de Chinatown...