Pendant qu'Alya terminait de ranger la cuisine, Marinette s'occupait de la salle à manger du restaurant.

Il restait toujours un client et comme la journée avait été inhabituellement chargée, normalement elle serait allé le séparer de son verre d'alcool pour le mettre à la porte mais cet homme était quelqu'un d'important, le chef du poste de police local en quelque sorte. Et elle le laissa donc faire à sa guise pendant qu'elle nettoyait.

Ce n'était pas comme s'il y avait souvent beaucoup à faire de toute façon. La nourriture était rare et chère. Peu de personne commandaient des repas. Par contre, les hommes semblaient toujours trouver de l'argent pour de l'alcool. Ce qui permettait à Marinette, Alya et à la vieille veuve propriétaire de l'établissement de vivre avec le simple minimum.

Les temps étaient durs un peu partout sur la planète depuis le début de la grande dépression et cette vie morose avait finit par atteindre leur petit hameau aussi isolé soit-il.

Marinette se glissa entre les tables avec son plateau chargé lourdement de verres vides lorsqu'une énorme paluche coinça son bras. Elle resserra sa prise sur le précieux chargement pour ne pas tout renverser et fit de son mieux pour rester droite sur ses pieds malgré le déséquilibre.

«Monsieur?» questionna-t-elle respectueusement.

«Pose ce plateau, prends un verre et viens t'asseoir sur moi, mignonne.»

Marinette ne savait pas bien comment réagir. Même en travaillant au bar, elle n'était que peu harcelée par les clients. Elle recevait bien des invitations pour danser dans les soirées organisées dans le village célébrant les grandes occasions mais, lorsqu'elle était serveuse, se faire compter fleurette par un galant ne l'intéressait pas et les hommes du village la respectaient.

Et pour ce qui est des rares voyageurs qui passaient par cette salle en séjournant à l'hôtel, ils préféraient habituellement Alya qui avait des courbes plantureuses contrairement à elle.

La poitrine de Marinette était presque aussi plate que celle d'un garçon et ses hanches aussi étroites. Seul son visage délicat lui valait les coups d'œil masculins.

«Je ne veux pas Monsieur.» répondit-elle calmement alors qu'elle tremblait à l'intérieur. Et si il faisait des misères à cause de son refus? «Je ne veux pas vous manquer de respect mais je ne veux pas... batifoler.»

Il éclata d'un gros rire épais et répondit: «Je ne t'ai pas demandé ton avis, je t'ai demandé de t'asseoir sur ma cuisse.» D'une bonne poigne, il tira sur son poignet pour l'amener vers lui.

Toujours chargée de son gros plateau, Marinette s'avança vers la table. Le poids et l'angle desserrèrent la prise de l'homme, surtout qu'elle semblait obéir.

Marinette en profita et bondit vers la porte de sortie pour s'enfuir en courant. Elle avait rapidement franchit une bonne distance dans une zone ouverte mais décida de piquer par le bosquet pour rejoindre l'auberge. Le gardien était un ami à elle et Alya et il pourrait la cacher dans l'une des chambres et raisonner le type.

Mais lorsqu'elle ressortie du bosquet, avant qu'elle n'atteigne l'auberge, l'agent de police la coinça. De toute évidence, il n'avait pas autant bu qu'elle le pensait. «Je veux pas te faire de mal. Juste prendre du bon temps en ta compagnie.» plaida-t-il.

«Et moi, je vous ai dit NON!» cracha Marinette en le frappant de trois coups successifs. Le premier coup de genou entre les jambes pour lui passer l'envie, le deuxième, un coup de pied à la poitrine pour lui couper le souffle et un autre coup de pied en levant bien haut la jambe pour lui briser le nez. À chaque coup, Marinette entendit un craquement.

L'homme roula au sol, une main sur le visage et l'autre sur son intimité et les blasphèmes se déversèrent de ses lèvres serrées.

Marinette retourna au restaurant. Alya était dans la cour. Son amie l'attrapa par la main et l'entraîna à l'intérieur. Elles verrouillèrent les portes et fermèrent les rideaux avant de se réfugier dans la cuisine, toutes lumières éteintes.

«Qu'est-ce qui est arrivé?» demanda Alya affolée.

«L'agent de police qui était encore dans la salle a voulu me forcer. Je me suis enfuit à l'extérieur et quand il m'a poursuivit, je lui ai démolit... le portrait.»

Alya camoufla son éclat de rire dans sa main pour rester discrète. «Comment tu as fait?» s'émerveilla-t-elle.

«Des trucs que ma mère m'a apprise plus jeune.» dit Marinette en haussant les épaules. Puis, la réalité s'imposa à elle «Alya, je dois me cacher. S'il m'arrête pour outrage à agent ou coups et blessures?» s'effraya-t-elle.

«Détends-toi. Il ne va pas aller raconter qu'il s'est fait démolir par une petite demoiselle. Même pour une fille, tu n'es pas très grande. Il va probablement rendre une bande d'ivrognes responsable.»

«Mais, il pourrait tout de même nous faire des misères ou a mes parents ou à la propriétaire.»

«Hum...» réfléchit Alya «T'as raison. Il faut que tu quittes le village.»

«Hein? Comment?» se surprit Marinette. «Il faut une voiture par la route et de l'équipement par la montagne. Juste pour voyager c'est difficile.»

«Je sais! Viens.» l'entraîna Alya. Elle prit la recette de la journée dans la caisse.

«Même avec de l'argent Alya. Simplement pour avoir des repas en route c'est impossible. Notre garde-manger est vide et la livraison est seulement demain.»

Juste à ce moment, de grands coups dans la porte d'entrée ne laissant aucun doute sur la personne qui frappait, les firent sursauter et se baisser derrière le comptoir. Alya reprit la main de Marinette et l'entraîna par la porte arrière de la cuisine passé les poubelles et les buissons épineux et d'autres poubelles, elles se retrouvèrent à la porte arrière de l'auberge, près de la chambre personnelle de Nino.

Alya entra avec une clé de secours repêchée dans une cachette. Réveillant le garçon qui était le gardien durant la nuit, elles lui racontèrent brièvement toute l'histoire pendant qu'Alya trouvait son bonheur parmi les vêtements déposés dans une boite de dons pour les pauvres dans le salon de l'hébergement.

«Alya, ils sont pour les nécessiteux.» s'indigna Marinette lorsqu'Alya lui confia des vêtements de garçon à enfiler.

«Les démunis se débrouilleront aussi bien avec tes jupes. Tout comme tes gages rembourseront la recette d'aujourd'hui.» Alya la poussa derrière le coin d'un mur en expliquant son plan: «Tu vas t'enrôler dans l'armée.»

«QUOI! Mais ils vont le voir tout de suite que je suis une fille.» protesta Marinette.

«Les gens ne voient que ce qu'ils veulent voir. Et on est plus au moyen âge. De nos jours, même les militaires ont droit à leur intimité. On va juste te couper les cheveux. Tu as une trousse de barbier Nino?»

«Sur la tablette dans le bureau.» indiqua-t-il alors que la sonnerie de l'entrée l'appelait. «Mais ne lui fait pas la coupe militaire tout de suite. Ça aura l'air plus crédible si elle arrive en garçon normal.»

Les filles reculèrent jusqu'à la chambre de leur ami pour s'y cacher pendant que celui-ci accueillait l'agent de police. Il les rejoignit quinze minutes plus tard, un verre à la main.

«Il a fouillé les chambres où il n'y avait personne au registre et est repartie. Tiens, tu devrais boire ça.»

«Ça a une odeur infecte!» se plaignit la jeune femme presque métamorphosée.

«Avale d'un coup, tu me remercieras dans tes prières.» s'amusa le jeune homme.

Marinette s'étouffa et tomba au sol pour tousser ses poumons mais réussit à tout garder. «De l'eau.» réclama-t-elle la gorge rugueuse.

«Qu'est-ce que tu lui as donné?» demanda curieusement Alya qui préparait un paquetage pour Marinette avec ce qu'elle trouvait appartenant à l'hôtel et dans les affaires de Nino.

«Pas d'eau.» décréta-t-il. «C'est le cocktail spécial que le patron nous offre à Noël, avec un ou deux trucs en plus. Ça va t'étourdir un peu mais surtout tu auras la voix enrouée pour quelques jours. Le temps que tu te rappelles que tu dois relâcher ton muscle pour parler plus bas. Juste là, tu vois?» indiqua Nino sur sa propre gorge. Marinette l'imita avec quelques tentatives qui blessaient d'autant plus sa gorge.

«Tu dois apprendre à te détendre pour passer pour un garçon. Les gars savent qu'en se relaxant, ils vont devenir plus calmes et que quand tu es détendu, tu es plus fort et pratiquement invincible.»

Pendant que Nino proférait ses sages conseils, Alya avait relevé son amie et toutes deux regardaient le troisième avec incrédulité.

«Je blague pas. C'est ça le secret des gars. Pour le reste, on est comme les filles sauf qu'on fait pas le truc des filles, on compte jamais sur les autres et on demande pas d'aide.»

«Je n'attends pas après les hommes pour me sauver, tu sauras. Je suis capable toute seule de me défendre! ...Dans les limites de la légalité.» s'indigna Alya.

«Oui, comme elle!» s'étrangla Marinette.

«Ben voyons!» contra Nino. «Alya, c'est sûr que tu n'attends pas après les hommes, c'est eux qui s'empressent autour de toi. Et Marinette, quand tu ne t'appui pas sur Alya, tu vas réclamer des trucs à ton père, même si tu n'habites plus chez lui. Mais, là, tu seras seule, seule au milieu d'une tribu d'homme aussi seuls que toi. Même s'ils disent qu'ils sont tes frères et tes compagnons d'armes, au bout du compte, si tu es un homme, tu seras seul parce que les hommes entre eux sont en compétition.»

Sur ce dévoilement mystique d'une vérité universelle, Nino alla s'assurer que la voie était libre et les filles s'enfuirent dans la nuit.

Elles trouvèrent facilement le campement des soldats.

Il ne restait que trois d'entre eux autour d'un feu mourant à discuter sérieusement. Les filles les avaient croisés durant la journée. C'était grâce à eux que le restaurant avait fait un aussi bon chiffre d'affaire au dîner.

Ils étaient à la tête d'une unité de soldats en déplacement et s'étaient arrêtés à leur établissement avec leurs nouvelles recrues des villages les plus proches pour rencontrer la fine fleur de leur village (ou les pièces récupérables.)

Si Marinette se rappelait bien, il s'agissait des sergents de la troupe. Couffaine, Lecchen et Agreste, l'instructeur.

«Bonsoir Messieurs» salua Alya en s'approchant. «S'il n'est pas trop tard, j'ai là un petit gars qui souhaiterait s'enrôler.»

«Pour petit, c'est sûr qu'il est pas très grand.» plaisanta Lecchen en posant une main énorme sur l'épaule de Marinette.

Elle ne pouvait pas le nier, elle était petite. Même pour une fille. Mais elle se rappela du conseil de Nino de se montrer compétitive. Et oui, elle ne se sentait pas très bien. Mais la compétition, elle pouvait faire.

Elle attrapa la main du type et pivota avant de le soulever par dessus son épaule dans une superbe prise de judo et le type se retrouva étalé au sol.

«Et oui, la taille, c'est pas tout.» commenta Alya malgré qu'elle soit aussi stupéfaite que les trois autres.

Lecchen semblait encore essayer de séparer le ciel du sol mais les deux autres ne cachèrent pas leur admiration.

«Tu pourras nous apprendre?» demanda avidement le blond instructeur avec les yeux brillants. Toute sa vie, il n'avait connu que l'enseignement militaire du camp de formation et il avait rarement vu une technique aussi efficace.

«Il faut des années de pratique pour tout comprendre mais, je pourrais vous montrer quelques trucs simples...» s'avança-t-elle.

Et c'est ainsi que Marinette (ou plutôt Marino comme l'avait présenté Alya) se retrouva le lendemain matin dans un camion qui faisait route en direction de l'Académie de formation militaire en passant par toute une série de petits villages où ils recrutèrent d'autres nouveaux.


Deux mois s'écoulèrent alors que Marino se faisait à sa nouvelle vie. Il avait bénéficier de l'avantage que les autres gars lui épargnent les taquineries plus ou moins désagréables qu'ils se faisaient entre eux pour s'acclimater plus rapidement à son nouveau statut masculin. Peut-être l'avaient-ils épargné parce qu'il suivait Luka (le sergent Couffaine) très souvent. Peut-être était-ce parce qu'Adrien (le sergent-instructeur Agreste) semblait le préférer parmi les autres recrues.

Il était d'ailleurs le seul qu'Adrien avait personnellement insisté pour garder parmi son unité, la plupart des autres garçons qu'ils avaient engagés sur la route (dont ceux venant du même endroit que Marino) avaient été répartis à travers toute l'Académie.

Mais peut-être la raison du respect des autres envers elle/lui était-elle la répartition des tâches.

Agreste insistait toujours pour que chacun soit capable de s'occuper des repas et d'entretenir ses propres vêtements. Il répétait souvent que sur un champs de bataille, il n'y avait pas de "maman" pour s'occuper d'eux.

Adrien était un jeune homme avec un fond doux et sensible malgré l'Univers militaire qui les entourait, mais lorsqu'il s'agissait d'évoquer les liens affectifs mère-fils, il était hargneux et méprisants dans ses paroles, au point où Luka devait lui rappeler discrètement de se calmer.

Marino avait finit par associer ce comportement à ce que Luka lui avait révélé d'Adrien.

«Son père est militaire de carrière. Quand la mère d'Adrien est décédée, il a pris un poste de direction ici et a enrôlé Adrien bien avant qu'il ait l'âge normal pour faire ses classes. Quand Adrien a eu finalement douze ans et l'âge légale pour être élève, son paternel a juste accepté un poste sur un autre continent en le laissant derrière.»

Le souvenir de la mère d'Adrien ne devait pas être très vivace donc.

Quand à la préférence d'Adrien pour Marino, dès qu'on le questionnait, il se défendait assez facilement en disant: «Vous adorez tous qu'il fasse les repas plus souvent qu'à son tour et qu'il vous apprenne à coudre. En plus, il nous apprend des trucs d'art martiaux et il ne rechigne jamais devant aucun exercice. Alors oui, il est mon préféré parmi vous mais, il n'a pas de passe-droit et vous devriez tous grimper à son niveau plutôt que de le rabaisser. Pour l'instant, il vous fait passer pour une bande de paresseux mais, lorsque vous aurez terminé votre formation, je m'attends à ce que vous lui ressembliez tous.»

Marino ne pensait pas que qui que ce soit soupçonnait son secret. Les seules autres recrues qui auraient pu savoir qui était Marinette étaient deux garçons quatre ans plus jeune que lui qu'il ne croisait pas souvent lorsqu'il habitait au village.

Luka avait peut-être des soupçons. Avec lui, ce n'était pas évident de savoir et ils avaient eu une drôle de conversation.

Un mois à l'Académie, les autres élèves avaient parlé d'aller se détendre en ville et d'aller dans une soirée de danse pour rencontrer des filles durant la fin de semaine de permission mensuelle. Luka avait précisé qu'Adrien ne sortait jamais. «De toute façon, les filles ne l'intéressent pas.»

Comme il avait vu dans le regard de Marino une certaine incompréhension et de la perplexité (après tout, plusieurs boutades avaient suggérés qu'Adrien s'intéressait à Marino.) son mentor s'était expliqué davantage.

Il lui avait alors raconté l'histoire de ses parents en précisant qu'à son avis, c'était la raison pour laquelle Adrien ne cherchait pas de compagne féminine même s'il y avait aussi le fait qu'Adrien était persuadé que la guerre était éminente et que leur vie serrait trop courte de toute façon.

«Adrien a vécu avec des gars toute sa vie. Pour lui, les filles sont des civiles à protéger, pas des compagnes potentielles. Mais ne t'en fait pas, il ne s'intéresserait jamais à toi si tu ne le veut pas. En fait, depuis que je le connais, je ne l'ai jamais vu se rapprocher de quelqu'un même si j'ai déjà remarqué que certains élèves lui plaisaient.»

Un instant, cela avait effrayé Marino. Il avait été élevé dans la crainte des sodomites comme tout le monde. Les médecins disaient que cet état était causé par une maladie mentale. Ensuite, il avait réalisé qu'il était maintenant un cas particulier lui-même et sa crainte pour les préférences de l'instructeur s'était calmée.

«Et toi, tu euh...» questionna maladroitement Marino. Luka semblait si à son aise avec la question.

«Oh moi, juste les femmes. Ne t'inquiète pas.» l'avait rassuré son aîné de manière à ce que Marino soit certain qu'il ne ferait jamais de proposition.

Mais Marino aurait peut-être voulu s'inquiéter de la possibilité que Luka s'intéresse à lui. Il trouvait le sergent agréable à regarder et se décevait d'avoir à sacrifier sa féminité pour rester à l'Académie et ainsi perdre toutes chances de se rapprocher de lui.

Parce que même s'il oubliait tranquillement qu'il n'y avait pas si longtemps, il était encore Marinette. Même s'il niait que fondamentalement, dans le fond de ses sous-vêtements, il était différent des autres, même s'il partageait tout de leurs vies, leurs aventures, leurs peurs et leurs loisirs jusqu'à découvrir qu'il n'y avait pas autant de différences entre les gars et les filles que la société en générale le prétendait, ce que son corps désirait était définitivement d'origine on ne peut plus féminine.

Lorsque Marino rejoignait son inconfortable couchette qui était malgré tout le paradis après ses journées interminables, c'était Marinette qui rêvait.

Elle rêvait de prendre un amant pour qu'il lui fasse l'amour en secret la nuit et la protège le jour. Bien souvent, c'était Luka mais parfois aussi le Adrien de ses rêves la prenait par la main et l'entrainait dans son univers et dans sa chambrette de chef d'unité.

Mais, peu importe le visage ou le nom de l'homme, parmi toute la personnalité de Marino, il restait une part de Marinette qui rêvait simplement des mains d'un bel homme qui la masserait pour lui faire oublier la douleur de son corps.

Au bout de deux mois donc, Marino s'adaptait à l'endroit et avait trouvé une routine confortable. Être toujours l'un des volontaires pour la préparation des repas de l'unité et de corvée pour la blanchisserie lui avait permis de connaitre tous les autres un à un plutôt qu'en groupe. Cela lui donnait aussi des excuses pour avoir un peu plus d'intimité.

Bien souvent, il disposait pour lui-seul des cabinets pendant que les autres étaient à table et des douches après avoir rangé la cuisine après le départ de tout le monde.

Mais, ce jour-là avait été une journée particulière.

Une fois par mois, les élèves avaient une permission de deux jours. Certains repartaient dans leur famille mais la plupart restaient sur place.

Le mois précédent, les élèves de l'unité étaient sortit boire à la ville toute proche et avait passé la journée du lendemain à cuver leur vin comme la plupart des élèves de l'Académie le faisait dès l'âge de seize ans.

Marino avait simplement profité du congé pour dormir le plus possible.

Cette fois-ci, Agreste lui avait fait promettre de lui enseigner les mouvements de base de l'art martiaux. Ils s'étaient donc retrouvés seuls dans une plaine herbeuse voisine de l'Académie durant toute l'après-midi pour faire des prises de judo.

Adrien avait retiré sa chemise sous la chaleur du soleil et après une hésitation, Marino s'était également retrouvé torse nu.

Il avait des seins minuscules pour une filles mais c'était un peu beaucoup pour un garçon. Tout de même, certains en avaient, se dit-il.

Trop conscient de la semi-nudité de son corps de femme plaquée contre le corps virile d'Adrien, découvrant les muscles tendus qui jouaient sous sa peau appétissante, les nerfs de Marino avaient été mis à rude épreuve. Plusieurs fois, leurs visages s'étaient arrêtés à quelques centimètres l'un de l'autre et Marino avait maudit le fait que les lèvres d'Adrien ne se tendraient jamais pour prendre les siennes. Le laissant bouleversé de désirs insatisfaits.

La douche fraiche à l'heure du dîner avait été paradisiaque mais en retournant dans les vestiaires, une serviette sous les aisselles, Marino trouva Adrien qui retirait sa chemise, lui tournant le dos, pour également se préparer à la douche.

Il s'empressa de descendre la serviette sur ses hanches et de signaler sa présence à Adrien avant de se placer face à son vestiaire pour enfiler ses sous-vêtements et son pantalon.

«Je voudrais savoir...» demanda timidement le sergent avec une incertitude que Marino lui avait rarement vu. «Si tu voulais passer la soirée en ma compagnie? Tous les autres s'apprêtent à partir pour une virée en ville. Personne ne saurait que toi et moi, nous serions juste, toi et moi.»

«Tu veux dire, comme un amoureux avec un autre amoureux?» hésita Marino en rougissant.

«Oui. J'espère que je ne te choque pas?» s'assura Adrien. En groupe, personne ne parlait contre le sergent-instructeur et tous le respectaient malgré leurs doutes et les rumeurs. C'était un très bon instructeur.

«Non, tu ne me dégoûtes pas et tu ne m'effraie pas. Je ne connais rien à tout cela par contre. Luka m'avait déjà expliqué que les femmes ne t'intéressaient pas. Il m'a par contre dit que tu n'avais jamais eu d'amoureux avant.» précisa Marino, exprimant ses craintes.

«Et donc, tu es surpris de ma proposition? L'explication est bien simple, c'est que je n'ai jamais rencontré la bonne personne. Déjà, il n'y a pas beaucoup de garçons qui reconnaissent les côtés plaisant des autres garçons mais en plus... J'ai déjà couché avec un homme. Il m'a apprit beaucoup de choses. Il était instructeur ici.»

«Mais il n'est plus là?» s'assura Marino sans savoir pourvoir l'idée l'aurait dérangé.

Des deux garçons, Luka ou Adrien, elle aurait encore choisit Luka un mois plus tôt. Son attention avait été attirée par les beaux yeux bleus du sergent dès leur arrivée dans l'établissement. Mais, en apprenant à les connaitre tous les deux, elle ne savait plus. Et jusque là, elle n'y avait pas concrètement réfléchit parce qu'il était une fille derrière un masque d'homme. Elle ne pouvait pas approcher Luka pour se dévoiler et avec Adrien, une fois qu'elle serait dévoilée, elle le dégoûterait ou plus certainement, il ne s'intéresserait plus à lui et le ferait renvoyer de la formation.

Bien sûr, des deux, Luka avait un corps légèrement plus appétissant qu'Adrien mais, même si le garçon aux cheveux noirs était sensible et sympathique, c'était Adrien qui donnait des misères à Marino pour controler ses émois. Il était doux, délicat et juste. Irrationnellement, elle était jalouse qu'il ait déjà eu un amant.

«Pendant tout le temps que je l'ai connu, lui et moi savions tous les deux que nous préférions les garçons. Seulement, moi, je préfère ceux qui sont plus petits que moi et je préfère être dessus. Ce qui rend la quête d'un partenaire quasi impossible apparemment...» ironisa Adrien.

«Je ne comprends pas.» fronça Marino, très perdu.

«Quand deux hommes ont des rapports intimes, il y en a un qui... pénètre et l'autre qui est pénétré. Et ceux qui ont un petit gabarit ne sont généralement pas à l'aise à l'idée de "jouer le rôle de la femme". Donc, cet instructeur s'intéressait à moi mais, il était large d'épaule, poilu et d'une tête de plus que moi. J'ai couché avec lui juste avant qu'il parte en mission. Il m'a proposé de m'apprendre comment couché avec un autre homme et j'ai accepté parce que je voulais savoir.»

«Je-Ce ne serais pas un problème pour moi de prendre le "rôle de la femme". Je serais d'accord avec le fait que tu sois celui qui m'embrasse plutôt que l'inverse. Mais, c'est tout l'ensemble du concept qui me dérange plus.» fit Marino d'une petite voix.

«Marino» fit Adrien d'une voix chaude en le serrant dans ses bras et contre son torse. «Je ne t'ai pas proposé de passer du temps avec moi uniquement parce que tu me plais physiquement. J'adore tout en toi. Ton courage, ton ouverture à accepter les faiblesses de chacun. Je te trouve merveilleux. Et toute la journée, j'ai tellement eu envie de me rapprocher de toi. Je pensais que tu en avais envie aussi.»

«Seulement depuis aujourd'hui?» s'attrista Marino.

Adrien réfléchit une seconde avant d'avouer, le regard fuyant: «J'ai été vraiment déçu que tu dormes autant à la dernière permission. J'aurais voulu discuter avec toi toute la fin de semaine pour apprendre à te connaitre. Mais, j'ai encore l'impression que malgré tout, tu n'es pas intéressé. Alors, je n'insisterai pas.»

En parlant, Adrien avait détaché leurs corps et regardé clairement vers leurs entre-jambes. Sur le pantalon d'Adrien il y avait clairement une bosse qui brillait par son absence dans celui de Marino... avec raison.

Mais quand Adrien s'était détaché de lui, dans sa voix et dans ses gestes, même dans son regard, il y avait tant de peine. Marino pouvait facilement voir le petit garçon qui avait dû apprendre à vivre avec le rejet.

Nino lui avait expliqué que tous les garçons se sentaient seul d'une certaine façon, que c'était dans leur nature. Adrien devait avoir encore plus de raisons que tous les autres de ressentir la solitude.

Sans réfléchir, dès qu'Adrien lui eu tourné le dos, Marino l'attrapa dans ses bras et se drapa à lui comme une sangsue.

«Ce n'est pas toi Adrien. Je te jure qu'il n'y a rien qui cloche chez toi où que je trouve repoussant. En fait, je te trouve très agréable à regarder et plus encore à fréquenter. Et j'ai adoré notre journée moi aussi.»

Adrien se retourna dans ses bras et captura sa bouche. Pour tous deux, c'était comme si l'univers se mettait finalement en place pour tourner plus rond. Pour la première fois, Marinette avait envie de donner tout son cœur à un homme et de lui faire confiance pour en prendre soin. Pour la première fois, une personne qui intéressait Adrien ne le rejetait pas.

Ils n'avaient même pas pris le temps de partager un chaste baiser, les lèvres de Marino avaient accueillit la langue d'Adrien entrouvertes et elle s'était enfoncée entre elles avec bonheur. Puis, Marino répondit à ses gestes et tous deux soupirèrent de bien-être et de plaisir contre la langue de l'autre.

Lorsqu'ils se séparèrent avec beaucoup d'émotions, Adrien demanda avec espoir: «Alors, c'est oui? Tu veux bien être mon amoureux et mon amant?»

«Amoureux? Personne n'acceptera jamais notre relation. On pourrait nous envoyer en prison pour ça.» argumenta Marino.

Le sourire d'Adrien s'élargie: «Ici, l'amour à une autre façon de s'exprimer que dans le reste du monde normal. Il n'y a que les lettres que les belles écrivent aux soldats qui tiennent chaud la nuit. Mais nous pouvons avoir encore plus qu'eux. Nous pouvons avoir une fin de semaine à nous, tous les mois. On peut aller camper, on peut même s'enfermer dans ma chambre. Personne ne nous dérangera.»

«Oui, mais, le reste du temps? On pourrait se faire attraper.»

«Ah, le reste du temps, il faut aussi faire comme les autres et faire comme si nous étions séparés l'un de l'autre par la distance. On peut s'écrire des lettres qu'on échangera en se retrouvant et on rêvera des baisers et des mots doux qu'on partagera à la permission.»

Marino y réfléchit et se dit que c'était faisable. «D'accord pour cette partie mais pour ce qui est de devenir ton amant, il reste un problème, je ne peux pas.»

«Où est le problème, Marino? Qu'est-ce qui t'en empêche?» s'inquiéta tendrement Adrien.

«C'est mon sexe. Il est vraiment petit, presque invisible.» fit-il les joues complètement rouges.

«Oh, si ce n'est que ça! Tu n'es pas le seul tu sais?» se rassura Adrien.

«Vraiment?» se surpris Marino. Il venait juste d'inventer cette histoire et apparemment, il était tombé sur une vraie condition masculine existante.

Adrien hocha la tête. «J'ai vu des tas d'organes masculins dans ma vie. Et certains en avaient de minuscules comme mon auriculaire même en érection.» lui assura-t-il avant d'avouer beaucoup plus bas: «Ces hommes sont même capables d'avoir des enfants. Malheureusement.»

L'expression d'Adrien était si sombre que Marino devina tout de suite à qui il pensait.: «Ton p-»

«Mais, comme je te disais.» le coupa Adrien. «Ce ne serait pas un problème pour nous si tu me laisses la position du dessus. Si c'est mon sexe qui... bon.»

«Mais, ce n'est pas le seul problème.» poursuivit Marino. «Je ne veux pas être vu ou touché... là.»

«On en reparlera lorsque je t'aurai fait l'amour une première fois, tu risques de changer d'avis.» se moqua gentiment Adrien en donnant un coup d'épaule dans celle de l'autre garçon.

«Je suis sérieux Adrien.» avertit-il.

Adrien attrapa sa main dans les siennes et le regarda dans les yeux.: «Moi aussi, je suis sérieux. Je veux être en couple avec toi et je veux respecter tes désirs et tes limites. Je ne sais pas qui s'est moqué de toi par le passé ou qui t'a blessé dans ta fierté mais je veux uniquement t'aider. Si tu as besoin que je te promette de ne jamais chercher à te voir ou à te regarder de ce côté, alors je te le promet.»

Marino baissa le regard sur la poitrine d'Adrien, il avait définitivement envie d'y faire courir les lèvres. Il hocha la tête pour accepter et Adrien se releva.

Il sortit des commodités de leur unité vers la partie dortoir avant de revenir.

«Il n'y a plus personne annonça-t-il en rentrant. «Ils sont tous partis en ville.»

Adrien ne ralentit pas en passant devant Marino mais attrapa sa main au passage.

«Adrien?» s'étonna l'autre.

«Je ne me suis pas encore douché. Tu viens me regarder?» proposa-t-il en jouant comiquement des sourcils, tirant un éclat de rire de Marino.

Adrien se débarrassa de tous ses vêtements à l'entrée des douches et Marino y ajouta son pantalon, ne gardant que son caleçon au cas où il serait mouillé.

Il s'enhardit jusqu'à caresser le dos d'Adrien pendant qu'il se douchait rapidement et se permit d'observer son membre qui grossissait et se redressait.

Marino avait les doigts qui picotait d'envie de le caresser doucement et longuement. Bizarrement, il avait aussi le désir d'aller recueillir une à une avec sa langue chacune des gouttes d'eau se trouvant sur cette partie de sa chair tentante.

Il était fasciné au point où il fut surpris lorsqu'Adrien étira le bras pour le ramener sous le jet d'eau.

«Adrien?» questionna-t-il alors que les lèvres du blond trouvaient son épaule pour y déposer des baisers.

«Ok. Tu m'as bien dit que voir ou toucher ton sexe était interdit. Mais, j'ai raison de dire que tu n'as aucune expérience, n'est-ce pas?»

«C'est vrai.» admit-il après un nouveau baiser sur ses lèvres.

«Je n'en ai pas non plus en quantité. Alors, je vais essayer des choses. Pas le droit de dire non avant d'avoir essayé une première fois. Mais, si tu n'aimes pas, je ne le ferai plus ensuite. Et l'inverse est aussi vrai pour toi.»

«D'accord.» accepta Marino qui s'avança pour partager un nouveau baiser avec son amoureux.

Adrien essaya beaucoup de caresses et de gestes tendres. Pour la plupart, somme toute, aussi innocentes que les baisers sur l'épaule en pratique. Et s'ils restaient suffisamment simples pour que Marino n'en ait pas de malaise, ils lui retournaient tout de même le cœur et les sens.

Ce fut uniquement lorsque le plus petit décida de lui retourner ses attentions qu'il réussit à tenir le choc.

Pour variées qu'avaient été leurs explorations, elles n'avaient cependant pas duré très longtemps. Qu'importe puisque Marino était tout de même détendu lorsque les mains d'Adrien se serrèrent autour du derrière de son partenaire avant de se faufiler au milieu avec délicatesse.

Adrien se glissa derrière lui et poussa sur la taille de son caleçon que son amant enleva finalement. Adrien, toujours agrippé à sa taille et une main recouvrant son sein, les repositionna sous le faible jet de la douche dont ils n'avaient pas arrêté de se servir pour jouer avec le corps de l'autre.

Le blond guida ensuite le plus foncé à se placer sur les genoux et les paumes.

«Est-ce que ça fera mal?» s'inquiéta-t-il un peu pendant qu'il sentait Adrien écarter ses fesses et découvrir son cul. Il sentit alors Adrien se figer et retenir sa respiration. Il tourna la tête pour regarder son petit-ami par dessus son épaule.

En tant que fille, elle savait qu'elle aurait mal de toute façon la première fois mais se posait des questions sur l'arrière.

«Euh, non.» se reprit doucement le plus expérimenté qui revenait de sa stupeur. «Tu auras mal seulement si tu n'en as pas envie. Et si tu n'es pas à l'aise tu- tu n'as qu'à me le dire et j'arrêterai. En plus, l'eau va aider. Com- comme ça tu vois.» bafouilla-t-il. Puis, il glissa deux de ses longs et minces doigts dans sa rosette et Marino se mit immédiatement à haleter, l'étrangeté de la sensation ajoutant au plaisir.

Il comprit bien vite en quoi la douche l'aiderait en se faufilant entre sa peau et la main d'Adrien et se détendit davantage.

Bientôt, Adrien entra un troisième puis un quatrième doigt en lui jusqu'à ce qu'ils coulissent facilement.

Il n'était pas si membré mais, il avait les doigts fins pour un homme et voulait s'assurer qu'elle était totalement prête.

Parce que oui, Adrien venait de comprendre. Ou plutôt, pour être réaliste, il venait d'apprendre une vérité mais ne la comprenait pas encore.

Il avait scrupuleusement tenue sa promesse de ne pas regarder le sexe de Marino ni de le toucher mais par derrière, il aurait au moins dû voir ses testicules.

Et il n'y en avait pas. Alors, soit Marino avait une malformation, soit il avait été mutilé, soit Marino était en fait, une jeune femme.

Adrien n'y connaissait rien en fille. À l'exception de la petite blonde avec qui il avait joué occasionnellement avant d'avoir cinq ans, pour lui, elles étaient toutes des civiles vivant de l'autre côté des murs de l'Académie. Elles ne faisaient pas partie de son univers.

Par contre, il commençait à connaitre Marino. Il lui avait lui-même demandé d'avoir des relations intimes et il en avait objectivement toujours envie malgré sa découverte. S'il arrêtait maintenant, il (elle) s'offenserait.

Il avança finalement très lentement son sexe dans l'ouverture du haut et se retint avec un grognement pour ne pas jouir trop vite en entrant. «Tu as mal?» demanda-t-il lorsque la tête fut bien logée en lui (elle).

«C'est incroyablement étrange. Mais pas désagréable. Je ne sais pas si... Ça me stimule vraiment.»

«Je vais bouger dans ce cas et on verra comment ton corps réagit.»

Avec des mouvements réguliers, Adrien s'enfonça complètement jusqu'au bassin. Marino était confortablement serré sans l'être trop et Adrien pensait ne jamais pouvoir s'en passer.

Intérieurement, il songea à quelques blasphèmes en réalisant qu'il n'en avait rien à faire si la personne avec lui était un homme ou une femme.

Cela aurait dû compter. Cette réflexion le traversa fugitivement. Si Marino était une femme, Adrien aurait dû la traiter avec plus de respect et ne pas la salir. Mais, Marino avait choisie cette vie, peu importe ses raisons, il/elle avait dit oui pour être en couple avec lui.

La guerre viendrait. Marino pourrait peut-être quitter l'armée avant mais Adrien n'aurait pas ce luxe. S'il ne pouvait pas rester instructeur, il irait se faire tuer sur les champs de bataille.

Pour faire bref, la vie était courte et son sexe gorgé de sang faisait finalement l'amour à une personne formidable qui l'acceptait. Et rien d'autre ne comptait.

Son cerveau abandonna la lutte et un plaisir brute de tous ses sens prit le relais.

Bercé par la respiration et les soupirs de son amant, Adrien perdit la notion du temps. Une minute, plus? Moins? Avant que sa semence se déverse.

Il reprit ensuite son souffle assis au sol pendant que Marino terminait de les nettoyer tous deux.

Quand celui-ci remit son pantalon pour sortir chercher un nouveau caleçon, Adrien remarqua qu'il n'y avait aucune trace de la féminité de Marino. La douche avait emporté le peu de preuve qu'il y aurait pu avoir. Les conversations de feux de camps lui avaient pourtant apprit que les femmes étaient humides avec l'excitation, qu'elles saignaient la première fois par devant. Pas de trace non plus d'une quelconque éjaculation pouvant prouver qu'il se trompait et que Marino était en fait un garçon.

Il retrouva son amant au vestiaire et l'entraîna dans la chambre privée qui était son privilège d'officier.

Un mince drap glissé entre leurs corps nus jusqu'à la taille, il le serra dans ses bras, le menton sur son épaule. Il se sentait vulnérable maintenant qu'il était allongé pour la première fois contre une femme.

Doucement, il joua avec ses seins qui se dressèrent rapidement de plaisir. Un peu plus tôt, Marino lui avait dit qu'il aimait bien la caresse.

«J'adore ton matelas.» soupira l'élève soldat. «Le miens est aussi tendre qu'un mur de brique.»

La langue d'Adrien jouait avec les mamelles dressées lorsque ce commentaire accrocha son attention. Il ne pouvait pas entourer de douceur sa nouvelle petite-amie inattendue mais, s'il pouvait adoucir un peu sa vie sans que personne ne le sache, il le ferait.

C'est ainsi que Marino lui confia son rêve secret d'être massé après une longue journée d'entrainement et aussitôt, il se retrouva sur le ventre, exposé de la tête à l'arrière des pieds, une paires de mains chaudes réchauffant ses muscles.

Beaucoup plus tard, Adrien arrêta le massage et demanda avec gêne: «Je pourrais te demander quelque chose de particulier à mon tour?»

Marino se retourna pour lui faire face: «Je t'ai confié que j'étais atrophié, je pense que tu peux, à ton tour, me faire confiance.»

Adrien coinça son menton entre ses doigts pour s'assurer que Marino le regarde: «Tu n'es pas atrophié. Tu es magnifique de partout. Même s'il y a des parties de toi que tu aimes moins, moi, elles me plaisent parce qu'elles font partie de toi. Comme tes seins par exemple, ce sont de vraies beautés.» souligna-t-il en caressant le gauche du pousse. «Fermes, souples, de la couleur de la crème fraîche.» s'amusa-t-il.

«D'accord, d'accord. Changeons de sujet.» l'arrêta Marino. «Qu'est-ce que tu voulais me demander?»

«Je ne- veux surtout pas, te mettre mal à l'aise. Mais, si ça ne te parait pas trop dégradant. Tu crois que tu pourrais... me bercer.»

«Te bercer?» répéta Marino qui ne s'attendait pas du tout à cette demande.

«Pour, m'aider à m'endormir, tu vois? Mais, si c'est trop pour toi...»

«Non.» l'assura Marino en s'installant contre les oreillers et en l'invitant dans ses bras.

Adrien s'installa pour écouter son cœur pendant que son amant les berçaient de gauche à droite. Marino se fit la réflexion qu'Adrien avait reçu bien moins que lui durant son enfance. Lui-même avait reçu beaucoup d'amour de ses parents. Ils auraient voulu avoir aussi un garçon mais n'avaient jamais reproché à leur unique enfant d'être une fille.

Adrien n'avait pas eu suffisamment l'attention d'un parent et cela lui avait manqué comme c'était le lot de tellement d'enfants. Il voyait surtout qu'Adrien n'avait pas pu s'abandonner en toute confiance à une personne depuis des années en matière de tendresse.

Si comme Nino le lui avait expliqué, même les petits garçons grandissant dans une famille aimante se sentaient seul, Adrien ayant grandit comme un orphelin au milieu d'une académie militaire avait remporté la palme en frais de solitude.

Mais il fallu moins de cinq minutes pour qu'il soupire et se laisse gagné par le sommeil en jouant machinalement du pouce avec le mamelon dressé de son amoureux juste sous son nez.


Le lendemain, à l'aube, la trompette de l'académie réveilla toutes les unités sauf celle d'Adrien et deux autres unités qui étaient aussi en permission.

Tous deux se glissèrent en-dehors du baraquement par la porte d'entrée qui était près de la chambre de sergent-instructeur.

Loin en forêt, ils se baignèrent dans une cascade et pratiquèrent d'autres mouvements de judo et d'art martiaux plus anciens. Ils rirent beaucoup, discutèrent et mangèrent les rations qu'ils avaient apportées pour ne pas avoir à rentrer à l'académie de toute la journée.

Mais, après le repas, comme ils étaient encore nerveux d'être repérés même en pleine nature, ils choisirent un buisson pour se cacher et s'y embrasser longuement.

Adrien joua longtemps avec les seins de Marino, tous deux appréciaient beaucoup. Et pour petits qu'ils étaient, l'attention leur procurait autant de plaisir.

Adrien, pour sa part, était déçu. Non pas de ce joli relief mais, de ne pouvoir offrir plus de plaisir à son amant. Il aurait aimé lui offrir plus de plaisir à chaque relation mais, ce n'était pas évident sans pouvoir toucher le sexe de Marino.

«Tu t'es déjà caressé?» demanda-t-il, cherchant une piste de solution.

«Non.» rougit son compagnon. «Je ne saurais même pas comment.» avoua-t-il avec gêne.

«C'est plutôt simple.» commença Adrien d'une voix tendre en se levant pour retirer son pantalon lentement. Une fois exposé, son membre prit un peu d'ampleur par lui-même. Adrien lui en donna encore en empoignant la base et en faisant coulisser sa main de haut en bas. Toujours aussi calmement.

«Peu importe la longueur, tu dois d'abord explorer et procéder par essaie-erreur. Commence lentement au départ et accélèrent lorsque le plaisir monte. Ou suis simplement tes envies. L'humidité est toujours aussi intéressante, tout comme la variété au début et la répétition lorsque ça devient sérieux.»

Il savait bien que c'était plus technique et complexe pour les femmes mais il ne pouvait pas entrer dans les détails sans lui dire qu'il savait et comme il ignorait pourquoi elle avait choisit de devenir un homme, Adrien ne voulait pas la brusquer.

«Je peux essayer sur toi?» le surprit-elle.

«Mais, je voulais que toi aussi tu ais du plaisir!» protesta-t-il avec une moue boudeuse tenant beaucoup plus du côté juvénile qu'il ne dévoilait que pour Marino.

«Et si c'est ce qui me fait envie de te donner à toi du plaisir?» poussa Marino.

«Loin de moi l'idée de te dire non pour quoi que ce soit durant les fins de semaines où nous sommes un couple!» sourit-il en écartant les mains de son sexe pour le mettre à sa disposition.

À genoux devant Adrien, Marino commença par répéter les gestes qu'il avait fait sur toute la longueur mais il voulait aussi jouer avec lui et explorer. Très vite, un fluide s'échappa du bout et Marino l'essuya du doigt comme un larme mais Adrien soupira de plaisir à la caresse et lorsqu'une autre goutte sortie, il joua beaucoup plus longuement avec celle-ci.

Après un long moment, Adrien sentait la pression monter et prévint Marino: «Un des plus grands plaisirs dans le sexe, c'est d'utiliser la bouche en plus des mains. J'aimerais bien que tu essaies mais-» Il fut coupé par un profond soupir de luxure lorsque presque tout son membre disparu entre les lèvres de l'autre.

Comment il réussit à ne pas jouir immédiatement? Il ne le su jamais. Mais, il reprit: «Tu ne- Tu ne pourras pas le faire longtemps parce que je vais bientôt terminer.» Mais Marino tint bon. La saveur d'Adrien était partout sur son sexe et un peu plus ne l'effrayait pas. La puissance du jet qui se répandit dans sa gorge le surprit mais il géra. La quantité le déstabilisa par contre.

Ils terminèrent l'après-midi par une sieste ensemble puisque Marino refusa les attentions d'Adrien ailleurs que sur ses seins. Mais alors qu'ils étaient presque à l'académie. Qu'ils s'étaient déjà lâché les mains, Adrien reparla de cette histoire de lettres.

«Je vais t'écrire.» promit-il. «Une longue lettre. Je te la donnerai en personne le mois prochain et tu pourras la lire pendant tout le mois suivant.»

«Je ferai de même.» promit Marino.

«Bien.» répondit Adrien en s'arrêtant à la limite sécuritaire pour leur secret. «J'aimerais juste savoir à quel nom je dois l'adresser. Je sais que Marino n'est pas votre vrai prénom, mademoiselle.»

Marino rougit furieusement: «C'est... Marinette.»

Puis, il regarda Adrien avec un regard incertain: «Comment tu-?» Mais Adrien avait déjà franchie la limite des terrains arrière de l'académie et s'éloignait avec un sourire narquois. «Je te retrouve dans un mois, mon doux prince.»