Dimanche 18 septembre
La gorge en feu et les cuisses hurlantes, l'air parvenait difficilement à ses poumons. La chaleur remplissait encore les petites rues, comme immergé dans un bain trop chaud, il transpirait abondamment.
Un croisement, il vira à droite. Esquivant habilement un enfant, il fit un pas de côté et reprit sa course.
Les pas derrière lui s'éloignèrent, mais il ne s'arrêta pas. Au contraire, il accéléra encore. Encore un peu plus. Plus longtemps. Assez pour les semer. Il fallait qu'il y arrive.
Combien de temps continua-t-il ainsi ? Il ne le sut pas. Ce ne fut que, bien enfoncé dans le bidonville, et qu'il vit le soleil décroître, qu'il s'arrêta.
Les jambes épuisées, le souffle court et le cœur battant, il se laissa tomber près d'un mur. La brûlure de la pierre présente dans son dos le rassura. Cela faisait mal. Il était vivant.
S'il avait mal, c'est qu'il était vivant.
De cette petite phrase, il en tira un soulagement bien grand. Grand au point d'en rire. Doucement, au début, et de plus en plus fort.
Ils ne l'avaient pas attrapé. Ils ne réussiraient jamais. Personne. Et bientôt, il pourrait partir. Partir loin. Si tout marchait, il partirait loin.
Progressivement, les rayons disparurent, tout comme son rire.
Il avait mal.
Relevant les yeux, il vit la nuit tombait, il devait se relever.
Une grande inspiration et s'aidant du mur, il se mit debout. Ses jambes le lancèrent, il n'en eut cure. Son rendez-vous ne pouvait pas attendre.
Lui-même ne pouvait pas attendre. Il fallait que tout commence, enfin, que tout se mette en route, pour qu'il puisse faire de même.
Lentement, il descendit la douce pente. Les carcasses de maison, des tôles et de cartons s'empilait côte à côte. Il avait l'habitude. C'était chez lui, ici.
La puanteur, la salissure, les coups, les injures et le mépris, c'était son quotidien. Et il n'en voulait plus.
Il dépassa un carrefour, continua tout droit avant de s'enfoncer dans une petite ruelle. Si l'on pouvait appeler ça une ruelle, il y avait tout juste la place de passer à une personne, et les deux pauvres tôles qui séparaient les « maisons » se touchaient presque au niveau du toit.
Pénible, sa marche s'éternisa de longues minutes.
Une trappe, sur sa gauche. Il s'y faufila et glissa le long de l'échelle. S'écorchant la main au passage, il atterrit tout de même souplement.
Tant pis pour sa paume, de toute manière, elle était déjà abîmée. Il fit quelques pas et laissa sa vision s'habituer à l'obscurité. Un canapé troué était face à lui, des planches de bois jonchés le sol et la lune éclairait le tout par les troues du plafond.
Parfois, il se demandait comment cela pouvait encore tenir.
Une silhouette se dessina, près de lui.
– Alors ? demanda l'homme.
– Alors, j'ai tous les renseignements manquants.
Passant près de lui, son ami s'installa tranquillement dans le canapé, usé et défraîchi.
– Dis-moi tout.
S'asseyant à même le sol, Oyasu s'installa plus confortablement. Après tout, avec la course qu'il venait de faire, ses jambes lui criaient leur mal.
– Tu pourras le rencontrer dans quelques jours, si tout se passe bien. Il te donnera l'heure et l'endroit du rendez-vous exact pour les marchandises.
– Et j'aurais affaire à qui, exactement... ?
– La vipère en personne.
Dans un sourire étrange, Yoshiki lui fit un signe de tête.
– Les dates exactes ?
– Mardi soir à deux heures du matin, au port... Pour les autres, il te les dira lui-même, avec le lieu.
Dans une moue, Yoshiki acquiesça tout de même et se laissa aller dans le canapé.
– On va bientôt pouvoir se barrer.
– On va bientôt pouvoir se barrer, répéta Oyasu.
Sans savoir pourquoi, il le dit une seconde fois tout bas. Probablement pour se rassurer, pour essayer de se convaincre ou encore par peur. Non. Il n'avait pas peur. Il ne pouvait pas avoir peur. Il n'avait pas le droit d'avoir peur. Il avait toujours voulu partir, hors de question qu'un sentiment aussi stupide que l'angoisse le submerge.
Il y arriverait. Même si ce n'était pas le bon chemin, même s'il se trompait et faisait probablement les pires choses contre l'humanité pour, il y arriverait.
Il se l'était promis.
Et une promesse, ça ne se brise pas.
J'ai dis que j'essaierai de faire de cette fic, un post régulier ? Non. Eh bien maintenant si. J'espère avoir de vos nouvelles, et je ferais des efforts en ce sens. En priant pour que vous soyez toutes de nouveaux au rendez-vous !
