Jeudi 22 septembre

Claquant la porte un peu trop fort, Akaashi s'en mordit la lèvre. S'il ne voulait pas que Bokuto s'inquiète, c'était raté à l'entente de son entrée.

La télévision était allumée, il ouït d'ici une quelconque émission en même temps que des voix venant du salon. À peine eut-il posé son sac que Bokuto déboula jusqu'à lui. Kenma et Kuroo à sa suite.

– Keiji ! lança-t-il en le prenant dans ses bras.

Il mit quelques secondes avant de lui rendre son étreinte et de se relâcher. Après les quelques jours passés chez ses parents, il avait du mal à retourner à sa vie simple et sans accroche près de sa moitié.

C'était tellement différent. Tellement bon, mais tellement difficile.

Jongler entre ses deux mondes devenait de plus en plus dur pour lui.

Il s'écarta un peu, pas assez vite pour que Bokuto ne l'embrasse pas immédiatement. Collant violemment sa bouche à la sienne, il fit passer sa langue sur ses lèvres, avide.

Sans pouvoir le repousser, Akaashi ne put qu'agripper fortement le t-shirt de son amant et se laisser faire. Ce n'est qu'à bout de souffle, quelques instants plus tard, qu'il le lâcha, la bouche mouillée.

– Je peux savoir ce qui ne va pas ? prononça un peu trop sèchement Akaashi.

– Rien, répondit-il sur le même ton, avant de se détourner.

Faisant quelques pas, il prit tout de même le sac de Keiji et l'emmena jusqu'au salon, sans faire fit de Kuroo et Kenma, toujours présents.

– On était en train de partir, nous, désolé.

– Ce n'est rien, on se verra plus tard, souffla aussi poliment qu'il le pouvait.

L'air de rien, ces deux amis passèrent près de lui et sortirent sans un mot.

Bien, lui-même s'était querellé avec ses parents avant de partir, et maintenant qu'il rentrait, déjà passablement énervé, c'était son amant qui s'était disputé avec ses amis, semblait-il.

Mis à part leur problème sociétal, qu'est-ce qui n'allait pas dans son couple et chez lui, sincèrement ?

Le cœur serré de peur et de colère, il entra dans le salon.

Bokuto se trouvait là, avachi dans le canapé, le regard dans le vide. Il s'installa près de lui et glissa une main sur sa cuisse.

– Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

– Rien de spécial...

– Koutarou.

– Rien, j'te dis.

Ils s'observèrent.

– Ne me mens pas, qu'est-il arrivé ? demanda une nouvelle fois Akaashi, sentant la colère revenir au grand galop.

– Rien, une divergence avec Kuroo et Kenma, et puis, tu peux parler, niveau mensonge.

Encaissant la pique en plein cœur, Akaashi le fixa et attendit la suite.

– Toi non plus, tu me dis pas ce qui va pas !

– Je le fais quand je peux ou que je suis certain que tu ne t'énerveras pas.

– Je ne m'énerve pas tout le temps ! répliqua Bokuto.

– Non, tu boudes, aussi...

Pris de court, Bokuto resta les bras ballants tandis que Keiji avait un léger sourire.

La situation était ridicule, et il en avait plus que marre de ce genre de dispute puéril.

– Je le ferais pas si tu me parlais un peu plus...

Il soupira.

– Tu veux vraiment que je te parle plus ? Même de ça ?

Bokuto hocha la tête.

– Eh bien, pour commencer par mon excellent week-end et début de semaine, sache que c'était catastrophique. Je suis arrivé en retard de deux minutes et mon père ne s'est pas gêné pour me le faire remarquer, mais, par chance, j'ai évité une leçon de morale. Quant au gala, il s'est déroulé comme à l'accoutumée. Avec ennui.

– Rien de spécial.

– Oh, si, des choses plus spéciales se sont fait entendre.

Il se leva et avança dans la pièce. Augmenta un peu le son de la télé, mais pas sa voix, il continua :

– Les moineaux sont prêts à prendre leur graine et le réclament même. Il me manque juste quelques ingrédients pour et le tour sera joué.

– Si c'est joué, pourquoi tu fronces les sourcils ?

La remarque le surprit. Passant une main sur son front, Akaashi se rendit compte qu'effectivement, il devait bel et bien avoir une mine contrariée. Ce qui l'agaça encore plus. S'il se relâchait au point de ne plus maitriser son visage, ce n'était pas bon, mais alors pas bon signe du tout.

– Alors ? demanda une nouvelle fois Bokuto.

– Alors... J'ai peur.

Surpris, Bokuto le regarda avec étonnement. Pour qu'Akaashi craigne de quelque chose, c'est que quelque chose de gros pouvait se tramer.

Il se leva et prit ses mains dans les siennes.

– Pourquoi ?

– C'est de plus en plus addictif. J'ai peur que ça le soit trop. Vraiment trop et de ce qu'il pourrait en découler. Si j'arrive à faire tomber quelques personnes, ça m'arrange... Sur le long terme, j'ai peur d'en faire les frais.

– Te connaissant, tu devrais réussir à te sortir de tout ça ! Voyons, Akaashi Keiji ne se laisserait pas avoir facilement ! lança joyeusement Bokuto, sûr de lui.

Son cœur se desserra un peu, et il ressentit même une petite bouffée de chaleur. Franchement, que ferait-il sans son amant de toujours et son meilleur soutien, parfois ?

– Mais... même si je m'en sors, je ne pourrais jamais vivre éternellement comme ça.

– Tu veux pas partir ? interrogea simplement Bokuto, pourquoi tu le refuses tout le temps quand je te le demande ?

Akaashi se mordit la langue. Pourquoi ? Parce qu'il espérait pouvoir changer le monde. Changer son monde, changer la ville, et révolutionner tout ce qu'il pouvait. Parce qu'il aspirait à de grandes choses au détriment de son amour. Parce que, même s'il mourait d'envie de prendre le premier avion de temps à autre, il savait pertinemment qu'il devait faire autre chose. Sa conscience, son éducation et ses pièges lui avaient demandé tellement de temps qu'il ne pouvait pas tourner le dos à cela. Plus maintenant. L'engrenage était enclenché, il n'allait pas partir avant de l'avoir accéléré et détruit, lui-même, de ses propres mains.

Mais comment ? Comment pouvait-il expliquer ça à Bokuto, lui qui voulait juste une vie tranquille, tous les deux, banale et à l'abri du danger. Comment ?

– Je ne peux pas. Je ne peux tout simplement pas, chuchota-t-il comme réponse, pardonne-moi, mais je ne peux pas.

Et, tandis que son cœur se serrait de nouveau, comme sa gorge et que la chaleur quitter son estomac, il sentit les mains de Bokuto glissait jusqu'à ses épaules pour l'amener vers lui dans une douce étreinte.

Elle était si affectueuse, si amoureuse, qu'elle lui faisait mal.