Samedi 24 septembre
– C'est l'heure de se lever ! hurla presque Oikawa en tirant les rideaux.
Dans un grommellement, Iwaizumi se tourna. Clignant douloureusement des paupières, il bâilla avant de regarder son hôte.
– Il fait pas encore jour... ?
– Non, il est même pas cinq heure du matin, et c'est l'heure du p'tit dej' ! chantonna Oikawa, j'ai tout préparé, dépêche-toi avant que le café ne refroidisse.
Sur ces belles paroles, il quitta la pièce.
De nouveau seul, Iwaizumi se débarrassa de la couette et s'assit. S'étirant une première fois, il se frotta le visage et remit ses idées en place.
Hier soir, vers dix-huit heures, il était arrivé chez Oikawa, comme ce dernier lui avait demandé.
Après avoir échangé les politesses d'usages, ils s'étaient attelés à préparer le matériel avec : chaussures, sac de couchages, repas, vestes, eaux, etc.
Rien ne manquait à l'appel, du moins, hier soir, il ne leur restait plus qu'à partir d'ici une petite heure, au lever du soleil.
Quelques pas, il enfila son t-shirt qui traînait là et se regarda dans la glace. Il n'avait pas l'air réveillé, mais tant pis. Il ferait un peu plus d'effort après son café et sa douche matinale.
Posant le pied dans le salon, il remarqua directement la tasse chaude et fumante ainsi que les pains au lait, son ventre grommela, il s'assit rapidement tandis qu'Oikawa revenait de la cuisine, une seconde tasse à la main.
– T'as bien dormi ?
– Hum, oui, et toi ? demanda Iwaizumi, par pure politesse.
– Bof, je me souviens avoir fait plein de drôles de rêve ! Mais j'arrive pas à me rappeler les détails. Juste que c'était étrange, râla-t-il doucement.
Acquiesçant en silence, Iwaizumi plongea le nez dans son café.
Après le repas, si on lui avait demandé un qualificatif pour Oikawa, il aurait répondu sans hésitation « bavard », parce que, bon Dieu, il n'avait fait que parler pendant tout le déjeuner. Malgré ses non-réponses ou c'est hochement de tête à peine visible, cela n'empêcha en rien le jeune kiné de blablater sans arrêt.
Sérieusement, pouvait-il réellement tenir deux jours avec cet homme en continu sans avoir envie de l'étriper ?
– Ah, j'ai failli oublier les pansements ! lança Oikawa.
Iwaizumi le suivit du regard, soupirant de soulagement à l'entente du silence. Au moins pour quelques secondes.
Il se concentra rapidement. Sur la table qu'ils avaient débarrassée après le déjeuner trônaient désormais toutes leurs affaires, à peu près étalées, après une remarque sur la vérification de leurs effets personnels. Avec difficultés, il avait réussi à ne pas froisser Oikawa en lui faisant comprendre qu'il avait bel et bien une tête en l'air.
– Je les ai ! déclara Oikawa, triompha avec sa boite le bras levé, bon, c'était la seule chose manquante ! Tu vois que je suis quand même organisé !
Levant les yeux au ciel, Iwaizumi haussa bêtement des épaules. Relancer un débat maintenant serait puéril, et ils ne partiraient jamais à l'heure...
Et il avait, une nouvelle fois, raison.
Le soleil était déjà levé depuis une bonne heure quand ils arrivèrent enfin au pied de la montagne.
– Tout le monde dehors et en route ! lança joyeusement Oikawa.
– La voiture ne craint rien, ici ?
– No problemo.
– Tu parles très mal espagnol.
– Tu parles très mal tout court, et je ne te dis rien...
Surtout, ne pas frapper cet abruti.
Au lieu d'envoyer une remarque cinglante, Iwaizumi préféra se taire et commencer sa marche. Se dépenser pour éviter de penser était un très bon moyen qu'il utilisait souvent au quotidien.
– Ne m'attends surtout pas ! cria presque Oikawa.
– C'est ce que j'fais.
– Iwa-chan est méchant !
S'arrêtant brutalement, Iwaizumi se retourna lentement. Après un bref silence, il lâcha :
– Quoi ?
– Quoi, quoi ?
– Tu m'as appelé comment ?
Cherchant une quelconque faute ou injure, Oikawa réfléchit quelques secondes avant de répéter bêtement en souriant :
– Iwa-chan ?
Le regard noir qu'il se prit à la prononciation du surnom ridicule lui donna autant envie de rire.
– Tu n'aimes pas ?
– Pas du tout.
– Génial, je sais comment t'appeler alors !
Évitant habilement un coup de pied, il contourna son collègue de trek et passa devant lui.
– Aller Iwa-chan, en avant... Marche !
Non, vraiment, il allait tuer cet abruti et abandonner cette mission à la con, c'était beaucoup trop pour lui. Il ne pourrait clairement pas supporter ce foutu gosse pendant deux jours et encore moins continuer à le côtoyer pendant trois mois.
Se rattrapant de justesse, il reprit conscience du monde réel. La pente montait durement et il avait failli tomber à cause d'une fichue caillasse.
Insultant mentalement la pierre, il se dépêcha de rejoindre Oikawa, priant pour que ce dernier ne l'ait pas vu. C'était le cas, fort heureusement. Il ne s'était même pas retourné.
Bientôt, ils furent sous les arbres, à l'abri du soleil et de ses rayons. Levant les yeux aux ciels, Oikawa remarqua la lumière bien haute. Sans s'en rendre compte, ils avaient dû marcher depuis bien quatre heures et il n'avait même pas vérifié une seule fois derrière lui.
Jetant un coup d'oeil, il vit qu'Iwaizumi le suivait toujours, c'était le principal. Il retourna à ses affaires sans s'embêter plus que ça. Vu leur allure, dans moins de dix minutes, ils arriveraient à la clairière. Un sourire éclaira son visage à cette pensée, il avait hâte d'y être et de voir la tête d'Iwa-chan à cette vision.
Plus que quelques mètres... Quelques arbres... Quelques fourrés... Ils y étaient !
Débouchant dans une clairière ensoleillée, Iwaizumi fut d'abord ébloui par la lumière avant de l'être par la beauté.
L'herbe verte lui semblait moelleuse rien qu'au regard. Les pierres qui jalonnaient le terrain rempli de mousse n'étaient ni grises ni vertes, mais dans un mélange presque aussi coloré que les fleurs qui parcouraient la plaine émeraude. Tandis que les arbres s'ouvraient sur le ciel bleu plus que clair, le vent se levait lentement.
Arrêté à quelques mètres devant lui, de profil, Oikawa était en pleine lumière et semblait briller. Ses cheveux clairs dans la bise et sa peau pâle étaient magnifiques tandis que ses yeux noisette le fixaient, moqueurs.
Iwaizumi en était certain, devant lui se tenait un démon dans le jardin d'Eden.
