BIEN. Comme j'ai du Q et bcp de mental, après 11 FUCKING logiciels, j'ai réussi à sauver la plupart des meubles, DONC voici le nouveau chapitre ! Merci à toutes celles encore présentes, et bonne lecture.
Mardi 27 septembre
Contrairement à la dernière fois, elle y alla presque à reculons. Les mains dans les poches, et la tête baissée, elle se demandait ce qu'elle allait pouvoir dire. Rien. Il n'y avait rien à dire. Son enquête ne l'avait mené nulle part. Il n'y avait rien dans cet orphelinat. Rien de ce qu'elle recherchait pour son patron.
Par contre, pour elle, elle y avait trouvé exactement ce qu'elle voulait depuis des années. Mais ça, il lui était interdit de le penser, et encore moins de le dire.
Cependant… Peut-être que… Après l'enquête ? Pourrait-elle y rester ? Lâcher toutes ses affaires, jeter cette vie de mensonge, de regrets et de sang loin d'elle pour rester dans ce monde. Dans ce magnifique et doux cocon que Shimizu avait construit.
La belle et délicate Shimizu…
Yachi soupira en pensant à elle. Normalement, personne n'était parfait, pourtant, il n'y avait rien à redire au sujet de la directrice. Que ce soit sur le plan physique, que mental. Enfin, si l'on oubliait son côté très mystérieux.
Cela avait intrigué la jeune fille dès le départ, néanmoins, Shimizu l'était avec tout le monde, alors elle ne s'en offusquait pas. Elle-même était très secrète. Bien que curieuse, et obligée à fouiller, Yachi n'avait trouvé aucune raison pour expliquer le comportement de Shimizu, et en avait conclu qu'elle était une femme banale, bien que douée dans les affaires. En fouinant, Yachi était tombée sur les livres de comptes, et elle comprenait enfin comment Shimizu tenait son orphelinat à flot. Lorsqu'elle a acheté la bâtisse, avant de la transformer, elle y a retrouvé des œuvres d'arts et les a revendus au plus offrant. De ce fait, elle a continué à dénicher des merveilles et à les revendre. Sans compter l'aide de la mairie et des dons occasionnels des plus riches, il n'y avait pas à s'inquiéter pour les enfants, ils ne manqueraient de rien.
Et leur directrice était une redoutable femme d'affaires.
Lentement, les lotissements laissèrent place aux immeubles et Yachi arriva à la périphérie du centre-ville.
Ushijima avait décidé de changer de lieu de rendez-vous pour plus de sécurité, et elle avait du s'y reprendre à deux fois pour mémoriser le plan qu'il lui avait envoyé. Non loin d'elle, un homme à l'allure droite, et la peau mat lui fit un signe de main.
Il n'y avait que Matsukawa pour rester aussi décontracté malgré la mission qui planait sur eux, et leur probable mort si le camp adverse les surprenait.
Le stress l'a raidi subitement et elle n'était pas certaine que rendre son geste à son collègue était une bonne idée. Si Ushijima les voyait, ils allaient se faire passer un savon et être envoyé en prison, peut-être ? Il ne pouvait pas se permettre de les renvoyer avec tout ce qu'ils savaient, après tout.
Perdue dans ses pensées, elle n'avait pas vu Matsukawa se rapprochait, une cigarette à la main.
– Comment vas-tu ?
La question l'a pris au dépourvu et elle bégaya sans rien articuler, avant de se taire, l'air ridicule.
– Je suppose que ça veut dire oui, ajouta-t-il avec un sourire.
Elle rosit, avant de secouer la tête pour effacer son mal-être.
– Oui, et toi, comment tu te sens ?
– Plutôt bien, tu peux monter en premier, je n'ai pas terminé.
Pour compléter sa phrase, il mit en évidence sa cigarette, et elle fronça le nez.
– Je croyais que l'on n'avait pas le droit de fumer ?
Il haussa les épaules.
– C'est peu souvent, puis, que serait la vie si l'on ne s'autorisait rien ?
Elle frissonna en voyant son sourire, pourtant amical.
Matsukawa avait toujours été agréable avec elle. Doux, sympathique, bien que taquin. Il lui avait même refilé quelques tuyaux, mais là… Quelque chose clochait.
Son sourire était le même, pas ses yeux.
– Tu es sûre que tu vas bien, se permit-elle de demander, sans réfléchir.
Impassible, il s'appuya sur le mur avant de soupirer. D'un geste automatique plus que par pensée, il défit la cendre de sa cigarette avant de reporter son attention sur elle.
– J'ai simplement quelques idées en tête et beaucoup de choses à éclaircir. Je t'en prie, tu peux tout de même monter, Iwaizumi est déjà arrivé, et ce ne doit pas être une partie de plaisir que de se retrouver seul face au boss.
La remarque tira un léger rictus à la jeune femme. Yachi lui fit un léger signe de tête avant de pénétrer le bâtiment. Il ne devait pas tarder à la suivre, n'ayant pas d'excuse de retard désormais, et sa cigarette était presque terminée.
Elle trouva rapidement l'appartement prévu, et y entra sans toquer.
Passant un corridor, elle arriva dans le salon, tout équipé où se trouvait Iwaizumi sur le sofa, et Ushijima debout, les bras croisés.
Aujourd'hui, Shirabu n'était pas présent. C'était étonnant, il était le bras droit d'Ushijima.
Elle les salua rapidement et prit place sur un fauteuil, non loin.
C'est ce moment que choisit Matsukawa pour arriver et s'installer confortablement, sans aucune pression. Fidèle à lui-même.
– Bien, je vous ai fait venir puisque cela va faire un mois que nous ne nous sommes pas vus, et que nous n'avons eu de nouvelles.
Ils se regardèrent tous les trois. Ils savaient pertinemment qu'un mois était insuffisant pour trouver quoi que ce soit. La confiance n'était pas encore de mise, et ils ne pouvaient pas se permettre de fouiller n'importe comment.
Alors, pourquoi les convoquer et vouloir parler de ça ?
– Hum, je pensais que vous saviez qu'en un mois, il est compliqué de trouver des indices, lança Iwaizumi, perplexe.
– Oui, mais vous semblez, tous les trois, les trouver innocents au vu de vos investigations.
La réponse d'Ushijima sonnait comme un reproche.
Un nouveau regard entre eux les mis sur la même longueur d'onde : Ils étaient certains de n'avoir commis aucune bavure. Même si la manière dont certains menaient leur enquête pouvait être remise en question, le temps qu'ils prenaient ne pouvait en aucun cas leur porter préjudice.
– On ne peut pas les accuser à tort sans indices ni les amener à une mort certaine, expliqua Matsukawa.
– Pourquoi les tuerait-on ?
– Il y a trop d'accidents en prison pour considérer que ce n'est pas une mort certaine, répliqua-t-il.
Ushijima n'ajouta rien, mais son regard en disait long.
– Pourquoi nous avoir convoqué, vu qu'on a rien trouvé, alors ? demanda Yachi, d'une petite voix après un silence trop long.
S'approchant de la table, Ushijima tira une chaise et s'y installa, face à eux. Les bras croisés, il semblait ennuyé malgré son irritation évidente.
– Nous pensons vous faire devenir des agents dormants.
Yachi n'aimait pas ça. Elle devrait faire semblant, peut-être pendant des années, gagner la confiance de Shimizu, réussir à rentrer dans sa vie pour ensuite la brisée en mille morceaux. Non, elle ne pourrait pas. Pas cette fois.
– Pourquoi ce revirement ? C'est stupide, pesta Matsukawa.
Tous les regards se braquèrent sur lui. C'était rare qu'il exprime ainsi sa manière de penser. Non, vraiment, quelque chose n'allait pas avec lui, pensa Yachi.
Ushijima soupira. Lui aussi semblait las, peut-être énervé, aussi. Malgré son stoïcisme habituel, les rides de son front le laisser penser.
Pour expliciter les propos de Matsukawa, Iwaizumi ajouta :
– Devenir des agents dormants, ça nous obligerait à vivre des années dans le mensonge. Il nous en faudra moins que ça pour savoir ce qu'il se passe et savoir qui sont les dirigeants.
Tout en commençant à marcher, Ushijima marmonna.
– Ce sont les ordres d'en haut.
– Ce sont toujours les ordres d'en haut, répliqua Matsukawa.
– Moi aussi, ça me contrarie, rétorqua Ushijima, moi aussi, je suis coincé, même si je mets mon véto, je ne suis pas assez haut gradé.
– Vous avez qu'à faire autrement !
– Je ne peux pas.
Le ton monta, et Yachi s'effaça. Naturellement, les sons s'estompèrent et la scène lui parut étrange, lointaine. Malgré son manque de gestuelle, Ushijima était sur le qui-vive, tandis que ses deux collègues, malgré une apparente nonchalance pour Matsukawa, étaient tendus, prêt à bondir.
De ce qu'elle constatait, elle n'était pas la seule à prendre cette affaire trop à cœur. Parfois, il suffit d'une personne pour vous marquer, et changer votre vie. Pour Yachi, Shimizu était celle-là. Elle remettait sa vie en cause, ses pensées, son passé, ses envies. Elle, qui avait toujours eu peur à chaque pas vers son futur, ce n'était plus le cas. Depuis que sa patronne, cet orphelinat et les enfants faisaient partie de sa vie, pour la toute première fois, elle n'était pas effrayée.
– J'en ai assez !
Le cri d'Iwaizumi la ramena dans le présent.
– On va découvrir ce qu'il en est, et on partira après. Vos autres enquêtes et investigations n'ont pas à nous barrer la route. Même si elle concerne la haute société et ces foutus politiciens !
D'autres enquêtes ? En parallèle ? Des politiciens ? Égarée dans ses pensées, Yachi avait perdu le fil de la conversation. De quoi s'agissait-il cette fois ?
– Qu'y a-t-il avec la haute sphère ?
Les trois hommes se tournèrent vers elle dans un seul mouvement. Au moins, elle avait mis court à la dispute, pensa-t-elle malgré leur regard colérique.
– On vient de le dire, lança sèchement Iwaizumi.
Matsukawa leva une main pour l'arrêter, il soupira, mais expliqua tout de même :
– Si on comprend bien les demi-mots d'Ushijima, qui ne peut pas vraiment en parler, les affaires de drogues et de trafics ne seraient pas liées à nos cibles, mais à d'autres personnes. Autrement dit, plutôt que d'avouer qu'ils se sont probablement plantés, ils préfèreraient nous laisser poireauter quelques années jusqu'à ce que d'autres agents vérifient ce qu'ils trouvent.
Perplexe, la jeune femme répliqua :
– C'est stupide, si nous trouvons rien, ça prouvera bien que ce n'était pas les bonnes personnes et qu'il faudra enquêter sur d'autres…
– C'est plus complexe qu'il n'y parait ! Contrairement à ce que vous pensez, des liens sont présents là où on ne s'y attend pas forcément. Même vous en quelques mois, ne les trouverez peut-être pas, riposta Ushijima, il est fort probable que, contrairement aux apparences, des gens règnent ensemble alors qu'ils se détestent ouvertement.
Le silence reprit ses droits. Il était rare que les répliques fusent et qu'elles soient aussi vives. Après tout, ils avaient appris à se taire et à obéir, mais leur formation impliquer aussi d'apprendre à réfléchir par eux-mêmes. Ils restaient humains. Une fois les sentiments rentrés en jeu, rien ne pouvait être prédit.
Un téléphone sonna. Surpris, ils s'observèrent tous jusqu'à ce qu'Iwaizumi éteigne son cellulaire d'un mouvement rageur. Le nom « Oikawa Tooru » qui s'afficha ne fut pas manqué par la jeune femme.
Bien qu'étonnée par ce fait, elle préféra continuer la discussion plutôt que commencer un interrogatoire à son collègue.
– Alors qu'est-ce qu'on fait ? demanda-t-elle.
– Je refuse d'être un agent dormant. Je vais continuer d'enquêter comme c'était prévu, et si je trouve rien sur ma cible, j'en changerai, lança Iwaizumi.
Matsukawa acquiesça, d'accord avec ce plan, alors qu'Ushijima soupira.
– Vous ne pouvez pas faire ce qu'il vous plaît.
Un sourire aux lèvres, Matsukawa se leva. Le dos bien droit, il paraissait aussi grand que leur patron.
– Bien sûr que si, objecta-t-il, puisque sans nous, pas d'information, et si on vient à disparaitre, il y aura trop de questions pour que vous puissiez vous rapprocher à nouveau aussi facilement.
La tension fut palpable, pour peu, Yachi aurait pu la toucher.
Matsukawa, vainqueur de cette bataille, tourna les talons est parti. Contrairement aux ordres, contrairement à l'étiquette, contrairement aux règles dictées.
Il avait gagné. C'était tout ce qui comptait pour lui à cet instant. Tandis que, pour Yachi, cela lui confirmait qu'une seule chose : Matsukawa n'était plus Matsukawa.
