Mercredi 5 octobre

– Encore merci !

– C'est mon travail, c'est normal… Bonne journée à vous.

Dans un dernier sourire, Oikawa se détourna de la jeune femme et ferma la porte de son cabinet. S'affalant sur le battant de bois, il soupira. Une semaine. Cela faisait même plus d'une semaine qu'il n'avait pas eu de nouvelle d'Iwaizumi.

Après leur randonnée, ils étaient rentrés chez lui, ils avaient profité d'un bon repas. Fatigué de leur week-end, Oikawa s'était endormi dans son canapé devant la télé alors qu'Iwaizumi prenait sa douche. À son réveille, il n'avait trouvé personne dans la maison.

Vexé, et inquiet, rien qu'un peu, il avait envoyé un SMS à son nouvel ami, s'il pouvait s'autoriser à l'appeler ainsi, qui était resté sans réponse. Tout comme ses appels. Et ses vingt-six messages suivants.

Très agacé depuis, Hanamaki s'amusait d'autant plus à l'enrager. Les dernières nouvelles de Shimizu, ses demandes et ses connaissances ne lui avaient guère plus. Elles lui avaient presque fendu le cœur. Presque.

Oikawa refusait de croire qu'Iwaizumi pouvait vraiment être un agent. Policier, gendarme, agent secret ou autre qu'importe son nom, il ne voulait pas y croire.

Il grimaça alors que la nuit du tracking se rappela à lui. Si Iwaizumi était si innocent, il était incompréhensible pour lui de faire des cauchemars aussi puissants. Son passé ne devait pas être très plaisant, et les quelques cicatrices qu'Oikawa avait pu apercevoir abondaient dans ce sens, malgré tout…

Il se cogna la tête contre la porte involontairement, avant de se lever d'un bond. Qu'il pouvait être stupide !

Hanamaki entra dans la pièce.

– Tout va bien ? demanda ce dernier.

– Parfaitement ! Pourquoi ça n'irait pas ?

Plus diverti qu'égratigner à la réponse, il sourit. Ce qui agaça d'autant plus Oikawa.

– Tu ne l'as toujours pas revu, hein ?

– Je ne t'ai rien demandé.

Hanamaki leva les yeux au ciel.

– C'est peut-être pas plus mal, avec ce qu'elle a dit.

Et c'est reparti, pensa Oikawa, il allait recevoir une nouvelle leçon de moral alors que son confrère n'était pas mieux que lui.

– Tu vas me faire croire que tu n'aimes pas ton petit Mattsun… râla-t-il, amer.

Il haussa les épaules avant de répondre.

– Je me suis préparé à toute éventualité, puis, contrairement à toi, je ne suis pas un cœur d'artichaut.

– C'est pas vrai !

– Et sinon, tu as terminé avec ta dernière patiente, on peut fermer ?

Le changement de discussion ne lui plut guère, mais il eut au moins le mérite de passer à autre chose.

– Oui, j'ai terminé… Tu as un rendez-vous galant, c'est ça ?

– Exactement !

La réponse désespéra Oikawa. Lui, il n'en avait pas du tout. Il rangea le chèque de sa cliente avec les autres et éteignit la pièce une fois sortie. Fatigué de sa journée, ainsi que de ses nuits plutôt courtes, il s'étira en bâillant comme un chat.

– Allons, allons, tu n'as personne qui t'empêche de te reposer pourtant… Tu devrais dormir un peu plus, nargua Hanamaki.

– Mais tu vas me foutre la paix !

Ils sortirent tous les deux, l'un riant aux éclats, le second en râlant. Oikawa s'arrêta net dès qu'il eut posé le pied dehors.

– Tu veux vraiment m'empêcher de rentrer chez moi ? lança Hanamaki, avant de voir une personne à côté de l'entrée.

Iwaizumi les observa, stoïque. Il savait Hanamaki pénible sans le connaitre à force d'entendre Oikawa en parler, mais cela semblait difficile à vivre.

Dans un sourire filou, Hanamaki murmura un doux, mais compréhensible « Attention » à l'oreille d'Oikawa, avant de le pousser sans ménagement de son chemin. Un juron lui répondit alors qu'il s'en allait en riant le plus vite possible.

Mécontent, Oikawa bougonna pour la forme, ferma la porte à clefs avant de se tourner vers Iwaizumi. Celui-ci ne pipa mot. Pourquoi était-il venu jusqu'ici si ce n'était pas pour lui parler ?

– C'est très désagréable de se faire observer sans vergogne, lui lança-t-il pour le faire réagir.

– Pardon, répondit Iwaizumi en détournant le regard.

– Pardon pour quoi ?

Iwaizumi s'insulta mentalement. Il était déjà énervé, il n'aurait jamais dû venir. Même s'il n'avait pas vraiment le choix.

– Pardon de ne pas avoir donné de nouvelles. J'étais occupé.

– Oh, à faire la gueule ? C'est vrai que ça te prend pas mal de temps quand je suis avec toi… Et dire qu'on pourrait faire pleins de choses à la place.

Iwaizumi commença à marcher après la remarque innocente. Qui ne lui semblait absolument pas sans connotation.

– Je suis censé te suivre ? lança Oikawa.

– C'est toi qui m'as harcelé pour me voir, mais je peux très bien m'en passer ! rétorqua-t-il, agacé.

Le reproche caché eut l'effet escompté, car Oikawa le rattrapa en quelques enjambées. Pour l'énervé encore plus en se plaignant, mais au moins, il lui emboitait le pas.

Iwaizumi se dirigea vers le parc. La plupart des personnes, écharpe et gilet sur eux, continuaient pourtant de vadrouiller. Avec les dernières averses, l'air s'était rafraichi, mais les températures continuaient de tourner aux alentours des quinze degrés le soir. Largement suffisant pour profiter des derniers rayons de soleil sur la ville.

– Tu m'écoutes ? râla Oikawa.

– Non.

– Pourquoi t'es venu si c'est pour me faire ça ? bougonna-t-il.

Très bonne question à laquelle il n'avait pas envie de répondre et où il ne pouvait pas dire l'entière vérité. Qu'est-ce que cette mission à la con était chiante. Il était un homme de terrain, mais de terrain militaire, pas un agent secret, à la base. Il ne comprenait toujours pas pourquoi il avait été affecté ici. Merde.

– Iwaizumi ?

– Quoi encore ?

– Pourquoi on vient au parc alors que la nuit tombe ? T'aurais pu trouver un endroit plus agréable pour me draguer, comme un café avec chauffage.

Iwaizumi s'interrogea : est-ce que lui exploser la tête et faire passer ça pour un accident pouvait être crédible ? La caméra attachée au lampadaire lui signifia que non. S'il voulait terminer au plus vite cette stupide quête, il devait vraiment y mettre du sien.

– Je cherche pas à te draguer.

– Oh, pourtant, comme tu t'es enfui comme un voleur la dernière fois, je me suis dit que tu t'étais sûrement rendu compte de tes sentiments sincères et gênants que tu avais à mon égard et que c'était ça qui t'empêchait de revenir vers moi, par peur d'un refus ! Ne t'inquiète pas, je suis quelqu'un de très ouvert, et je ne pourrais pas te dire non, tu es si effrayant… Profite donc de ma prés-.

– Mais ta gueule ! hurla presque Iwaizumi.

– Ah, enfin !

Iwaizumi l'observa sans comprendre.

– Tu ne m'avais pas encore insulté, ou dit de me taire depuis tout à l'heure… J'ai cru que tu étais malade, reprit Oikawa, tu sais, si ça ne va pas, je suis capable de t'écouter sans parler pendant plus de deux minutes !

– Ce serait un exploit.

– Que je réaliserai rien que pour toi, taquina-t-il.

Ils s'arrêtèrent et s'observèrent.

– T'essaies vraiment de me draguer ou tu te fous de ma gueule ? interrogea Iwaizumi.

La question était sincère, sans ironie ou méchanceté. Il ne savait vraiment plus comment penser ou le prendre. C'est pour ça qu'il n'était pas revenu plus tôt et qu'il regrettait de l'avoir fait là, tout de suite. Sans avoir les pensées aux clairs, il était dangereux de revenir vers sa cible.

Oikawa le fixa, sans savoir s'il devait prendre l'interrogation au sérieux. Parfois, Iwaizumi lui semblait bien étrange, pourtant, à ce moment-là, il avait l'air perdu.

– Mon comportement est trop ambigu pour que tu le comprennes ?

– Il est surtout incompréhensible ! râla Iwaizumi, comment quelqu'un peut suivre ce que tu penses ?

Oikawa fit mine de réfléchir avant de répondre :

– Eh bien, il suffit d'apprendre à me connaitre pour le comprendre ! Hanamaki y arrive très bien. Trop bien.

Une pointe au cœur, Iwaizumi rétorqua :

– Vous vous connaissez depuis longtemps, c'est normal.

– Alors pourquoi j'arrive jamais à le cerner entièrement ? C'est de la triche, pesta Oikawa.

– C'est un jeu pour toi ?

– C'est toujours un jeu, avec Hanamaki. Sa vie elle-même est un jeu.

Étonné, Iwaizumi ne comprit pas totalement la phrase, mais la nota tout de même. Il avait envie de se frotter les cheveux de désespoirs. Un geste qu'il retint au dernier moment.

Oikawa lui prit soudainement la main et se remit en marche. Surpris, Iwaizumi bégaya quelques secondes avant de réussir à formuler une phrase correcte.

– Je t'emmène boire un café.

– Je sais marcher tout seul, j'ai pas besoin qu'on me prenne la main.

Oikawa s'arrêta une nouvelle fois, brusquement.

– En fait, je ne suis pas ambigu, incompréhensible pour certains, parfois… Mais pas ambigu il fit une pause avant d'ajouter : C'est toi qui es stupide.

La remarque fit mouche. Offusqué, Iwaizumi s'énerva :

– C'est toi qui oses me dire ça ? Tu passes ton temps à râler et quand tu ne comprends pas quelque chose, tu t'énerves encore plus, t'es même capable de bouder comme un sale gosse si t'as pas ce que tu veux ! Si on te vexe, tu pleurniches ! T'es pire qu'un gamin et c'est moi qui suis stupide ?

Surpris par le sermon, ou parce qu'il entendait pour la première fois une phrase aussi longue d'Iwaizumi, Oikawa eut un temps d'absence. Avant d'éclater de rire.

Iwaizumi resta interdit. Sans comprendre, une nouvelle fois.

– Tu as l'air de me connaitre plus que ce que je pensais… ! souffla Oikawa.

Il se ressaisit et ajouta :

– Alors pourquoi tu comprends pas ?

– Comprends pas quoi ?

Oikawa serra sa main un peu plus fort et le regarda dans les yeux. Toujours autant perdu, Iwaizumi observa leurs mains liées. Qu'est-ce qu'il y avait à comprendre, là, au juste ?

Déprimé, Oikawa soupira. Il n'avait pas d'autre choix apparemment.

Brutalement, il l'attira contre lui et abattit ses lèvres contre les siennes. Choqué, Iwaizumi ne sut que faire quand une langue dépassa l'entrée de sa bouche pour trouver sa jumelle, avide. Des doigts agrippèrent ses cheveux courts, l'obligeant à se pencher en arrière, ses hanches se collèrent à celle d'Oikawa, qui lâcha sa main pour saisir sa taille. Leur corps joint, Iwaizumi ne put que saisir le bras d'Oikawa et son épaule, sans savoir quoi faire.

Il manquait d'air, les sens en feu, ses pensées éclatées lui clamèrent d'arrêter ça immédiatement alors que son corps brûlait d'envie de continuer. Ce fut Oikawa qui mit fin à ce supplice, haletant.

Leur souffle se mélangeait tandis qu'il souriait.

– C'est trop ambigu, ça aussi, ou t'as compris maintenant ? lança Oikawa, moqueur.

Les joues rouges, Iwaizumi l'insulta. Ses préoccupations soudainement à la dérive, il se fit la remarque que profiter de la situation ne pouvait pas faire de mal à son enquête. Et puis, pour une fois… Pour cette fois, il pouvait s'autoriser un délice. Juste un, encore. Pour être sûr, certain que ses lèvres étaient aussi douces, cette langue aussi sensuelle et ce désir aussi vrai.

Les corps déjà joints, Iwaizumi emprisonna sa nuque avant de l'attirer à lui, vorace.