samedi 8 octobre
Kenma ouvrit les yeux, difficilement. Quelques brides de rêves encore présentent, il s'étira comme un chat en espérant les faire partir, avant de secouer la tête. Il tendit le bras afin de récupérer son portable. Une heure quarante-deux du matin. Leur rendez-vous n'était qu'à deux heures, mais s'il se rendormait maintenant, il n'était pas certain de pouvoir se lever de nouveau à l'heure. Enfin, s'il avait été chez lui, mais comme il dormait sur le canapé de Sugawara et Daichi depuis deux jours pour éviter d'oublier la réunion, c'était improbable que ces derniers ne viennent pas le chercher à la fin de leur service.
Délaissant les épaisses couettes et le canapé, un frisson le parcourut avant qu'il ne trouve sa veste et ses chaussures. Kenma avait l'habitude des horaires de nuits, cependant, les journées aussi décousues que celle-ci ne lui plaisaient guère et son manque de sommeil dû à la semaine passée commençait à le rendre grognon.
Il s'approcha lentement de la sortie du salon, les yeux à moitié fermés, il s'arrêta de justesse devant les escaliers. Le rez-de-chaussée semblait calme, malgré les lumières allumées. Les clients devaient être partis depuis une bonne demi-heure, aussi, il ne servait à rien d'attendre à l'étage. Encore moins à côté du canapé qui lui tendait les bras.
La porte en bas des marches s'ouvrit et Sugawara y passa la tête.
– Ah, ravie de voir que tu es réveillé, je te prépare un café ?
En entamant sa descente, il grogna pour affirmer sa réponse, ce qui tira un sourire à Sugawara. Il s'écarta et alla derrière le bar tandis que Kenma entrait dans la salle. Il grimaça en rencontrant la lumière et plissa les yeux.
Il tourna la tête en entendant le rire de Kuroo, et lui fit un doigt d'honneur pour toute réponse.
– T'es vraiment pas poli quand tu te réveilles… ! râla Kuroo, plus amusé que vexé.
– Je risque pas de l'être quand on se moque de moi.
Sugawara posa son café sur la table, où un ordinateur était déjà présent ainsi qu'une tablette. Sa tablette. Kenma appréciait Sugawara pour ça. Il était prévoyant et pensait toujours à tout.
Tout en se rapprochant de sa boisson, il lança :
– Je suppose que Shimizu ne peut pas venir.
– Non, mais elle sera présente grâce à la visio, je vais nous connecter au chat, c'est presque l'heure. Ta tablette suffira, n'est-ce pas ?
Kenma hocha la tête en guise de réponse. Il allait bien vite user sa salive pour ne pas la gâcher avec des réponses aussi futiles.
Oikawa entra dans le bar, saluant tout le monde, il s'assit à la table, bien trop heureux pour que ce ne soit pas louche.
– Toi, t'as baisé hier, lâcha Kuroo.
– Qu'est-ce que tu peux être vulgaire ! Et ce n'est absolument pas ça ! rétorqua-t-il, puis, ma vie privée ne te regarde pas !
Une joute verbale se lança entre les deux. Déjà las, Kenma n'en écouta même pas la moitié alors que Sugawara amenait plusieurs tasses suivi de Daichi qui portait la cafetière.
– On est au complet ? interrogea Daichi.
– Hanamaki ne peut pas venir, alors oui, à moins que vous attendiez d'autres personnes ?
– Non, c'est tout bon, affirma Sugawara.
Il ouvrit le chat et se connecta rapidement. Le visage de Shimizu apparut sur l'écran, sublime malgré l'heure. Kenma n'était pas très doué en matière de relation ni de beauté, pourtant, il ne pouvait que reconnaitre celle de Shimizu, parfaite en toute circonstance, comme si le temps n'avait aucune emprise sur elle.
– Bonjour, j'espère que vous allez bien malgré l'heure tardive, je suis contente de vous voir presque tous présents, déclara-t-elle avec un regard en direction d'Oikawa.
– On est ravi de voir que tu vas toujours aussi bien, nous aussi, répondit Daichi.
– Kenma a trouvé des choses fortes intéressantes. Je tenais à avoir vos avis et à discuter avec vous des actions à mener dans les prochains jours. Kenma, je te laisse la parole.
Ce dernier se redressa et partagea l'écran de sa tablette sur celui de l'ordinateur afin que tout le monde puisse le voir.
– J'ai trié plus de deux cents personnes qui ont été en contact avec nous. Sur toutes celles-ci, j'en ai retenu une vingtaine, dont quelques-unes vous seront familières.
– Mais c'est notre voisin, s'exclama Daichi.
La photo d'un jeune homme, blond à lunettes et le visage stoïque était affiché à droite de l'écran.
–Tsukishima Kei. Vous saviez qu'il avait fait une école d'informatique et qu'il travaille dans une start-up qui a ouvert ses portes il y a un an et trois mois ?
Ils grimacèrent.
– Comment on pourrait savoir ? Tu connais pas l'énergumène, il est souvent mal luné ou ronchon, c'est pire que toi, lança Kuroo.
– Tu lui as parlé ?
– Quelques fois quand il descendait ses poubelles, le soir. S'il veut vraiment des informations sur nous, il est pas assez loquace pour les demander.
– Peut-être parce qu'il en a pas besoin. Quand on vérifie son CV et ses lettres de recommandation, tout est correct, cependant… étrange qu'après un travail d'un an dans une des entreprises indiquées sur son CV, qu'aucun des employés ne se souvient de lui, lâcha Kenma.
La remarque fit l'effet d'une bombe. Ils devaient vraiment se méfier de tout le monde. Oikawa sentit sa bonne humeur s'évaporer de plus en plus à la vue des portraits qui s'affichaient.
– Yachi Hitoka… Ce n'est pas ta nouvelle aide ? interrogea Sugawara à Shimizu.
– Si.
– Juste si ? demanda Kuroo, tu crois pas que ça craint, là ?
– Non, je m'en occupe.
– Yachi Hitoka, elle a été placée en foyer suite à la mort de son père, tué sans qu'on n'ait jamais trouvé le coupable. Elle n'a pas de diplôme, à enchainé les petits boulots, a essayé de rentrer dans la police, mais n'a pas réussi le concours d'entrée, avant de commencer à faire des ménages chez des personnes de tout genre, mais surtout influentes. Après un renvoi dont on ne connait pas la cause, elle a été embauchée par Shimizu.
– Y'a pas grand-chose contre elle.
– Mis à part le fait que trois de ses anciens employeurs soient morts pendant qu'elle travaillait chez eux ou juste après qu'elle en soit partie, non. Pas grand-chose effectivement.
– Elle a même pas vingt-trois ans, lâcha Sugawara en lisant son profil.
– Pour une jeune fille de son âge, je trouve qu'elle a fait beaucoup de choses, rétorqua Kenma.
Sugawara resta interdit, Kenma avait raison. Pourtant, le visage d'ange de la jeune fille n'avait rien à voir avec une tueuse. Il était encore plus difficile de le croire après l'avoir rencontré.
– C'est qui, Yamaguchi Tadashi ? interrogea Oikawa.
– L'un des voisins de Kuroo.
– Ah bon ? s'étonna ce dernier, j'ai aucun souvenir de sa tête…
– On ne peut pas dire qu'il en impose beaucoup, confirma Oikawa.
– Pourtant, il habite près de chez toi depuis cinq mois et il a fait exactement la même école que Tsukishima Kei.
Nouvelle douche froide.
– Va falloir qu'on se méfie de tous nos voisins ? râla Oikawa.
– Pas seulement, Iwaizumi Hajime n'est pas ton voisin, après tout.
La remarque de Kenma le fit grimacer.
– C'est un patient.
– C'était, ses séances se sont terminées il y a un moment, maintenant c'est autre chose, non ?
Blessé, Oikawa ne sut que répondre.
– Alors c'est avec lui que tu as couché ?
La question moqueuse de Kuroo l'agaça d'autant plus.
– On couche pas ensemble !
– Tant mieux, j'aimerais dire la même chose pour Hanamaki, déclara Kenma.
– Matsukawa Issei, lu Daichi, c'est un problème, lui aussi ?
Les sourcils froncés de Kenma lui confirmèrent la chose.
– C'est l'un des plus gros, je pense. Autant, Iwaizumi Hajime est un ancien soldat et le fait qu'il soit parti de l'armée après un long travail au front pour travailler dans une boite de déménagement et avoir une vie plus tranquille me parait plausible, autant qu'un ancien ennemi ait réussi à s'intégrer dans notre pays et travaille dans un bureau me semble utopique.
L'annonce déclencha un lourd silence.
– T'es pas sérieux ? demanda Sugawara.
– Si. Malgré tout, si on veut relativiser, il a notre nationalité depuis plus de dix ans. Et ça fait deux ans et demi qu'il travaille pour l'entreprise pharmaceutique concurrente à celle de la famille Akaashi, dont il a eu une promotion pour gérer un secteur lié au marketing il y a un mois et quelques.
– C'est à ce moment-là qu'Hanamaki l'a rencontré, sa boite lui a payé une séance de massage en plus de la promotion, ajouta Oikawa. Quand on sait ça, c'est un peu difficile d'imaginer qu'il est agent secret. Je veux dire, il a un boulot de monstre, il peut pas se permettre d'enquêter sur quelqu'un en même temps.
– Il peut avoir tout le loisir de le faire en vivant avec, ce qui permet aussi de réduire les mouvements d'Hanamaki et nous mettre dans l'embarras, preuve en est, il n'est pas là, ce soir.
Les explications de Kenma étaient logiques. Presque parfaites.
– Y'a encore beaucoup de surprises, comme ça ? demanda Oikawa, frustré.
– Oui. Mais qui vous concerne directement, non. C'était les seules.
– Passons les autres détails… commença Shimizu
– Attendez, je la connais, elle… lâcha Kuroo, je l'ai déjà vu avec Bokuto.
– Oui, elle a intégré l'équipe nationale en tant que manager suite à la démission de la précédente.
– Qu'est-ce qu'elle fout là ?
– Comme tous les autres, parce qu'elle est suspecte, répliqua platement Kenma.
Il changea la fenêtre, clôturant cette discussion et le visage du maire apparu, ainsi que trois autres.
– Comme vous pouvez le constater, il semblerait qu'on soit suspectés par un pan de la police, ou du moins, un des services de l'État, reprit Shimizu, nous ne sommes pas les seuls, et nous avons peut-être trouvé le point commun qui nous lie.
– Le maire ? demanda Oikawa.
– Non, lui, Aone Takanobu.
Sugawara s'adossa à sa chaise, pensif, Kuroo, lui, grimaça.
– Je l'ai déjà vu au port… Avant qu'il ne se fasse tuer.
– Exactement, avant qu'il ne se fasse tuer, souligna Shimizu.
– Après quelques recherches, il s'avère qu'en plus d'être partisan de Oiwake Takuro, le maire et donc certainement de la Ferro Familia, il était un agent dormant pour le corps judiciaire de l'État.
– Comment tu as pu apprendre ça cette semaine seulement alors qu'il est mort y'a quelques mois, maintenant ? demanda Kuroo, irrité.
– Qui te dit que je le sais depuis cette semaine ?
La question rhétorique de Kenma le fit taire pour les prochaines minutes.
– Par contre, reprit Kenma, j'ai appris récemment qu'il sortait avec Futakuchi Kenji alors que ce dernier est l'un des bras droits du maire pour ses activités illégales.
– Il n'aurait pas tué son amant, quand même… Il était venu nous voir pour être certain que cette affaire n'avait rien à voir avec nous, articula Daichi, ce serait paradoxal.
– Peut-être… Nous sommes certains que le meurtre ne vient pas de chez nous, et que s'il venait de leur propre gang, la personne doit déjà être au fond de la mer, sauf que ce n'est pas le cas puisqu'ils travaillent encore sur cette affaire. Donc, comme ces deux solutions sont, à priori, fausses, il ne m'en reste que deux autres, peut-être trois.
Tous les regards furent braqués sur Kenma :
– Soit il a trouvé ce qu'il cherchait à cette époque, c'est-à-dire l'émergence d'un nouveau clan, ou alors, il a vu quelque chose qu'il ne devait pas voir et dont nous ne sommes même pas au courant à l'heure actuelle. Ou alors, il se trouvait au mauvais endroit, au mauvais moment.
– Tué à quelques kilomètres du port, non loin des quartiers résidentiels, j'ai du mal à croire à la troisième hypothèse, commenta Sugawara.
– Et la troisième option ? interrogea Daichi.
– Si on associe l'endroit du meurtre avec le fait qu'il faisait partie de la branche judiciaire de l'État, mais aussi de la Ferro Familia et que son meurtre soit passé à l'as par les journaux locaux… Alors il ne jouait peut-être pas sur deux tableaux, mais sur trois et que ça l'a mené à sa perte.
– Ces histoires de drogues ou de trafic de femme auraient un lien avec sa mort ? On ne sait même pas d'où ça vient, puisque toutes les classes sont touchées. Enfin, presque, fit Kuroo.
Kenma haussa les épaules pour répondre. Il n'avait pas la science infuse et pour le moment, il ne pouvait que conjecturer avec les faits qu'il avait obtenu.
– Dans tous les cas, il semble que cette affaire à priori banale ne le soit pas, lâcha Shimizu.
Tous à l'affut, ils observèrent l'écran.
– Bien qu'à titre officiel, je déteste le maire, officieusement, nous avons besoin de son aide et je ne peux pas cracher sur les pouvoirs qu'il détient. Seulement, il n'a pas non plus accès à tous les domaines et c'est là que je vais avoir besoin de toi, Oikawa. Tu es le seul qui peut vraiment mettre ton nez dans les affaires de haute sphère, et surtout auprès de la famille Akaashi et de Keiji.
– Vous pensez qu'il aurait pu inventer une drogue qui pousse les consommateurs à devenir vos pantins ? lâcha ironiquement Oikawa avant de se taire, brutalement.
Le lourd regard de Shimizu voulait tout dire. Oui, elle le pensait.
– Il a les moyens de le faire, les études et l'intelligence, commenta Kenma, platement.
– C'est pour ça que Bokuto est pas là, ce soir ? interrogea Kuroo, le cœur serré, vous pensez qu'il est complice ?
– On ne peut pas exclure cette possibilité, répondit Kenma, plus doucement.
Il connaissait Kuroo depuis des années, et apprendre que l'un de ses plus proches amis pouvait être un traitre était la pire félonie qu'il pouvait endurer.
– Il est stupide, mais pas à ce point !
– Kuroo… Bokuto lui-même nous a dit que Keiji travaillait sur un nouveau projet médicamenteux, bientôt en phase de test, j'ai vérifié, il n'y a rien rien de cela dans les archives de la société Akaashi. Crois-moi, j'ai trouvé nombre de chose et de dossier à en vomir, mais rien qui ne porte sur un nouveau projet venant de la part de Keiji.
L'affirmation de Kenma lui porta un nouveau coup au cœur.
– Tu connais Bokuto, il est peut-être au courant de rien…
– Nous ne sommes pas là pour plaider sa cause, lança vivement Shimizu.
Elle savait combien ce devait être dur, mais elle n'était pas ici pour faire des sentiments. Sa ville était sur le point d'imploser et la police n'y faisait rien. Bien qu'elle ne serait pas gênée pour laisser brûler les hommes, elle avait besoin d'eux pour récupérer les innocents et empêcher de nouvelles atrocités, qui semblaient déjà sévir sans qu'ils ne le sachent.
Elle reprit :
– J'espère que vous avez tous pris conscience de votre situation, ainsi que de celle, plus globale qui nous entoure. Je reviendrais vers vous dès que j'aurais plus de nouvelles, mais nous allons devoir resserrer nos liens si vous voulons comprendre ce qu'il se passe… Et éviter des morts dans notre camp. Croyez-moi, je ne fais pas ça par gaieté de cœur.
– On le sait, la rassura Sugawara.
Elle lui sourit, tristement.
– Bien, à partir de la semaine prochaine, nous allons passer à l'offensive. Chacun d'entre vous va avoir à faire. Kenma va vous transmettre vos missions.
Elle fit une courte pause avant de reprendre :
– Kuroo, j'ai confiance en toi, alors ne fais pas l'imbécile et prends sur toi. Jusqu'à ce qu'on découvre la vérité, il va falloir que tu tiennes. Tu penses en être capable ?
– Bien sûr que oui. J'suis pas assez fou pour tenter la demoiselle de la mort*, murmura-t-il.
– Soit. Bonne soirée messieurs.
Elle arrêta la visioconférence et soupira. Son écran noir lui renvoya son reflet.
Shimizu détestait autant qu'elle appréciait ce surnom. C'était ce qui lui avait permis d'imposer son existence, de prouver qu'elle était forte, qu'elle avait du pouvoir. Pour autant, ce n'était pas ce qui la rendait fière, alors même que c'était la base de sa réussite.
Toutefois, si ça pouvait permettre de tenir ses hommes en place, alors elle l'utiliserait sans vergogne.
*La demoiselle de la mort a vraiment existé. Elle m'a inspiré sur quelques points au sujet de Shimizu, mais pas tous.
ET PUTAIN ON COMMENCE A EN VOIR LE BOUT OMG. Ok y'a pas moyen que ça finisse avant une quinzaine de chapitre, mais c'est pas mal ! :D
JALIWA : Alors déjà, merci ! :D
Ensuite, TROP DE CHOSE OMG. Ahem, alors le cartel avec Daichi et Suga', est en fait chapeauté par Shimizu, qui se planque, mais tu dois mieux comprendre pourquoi après ce chapitre ahah
J'adoooooore la relation entre Bokuto et Akaashi mais je ne préfère pas répondre à ce paragraphe par peur de spoiler ce que je compte faire, sorry… Mais tu as bien cerner la chose, j'suis contente de voir que j'ai pas été trop vague à ce sujet-là pour que les gens le comprennent. :)
Makki et Mattsun… arf, no comment :')
Alors, la relation d'Oikawa et Iwaizumi devait trainer en longueur beaucoup plus que ça, mais moi j'en ai eu marre qu'on stagne donc, bah, quoi de mieux qu'un baiser pour accéléré les choses ? :D Sauf que j'me dis que les choses sont peut-être trop soudaine du coup, ça a du surprendre de lire ce chapitre là ^^'
Quand à ta dernière hypothèse, ta réponse est ici donc pas besoin d'en rajouter :3
Encore merci de ta review, je suis ravie que cette fanfiction te plaisent et de savoir que même sans compte, tu la suis à ta manière :D
