Ok, après une -courte- pause, j'essaie de me remettre d'aplomb avec ce chapitre ! Un peu court, mais j'espère qu'il vous plaira !
Vendredi 14 octobre
La pluie commença à s'arrêter vers 17h, ce qui fit sourire Mai Nametsu. Sa journée venait de se terminer au même moment. Elle rangea rapidement son bureau et alla prévenir le maire de son départ.
Il la regarda à peine lorsqu'elle lui parla, et ne pipa mot jusqu'à ce qu'elle parte.
Oiwake, depuis la visite de Shimizu, avait activé tout son réseau. De ce qu'il avait compris, elle avait déjà toutes ses réponses, sauf une : La raison d'autant de grabuge en ville et il lui avait fourni en lui donnant le nom de Tanji Watoshi.
Ce qui voulait dire que Oiwake était à la traine contrairement à elle. Certes, s'il l'a laissé faire, il était certain que les problèmes seraient réglés. Cependant, par fierté, il espérait qu'elle n'y arriverait pas sans lui.
Il posa les yeux sur les différents rapports étalés et sentit un mal de tête poindre.
Un bruit de porte attira son attention, suivie d'un second, de bruit de pas, puis, une personne entra dans son bureau, sans s'annoncer.
Futakuchi semblait contrarié, peut-être pressé, et s'arrêta à quelques pas du bureau.
– Allons bon, depuis quand passes-tu par la grande porte ? lança Oiwake, déjà agacé.
– Qu'est-ce que ça peut faire ? Toutes les caméras sont sous notre contrôle, désormais.
Oiwake le dévisagea. Finalement, c'était une colère maintenue qui peignait ses traits.
– Ce n'est pas parce que c'est sous contrôle que l'on peut faire ce qu'on veut, qu'est-ce qu'il t'arrive ?
Futakuchi prit une inspiration, sûrement pour se calmer, et lança :
– On a du nouveau pour Aone… C'est une femme qui l'aurait abattu.
Soudainement, toute l'attention d'Oiwake se concentra sur son second, ce dernier continua :
– Tous ces mois passés n'auront pas servi à rien… On a réussi à mettre la main sur une vidéo surveillance d'une des villas après tout ce temps, ce qui nous confirme les dires du témoin visuel… C'est une femme qui l'aurait abattu, lâcha à nouveau Futakuchi, à brûle-pourpoint.
– Si tu penses à la demoiselle de la mort, je t'assure que ce n'est pas le cas. Ce n'est pas sa façon de faire.
– Comment vous pouvez le savoir ? Personne ne connait son visage, et elle peut très bien changer de méthode pour ne pas se faire repérer. Ça reste une tueuse.
Oiwake tapa du poing.
– Tueuse ou pas, elle ne sévit plus depuis longtemps, et si je te dis que ce n'est pas elle, c'est que j'ai de bonnes raisons de le croire. Remettrais-tu ma parole en doute ?
– Non.
– Bien, il ne nous reste plus qu'à trouver cette personne. Je suppose que nous n'avons pas le moindre indice physique ?
– Moins de la trentaine, plutôt fine, mais c'est tout… Des cheveux longs, sauf que ça pouvait être une perruque. Elle avait le visage caché et il faisait trop sombre pour que Ren voie quoi que ce soit, expliqua Futakuchi.
– Ren ?
– C'est le prénom du SDF qui trainait par-là, le témoin oculaire peu fiable…
Oiwake soupira. Une femme. C'était un indice bien maigre. Il s'adossa plus confortablement contre son dossier, espérant que cela l'aurait aidé à détendre son corps, ce qui ne fut pas le cas. Il grimaça.
– Nous allons devoir purger nos rangs… murmura Oiwake.
Futakuchi considéra son chef, surpris. Il n'était pas l'homme le plus sympathique, le plus doux ou le plus pur. Cependant, il était juste.
– Quelqu'un vous a déplu ?
– Les Corbeaux m'ont dit que la police a envahi nos rangs.
Futakuchi fronça les sourcils, sans comprendre.
– C'est pas nous qui l'avons envahi, plutôt ? Je veux dire, la plupart des agents font désormais partie de la Famille, lança-t-il.
Oiwake se redressa et fit quelques pas.
– C'est ce que je pensais, mais les Corbeaux m'ont dit l'inverse. Nous avons des traitres parmi nous.
– Ou alors, leur informateur a menti, ou ne connait pas la vérité…
Oiwake appréciait son second. Il le connaissait depuis longtemps, et il l'avait vu grandir tel un presque frère. Il ne pouvait douter de sa fidélité et pourtant…
– Kenji.
À l'entente de son prénom, il se raidit.
– Oui ?
– Je trouve que tu remets souvent en doute mes décisions, ces derniers temps.
Le cœur du plus jeune s'accéléra, il répondit tant bien que mal :
– Veuillez m'excuser, mais je pense que vos décisions manquent d'ouverture ces derniers temps.
Le silence s'abattit sur la pièce. Futakuchi n'était pas certain d'avoir utilisé la bonne formulation, mais il espérait que son chef comprendrait.
– Tu n'as qu'une idée en tête depuis deux mois et je suis celui qui prend les mauvaises décisions ? interpréta Oiwake.
– Non, je ne pense pas que ce soit des mauvaises décisions ! s'exclama rapidement Futakuchi : je veux dire que, j'ai l'impression que vous ne prenez pas toutes les possibilités en compte, contrairement à d'habitude où vous mettez souvent tout en doute avant de passer à l'action.
Sa gorge, sèche, le gratta suite à sa tirade, et il déglutit comme il put. Certes, il connaissait son chef depuis son enfance, mais il ne pouvait pas se permettre de lui manquer de respect ouvertement ou de le contester sans en tirer de graves conséquences.
Lentement, Oiwake se dirigea vers lui et s'arrêta à deux pas de sa personne. Futakuchi retint sa respiration tandis que son patron l'observait de haut en bas. On pouvait être trahi par n'importe qui, n'importe quand, et d'autant plus par ses proches. Pourtant, sans confiance, la Familia ne tiendrait pas.
– Est-ce que tu as confiance en moi ? demanda-t-il à son second.
– Oui !
La réponse, directe, le fit sourire.
– J'aimerais être aussi certain que toi, en ce moment.
Oiwake fit quelques pas et reprit :
– Je pense que nous avons des taupes, j'en suis même sûr. Il est de ton devoir de les trouver, et de les faire parler. Tous ceux à qui nous avons versé des pots-de-vin, ou autre, je veux qu'ils soient à nouveau interrogés au sujet des Corbeaux. Pour ce qui est du port, une équipe doit y être vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Je veux la police dans les quartiers sud-est pendant les trois prochaines semaines.
– Bien monsieur.
– Une fois tous les ordres donnés, je veux que tu suives toutes ses opérations et que tu me rapportes toutes les nouvelles, ajouta-t-il.
Futakuchi l'observa, surprit.
– Et concernant Aone ? Je… Si nous ne trouvons pas le meurtrier, nous pourrions avoir des problèmes dans le futur…
Il retint de justesse la détresse et la haine dans sa voix.
– Nous étions sûrs d'une chose concernant le meurtre d'Aone, c'est un tueur à gages qui s'en est occupé. Le fait que ce soit une femme est une bonne chose, il y en a peu dans ce milieu. Je n'ai pas envie de leur demander de l'aide, mais je pense que, pour cette fois, les Corbeaux seront d'accord de nous prêter main-forte.
– Vous voulez vraiment leur devoir quoi que ce soit ?
– Si je veux résoudre ce problème, je ne pense pas avoir le choix, soupira-t-il, nous piétinons depuis des mois. Ce n'est pas de gaieté de cœur que je le fais, mais il vaut mieux être redevable qu'avoir d'autres morts sur la conscience, comme tu l'as dit, nous ne savons pas de quoi le futur va être fait.
Futakuchi se mordit la langue. Il savait qu'Oiwake avait raison, mais cela lui transperçait le cœur de devoir rester sans rien faire au sujet de la mort de son amant.
– Je sais que c'est difficile, mais il va falloir que tu choisisses entre la vengeance et la Familia, Kenji, ça ne peut plus continuer comme ça.
– Je sais. Je suis désolé. Je vais m'occuper immédiatement des directives et je vous laisse trouver quelqu'un d'autre pour s'occuper de cette affaire.
Sa voix, ferme et froide, fit grimacer Oiwake. Lui aussi, avait été touché par ce meurtre plus qu'il ne voulait l'admettre, d'où ses erreurs ces derniers temps, mais il était temps de passer à autre chose et de se remettre en selle.
– Sur ce, je me permets de prendre congé, monsieur, reprit Futakuchi.
Il se détourna de son patron et sortit sans un regard, le cœur soudainement gelé.
