Mille merci aux revieweuses, encore plus aux régulières et particulièrement à toi, Yuedra.
Vendredi 14 octobre
Kuroo alluma sa cigarette, devant la grimace de Sugawara. Dix-sept heures étaient passées, et la nuit ne tarderait plus.
– Je sais plus quoi penser… lança Kuroo tout en regardant autour de lui.
Ils entamèrent leur marche parmi les détritus qui jonchaient le sol. Des maisons de tôles les entouraient, mais au moins, après une après-midi passait à vagabonder dans le bidonville, ils ne sentaient plus l'odeur nauséabonde qui s'en dégageait.
– Eh bien, si l'on regroupe toutes les informations, hormis quelques disparitions qui ressemblent plus à des fugues, je suis certain qu'une des personnes vivantes ici a trahi ses camarades.
– Camarades ? Ils pourraient s'entretuer pour une liasse de billets.
– Détrompe-toi. Ils savent qu'ils sont plus forts ensemble, sourit Sugawara.
Il sortit son téléphone et envoya un message avant de le ranger.
– Je ne comprends pas pourquoi Shimizu voulait que je m'occupe de cette partie-là… Je n'y ai jamais vécu et ce n'est pas ma bonne tête qui va donner confiance aux gens, lança Kuroo.
– C'est pour ça que je suis là.
– Ca n'explique pas pourquoi je suis là… Je viens du port, moi… râla-t-il.
Sugawara haussa les épaules et sourit :
– Règle numéro 1, ne jamais remettre en cause ses décisions, surtout devant elle. Puis, tu m'as aidé plus que tu ne le penses.
– Alors tu vas pouvoir m'expliquer ce qu'ils t'ont dit et comment tu en es arrivé à cette conclusion…
Les mains dans les poches, Sugawara, le sourire toujours aux lèvres, l'incita à le suivre dans de nouvelles ruelles, à peine assez grande pour se croiser. Ils évoluèrent ainsi pendant une quinzaine de minutes avant d'apercevoir la limite entre la ville et le bidonville.
– On est pas arrivé par là, remarqua Kuroo.
– Non, on est arrivé quatre kilomètres plus au sud, explicita Sugawara.
– Tu voulais me faire visiter ?
– Je pensais que ça te plairait.
Il mentait, Kuroo le savait. Sugawara était intelligent, certainement autant que Shimizu, s'ils faisaient quelque chose, c'était pour une bonne raison. Se méfiaient-ils de lui ?
La tôle laissa place à de vieux baraquements, puis à une cité délabrée.
– On arrivera jamais avant l'ouverture du bar, à ce rythme-là… lâcha Kuroo.
– Asahi passe nous prendre en face de l'ancienne épicerie.
– On ne récupère pas la voiture ?
– J'irais la chercher plus tard, ou quelqu'un d'autre le fera et maintenant qu'on est un peu moins écouté, est-ce que tu veux que je t'explique ce que nous avons trouvé ?
Kuroo nota le changement de sujet, mais n'en parla pas. Sugawara prit son silence comme une confirmation et continua :
– Pour faire simple, même si nous sommes dans des quartiers plus que pauvres, les disparitions inquiétantes ne sont pas monnaie courante contrairement à ce qu'on pourrait croire. Par contre, s'il y en a, il y a beaucoup moins de moyens mis en œuvre pour retrouver les personnes, ce qui est très pratique quand on a besoin de corps. Tu me suis ?
– Hm. Donc pratique si on a affaire à un trafic d'humain, mais ça, on le savait déjà, donc rien de neuf ?
– Rien de neuf sur l'approche, par contre, on sait qui a été enlevé, à peu près quand et où, donc si on retrace l'itinéraire des victimes, on retrace celles des malfaiteurs. Comme l'a dit Shimizu, en commençant par le bas de l'échelle, on pourra certainement la remonter.
Kuroo ne comprenait toujours pas pourquoi il avait besoin d'être là pour cette partie du plan, bien qu'il devinât qu'on ne lui faisait pas confiance entièrement. Ce qui ne l'étonnait pas de Shimizu, de Sugawara, par contre…
– Dis… Pourquoi c'est Shimizu qui commande et pas toi ?
Sugawara s'arrêta et l'observa quelques instants.
– Je commande, répondit-il platement.
Kuroo se frotta la nuque.
– Bah… Tu es son bras droit, mais celle qui commande, c'est elle, alors… Pourquoi c'est elle et pas toi, le boss ?
Le regard de Sugawara s'égara quelques secondes avant qu'il reprenne ses esprits et sa marche. Kuroo le suivit et ajouta :
– Si tu veux pas me répondre, c'est pas grave, après tout, j'suis qu'un pion qui à la chance de connaitre la vraie hiérarchie du clan…
Sugawara rit à la remarque.
– C'est si drôle que ça ? bougonna Kuroo.
– J'ai rencontré Shimizu dans l'une des rues qu'on vient de passer, quand j'avais une dizaine d'années. Elle était roulée en boule sous une voiture, sale, ses vêtements étaient déchirés par endroit, plein de sang, et elle ne parlait pas du tout, on aurait dit une coquille vide.
Soudainement tout ouïe, Kuroo se rapprocha de lui et marcha à sa hauteur tandis qu'il continuait :
– Je l'ai ramené chez moi. Je me souviens que, quand ma mère l'a vu, elle m'a semblé très triste, puis elle l'a emmené pendant plusieurs heures et quand je l'ai revu, elle était propre, habillée et souriante. Je n'ai jamais su ce qu'il s'est passé entre elles, et elles ont toujours refusé de me le dire. Va savoir pourquoi, ou comment, on s'est liés d'amitié peu après et on ne sait jamais quittés.
– Si c'est toi, ou ta mère qui l'ait sauvé, pourquoi c'est elle qui commande, c'est encore moins logique… Tu as peur d'elle ?
– Pas du tout, tu as peur, toi ?
Kuroo grimaça. Il n'aurait jamais du savoir que Shimizu était une des plus grandes tueuses de son siècle, pour lui, c'était plus une légende qu'une vérité jusqu'à ce qu'il doive aider à transporter un cadavre, que le cadavre s'échappe du sac et que la marque caractéristique de la Demoiselle soit gravée sur sa peau.
– Quand on sait de quoi elle est capable, difficile de pas avoir peur… C'est parce que tu la connais depuis longtemps que tu la suis, finalement…
– Du tout. Elle nous a sauvé la vie, et puis, même sans ça, Shimizu est bien trop maligne et intelligente pour que je veuille prendre sa place. Je suis très bien à la mienne !
Kuroo retint un soupir. Il n'aurait sûrement pas plus de détails. Sugawara était reconnaissant envers Shimizu, l'appréciait et se suffisait de cette vie.
– C'est un peu comme toi avec Kenma, ajouta Sugawara, ou avec Bokuto. Peut-être aussi avec Akaashi ?
Kuroo grogna à la remarque et s'insulta juste après.
– Tu n'aimes pas Akaashi ? demanda Sugawara.
– J'ai rien dit.
– Tu as grogné.
– J'ai pas grogné.
– Si, tu as grogné.
Ils s'arrêtèrent à nouveau, s'observèrent et rirent.
– Pourquoi tu l'aimes pas ? interrogea Sugawara.
Kuroo haussa les épaules et regretta de ne pas être aussi bon menteur que ses proches.
– Je le déteste pas, c'est juste que… Bokuto amoureux, c'est pénible.
Sugawara eut une moue dubitative, mais n'ajouta rien.
Il n'avait pas révélé toute la vérité, mais Kuroo non plus. Il devrait attendre d'avoir la confirmation à ses questions.
Il appréciait cet homme. Sawamura et lui l'avaient récupéré après la mort de son père, pêcheur, alors que sa mère ne savait plus comment s'en sortir pour élever son fils.
Jusqu'à présent, Kuroo leur avait bien rendu leur acte de charité, cependant, Sugawara songea : s'il omettait volontairement certaines choses, il aurait droit à sa confrontation personnelle avec la Demoiselle. Il espérait pour lui qu'ils n'en arriveraient pas jusque-là.
