Samedi 22 octobre

Oikawa s'avança vers la demeure à reculons. Il savait par avance comment tout cela allait se dérouler et il n'avait pas la moindre envie d'y assister. La nuit tombait et la fraîcheur des derniers jours s'était accentuée au point de le faire regretter une veste plus chaude. Cependant, il savait qu'il n'en aurait pas besoin dans l'imposant manoir de la famille Akaashi, alors il n'avait gardé qu'un gilet, tout de même fait par un grand couturier.

Pour cette fois, et par respect (pour le peu qu'il lui en restait, du moins) pour ses parents, il s'était contenté d'un costume sobre, avec une chemise vert d'eau. Il espérait que le peu de couleur qu'elle lui apportait l'aiderait à surmonter cette soirée, qui s'annonçait bien longue.

Il avait essayé de s'y préparer mentalement toute la semaine et avait même tenté d'écouter de la musique classique en venant, mais cela n'y avait rien changé, au contraire, il n'avait pu s'empêcher de mettre du rock juste après et l'entêtante musique Seven Nation Army passait en boucle dans son crâne tandis qu'il s'approchait de la porte principale.

La soirée n'avait pas encore commencé et pourtant… Oikawa était d'une humeur exécrable.

Il avait espéré pouvoir accéder aux portes arrière et ainsi faire une entrée discrète, mais la famille Akaashi n'était pas assez sympathique pour laisser quiconque s'aventurer n'importe où, quel dommage…

Il soupira et atteignit la porte qu'un valet gardait. Il s'y présenta en souriant faussement et on le laissa entrer, sans besoin de montrer une quelconque invitation. Soit il connaissait les visages de tous les invités par coeur, soit il laissait entrer n'importe qui. Dans les deux cas, Oikawa devrait se méfier de lui, puisque cet homme était soit stupide, soit dangereux.

Il retint un nouveau soupir.

Son masque devrait tenir au moins trois heures, puis il pourrait s'éclipser. Peut-être que la terrasse extérieure, longeant le vaste hall était accessible, il pourrait s'y réfugier quelques minutes, même s'il faisait un froid de canard…

La pièce, immense, au tapis rouge et aux différentes statues contenait une centaine de personne aux tenues les plus chics et chères de la ville. Oikawa, habillé dans un costume de luxe, se sentit pourtant bien pauvre.

Tant bien que mal, il prit son courage à deux mains et s'avança vers la foule.

— Oikawa Tooru ? s'étonna une femme, près de lui.

Elle était magnifique, des yeux clairs, un visage fin et des cheveux sombres. Son fils était son portrait craché, à un détail près.

— Madame Akaashi. Ravie de vous voir si tôt, je pensais que vous seriez accaparé par beaucoup de monde, surtout pour cette soirée.

— Allons, ce n'est pas mon anniversaire, mais celui de mon mari ! C'est lui, la star de la soirée, pas moi.

Notant sa magnifique robe sirène, qui devait coûtait bien trop cher, et qui mettait son corps entier en valeur, Oikawa remarqua pour lui-même qu'un convive non averti n'aurait jamais su que c'était l'anniversaire de Masahiro Akaashi et non de sa femme.

— Vous êtes tellement belle que j'en oublierai votre mari, remarqua Oikawa avec un sourire charmeur.

Intérieurement, il eut envie de vomir.

— La beauté extérieure se doit toujours d'être parfaite, je pense que vous le savez.

Plus que quiconque, nota Oikawa.

— Bien entendu, et je suis certain que vous êtes aussi brillante que votre robe, si ce n'est bien plus.

Elle rit à la remarque.

— Malheureusement, je ne fais pas le poids face à mon mari et encore moins à mon fils… Bien qu'il soit légèrement plus jeune que vous, je crois que vous le connaissez ?

— Akaashi Keiji… Je l'ai croisé quelques fois, mais nous n'avons pas eu la joie de pouvoir parler seul à seul ou d'entamer de grande conversation, confessa-t-il.

D'un mouvement souple, elle l'attrapa par le bras et entama leur marche.

— Si ce n'est que ça, on peut y remédier ce soir. Venez, nous allons d'abord vous prendre un verre et quelques choses à grignoter au buffet !

Sa voix, chantante, était parfaite. Madame Akaashi était une maîtresse de maison irréprochable et une actrice exceptionnelle, c'était certain.

Ils passèrent un nombre de personnes qu'Oikawa n'eut pas le courage de compter, bien qu'il en salua la plupart, puis, ils arrivèrent jusqu'à une table à nappe blanche, ornée de divers objet onéreux et d'une multitude de plats aussi succulent que cher et que la moitié de la ville n'aurait pu s'offrir.

Un serveur leur offrit une coupe de champagne ou de vin, au choix, et repartit après leur décision.

Oikawa préféra le vin, plus âpre, contrairement à Madame, qui préféra le champagne et tenta de l'y faire goûter avant de se lancer dans l'explication de son choix et de ses achats concernant la soirée.

Écoutant d'une oreille la maîtresse de maison, Oikawa fut surpris de voir Yasufumi Nekomata, ancien ministre de l'Intérieur, désormais heureux retraité. Petit, avec un sourire aux lèvres, Oikawa le connaissait de longue date et il aurait même pu dire qu'il l'appréciait malgré son air malicieux constant. Cependant, le voir discuter avec Oiwake Takurô l'étonna.

— Tooru ?

Revenant soudainement dans la réalité, il se tourna vers madame Akaashi.

— Excusez-moi, j'ai été surpris de voir une vieille connaissance, sourit-il, vous disiez ?

— Rien de bien intéressant, apparemment, lança-t-elle, narquoise : Qui donc vous a poussé votre esprit loin de moi ?

Oikawa planta ses yeux dans les siens avant de répondre :

— Monsieur Nekomata.

Madame Akaashi ne laissa presque rien paraître, presque. Un léger tic près de sa bouche lui prouva qu'il l'avait contrarié.

— Oh, c'est exact. J'ignorais que vous vous connaissiez, fit-elle d'une voix plate : mais j'aurais dû y penser, après tout, votre père travaille pour le gouvernement.

— Ce n'est pas un haut dignitaire, mais de ce fait, il aurait été difficile de passer à côté de monsieur Nekomata lors du précédent mandat. Je suis étonné de le voir ici.

— Il n'y a pas de quoi, nous sommes habitués à inviter du beau monde… Veuillez m'excuser, je vais saluer d'autres personnes, je n'ai pas encore fini de faire le tour.

Elle s'éloigna avec un sourire, Oikawa nota tout de même son dos, bien droit et tendu.

Profitant de la fuite de sa compagne, il se servit un caviar.

Shimizu lui avait demandé de venir pour enquêter sur la famille Akaashi. Il n'avait rien à tirer de la mère, et sûrement pas du père. Il ne fouillerait pas le manoir sous l'oeil avisé des divers serveurs et des quelques gardes présents. Il ne lui restait plus que sa meilleure arme : la discussion.

Toutefois, réussir à inculper Akaashi Keiji ou quiconque sur des sous-entendus ou des ouïes dires se révélerait un très mauvais choix.

Oiwake Takurô était le maire de la ville et le père de la Ferro Familia, mais Sugawara l'avait averti des dernières nouvelles et il ne lui apprendrait rien. En revanche, Nekomata Yasufumi pourrait sûrement l'éclairer au sujet de Tanji Washijo.

Oikawa en était certain, il ne trouverait rien au sujet de la drogue ou de cette famille ici, mais d'autres sujets pouvaient être creusés.

Il fit son plus beau sourire et s'avança vers les deux hommes, confiant.

Oiwake semblait ennuyé, comme souvent, tandis que Nekomata lui parlait joyeusement.

— Ah, je ne pensais pas que la retraite me plairait, et encore moins la pêche !

— Je ne vous contredirais pas au sujet de la pêche, mais j'ai des doutes que vous soyez aussi bien que ça à la retraite, lança Oikawa en arrivant près d'eux.

Le vieil homme se tourna vers lui, le sourire jusqu'aux yeux.

— Oikawa Tooru, cela faisait bien longtemps ! Plus de deux ans, n'est-ce pas ?

— Veuillez m'excuser, messieurs, lâcha platement Oiwake, qui s'éloigna avant même d'entendre leur réponse.

Ils restèrent silencieux quelques secondes, puis, Nekomata murmura :

— Il n'est pas mauvais, mais je crois qu'il n'est pas fait pour diriger.

— Parce qu'on naît dirigeant, vous pensez ?

— Oui, je le pense, pas vous ?

— Je crois que la vie nous forme, pas la naissance, soupira Oikawa : Et j'ai assez d'exemples pour le prouver.

Nekomata l'observa quelques secondes et sourit à nouveau, ce qui lui plissa les yeux.

— Votre cabinet fonctionne bien ?

— Plus que bien, nos agendas sont remplis des semaines à l'avance par nos patients, bien que nous réservions des créneaux en cas d'urgence ou de demande pour les massages. Mon collègue est doué dans ce domaine, je vous le recommande vivement.

— Si vous êtes aussi doué dans votre métier que dans votre langage, je vous crois sur parole, rit Nekomata : je viendrais vous voir, je n'aime pas l'admettre, mais je commence bel et bien à me faire vieux.

— Comme je le disais tout à l'heure, j'en doute…

— Soit, je m'exprime mal : Je vieillis de corps, mais il est vrai que mon esprit fonctionne toujours aussi bien.

Un serveur passa près d'eux et ils échangèrent leur verre vide contre un plein, puis il s'éloigna vers d'autres convives. Quelques personnes bougèrent à son passage, dégageant la vue.

Oikawa se raidit.

Non loin se trouvaient Akaashi Keiji et Takeyuki Yamiji, en pleine discussion. Malgré le peu de rides présentes, à côté de Keiji, l'homme semblait vieux. Pourtant, Oikawa savait qu'il n'avait qu'une cinquantaine d'années, tout au plus. Ses cheveux courts, en brosses, étaient grisonnants, il avait un port droit, fier.

Il émanait de lui le pouvoir, l'assurance. Et il lui en fallait, pour commettre ses méfaits.

Oikawa ne l'appréciait pas, et c'était réciproque.

Les deux hommes s'éloignèrent et il les perdit de vue.

— Vous, vous avez vu quelqu'un que vous n'aimez pas, sourit malicieusement Nekomata.

— Si vous arrivez à lire en moi aussi facilement, il faut que j'admette que je manque cruellement de pratique à force de fuir les salons…

— C'est une mauvaise chose ?

— Ma mère vous l'affirmera, soupira Oikawa.

— Pas vous.

— Disons que je ne suis pas aussi… Pugnace qu'elle. J'ai chaud, pas vous ?

Nekomata le jugea quelques secondes, ses yeux plissés brillèrent brièvement avant qu'il ne réponde :

— Je pense qu'un peu d'air ne me fera pas de mal. Si ma compagnie vous plaît, nous pourrions marcher un peu sur la terrasse, j'ai vu une des fenêtres ouvertes, un peu plus loin.

Ils entamèrent silencieusement leur marche. Bien que le chemin soit court, l'arrêt fréquent pour des salutations et pour les formes d'usages le rallongea de plusieurs minutes.

Ils arrivèrent enfin à l'air libre, leur verre à la main et une tartine de caviar dans l'autre pour Nekomata.

Après quelques mètres, le vieil homme s'accouda au muret qui bordait la terrasse et soupira, loin des oreilles indiscrètes.

— J'ai aimé le pouvoir, ses avantages et les inconvénients ne m'ont jamais dérangé, hélas, je crains que je n'ai jamais réussi à me faire à tous ses faux-semblants.

— Là encore, j'ai du mal à vous croire, sourit Oikawa.

— Oh, mon garçon. Ce n'est pas parce que j'ai dis que j'avais eu du mal avec que je n'ai pas aimé ça.

— Et c'est pourquoi vous êtes encore dans les affaires.

Nekomata se redressa.

— Je savais bien que tu avais une idée derrière la tête, mais je ne pensais pas que tu me parlerais aussi franchement, gamin… sourit-il.

Loin des personnes influentes, il montrait son vraie visage. Celui d'un homme brillant, sûre de lui, mais néanmoins aimant.

— Pourquoi devrais-je tourner autour du pot avec toi ? demanda Oikawa.

Nekomata l'observa quelques instants. Si Oikawa avait suivi la voie que ses parents lui avaient tracée, il aurait sûrement fait carrière dans la politique, ou aurait réussi à se faire accepter dans une des multinationales auxquels siégeait son père. Pourtant, il avait refusé qu'on lui dicte sa conduite plus longtemps et s'était rebellé. Nekomata, qui avait vécu dans la haute sphère la majeure partie de sa vie avait été surpris par ce jeune homme, à l'époque. Lui qui semblait être un gamin comme un autre, accroché aux richesses et aux scandales pour pimenter sa vie, s'était révélé être un jeune homme déterminé à écrire sa propre histoire : Et cette dernière serait loin des médias.

Son courage et sa résolution l'avaient touché, alors il l'avait encouragé pour ses études ainsi que pour son prêt.

Il soupira. Il ne pouvait même pas invoquer sa vieillesse comme excuse à son sentimentalisme, il n'avait même pas soixante ans à l'époque !

— Ne me dit pas que je te fatigue déjà, nous n'avons même pas commencé à discuter réellement ! s'exclama Oikawa.

Le plus vieux secoua la tête.

— Non, c'est penser à ton entêtement qui m'a fatigué… le taquina-t-il avant d'ajouter : je me suis montré trop gentil avec toi, si tu me demandes encore de l'aide.

— Je ne veux pas d'aide, je veux juste quelques informations.

— C'est encore pire, selon ce que tu demandes, ça peut coûter cher, le prévint-il.

Oikawa resta neutre. Ils savaient tous deux que ce n'était pas d'argent dont il était question, mais de vie.

— Je suis prudent et je sais à qui je demande, mais merci de ta sollicitude.

Nekomata posa son verre sur le balcon et regarda au loin, les deux mains à plat sur la balustrade, il reprit :

— Alors, qu'est-ce que tu veux ?

— J'aimerais savoir ce que tu sais des affaires en cours de Tanji Washijo.

Surpris, Nekomata garda tant bien que mal son masque, et fut heureux de pouvoir s'accrocher au balcon. Il observa à nouveau Oikawa.

— Dans quoi est-ce que tu trempes ?

— D'après un ami, c'est dans l'alcool puisque je ne suis qu'un cornichon…

Malgré la plaisanterie, Nekomata n'eut pas envie de sourire.

— Oikawa Tooru, ne me fais pas répéter.

Au ton sévère, il sut que l'humour ne suffirait pas à faire flancher son vieil ami.

— Dans rien qui te concerne, et si ça peut te rassurer, je rends un simple service. Si tu pouvais m'aider à ce sujet-là, ce serait du bonus, sinon, je me débrouillerais autrement.

Nekomata le jugea de la tête au pied et soupira. Une longue, longue expiration, qui impressionna Oikawa. Si elle était similaire à l'inquiétude qui devait le miner, Oikawa devait lui poser un gros souci.

— Il a décidé de se venger de cet idiot de Takeyuki Yamiji. Je ne connais pas le sujet de leur dispute, mais ça à déclencher une vraie colère chez Tanji qui a décidé de se pencher un peu plus sur son cas.

— Tanji savait que Takeyuki était louche ?

Nekomata rit subitement avant de rétorquer :

— Qui n'est pas louche, dans ce milieu ?

Oikawa grimaça, mais ne répondit pas et laissa la parole à son interlocuteur :

— Il y en a qui le sont moins que d'autres c'est tout. Sauf que ce n'est pas le cas pour Takeyuki.

Tout ouïe, Oikawa demanda à brûle-pourpoint :

— Qu'est-ce qu'il fait ?

— Du trafic d'humain, à la base.

— À la base ?

— Je ne connais pas les dernières conclusions et la dernière fois que j'ai vu Tanji remonte à quelques mois, mais… Il pense qu'il s'est tourné vers un nouveau marché pour faire de certaines personnes des pantins. Avoir un ascendant sur une personne et en faire tout ce que tu veux peut donner le tournis et le vice du pouvoir, surtout quand elle se débat et que tu lui imposes ta volonté. Mais parfois, on a juste envie d'une marionnette qui dit "oui" à tout et nous obéit au doigt et à l'oeil, tu comprends ?

L'estomac d'Oikawa se retourna. Il but une longue gorgée de vin, comme si de rien n'était avant de poser les yeux sur Nekomata.

Si ce qu'il disait était vrai, et si Oikawa avait vu ce qu'il avait vu alors…

Le vin menaça de remonter le long de son oesophage. Il respira un grand coup et essaya de ralentir les battements effrénés de son coeur.

— Tu as compris quelque chose, n'est-ce pas ?

— Je devrais revenir à ces galas et salons plus souvent, tu lis en moi trop facilement.

Nekomata rit, ce qui dénoua légèrement l'estomac d'Oikawa.

— Pourquoi Tanji n'arrête pas Takeyuki ?

— Parce qu'il n'a pas de preuve, pardi ! Et, pour le moment, les rapports officiels font sujet d'un démantèlement d'un réseau, barreau par barreau, mais pas de trouvailles concernant la tête pensante. Même si on a des doutes, et pour Tanji, c'est même une certitude, nous n'avons pas de preuve. Tooru, dis-moi que tu n'es pas mêlé à ça.

— Bien sûr que non ! Je… Disons que des amis ont des soucis qui sont sûrement dus à lui, mais je ne fais rien d'illégal, rassura-t-il.

Et il y croyait, de tout son coeur.

— Si tes amis sont lié à lui, alors…

— Ils ne sont pas lié à lui, pesta-t-il en murmurant : Mais va savoir pourquoi ou comment Tanji doit sûrement penser l'inverse.

Las, et peut-être, rien qu'un peu, légèrement fatigué, Nekomata ne sut que dire de plus. Il aimait bien Tooru, il n'avait jamais voulu d'enfant à cause de sa carrière politique, et, parfois, il se sentait un peu comme un grand-père face à lui, sans savoir pourquoi. Peut-être était-ce dû à son franc-parler, à leur première rencontre, ou au fait que ce gamin cherchait une figure paternelle à ce moment-là. Il n'était qu'un vieux roublard, entouré de ses ennemis et sans amis, mais il aimait penser que, si la génération future voulait vraiment changer le monde, alors il ne pouvait que l'encourager, si elle voulait juste être tranquille alors il était celui qu'il l'aiderait.

— Tu devrais peut-être t'éloigner d'eux, lui conseilla-t-il sans même réfléchir.

Oikawa le fixa quelques secondes.

— Hum, peut-être que j'avais tort tout à l'heure, tu commences vraiment à te faire vieux.

— Les gamins comme toi ne savent pas dans quoi ils s'embarquent jusqu'à ce que le courroux leur tombe dessus, tu ferais mieux d'écouter le vieux, comme tu dis.

D'un geste théâtral, Oikawa posa une main sur son coeur et répondit :

— Mon dieu, j'espère que s'il me tombe dessus, il ne m'abimera pas trop ! Ma beauté ne s'en remettrait pas.

— Je ne sais pas pourquoi elle ne s'en remettrait pas, mais j'espère que vous n'avez pas que votre beauté pour vous, lança un nouvel arrivant.

Oikawa se tourna, tout sourire :

— Oh, Akaashi Keiji ! Quel plaisir, le fils de la star de la soirée, quel honneur vous nous faites là.

Nekomata sourit également et lui fit un signe de tête en guise de salutation.

Habillé dans un costume chic, strié de fines lignes grises, il paraissait être tout en longueur et, dans la nuit froide, ses yeux habituellement anthracite tournaient au noir. Il ne semblait ni enjoué ni moqueur, simplement ennuyé.

— J'avais besoin d'un peu d'air, comme vous, je suppose. La soirée est agréable ?

— Très, avec une nourriture délicieuse et un champagne digne de ce nom, fit Nekomata, comme toujours, je ne suis jamais déçu quand je suis invité dans votre demeure.

— Ce n'est que trop de compliment que vous nous faites, vous m'en voyez ravi.

Il se tourna vers Oikawa et ajouta :

— Je suis surpris de vous voir, ce soir, avez-vous trouvé vos marques ?

— Elles ne sont jamais parties, plaisanta Oikawa : Vous savez ce que c'est, quand on est élevé en tant que futur représentant de notre famille, notre devoir et notre éducation finissent par s'ancrer dans nos gênes.

— Vous vous êtes pourtant éloigné de votre famille.

— C'est exact, mais que je le veuille ou non, mon nom demeure Oikawa, cela reste ma famille.

— Je pensais que vous en changeriez, n'en avez-vous pas trouvé une autre, après tout ?

Ils s'observèrent en chiens de faïence. Le sous-entendu était une attaque déguisée. Soit Keiji était devenu fou, soit il avait une très bonne raison de le faire, soit il essayait simplement de lui faire peur, soit Bokuto avait parlé.

Oikawa espéra que son masque demeure et répondit :

— C'est vrai, mon cabinet m'apporte bien plus que ce que je pensais avoir en le créant, mais même si mon collègue est devenu mon ami, je ne pourrais pas me détourner de mes origines. Je ne sais pas de quoi l'avenir est fait, après tout, peut-être aurais-je besoin de ma famille un jour prochain.

Nekomata, silencieux, jugea la discussion, intrigué au plus haut point. Oikawa ne lui avait pas tout dit, tout à l'heure, et Akaashi Keiji était peut-être l'une des raisons de son silence. Il devrait creuser la question quand il aurait le temps, ainsi qu'appeler Tanji.

— J'ai entendu dire que vous reprendrez l'entreprise familiale, Keiji ? demanda-t-il avec en train.

— C'est exact, mais j'ai encore beaucoup à apprendre, qui plus est, j'aimerais faire carrière en politique. On ne…

Il s'arrêta dans sa phrase, un serveur venait d'arriver :

— Monsieur ? Monsieur votre père va faire son discours.g

— J'arrive. Veuillez m'excuser messieurs, le devoir m'appelle, sourit-il.

Sans attendre leur réponse, il s'éloigna d'un pas vif, les laissant à nouveau seuls.

— Je crois, Tooru, qu'il ne t'apprécie pas.

— Évidemment, je suis tellement brillant que ma simple présence efface la sienne… Il y a de quoi m'en vouloir.

À la remarque, cette fois, Nekomata eut un grand rire.

Oikawa lui, sourit et pria pour que son malaise ne se voit pas.g