OOC : Bonjour à tous. Voici un nouveau chapitre. J'espère que ça vous plaira. Bonne lecture !
Lorsque Nero se rendit à l'extérieur des quartiers de l'ORM en se téléportant via son portail de ténèbres pour rejoindre ses chaperons, il ne fut pas surpris de voir une escouade entière qui l'attendait. En-dehors de Vincent Valentine, il y avait également Shelke et Reeve Tuesti qui étaient présents et, de manière surprenante, un général de sa connaissance.
Nero chercha son nom. Général Mac quelque chose. Non. Le nom ne lui revenait pas mais il se souvenait très bien de lui avec sa dégaine imposante et son expression remplie de mépris quand ses yeux se posaient sur l'ancien Tsviet.
A côté d'eux, les Turks chargés de la surveillance n'avaient pas quitté leur poste. Nero se demanda vaguement s'ils allaient combattre avec eux. Il inclina la tête sur le côté, curieux. Il s'attendait à rencontrer également l'équipe de l'ex-AVALANCHE. Après tout, n'étaient-ils pas concernés par cette menace des chiens de l'enfer ? Ils avaient été impliqués dans de nombreuses crises, après tout. Pourquoi pas celle-ci ?
Le silence tomba. Ce fut Reeve Tuesti qui le coupa en se raclant la gorge.
« Bonsoir, Nero », lui adressa Reeve Tuesti à titre de courtoisie.
Nero le détailla. Reeve Tuesti était habillé dans un costume noir, au contraire du violet qu'il avait l'habitude de porter. Il semblait également fatigué. Mais après tout, ils n'étaient pas ceux qui décidaient de l'heure durant laquelle les chiens de l'enfer allaient apparaître. Il lui adressa un signe de tête en guise de réponse. A côté, Vincent Valentine lui répondit de la même manière tandis que Shelke, son ancienne camarade, lui tournait ostensiblement le dos.
- Tu sais très bien que tu ne dois pas utiliser tes portails, fit Reeve Tuesti.
- Je suis venu au lieu de rendez-vous, répliqua Nero, laconique.
- Quand tu veux aller quelque part, tu dois suivre la procédure et appeler le gardien pour qu'il t'escorte. C'est la règle.
Pff. Il n'avait pas besoin d'escorte. C'était tellement typique de la Shinra. Nero sentit le malaise poindre chez Reeve. Et quelque part, cela lui procura une certaine joie de savoir qu'il faisait naître ce genre d'émotion chez le Président de l'ORM.
- Vous avez peur que je m'échappe ? Et que je rompe notre marché ?
- Tu penses qu'on te fait confiance aussi facilement ? grinça le Général. Depuis quand un Tsviet respecte sa parole ?
Ce ton lui avait manqué, pensa sarcastiquement l'ancien Tsviet.
- Je l'ai respectée pendant ces derniers mois.
- Vous êtes tout à fait capable de changer d'avis ou d'oublier, grogna le Général.
- Pardon, je ne me souviens pas de votre nom, s'excusa ironiquement Nero.
- Général MacKurie, soupira Vincent Valentine. Un peu de calme et de tolérance, s'il vous plaît.
Nero en aurait presque remercié Vincent. Il n'était pas franchement d'humeur pour ce genre de commentaire. Général MacKurie se contenta de marmonner quelque chose avant de se détourner d'eux, énervé. Reeve s'empressa de changer de sujet.
- On a désactivé le bracelet électronique le temps qu'on aille voir ce qui se passe du côté de Kalm.
- De Kalm ? répéta Nero.
- Des êtres de ténèbres y ont été aperçus.
Il ignorait que c'était aussi loin. Bon. Au moins, cela lui permettrait de chasser hors de sa zone de confort habituelle. Reeve parut lire ses émotions et le rappela à l'ordre :
- Mais je te rappelle qu'il sera réactivé dès que le périmètre sera sécurisé.
- Bien sûr, soupira Nero.
Il se tourna vers Vincent. Il l'avait prévenu que Tifa était en route. Où était-elle ? Hors de question qu'il quitte cet endroit sans s'assurer que Shiro serait en sécurité. L'ex-Porteur de la Protomatéria se contenta de le rassurer brièvement :
- Elle est sur le chemin. Comme Cloud, Barret, Red XIII et Cid. On aura besoin de leur véhicule pour se déplacer.
Cela aurait été plus rapide avec ses portails. Mais bon. Cela confirmait bien qu'ils venaient. Le contraire aurait étonné Nero. Il se contenta d'approuver du chef avant de se placer sur le côté pour attendre le véhicule, à côté de Shelke.
- ... Ravi de te revoir, lui lança Nero sarcastiquement.
Shelke lui adressa un regard froid.
- Nous ne sommes qu'assignés au même objectif commun. Ne crois pas qu'on soit redevenus alliés.
- Il n'y avait pas d'allié à Deepground.
Ce constat la fit se taire. Message reçu. Nero n'insista pas. Alors que le son du moteur d'un véhicule atteignit leurs oreilles, une silhouette s'approcha de lui par-derrière. Par réflexe, Nero se retourna pour se retrouver face au Turk rouquin. Il réprima à peine un soupir. Il savait très bien ce qu'il allait lui demander.
- Ton carnet de maths ! cracha le rouquin en le brandissant devant ses yeux.
- Reno ! l'interpella son collègue au loin.
Le dénommé Reno l'ignora.
- Tu crois que c'est bien, de jeter des objets par la fenêtre à la figure des gens ?
- Ce n'est pas mon carnet de maths, rétorqua Nero avec un ton joueur.
- Peu importe ! C'est celui de ton gosse. Tu vas le récupérer !
- Et si je n'ai pas envie ?
Allons, cela en devenait risible. Alors que Reno était sur le point de répliquer, un véhicule de leur connaissance s'arrêta à leur hauteur.
- Tu jettes les devoirs de ton enfant par la fenêtre ? Alors qu'il doit les rendre ?
Barret.
Nero ne réagit pas, même quand le nouvel arrivant sortit du véhicule en trombe, claquant furieusement la portière derrière lui.
- Mais quel genre de parent es-tu ? cracha Barret tandis qu'il s'avançait vers lui. Tu crois que cela va rendre service à Shiro, de faire ça ? Déjà qu'il se bat à l'école et que tu ne fais rien pour que cela s'arrête !
Nero leva les yeux au ciel en guise de réponse.
- Et ne réagis pas comme ça quand je te parle ! brailla Barret en montant le ton. Tu es sensé être responsable, mais tu fais tout l'inverse ! Déjà, tu as emprisonné Shiro pendant trois ans dans une dimension parallèle pour l'empêcher de se rendre dans le monde des humains et maintenant, tu—
- Barret, ça suffit !
Décidément, il appréciait de plus en plus Vincent. L'aide de ce dernier était la bienvenue.
- Quoi ? Je déteste les parents irresponsables et négligents ! Jamais je n'ai jeté les devoirs de Marlène par la fenêtre même quand c'était sur des sujets chiants ! Jamais je n'ai laissé Marlène ou Denzel se battre à l'école !
Il devrait le faire, cela fait du bien, pensa Nero.
- On n'a pas de temps pour ça, renchérit Cloud à son tour.
Tifa sortit de la voiture. Nero lui tendit les clefs après un bonsoir poli. Elle les reçut et se dépêcha de rentrer à l'intérieur de l'appartement tandis que Barret se réinstallait au volant du véhicule, criant à tous d'embarquer. Nero se plia de mauvaise grâce. Plus vite ils arriveraient à leur destination, plus vite il mettrait la main sur le responsable des êtres de l'enfer.
Une certaine impatience anima Nero à cette pensée. Il s'installa entre Shelke et Vincent tandis que Barret redémarrait les moteurs. D'un rapide coup d'œil oblique, il remarqua Shelke parler à quelqu'un sur son téléphone par message.
Silencieusement, il put lire ce qu'elle écrivait à la dénommée Yuffie. « N'oublie pas qu'elle a géographie aujourd'hui donc assure-toi qu'elle ait son manuel. »
Intéressant. Shelke s'occupait d'enfants, maintenant ? Néanmoins, Nero garda le silence. S'il faisait le moindre commentaire, il allait se faire envoyer paître. Et Nero avait assez essuyé d'insultes pour aujourd'hui. Sans ajouter un seul mot, il se cala sur son siège et se laissa porter par le véhicule qui quitta bientôt la ville dans la nuit pour se rendre à Kalm.
« ... J'espère que l'endroit te plaît. »
G s'était assis dans l'herbe. Au loin, il observait l'aurore se lever. Un mélange de noir, de bleu sombre qui devenait de plus en plus clair au fur et à mesure que le temps s'écoulait.
Observer un tel spectacle lui procurait un sentiment... presque mélancolique de nostalgie.
Cela lui rappelait des souvenirs lointains.
Dire qu'avant, il n'avait jamais accordé d'importance à ce que la Planète pouvait leur montrer, lui offrir.
A tous les trésors qu'elle pouvait leur dévoiler.
Aujourd'hui, il le regrettait. Il le regrettait tellement.
A côté de lui, Weiss ne répondait pas. Le visage fermé, il se tenait debout, à quelques mètres de lui, en train de polir ses lames, sans se soucier du paysage devant lui.
Cela agaça un peu G. Il avait cru que Weiss changerait d'attitude une fois arrivé ici. Il avait obtenu ce qu'il désirait, non ? Il était sorti de son espace, de sa prison. Même pour une heure, c'était déjà beaucoup. Il l'avait emmené dans un endroit formidable, où il n'y avait aucun humain.
Et encore une fois, Weiss n'était pas content. Il faisait la tête. Il ne regardait pas ce qui l'entourait alors qu'il avait été enfermé pendant quasiment toute sa vie à Deepground, sous Midgar.
- Il a raison.
Weiss daigna enfin lever la tête vers lui, blasé.
- Qui ?
- Le vieillard. Un gamin serait plus mature que toi.
- Le vieillard... Tu ne connais même pas son nom, toi non plus.
Si. Il connaissait son nom.
Mais ce n'était pas les affaires de Weiss. Ce n'était pas son objectif.
- Et puis-je savoir pourquoi tu me dis cela ? lui demanda l'Hôte de la Fin, le ton irrité.
- Tu ne fais même pas attention à ce qui t'entoure.
- Si. Que crois-tu ?
G fronça les sourcils, décontenancé par sa réponse. Weiss finit par ranger l'épée qu'il nettoyait dans son fourreau, sans quitter toutefois son emplacement.
- On ne dirait pas.
- Il faudrait que tu regardes au-delà des apparences, soupira Weiss. Bien sûr que je fais attention. Mais je ne le montre pas. C'est tout.
- Vraiment ? l'interrogea G, incrédule.
- J'intériorise beaucoup de choses.
- Comme ? Tu n'as jamais intériorisé ton désir de tuer. Tu n'as jamais intériorisé ton arrogance. Tu en as toujours été très fier.
Weiss croisa les bras, haussant simplement les épaules.
- Tout ce que j'extériorise... au moins, personne ne pourra l'utiliser contre moi.
- Parce que tu crois que montrer tes émotions, c'est faire preuve de faiblesse ?
- Bien sûr que ça l'est.
G ferma les yeux, résigné.
- J'ai de la peine pour toi, dans ce cas.
- Pitié, ne me dis pas que tu as pitié de moi, railla Weiss, le ton acide.
Et si c'était le cas ?
- Et pour répondre à ta question... Si tu désires vraiment savoir ce que je pense, allons-y. J'adore cet endroit. Je suis tellement heureux d'être ici, dans ce coin perdu, en ta compagnie. Le ciel est tellement beau. C'est un orgasme visuel.
Insupportable. Ses mimiques, son sarcasme était insupportable.
Et ce n'était pas un coin perdu. Pas pour G, en tout cas.
Alors que G écoutait Weiss déblatérer, son regard se porta sur un pommier banorien qui se dressait au loin, derrière eux. Il se retourna vers Weiss avant de lui adresser, froidement.
- Tu devais être plus heureux à Deepground, alors. Si tout te blasait à ce point...
- Tu crois que je suis heureux ? lui rétorqua Weiss. Que je vais être reconnaissant parce que tu m'as fait venir ici ? Après tout cela ? Tu penses que cela va laver l'ardoise ?
G inhala, exhala.
Cela serait ce genre de conversation, alors.
- Je sais que tu ne me pardonneras jamais, Weiss. Pour ne pas t'avoir aidé à renverser Restrictor à Deepground.
Weiss le fusilla du regard, gardant néanmoins l'expression attentive à ce qu'allait dire G.
- Si tu t'attends à des excuses, sache qu'elles ne viendront jamais. Vous auriez massacré tout le monde, sans aucune distinction.
- Quel moralisateur, G.
- Mais... Si cela peut t'apaiser, je ne me pardonnerais jamais non plus. Mais pas par rapport à vous.
- Alors... Qu'est-ce que tu as tant à te reprocher ? répondit Weiss, le ton froid.
Son sarcasme avait disparu.
- Je ne me pardonnerai jamais pour tout ce que j'ai fait ici, à la surface... Avant tout cela...
Il avait tué de nombreuses personnes.
Il avait détruit des vies...
Celle d'Angeal... Sephiroth...
Et même Zack... Même Zack était mort, lui aussi.
- Et pour tout ce que j'ai fait, le prix à payer est lourd. Mais je l'accepte. Je sais qu'une rédemption... Ce n'est pas quelque chose qu'on gagne facilement. On doit œuvrer, lutter tous les jours pour la mériter. La Déesse m'a donné une seconde chance... et j'ai bien l'intention de continuer sur cette voie.
- Hm.
Au moins, Weiss l'écoutait davantage. G l'entendit se rapprocher de lui avant de s'asseoir dans l'herbe, gardant néanmoins une certaine distance entre eux.
- Tu pourrais suivre ce chemin-là, reprit G après une pause. De ton gré.
- Tu penses que j'en ai envie ? Tout ce que je veux, c'est rejoindre la Planète.
- Bien sûr.
Il marqua un nouveau temps, hésitant sur les mots.
- Mais... Que tu le veuilles ou non, on demeure « frères ».
- Je t'interdis d'utiliser ce terme, le coupa sèchement Weiss.
G ne s'en démonta pas.
- Nous le sommes. Et c'est mon rôle de te conseiller. Après tout, tu fais partie de moi.
Weiss détourna le regard, les yeux clos. Il n'avait pas envie de le regarder.
- Après, se reprit G, tu n'es pas obligé de me considérer comme un frère. Tu n'as qu'à me voir comme... juste un parent éloigné et que tu ne peux pas supporter. Pour l'avoir vécu, je connais ce sentiment de devoir se coltiner quelqu'un qu'on déteste par obligation.
Cette dernière remarque arracha néanmoins un sourire sur le visage de l'ancien Tsviet. Il se contenta de rouvrir les yeux avant de plonger son regard céruléen dans celui de G.
- Je préfère cela, alors.
- J'aurais préféré t'entendre me dire que tu ne me détestes pas vraiment.
- Oh, ne prends pas tes rêves pour des réalités.
Weiss s'accouda sur son genou droit, posant son menton sur sa main tandis qu'il fixait G avec une certaine malice.
- Toi, par contre... Est-ce que c'est vraiment par désir de rédemption que tu suis les pas de la Déesse ?
G fronça les sourcils, ne comprenant pas ce qu'il voulait dire. Les yeux bleus de Weiss le fixèrent avec attention.
- N'est-ce pas plutôt pour autre chose ? Une raison plus personnelle ?
- Je ne vois pas de quoi tu parles.
- Oh, si. Tu vois de quoi je parle.
Il avait envie de nier.
Il avait envie de lui dire qu'il se trompait, mais malheureusement Weiss était intelligent. Il savait lire les autres comme s'il s'agissait d'un livre ouvert. Et à Deepground, il exploitait ces connaissances pour pouvoir les utiliser contre les personnes concernées.
G préféra se taire. Que dire, de toute façon ? Il n'avait pas envie de laisser à Weiss la réjouissance de savoir qu'il avait raison.
- Je ne te juge pas, le rassura l'homme aux cheveux blancs, ironique. Mais si tu veux me forcer à emprunter la voie d'une chose aussi chimérique que la rédemption... Tu risques d'être déçu de moi, « parent éloigné que je déteste ».
G se sentir tressaillir.
Il était le Gardien de la Planète. Même avant de le devenir, il avait toujours ressenti cette fascination pour la Déesse. Mais après être devenu ce Gardien, il avait commencé à ressentir... Autre chose. Quelque chose de plus profond.
Etait-ce normal, en raison de sa fonction ? De son rôle à maintenir l'équilibre ?
- Parfois, les sentiments qu'on peut ressentir pour une autre personne peuvent changer les choses. Parfois, c'est suffisant pour emprunter cette voie, déclara G.
- Je ne sais pas. Je n'ai jamais connu cette personne qui pourrait me faire « emprunter cette voie », fit Weiss en articulant sur les derniers mots.
- Tu n'as jamais eu de sentiment profond pour quelqu'un ?
Weiss garda le silence.
Il finit par s'allonger dans l'herbe, les mains soutenant sa tête tandis qu'il portait enfin attention au ciel encore étoilé au-dessus de leurs têtes.
- J'ai eu des rencontres. Des femmes, des hommes… Mais à Deepground, il n'y avait pas de véritable intimité. Pas de sentiments qui m'auraient permis d'emprunter une voie. Il n'y avait que le contact physique. Soi je le trouvais en combattant et en tuant, soit c'était en participant à ce programme d'imprégnation qui permettait de mettre en place la prochaine génération.
Il racontait ces histoires comme si elles n'étaient pas arrivées à lui. Comme s'il s'agissait de quelque chose de fictif.
Cela prit G au dépourvu.
- ... C'était du viol. Ce que tu me racontes est ignoble. Et tu n'as aucun regret.
- Tu crois que je le désirais, peut-être ? Cette situation ?
G se tut.
Non.
Mais avec Weiss, on n'était jamais sûr.
- ... Il y en avait une, déclara Weiss après un temps.
G reporta son attention sur lui, confus.
Weiss soupira.
- Il y en avait une... au programme d'imprégnation... avec qui j'ai peut-être ressenti quelque chose. Je ne saurais pas décrire ce que c'était. Je ne saurais même pas décrire à quoi ressemblait cette personne. Ni quel était son nom. On ne nous disait jamais ces choses. Ce n'était pas des sentiments profonds mais... quelque chose. Comme si l'instinct me disait que ma vie serait liée à cette personne.
G plissa les yeux.
Vraiment ?
- C'est idiot. La preuve est que je ne l'ai jamais revu par la suite. Mais c'est ce que j'ai ressenti.
- Je vois. Et c'est le maximum que tu as ressenti avec quelqu'un ?
Il n'y croyait pas. A moins que Weiss n'en soit pas conscient lui-même.
- ... Qu'en est-il de Nero ?
Il regretta cette question.
Pourtant, Weiss ne l'envoya pas paître, quand bien même son visage se ferma.
- ... Tu sais très bien ce que je ressentais pour mon frère. On avait ce lien familial qui nous unissait. Qui nous faisait tenir.
G le contempla amèrement.
A chaque fois que G commettait quelque chose qui le mettait mal à l'aise, comme mentir à Weiss sur ce qui était réellement arrivé à Nero... Il se répétait que c'était pour le bien de la Planète, que c'était ce qu'il avait à faire.
Mais pour la première fois depuis que Weiss s'était réveillé, il se sentait mal. Il se sentait mal de lui mentir, de lui cacher la vérité sur Nero, sur le fait qu'il était mort alors qu'en réalité, il était vivant sur Gaïa.
- ... Le ciel n'est pas si moche, constata Weiss à voix basse.
G émit un léger sourire.
- Mais cela ne signifie pas que tu as raison.
- Avec Angeal et Sephiroth, on aimait bien se lever le matin et aller observer le ciel. Parfois, on restait un peu le soir après les missions. On paressait dans l'herbe, comme toi et moi.
- Le seul ciel qu'on avait, c'était une simulation.
Ce n'était... pas si désagréable. Au final. G s'attendait à pire.
- Tu n'as jamais goûté de fruit de Banora.
Ce fut à ce moment-là que Weiss percuta.
Il fronça les sourcils, adressant un regard incrédule à G.
- Oui. Ce coin perdu est Banora. L'endroit d'où je viens. Ou plutôt... ce qu'il en reste. Mais les pommiers sont éternels. Alors, si tu veux en manger...
- ... Je ferais bientôt un avec Omega. C'est une façon de dire au revoir à Weiss ? Un dernier repas, c'est ça ?
A nouveau, ce ton amer...
G faillit abandonner mais Weiss lui répondit de manière inattendue, le ton condescendant :
- Pourquoi pas ? Si cela peut t'amuser.
Le Gardien s'exécuta.
Il se leva et se dirigea alors vers l'arbre derrière eux pour cueillir un fruit et le donner à Weiss.
Shiro se réveilla aux alentours de sept heures.
Encore dans les vapes, il poussa un bâillement à s'en décrocher la mâchoire. Il se dirigea d'un pas lent hors de sa chambre pour entrer dans la cuisine.
Ce ne fut pas Nero qui l'accueillit comme d'habitude, mais Tifa. Cette dernière était occupée aux fourneaux.
« ... Bonjour, Tifa », l'accueillit-il à voix basse alors qu'il s'asseyait à table.
Lorsque Tifa le remarqua, elle le salua d'un sourire fatigué.
« Bonjour, Shiro. Bien dormi ? »
Elle se tenait aux fourneaux et était en train de préparer des pancakes. Cela fit légèrement sourire l'enfant, mais quand Tifa s'approcha pour le servir, il se retrouva rapidement incapable de manger.
- Cela ne va pas, Shiro ? lui demanda Tifa, l'inquiétude évidente dans son ton.
Shiro piqua dans son assiette. Il réalisa qu'il avait comme un nœud à l'estomac. Finalement, il repoussa son assiette et croisa les bras sur son ventre, amer.
- Je n'ai pas très faim. Je... je crois que je ne me sens pas bien non plus.
- Shiro...
Tifa se rapprocha doucement de lui. Elle posa délicatement sa main sur son front avant de l'observer, concernée.
- Tu n'as pas de fièvre.
- Je pense que je devrais rester à la maison, aujourd'hui.
- Shiro...
Elle posa ses mains sur ses hanches, intriguée.
Néanmoins, malgré une fausse sévérité sur son visage, elle finit par lui sourire doucement, compréhensive.
- Tu veux rester parce que tu veux attendre ton oncle ?
Shiro baissa la tête.
- Je m'attendais à le voir. Ce n'est pas contre toi, Tifa...
- Je le comprends. Mais ne t'en fais pas, Shiro. Je suis sûre qu'il va revenir très rapidement. C'est juste que Kalm est loin d'ici. Il faut au moins trois bonnes heures de route pour s'y rendre.
L'enfant ne changea pas d'expression. Il haussa simplement les épaules, sans lui rendre son regard.
- Et tu sais. Si Nero te voit ici alors que tu n'es pas à l'école, il risque de s'inquiéter. Beaucoup.
Cela arracha un sourire à l'enfant.
- Oui, c'est vrai.
- Alors. Tu te prépares ? Je t'emballe les pancakes. Tu pourras les manger plus tard.
Shiro hésita. Il voulut protester, dire qu'il était réellement malade et qu'il désirait rester au lit pour aujourd'hui...
Mais il savait que cela ne servait à rien de mentir à Tifa. A la place, il s'exécuta et se leva de table, quoiqu'un peu à contrecœur. Mais alors qu'il se rendait vers la salle de bain, Tifa l'interpella :
- Shiro.
- Oui ?
- Est-ce que... tout va bien à l'école ?
Shiro se retourna.
Ah.
- Oui, pourquoi ? mentit Shiro, sans la regarder.
- Denzel et Marlène me disent que tu te bats beaucoup. Et tu as encore été en retenue hier.
Shiro sentit ses épaules se raidir.
Il aurait aimé mentir davantage, mais Tifa était déjà au courant de ces choses. Il finit par soupirer.
- Je ne me bats pas avec tout le monde.
- Alors, avec qui ? On peut en parler à la maîtresse.
Shiro secoua vivement la tête.
- Non.
- Shiro... Si on t'embête à l'école...
- Mais je réponds. Je réponds quand ça arrive ! Papa Nero me dit de ne pas me laisser faire.
Tifa le considéra, désapprobatrice.
- Je ne pense pas que ce soit la bonne solution, Shiro. Toi, tu as des pouvoirs qui sont en pleine émergence. Les autres enfants n'en ont pas et, tôt ou tard, il risque d'y avoir un incident. Et tu pourras ne plus te rendre à l'école.
- C'est ce que Papa Nero me dit de faire...
- Mais tu devrais savoir maintenant que ton oncle n'a pas toujours raison.
Cela réduisit Shiro au silence.
Oui... Il le savait. Il l'admettait.
Il baissa la tête. Il n'aimait pas se faire réprimander. La maîtresse le faisait déjà suffisamment, après chaque bagarre.
- Essaie de te contrôler, Shiro. De ne pas céder, lui déclara Tifa d'une voix douce. Peut-être que ça irait mieux si Denzel et Marlène restaient avec toi, non ?
- Mais on n'a pas les mêmes emplois du temps, soupira Shiro.
Depuis qu'il était entré à l'école, Denzel et Marlène avaient été aux petits soins pour lui les premiers jours. Ils étaient toujours aux petits soins pour lui, d'ailleurs. Ils faisaient le chemin ensemble pour aller et rentrer de l'école. Il était content d'être avec eux quand leurs temps de récréation coïncidaient ou quand ils pouvaient manger ensemble. Mais cela n'arrivait que deux fois par semaine. Ils étaient plus âgés, après tout. Et ils avaient d'autres amis, aussi.
La plupart du temps, il mangeait seul. Et c'était à ce moment-là qu'on venait l'embêter.
« Shiro avait du mal à s'intégrer ». C'était ce que répétait la maîtresse quand on parlait de lui. Mais il n'y pouvait rien si les autres venaient l'ennuyer.
Surtout qu'à chaque fois, c'était dire des choses méchantes.
Tes yeux sont effrayants.
Il n'a aucun ami. Il ne faut pas s'approcher de lui. Mes parents ont dit qu'il était bizarre.
Où sont ses parents ?
Si ça se trouve, il n'en a pas.
Il avait cru que cela serait aussi simple qu'avec Denzel et Marlène... se faire des amis avec des enfants de son âge. Mais c'était beaucoup plus compliqué. Alors qu'avec Denzel et Marlène, tout avait été naturel.
Avec Lorraine, aussi...
Elle lui manquait.
Shiro était sur le point de clôturer la discussion et se préparer dans la salle de bain, mais Tifa lui déclara une dernière chose :
- On va trouver une solution, Shiro. Mais... essaie de ne pas rentrer dans leur jeu. D'accord ?
L'enfant haussa les épaules.
- Je vais essayer, dit-il, de manière nonchalante.
Lorsqu'il fut habillé et prêt à partir, il fut interrompu par un bruit étrange qui provenait de la cuisine.
Intrigué, l'enfant rouvrit la porte de la salle de bain pour voir ce qu'il en était. Et ce fut avec stupeur qu'il trouva Tifa par terre, en train de vomir.
- Hé ! ça va ?
Tifa lui fit signe que tout allait bien. Shiro se dépêcha de prendre du sopalin pour éponger le vomi qu'il y avait par terre. Immédiatement, Tifa le quitta pour se ruer vers la salle de bain avant de se remettre à vomir.
Lorsqu'elle revint, tout avait été déjà nettoyé. Shiro la toisa avec étonnement.
- Tifa ? Tu es malade ?
Elle secoua la tête.
- Non. Ne t'inquiète pas. Tout va bien.
- Tu es sûre ? Il y a un médecin dans l'ORM.
- Je pense que j'irais y faire un saut après t'avoir accompagné à l'école. Mais ça ira. Ne t'en fais pas.
- Vraiment ?
Tifa se contenta de lui faire le V de la victoire.
- Vraiment. Je pense même que... c'est un mal pour un bien.
- Un mal pour un bien...
Shiro n'était pas sûr de comprendre. Néanmoins, Tifa n'en ajouta pas plus. Elle glissa sa main dans les cheveux blancs avant de lui tendre ses pancakes emballés. Il les mangerait plus tard.
- En route. Et je te promets que quand tu rentreras ce soir, Nero sera là pour t'accueillir.
Shiro opina du chef.
- Je te crois, alors. Ah ! J'ai oublié quelque chose.
Il s'empressa de ramasser l'objet qui lui manquait, posé contre un mur dans un coin de la pièce.
Sa peluche Moogle.
Les aventures de Moogle et Mitsuko.
Shiro se surprit en train de sourire à ce souvenir. Tifa l'observa par-dessus son épaule tandis qu'il serrait la peluche contre lui.
- Tu aimes vraiment cette peluche.
- Elle me rappelle ma première sortie. A la fête forraine. Et...
Il marqua un temps, avant de compléter :
- Et elle me rappelle des aventures passées avec une amie.
Est-ce que Lorraine allait bien ?
Est-ce qu'elle l'avait oublié ? Ou au contraire, est-ce qu'elle pensait à lui comme lui pensait à elle, de temps en temps ?
- Je vois.
Shiro plaça la peluche dans son sac avant de le refermer.
- Tu dois beaucoup apprécier cette amie, non ? sourit Tifa.
L'enfant lui lança un coup d'œil par-dessus son épaule avant de lui rendre son sourire.
- Oui. J'espère qu'on pourra se revoir rapidement.
- Les amis d'enfance, c'est précieux. J'en sais quelque chose.
Comme elle et Cloud...
Shiro espérait trouver quelqu'un avec qui il resterait ami aussi longtemps. Peut-être que cela serait le cas avec Denzel et Marlène ?
Qui sait ? Shiro le désirait. Il le désirait vraiment.
Shiro attendait Tifa à l'extérieur. Elle avait un coup de téléphone à passer et ensuite, elle le conduirait à l'école.
Shiro poussa un petit soupir. Quel jour était-il ? Au moins, demain, il n'aurait pas école. Cette pensée le rassura un peu alors qu'il s'appuyait contre le mur de l'immeuble.
Ce fut à ce moment-là qu'il entendit des pleurs.
Au début, Shiro n'y prêta pas attention, croyant que cela provenait d'un des appartements voisins. Un enfant qui pleurait n'était pas rare.
Mais bientôt, il réalisa que cela venait de tout près.
Inquiet, Shiro chercha la source du bruit.
Il ne rêvait pas. Qui pleurait ?
Même si Tifa lui avait dit d'attendre, Shiro quitta son emplacement pour fouiller les environs.
Les pleurs s'intensifièrent.
Et quand il se retourna, ce fut pour voir une silhouette dont l'apparence l'interpella.
La silhouette d'un petit enfant. Un enfant plus jeune que lui. D'environ quatre...
Non. Cinq ans.
Mais cet enfant avait une apparence particulière. Il avait des cheveux noirs mi-longs en bataille. Il se couvrait le visage pour masquer ses sanglots. Et quand Shiro s'approcha, l'enfant recula.
Shiro le considéra avec attention. Il observa autour d'eux.
Pas d'adulte qui paraissait l'accompagner.
Non. L'enfant était seul.
Pourquoi... ?
« Tu t'es perdu ? »
Quand Shiro souhaita toucher l'enfant, ce dernier retira ses mains et esquiva son contact.
Les yeux qui le foudroyèrent, baignés de larmes, le choquèrent.
Des yeux rouges perçants...
Shiro laissa son bras retomber le long de son corps.
Il fixa l'enfant qui ne bougea plus. Il paraissait si... vulnérable, si triste...
Et quelque part, Shiro se retrouvait complètement en lui.
Lui aussi, à une époque, il avait été seul.
N'aie pas peur. Je ne te ferais pas de mal.
Shiro ouvrit la bouche pour parler.
- N'aie pas peur. Je ne te ferais pas de mal.
Les yeux de l'enfant se plissèrent quand bien même il ne chercha plus à l'éviter, à mettre de la distance entre eux.
A nouveau, Shiro tendit le bras vers lui.
- Tu es perdu ?
L'enfant renifla avant de baisser les yeux.
- Tu veux qu'on t'aide à retrouver ton chemin ? Je peux t'aider, tu sais, le rassura Shiro.
Tant pis s'il arrive en retard. Ce n'était pas l'essentiel.
- Où est ta maman ?
L'enfant mit du temps avant d'articuler. Au début, Shiro ne comprit pas sa réponse à cause des sanglots.
Puis, quand Shiro lui demanda de répéter, une voix faible s'éleva dans l'air :
- ... Elle est partie.
Oh.
- ... Je suis désolé. Mais... tu as un papa, non ? Un papa qui t'attend et qui s'occupe de toi. Il doit être inquiet à l'heure actuelle. Je peux t'aider à le retrouver.
L'enfant ne réagit pas.
Il demeura raide.
Les sanglots incontrôlables revinrent. Tout de suite, Shiro accourut vers lui.
- ... Mon papa est parti aussi. Il m'a abandonné ! Il m'a abandonné ! répéta l'enfant à travers les pleurs.
Cela déchira le cœur de l'enfant aux cheveux blancs.
Il voulut faire quelque chose... l'étreindre... le consoler...
- Tu as bien quelqu'un... qui s'occupe de toi, non ? Un oncle, une tante... Quelqu'un...
- Je veux mon papa...
L'enfant se couvrit le visage.
- Je veux mon papa. Pourquoi il est parti ? Pourquoi il m'a abandonné ?
Shiro n'avait pas les mots pour répondre à cette question.
A la place, il posa sa main sur l'épaule de l'enfant, essayant de lui apporter une présence. Une présence fraternelle, comme un grand frère le ferait.
- ... Je peux t'aider.
- Tu es souillé ! cracha l'enfant.
Tu es souillé.
Shiro sursauta à ces mots.
- Shiro !
Shiro se retourna lorsqu'on l'appela.
Tifa venait de le rejoindre, au même moment où Denzel et Marlène arrivaient pour le conduire à l'école.
- A qui parles-tu ? lui adressa Tifa.
- Tifa...
Shiro voulut lui expliquer, les mots se bousculant dans sa tête.
- Il y a un enfant qui est perdu et tout seul. Il faut l'aider !
Comment pouvait-on abandonner son enfant ?
Le laisser seul dans ce monde ?
- Il faut l'aider !
Shiro avait eu de la chance. Nero l'avait trouvé et l'avait recueilli. Mais cet enfant... Quelqu'un devait faire la même chose pour lui !
Tifa le fixa, interdite.
- Mais Shiro... il n'y a pas d'enfant ici.
Shiro eut du mal à encaisser les mots.
Quoi ?
Quand il abaissa le regard, il réalisa qu'il n'y avait plus personne.
L'enfant aux cheveux noirs et aux yeux rouges avait disparu.
Comme s'il n'y avait jamais eu de trace de sa présence, de son existence.
Mais...
- Il était là ! Il y avait un enfant juste là. Il appelait son papa.
Tifa croisa les bras sur sa poitrine, dubitative.
Shiro abaissa le bras, ayant du mal à réaliser ce qui venait tout juste de se produire.
- On devrait y aller, hein ? proposa Marlène.
- Oui ! Allons-y ! fit Denzel. Shiro. On fait le trajet ensemble ?
L'enfant leur adressa un air absent.
Il avait du mal à comprendre.
- Shiro ?
- Oh. Oui. J'arrive. Faisons le trajet ensemble.
Marlène lui attrapa les épaules, toute excitée.
- Tu as quoi comme cours aujourd'hui ?
- Euh... Maths et langues.
- Héhé ! Si tu as besoin pour les maths, on peut t'aider.
- C'est une matière à s'arracher les cheveux, mais Marlène est forte, fit Denzel.
- On ferait un groupe de travail ! On s'entraiderait !
- Bonne idée !
Mais Shiro avait du mal à répondre, à s'accrocher à la conversation.
Alors qu'ils s'éloignaient, Shiro continuait de jeter des coups d'œil effarés derrière lui.
Il y avait bien un enfant, n'est-ce pas ?
