OOC : Bonjour à tous. Voici un nouveau chapitre. J'espère que ça vous plaira. Bonne lecture !

Les tirs résonnèrent dans ses oreilles.

A chaque fois, c'était la même routine. Chaque fois qu'il rencontrait des chiens de l'enfer, peu importe où ils apparaissaient et peu importe qui l'accompagnait, Nero avait l'impression de revenir à Deepground.

De revenir à ses jours d'autrefois, quand il torturait et tuait avec ses ténèbres pour le sport, ou parce que c'était un combat à mort ordonné par Restrictor et la Shinra.

Même si sa nouvelle combinaison restreignait sa puissance plus que l'ancienne, quand bien même il ne portait plus son masque, Nero avait toutefois le contrôle de ses pouvoirs et ne devait pas être sous-estimé. Tout en tirant sur les créatures, il laissait ses tentacules de ténèbres balayer les êtres et les engloutir dans la masse même qui les composait.

A côté d'eux, les membres d'Avalanche protégeaient les civils du quartier de Kalm qui avait été attaqué, même si leurs armes humaines ne faisaient rien contre les chiens de l'enfer. Seul Vincent Valentine pouvait éventuellement s'en sortir contre eux, étant donné qu'il avait été autrefois le Porteur de la Protomatéria. Près de lui, Shelke avait sorti ses sabres-laser pour rejoindre le groupe et frapper les chiens de l'enfer dans le but de les faire reculer, mais Nero n'accordait pas grande attention à ses chaperons.

Il ne se concentrait que sur son jeu. Que sur le fun qu'il ressentait.

Nero laissa les magazines tomber. Dans son élément, il s'accorda le temps de recharger ses armes avec grand soin pour viser les chiens avant même qu'ils ne bondissent sur lui.

Ironique.

Ils étaient à Kalm. L'une des premières villes que Deepground avait attaqué quand la chasse avait été lancée. Quand la purification avait été ordonnée.

Et maintenant, voilà qu'il combattait aux côtés d'une équipe qu'il avait souhaité voir mourir.

Avait ? Non. Il désirait toujours les voir mourir. Si telle était la volonté de Weiss, Nero s'empresserait d'exécuter ses ordres.

Et avec grand plaisir.

Nero combattait peut-être avec eux parce qu'ils faisaient ensemble face à une plus grande menace. Mais en aucun cas, il les considérait comme des alliés. Il pensait ce qu'il avait dit à Shelke.

Il n'y avait aucun allié à Deepground.

Et ce n'était pas parce qu'il avait quitté son ancienne maison qu'il avait abandonné sa vision du monde. Ces gens l'emprisonnaient. Ces gens le méprisaient alors, même si Nero les fréquentait depuis de nombreux mois, il considérait tout cela au même titre que supporter la présence de Restrictor à Deepground.

Mais dès que tout cela serait fini, dès que Weiss reviendrait...

Nero ne vit pas le chien de l'enfer l'attaquer par-derrière. Au moment où il se retourna, il fut violemment plaqué au sol alors que les griffes du colosse lui lacéraient le front et les joues.

Il vit au loin Vincent se retourner et se précipiter vers lui.

Etrange. On dirait qu'il s'inquiétait pour lui. Mais Nero n'en fut nullement angoissé. Il huma l'odeur du sang.

Ah... cette sensation de douleur au combat.

Cela lui avait manqué.

Nero plaça son canon dans la gueule du chien avant d'appuyer sur la gâchette avant que les serpents de ténèbres ne se jettent sur la créature pour l'absorber.

Dommage qu'il n'ait plus ses ailes... Cela aurait été si marrant de les utiliser contre ces horreurs.

Nero se redressa. Vincent était déjà arrivé près de lui.

« Est-ce que ça va ? » l'entendit-il malgré les hurlements des civils et les coups de canon vrillant autour d'eux.

Nero le toisa froidement avant de le repousser pour le dégager de son chemin.

Bien sûr que cela allait ! Mais ils n'étaient pas amis. Vincent n'avait aucune raison de réagir comme cela et son attitude l'énervait. Nero remarqua du coin de l'œil un civil qui se faisait poursuivre par l'une des bêtes de ténèbres.

Un sourire mauvais apparut sur son visage alors qu'il laissait un portail de ténèbres apparaître sous leurs pieds.

Attrapés !

Les couinements du chien de l'enfer et les hurlements du civil atteignirent ses oreilles dans une douce mélodie.

Ah, cela faisait si longtemps.

Si longtemps qu'il n'avait pas tué d'humain... Nero en ressentit une explosion de plaisir. Cela le faisait presque jouir.

« Nero ! »

Shelke. Nero se retourna, ennuyé. Non loin de lui, elle le foudroya du regard, scandalisée.

- Relâche cet humain !

Nero se contenta de lui adresser une expression presqu'attendrie.

- Relâche cet humain ! cracha Shelke. Je ne le répéterai pas une seconde fois !

- Et tu penses pouvoir me donner des ordres ? ricana Nero.

- On est ici pour les protéger, Nero ! Pas pour les tuer ! Relâche-le !

En son intérieur, Nero entendit l'agonie de l'humain tandis que la vie quittait son corps peu à peu.

Exquis.

- Qu'est-ce qui se passe ? s'interposa Cloud.

Shelke s'était mise en garde. Mais pas pour s'en prendre aux chiens de l'enfer.

Pour s'en prendre à son ancien camarade Tsviet.

Nero apprécierait de la voir essayer.

- Relâche cet humain tout de suite !

Les yeux de Cloud s'écarquillèrent en même temps que son épée se levait dans ses mains.

- Nero... Tu es en train de le tuer.

Et alors ?

- Et c'est dommage pour lui, susurra simplement Nero. Il est perdu en moi.

L'humain en question continuait de hurler, d'appeler au secours, de supplier. Nero adorait trop cette sensation pour la laisser partir.

Cela lui rappelait tellement de souvenirs.

Bientôt, son corps n'existerait plus.

Son existence ne serait plus.

- Nero !

Cette fois, Vincent était intervenu.

- On est ici pour protéger les humains. Rappelle-toi !

- Mais je mourrai avant de protéger les humains, sourit Nero, attentif.

Ils pouvaient l'attaquer s'ils le souhaitaient. Même avec ses pouvoirs limités, l'ancien Tsviet avait la certitude qu'il aurait malgré tout le dessus.

Si cela pouvait lui permettre de goûter cette sensation et de la faire durer...

Le silence tomba, rythmé par les bruits de combats entourant le champ.

- Tu as oublié le marché avec Reeve Tuesti ? Avec Rufus Shinra ? lui adressa soudainement l'ex-Porteur de la Protomatéria.

Soudainement, Nero se raidit.

- Une seule erreur et tu ne revois plus Shiro ! Tu m'entends ? Une seule erreur et c'est terminé ! Relâche cet humain avant que tu ne le tues !

Nero ne réagit pas.

Il fixa Vincent, le regard indéchiffrable.

Bientôt, l'humain ne crierait plus...

Cela n'était qu'une question de temps.

- Nero. Relâche cet humain !

L'ancien Tsviet sentit ses poings se serrer. La sensation qu'il ressentait en utilisant ses pouvoirs... cela n'avait pas de valeur.

Juste une fois, une seule fois.

Mais Vincent demeurait inflexible.

- Tu es un parent. Pense à Shiro.

Pense à Shiro.

Nero sentit son propre corps trembler à la mention du nom. La vision se brouilla. Il avait l'impression qu'il avait quitté son propre corps. Qu'il était spectateur à la scène.

La réalité refit brusquement surface.

Il ne pouvait plus se permettre de jouer, maintenant.

Il entendit Vincent charger son arme.

De longues secondes insoutenables s'écoulèrent. Des secondes durant lesquelles ni Nero, ni Vincent, ni Shelke, ni Cloud ne bougèrent, n'effectuèrent le moindre mouvement.

Nero ferma les yeux avant de pousser un long, très long soupir de dépit.

Le portail de ténèbres réapparut au milieu d'eux. Et l'humain qu'il avait capturé en ressortit. Cloud s'empressa de vérifier qu'il se portait bien. L'humain convulsait, une lueur de terreur sur son visage.

Mais au moins, il était vivant. C'était tout ce qui devait compter pour eux, non ? Nero se détourna de la scène pour viser une autre créature qui ressortait de sous une voiture.

Alors qu'il levait le regard, la présence d'une silhouette sur le toit d'un immeuble le foudroya.

Une silhouette familière...

Un vieil homme, vêtu d'une capuche, des yeux rouges brillant dans l'aube.

Leurs regards se croisèrent.

Et Nero sentit la fureur monter en lui.

Ton monde va brûler.

Sache que ce n'est que le début de ton supplice.

Quand bien même ils étaient situés loin l'un de l'autre, Nero put malgré tout discerner le sourire mauvais qui apparut sur le visage du vieillard.

Cela fit sortir Nero de ses gonds.

Immédiatement, il abandonna le champ de bataille. Il abandonna les humains.

« Nero ! »

Nero n'écouta plus. Il ne se contrôlait plus. Il se dépêcha d'utiliser un portail de ténèbres pour franchir la distance qui le séparait de celui qui avait osé s'en prendre à Shiro.

Le noir autour de lui, les pensées submergèrent l'esprit de Nero tel un tourbillon.

C'était le vieil homme lui-même qui allait brûler. Nero allait le dissoudre dans les ténèbres. Il allait l'entendre crier. Tout comme il avait fait crier Jin Satsu et sa famille.

Lorsque le portail se rouvrit, Nero se retrouva sur le toit. Le même toit sur lequel son ennemi se trouvait, face à lui.

Le vieillard n'avait pas bougé.

- ... Je vais adorer te voir saigner.

Dommage que Rosso ne soit pas avec lui. Elle aurait pris du plaisir à lui donner un coup de main pour l'aider à le dépecer.

Le vieillard lui jeta un coup d'œil oblique, avant de lui adresser un léger signe de tête.

Comme pour l'inciter à l'attaquer.

Il avait vraiment confiance en ses capacités...

Il l'admettait. Une part de lui l'admirait. Nero étendit les bras, prêt à laisser un tsunami de ténèbres plonger sur le vieillard pour l'engloutir vivant.

Les ténèbres émergèrent...

Mais au moment même où elles étaient sur le point de frapper le vieil homme, tout à coup elles bifurquèrent, plongeant dans des directions opposées, sans toucher le vieillard.

Qu'est-ce que...

Nero réessaya une deuxième fois.

Aucun de ses serpents noirs, de ses animaux de compagnie ne parvinrent à se poser sur le vieillard.

A la place, ils l'esquivèrent avant de s'écraser de plein fouet contre le mur d'un immeuble.

Nero re-tenta. Encore et encore.

Le vieillard demeura immunisé. Comme si un bouclier, une barrière invisible le protégeait du supplice que lui réservait Nero.

L'ancien Tsviet en resta tétanisé.

- ... Tu devrais le savoir depuis le temps, souffla le vieillard, sans changer d'expression.

Nero en eut assez. Même s'il savait pertinemment que cela ne servirait à rien, il dégaina ses armes pour les pointer sur le vieillard.

- Tu dois vraiment posséder une puissance diabolique pour faire en sorte de contrer mes ténèbres.

Au moins, Vincent Valentine avait une explication... Mais lui...

Le vieillard étendit les bras.

Sa réponse le laissa sans voix.

- Mais ce n'est pas moi qui contre tes ténèbres, Nero. Je ne fais rien du tout.

Nero tira.

Le vieillard secoua la tête, un sourire las sur son visage.

- Je ne fais rien du tout.

- Tu t'imagines que je vais te croire ? répondit Nero, menaçant.

- Tes ténèbres ne m'attaqueront pas... Peut-être parce que tes ténèbres ne désirent pas s'en prendre à moi.

Quatre nouveaux tirs.

Nero cessa d'attaquer.

Il réalisa bientôt qu'il était seul sur le toit.

Encore une fois, le vieillard avait disparu.


« ... Comment as-tu osé ? »

Une fois que Kalm fut sécurisée par les forces de l'ORM, le groupe fut réuni à l'extérieur de la ville. Ils étaient retournés à leur véhicule, prêts à repartir.

- Comment as-tu osé ? cracha Barret à destination de Nero. Tu t'en es pris à un civil !

Nero n'écouta que d'une oreille.

Tes ténèbres ne m'attaqueront pas...

Impossible. Le vieillard devait lui avoir menti. Nero contrôlait ses ténèbres. Elles n'obéissaient qu'à lui. Non. Il avait certainement une barrière magique suffisamment puissante pour les repousser.

Nero en était certain. Cela ne pouvait être que cela.

- Oh !

Barret venait de lui crier dans l'oreille. Nero sursauta, un bref filet de ténèbres se plaçant entre les deux hommes avant de disparaître. Un avertissement, mais cela ne dissuada pas Barret de continuer.

- Tu as failli tuer un homme ! Gratuitement en plus ! Et tu dis que tu veux respecter ta parole ? Mais quelle blague !

- Je savais qu'on ne pouvait pas faire confiance à un foutu membre du Deepground ! gronda le Général MacKurie.

Nero se contenta de hausser les épaules, nullement affecté par leur sermon et leurs reproches.

Qu'est-ce qu'il pouvait y faire, de toute manière ? Être sur un champ de bataille lui avait rappelé des souvenirs.

Cela l'avait fait sortir de ses gonds.

- Je n'y peux rien.

- Comment ça « tu n'y peux rien » ?

- Je ne peux pas renoncer si facilement au goût de tuer. C'était notre manière d'être à Deepground, susurra-t-il. Essayer d'empêcher un animal de fondre sur sa proie pour manger. C'est instinctif chez moi. Et cela le sera toujours.

- Ce sont des excuses merdiques et bidon ! cracha Cid tandis qu'il allumait sa cigarette, ce qui donna envie à Nero de la lui arracher pour brûler son corps avec. Shelke était une ancienne Tsviet comme toi. Mais elle ne tue pas ceux qu'elle est supposée protéger.

Peut-être parce que Shelke n'était pas née à Deepground, contrairement à lui ? pensa Nero alors qu'il détournait le regard pour ne pas affronter celui, froid et implacable, de la concernée. C'était plus facile d'abandonner ses démons quand on n'avait pas vécu toute sa vie dans le même enfer. Et encore, Nero ne serait pas aussi sûr d'eux à leur place. Shelke avait sûrement gardé d'anciens instincts. Question de survie.

- Si tu n'es pas capable de te contrôler, décréta Cloud, alors le marché ne devrait plus tenir.

- C'est ce que je disais, soupira Red XIII.

Nero tiqua. Il serra ses poings et effectua un pas rapide vers l'ancien Soldat, montrant des signes d'agression. Cloud posa sa main sur le manche de son épée, prêt à le dégainer.

Immédiatement, Vincent s'interposa.

- Ça suffit.

- Je vous signale que pendant ces derniers mois, j'ai tenu parole, siffla Nero, furieux. Je me suis plié à votre volonté, à vos règles. Vous croyez peut-être que c'est simple pour moi ? Je ne pense pas.

- Et allez ! On rejoue la victime, grinça Barret. Cela ne fonctionne plus, tu sais. Les excuses.

- Je croyais que vous étiez contre la Shinra. Tous autant que vous êtes, déclara durement Nero. Mais là, vous êtes comme eux. La même attitude.

- Ne nous compare pas à ces fumiers ! gronda Cid alors qu'il s'avançait vers l'ancien Tsviet.

Las, Vincent posa la main sur l'épaule de ce dernier pour l'inciter à se calmer. Touchant de sa part. Il désirait certainement ne pas avoir la mort de son camarade sur sa conscience.

- C'est à Reeve de décider si le marché tient encore. Mais pour l'heure, on doit rentrer. Non ?

- Croyez-moi que votre leader va faire un rapport, grinça Barret alors qu'il remettait ses lunettes de soleil. Cela ne peut pas continuer comme ça.

Cid fusilla l'ancien Tsviet du regard avant de se dégager du contact de Vincent pour remonter dans le véhicule, suivi de près par ses compagnons. Alors que Nero s'apprêtait à entrer aussi, Vincent lui barra la route.

- Quoi ? aboya Nero, agacé par l'attitude de celui qui avait été autrefois son ennemi.

- Qu'est-ce qui s'est passé, là-haut ?

Nero soupira.

Peut-être parce que tes ténèbres ne désirent pas s'en prendre à moi.

Il avait beau chercher, il ne comprenait pas. Il n'avait pas d'explication. Le vieillard devait avoir menti. C'était évident.

Cela n'avait aucun sens.

- Rien.

Nero le contourna pour remonter à sa place, sur le siège entre Shelke et Vincent. Alors que Vincent s'installait à son tour, Shelke s'adressa à son ancien coéquipier, le venin dans sa voix.

- Tu es toujours aussi monstrueux. A cause de toi, des gens pleurent des pertes. Des personnes que tu as massacré et tué.

Nero croisa les bras.

- Comme Jin Satsu et sa famille, tu veux dire ? Tu souhaites savoir comment je les ai tués ?

Il remarqua Shelke tressaillir.

A nouveau, il ressentit du plaisir.

- Pour que cela soit poétique, mes serpents de ténèbres ont traversé tous les orifices de Jin Satsu.

Il vit les couleurs de Shelke disparaître de son visage.

Oui. Est-ce qu'il était assez monstrueux, maintenant ?

- CA SUFFIT ! LA FERME, TOUS LES DEUX !

Installé au volant, Barret effectua un geste d'humeur pour démarrer le moteur. Cela réduisit Shelke au silence qui tourna le regard vers la fenêtre. Elle ne supportait plus la vue de Nero. Ce dernier sourit, mesquin, avant de se caler dans son siège.

- Mets de la musique, Barret, lui conseilla Cloud.

Barret s'exécuta.

En dépit de la musique calme et paisible émanant de la radio, cela ne réduisit pas à néant la tension palpable qui animait l'intérieur du véhicule.

Les bras croisés, Nero garda le silence durant tout le trajet du retour.


Lorsqu'ils revinrent aux quartiers de l'ORM, le groupe fut surpris de voir quelqu'un les accueillir à la porte principale, en plus de Reeve Tuesti.

Nero se raidit en reconnaissant Rufus Shinra, habillé de son habituel manteau blanc, escorté par Tseng et Elena qui se tenaient un peu plus en retrait de l'ex-Président.

« Kalm est sécurisé. Je vous en félicite. »

Barret claqua violemment la portière du véhicule. Il s'adressa à Rufus, énervé.

- Reeve Tuesti est le seul à qui on rend des comptes. Vous n'êtes rien à nos yeux ! On ne vous obéit pas !

- Je le sais très bien. Mais je ne vous félicite pas en tant que Président de la Shinra, répondit poliment Rufus. Je vous félicite seulement parce que je le pense sincèrement.

- On connait vos manipulations.

Pour une fois, Nero était d'accord avec Barret et approuvait chacun de ses mots. Rufus était le roi des manipulateurs et il ne fallait pas croire qu'il était sincère. Quand bien même il était lié par leur marché.

- Cela a été ? demanda Reeve, son intervention caractérisant une tentative afin de désamorcer le conflit.

- Pas vraiment, soupira Vincent alors qu'il adressait un coup d'œil à Nero.

- On est fatigués. On va se reposer, renchérit Cloud.

- Bien sûr. C'est mérité.

Nero était sur le point de quitter le groupe pour se rendre à son appartement et faire de même mais Tseng lui barra la route. Nero se raidit et le fusilla du regard, agacé.

- Pousse-toi.

- Le Président désire s'adresser à vous, expliqua Tseng, stoïque.

- Je n'ai rien à lui dire.

- Ce n'est pas à vous de décider.

Rufus s'approcha à son tour de Nero. Il lui adressa une expression chaleureuse, que Nero ne rendit pas.

- Je suis fatigué aussi, répondit Nero.

- Cela ne sera pas long. Je vous invite pour un petit-déjeuner.

S'il n'avait pas été aussi surpris, Nero aurait éclaté de rire.

Sérieusement ? Où était la caméra ?

- A la cafétéria de l'ORM. Vous y êtes déjà allés ? demanda Rufus.

- Je ne prends pas de petit-déjeuner. Je ne veux RIEN de vous.

- Il faut manger le matin. Je vous laisserais tranquille après cela.

Nero leva les yeux au ciel. Il était sur le point de protester, mais le sourire de Rufus devint plus dur et insistant.

- A moins que vous ne préféreriez qu'on monte dans votre espace privé ?

Il n'allait pas le lâcher, n'est-ce pas ? Jusqu'à ce qu'il accepte ?

Non. Il n'avait pas envie de conduire Rufus et ses larbins, les mêmes appartenant à la compagnie qui leur avait ruiné la vie, dans son appartement, là où se trouvaient toutes les affaires de Shiro.

Il laissa les bras retomber le long de son corps, abdiquant. Cela parut satisfaire l'ex-Président qui l'invita à le suivre. Nero soupira avant de suivre Rufus et ses chiens à contrecœur jusqu'à la cafétéria de l'ORM.


« Ils font d'excellents muffins. Vous devriez manger le vôtre. »

Nero ne touchait pas au sien, abandonné dans son assiette creuse. Rufus dégustait son repas à sa table, mais ses gardes du corps ne prirent pas part aux festivités. Ils restaient debout, les mains derrière leur dos, scrutant les moindres faits et gestes de l'ancien Tsviet avec la même méfiance que tous ceux qu'il fréquentait.

C'était une sensation étrange. Déguster avec celui qui avait été Président de la Shinra alors que Nero n'avait jamais mangé une seule fois à la table de Restrictor qui obéissait à son prédécesseur. Restrictor avait ses quartiers mais jamais il n'avait invité quelqu'un, encore moins un Tsviet, à sa table. Il les considérait tous comme des bêtes, après tout. Et les bêtes mangeaient à l'étable.

Malgré lui, un sentiment d'importance l'animait. Un sentiment qu'il ne pouvait pas nier. Pas particulièrement parce que Rufus Shinra en personne l'invitait à sa table, mais parce qu'il était déçu que Restrictor ne soit pas là pour voir cela. Une bête en train de prendre le petit-déjeuner avec l'ancien Président.

- J'insiste. Mangez le vôtre, fit Rufus Shinra. A moins que vous n'aimiez pas cela. Je peux vous chercher autre chose.

- Non.

Nero repoussa son assiette. Il finit par prendre la serviette qui l'accompagnait et plaça le muffin dedans. Il le donnerait à Shiro. Cela lui ferait son dessert du soir.

- Vous ne mangez plus ? Rien du tout ? l'interrogea Rufus, concerné.

- Pas depuis que j'ai été rejeté par la Rivière de la Vie. De toute façon, mon corps peut survivre sans nourriture pendant une longue période. Grâce au Mako, ajouta Nero avec une certaine acidité dans son ton.

Rufus posa sa fourchette avant de s'essuyer la bouche avec sa propre serviette.

- Que désirez-vous, Rufus Shinra ? finit par le questionner l'ancien Tsviet.

Il ne l'avait pas fait venir par hasard. Rufus s'accouda à table, un sourire condescendant sur son visage.

- Je souhaitais savoir si vous vous habituez à votre nouvelle vie. Et si le marché vous convenait toujours.

- Pff. Vous êtes sûrement déjà au courant de l'incident à Kalm.

Il vit juste. Rufus ne réagit pas. Il ne fut aucunement surpris par ce que lui révéla Nero.

- Vous avez promis de nous aider.

- Cela ne signifie pas que je désire protéger les humains. Je garde l'instinct de Tsviet. Je suis né pour tuer, pas pour protéger.

- Pourtant, au-regard de votre dossier, vous étiez le plus lent à devenir un Tsviet. Parce que vous ne partagiez pas particulièrement le plaisir de tuer inlassablement, au contraire de vos camarades.

Nero détourna le regard.

- Oui. Et alors ?

- Le dossier disait pourtant que vous preniez du plaisir à infliger la douleur. Et à la recevoir, aussi.

- Sans doute.

- Alors, comment dois-je vous percevoir, Nero ?

Percevoir. Pour ne pas dire analyser.

- J'ai fini par y prendre goût. Comme tout le monde. C'était notre terrain de jeu, à Weiss et moi.

- Vous devez respecter le marché, Nero. Dans votre intérêt. Vous savez ce qui se passera si vous entravez nos conditions.

- C'est facile de dire cela.

Nero se redressa, piqué au vif.

- Essayer de respecter un marché qui consiste à vous abstenir de faire ce pour quoi on vous a créés. Essayez de respecter un marché qui consiste à protéger les humains alors que je les déteste. Essayez de respecter un marché qui consiste à avoir les autres vous insulter en continu. Monstre, parent irresponsable, taré... J'ai eu droit à tout.

Rufus but une gorgée de café, nullement touché par les mots de l'ancien Tsviet.

- La rédemption n'est pas aisée, Nero. Moi-même, je me fais cracher dessus dans la rue. Mais je continue.

Je ne désire pas la rédemption. Ce mot n'a aucun sens.

- Par contre, Shelke. On l'a accueilli à bras ouverts parce qu'elle était la sœur d'une collègue à l'ORM. Quelle hypocrisie. Je n'aime pas les doubles standards. Alors qu'on a été tous les deux à Deepground et qu'on a participé au même projet. C'est juste qu'on a quatre ans de différence.

- Vous ne devriez pas vous positionner en victime. Les gens arrêteront de vous insulter au fil du temps. Vous vous y habituerez.

- Je suis déjà habitué. Mais parlons de vous.

Nero rapprocha sa tête de celle de Rufus Shinra. Ce geste conduisit Tseng à poser sa main dans sa veste, prêt à dégainer son arme si cela dégénérait.

- Vous avez promis.

- Promis quoi ?

- Promis de retrouver Weiss. Avez-vous déjà commencé à le chercher ? Je n'ai aucune nouvelle de Weiss ! Alors qu'il s'agissait de notre marché !

Son ton monta.

Cela avait été sa condition. Sa condition, en plus de celle d'être avec Shiro.

Et si Rufus ne la respectait pas, quel intérêt de continuer à se montrer docile ?

- Croyez-le ou non, mais je cherche Weiss. Tous les jours, nous le cherchons avec les Turks. Demandez à Tseng et Elena.

- Cela ne me suffit pas. Je veux des résultats.

- Et moi, je veux que vous arrêtiez de tuer. De mettre le monde en danger. Rappelez-vous que vous aurez toujours un procès à la fin de cette crise. C'est le moment de prouver votre bonne foi, Nero.

Nero en eut assez. Il se contenta de ramasser sa serviette contenant le muffin. Il était prêt à rejoindre son appartement.

- Mais peut-être désiriez-vous sortir davantage ?

- J'ai un bracelet électronique, je vous rappelle, cracha Nero.

- Il y a un joli parc juste à côté de l'ORM. Vous n'entraverez pas les conditions en vous vous y rendant. Emmenez-y Shiro et accordez-vous une journée parent/enfant. C'est très joli à voir. Vous finirez par constater que les humains ne sont pas tous aussi pourris que vous le croyez.

- Si vous le dites.

- Ravi de ce moment, Nero.

Il détestait ce sarcasme. Rufus disait des choses qu'il ne pensait pas. Nero se contenta de s'éloigner rapidement et, conformément aux « règles », il appela le gardien pour qu'il soit escorté jusqu'à chez lui.

Il avait besoin d'être seul. Rien de plus.


La cloche sonna. Cela sonnait la fin des cours.

Assis à son pupitre, Shiro s'empressait de ranger ses affaires tandis que la maîtresse leur dictait les devoirs à faire pour la semaine prochaine. Il se dépêcha de quitter la salle de classe pour se rendre à l'extérieur et attendre Denzel et Marlène pour rentrer.

Demain, il n'aurait pas école. Il resterait à la maison. Alors qu'il s'appuyait contre la grille de l'école, Shiro observa les autres enfants descendre les uns après les autres.

A l'extérieur, des parents impatients les attendaient. Shiro vit les enfants plus jeunes se jeter dans leurs bras pour les étreindre.

Des mères, surtout.

Des mères qui leur donnaient leur goûter et leur demandaient comment leur journée s'était passée.

Parfois, c'était des pères.

Shiro mit les mains dans ses poches en baissant la tête.

Il se sentait idiot. Il avait Tifa qui s'occupait de lui. Denzel, Marlène, Cloud, Vincent... Ils étaient tous là pour lui. Et il y avait son Papa Nero. Cela devait compter. Il ne devait pas être malheureux.

Il était... satisfait. Oui, satisfait. Pourquoi se sentir triste à cette image ?

Pourquoi est-ce que cela lui faisait mal ? Parce que ni son père, ni sa mère ne viendraient le chercher à la sortie de l'école ?

Il croisa le regard d'une mère de famille.

La méfiance pouvait être lue sur son visage. Elle chuchota à une autre, pas très discrètement :

« Je ne suis pas rassurée que mon gamin soit dans la classe d'un enfant aux cheveux blancs. »

« Vous pensez que c'est une expérience ? Comme les Incarnés d'autrefois ? »

« Il faudrait que quelqu'un fasse quelque chose. »

Tifa... disait de les ignorer. Il devait s'en tenir. Shiro ne dit rien. Il espérait seulement que Denzel et Marlène finissent rapidement pour pouvoir quitter cet endroit.

« Hé, le psychopathe ! »

Shiro se retourna.

Encore lui... Peter. L'enfant avait des cheveux bruns coupés courts et des yeux gris. Il le fixait de toute sa hauteur, un sourire moqueur sur son visage. Derrière lui, deux de ses copains rigolaient tout en jetant des coups d'œil insistants à destination de Shiro.

- Qu'est-ce que tu fais ? ricana Peter.

L'ignorer.

Shiro ne répondit pas.

- Hé, tu es sourd ? Oh, j'ai compris ! Tu attends quelqu'un ?

L'enfant aux cheveux blancs se contenta de le toiser, blasé.

- Moi, j'attends ma mère, fit Peter, articulant sur chaque mot. Elle a promis qu'elle m'apporterait un muffin pour le goûter. Après quoi, on ira se balader ensemble. Quant à mon père... tu savais qu'il m'avait offert un Chocobo pour l'anniversaire ?

- C'est cool.

Nero ne voulait pas de Chocobo. Et alors ?

Shiro croisa les bras sur sa poitrine, évasif.

- Mais toi... tu attends ta mère ?

Il tressaillit.

- Non. J'attends des amis.

- Lesquels ? Tu n'as pas d'ami dans la classe.

Ses copains rirent plus fort.

Shiro avait des amis. Il ne devait pas le douter. Peter voulait juste le provoquer.

- Tu ne m'as pas répondu, insista Peter. Si ta mère ne t'attend pas... Alors, où est-elle ?

Il ne savait pas.

Mais il devait l'ignorer. Ne pas entrer dans son jeu. Juste... l'ignorer.

- Ah. Elle t'a abandonné à la naissance ? Parce que tes cheveux blancs lui faisaient peur ? Cela ne m'étonne pas. N'importe qui aurait peur à sa place.

Nouveaux rires.

Et les adultes n'intervenaient pas.

- Elle est morte ?

Tais-toi.

- Et ton père, alors ? Pourquoi on ne le voit jamais te chercher à la sortie de l'école ? Il est mort aussi ? Il t'a abandonné à la naissance ?

- ... Mon Papa est à la maison. Il m'attend.

- Ouais. Moi, je dirais qu'il ne veut pas venir te chercher parce qu'il aurait honte.

Ce n'était pas vrai.

Un de ses amis vinrent lui chuchoter quelque chose à l'oreille. Peter ricana encore et se tourna vers Shiro.

- Ou alors, il ne peut pas. Donc... Il est en prison ? Il a fait quoi ?

Shiro se leva. Il attendrait Denzel et Marlène ailleurs.

Alors qu'il s'éloignait, Peter lui lança :

- Il t'a battu ? C'est ça, hein ? Oh la vache ! Tu as vraiment une famille de psychopathes ! Tu n'as pas dû beaucoup grimper sur les genoux de ton père et tu n'as pas dû recevoir beaucoup d'affection, à part des coups de poings. Je te plains, Shiro!

« Viens sur mes genoux, Shiro. »

Shiro s'arrêta.

Il retira son sac de son dos pour le poser lentement au sol.

Enfin, il se retourna vers Peter.

Et alors que Peter éclatait de rire, Shiro était déjà sur lui. Son poing se leva et frappa Peter en plein visage, l'envoyant à l'autre bout de la cour heurter violemment le mur de l'école.


Quand Nero ouvrit la porte pour accueillir Shiro, il fut surpris de voir Vincent avec lui. Quand Nero posa son regard sur l'enfant, ce dernier avait la tête baissée, les cheveux lui cachant les yeux.

Vincent s'adressa à Shiro, sévère :

« Tu ferais mieux d'aller dans ta chambre. »

Shiro s'exécuta sans rechigner. Il n'étreignit pas Nero. Il ne le salua même pas. Il se contenta de passer devant lui sans le regarder avant de se rendre dans sa chambre, claquant la porte derrière lui.

Cela stupéfia Nero. Qu'est-ce qui s'était passé ?

- Shiro s'est battu, l'avertit Vincent.

Nero réprima un soupir. Encore ? Il allait encore avoir cette discussion ?

- Je vais te dire ce que j'ai dit à Tifa. Si les autres enfants l'embêtent, c'est normal que Shiro réponde.

- Mais là, l'enfant a été envoyé à l'hôpital.

Nero marqua un temps avant de répondre, surpris.

- Et alors ? Il a de la chance de ne pas être tué.

- Alors, tu devrais avoir une discussion avec Shiro. Lui mettre les points sur les i et lui dire que ce n'est pas la bonne solution.

- Je ne vais pas l'empêcher de se battre si on s'en prend à lui.

- Il y a se battre et se battre.

Nero soupira. Il allait refermer la porte et mettre fin à cette discussion, mais Vincent la bloqua de son bras métallique.

- Nero. Je suis sérieux. Il faut que tu fasses quelque chose. Tu ne peux pas nier qu'il y a un problème.

- Oui. C'est le fait d'aller à l'école qui pose un problème. A la base, j'étais contre qu'il y aille.

- Non. Le problème est que tu le laisses faire. Tu tiens vraiment à ce que Shiro ait des problèmes ? Qu'il soit en retenue tous les soirs ?

L'ancien Tsviet serra les poings.

- L'école n'a qu'à faire plus attention.

- Shiro est malheureux, Nero.

- Alors, il ne retournera plus à l'école, déclara Nero fermement. Si cela le rend triste, il n'ira plus. Mais je préfère qu'il se batte plutôt qu'il subisse et qu'il se fasse écraser par les autres.

- Il faut que tu changes cette mentalité.

- C'était la mentalité de Deepground, Vincent. Qu'est-ce que tu espérais ?

Vincent le dévisagea, inexpressif. Nero savait qu'il le désespérait, mais tant pis. Ils n'avaient pas la même vision des choses.

- L'école finira par le renvoyer. Tu crois que Shiro sera plus heureux de rester à la maison, à ne rien faire de ses journées ? A ne voir personne ?

Nero tourna la tête en direction de la porte de la chambre de Shiro.

Est-ce que l'enfant les écoutait, actuellement ?

- Il l'a été pendant trois ans.

- Tu vois où cela l'a mené par la suite. Il a été malheureux. Il a été en danger, répondit Vincent. Si tu le renfermes... Tu crois que le même schéma ne va pas se répéter ?

Nero... n'eut aucune réponse face à cela.

- Je vous laisse. Bonne soirée.

Vincent s'éloigna et quitta le couloir. Nero le regarda partir avant de soupirer et de fermer la porte.


« ... C'est beau, non ? »

Nero avait fini par suivre le conseil de Rufus. Un peu à contrecœur.

Ce n'était pas parce qu'il approuvait tout ce que l'ex-Président lui a dit, lors de leur entretien. Non. Il avait simplement décidé que Shiro avait besoin de prendre l'air.

Alors, Nero l'avait emmené ici. Dans ce parc. A la tombée du soir, il n'y avait pas grand-monde. Au loin, Reno et Rude continuaient de les surveiller dans leur voiture, mais l'ancien Tsviet préférait faire abstraction de leur présence. Avec sa combinaison, il avait l'air... humain. Il pouvait s'immiscer dans la foule sans être repéré.

Surtout avec un enfant avec lui. Nero et Shiro s'assirent sur un banc, observant autour d'eux.

Mais Shiro, lui qui avait été si enclin à vouloir découvrir le monde d'autrefois, ne paraissait pas apprécier cette balade. Non. Il était recroquevillé sur lui-même, comme s'il avait peur que Nero le réprimande.

De toute évidence, c'était le cas.

- Shiro.

- Hm ?

Shiro ne le regardait pas. Nero soupira avant de se rapprocher de lui.

- Ecoute. Vincent m'a dit ce qui s'était passé.

- Je te jure que je ne le voulais pas ! Mais il m'a provoqué !

Alors qu'il se justifiait, il serrait sa peluche contre lui.

- Personne n'a réagi. Mais tu m'as dit qu'à Deepground, c'était chacun pour soi. Alors... Je ne me suis pas contrôlé.

- Je ne vais pas te gronder, Shiro, le rassura Nero d'une voix douce.

Shiro ferma les yeux, la mâchoire serrée.

- Je suis seulement... inquiet pour toi. Est-ce que cela te plaît d'aller à l'école ? Vraiment ?

- ... Oui et non.

Ce n'était pas vraiment la réponse qu'il espérait.

- Je... j'adore voir le monde. J'adore être avec Denzel et Marlène. Mais... c'est juste dur. Parfois.

- Malheureusement, le monde est comme ça. Je t'avais prévenu, Shiro.

- Le monde n'est pas moche. C'est juste que...

Il hésita. Nero l'incita doucement à poursuivre.

- Shiro. Dis-moi ce qui ne va pas.

- Je... J'ai du mal. Quand j'attends à la sortie de l'école.

- C'est pour ça ? Parce que je ne suis pas là ?

Shiro haussa simplement les épaules, l'expression fuyante.

- Tu sais que je ne peux pas, Shiro. C'est hors de mon périmètre. Mais crois-moi, ce n'est pas l'envie qui manque, de venir te chercher et faire le trajet avec toi.

- Les enfants sont accueillis à la sortie par leurs parents. Leur papa et leur maman.

Ce fut à ce moment que Nero réalisa. Il réalisa ce que Shiro voulait dire.

Pourquoi c'était si difficile pour lui...

- Je crois que... je n'aurais jamais ça. Mes parents... ils ne m'attendront jamais à la sortie de l'école. Je n'aurais jamais ce genre de moment avec eux.

- Qu'est-ce que tu en sais ? Hé...

Quand bien même sa main tremblait, Nero caressa doucement la joue de Shiro tandis qu'il plongeait son regard dans le sien, le dévisageant intensément.

- Je... je fais de mon mieux, Shiro. Je te jure que je fais de mon mieux pour retrouver ton père. Ton vrai père. Crois-moi. J'essaie, même si ce n'est pas assez...

Il fallait qu'il le croie... Qu'il le croie à ce sujet...

- Papa Nero... Tu sais que je t'aime, lui dit doucement Shiro alors qu'il posait sa main d'enfant sur la sienne. Mais c'est juste que... j'aurais aimé pouvoir avoir ce genre de moment avec mon père. Qu'on partage des choses, qu'on fasse des trucs ensemble... comme une famille normale. Même si je sais qu'on n'est pas normaux.

Cela brisa le cœur de Nero d'entendre cela.

- Mais... pas seulement. Je ne te le dis pas souvent, Papa Nero mais... Je n'ai jamais connu ma mère. Pourtant, parfois, j'ai envie de cela. J'ai envie d'avoir une mère comme les autres.

- Je n'ai jamais connu ma mère non plus, Shiro.

Elle était morte à sa naissance, à cause de ses pouvoirs.

- Pour me retrouver dans la même situation, je ne pensais pas que cela te manquait à ce point. Parce que moi, cela ne m'a pas manqué. Je n'ai pas eu cela et je ne peux pas désirer quelque chose que je n'ai jamais connu. Même si... je regrette tous les jours d'avoir retiré à Weiss ce que, lui, a connu.

- Je suis désolé, Papa Nero.

Il ne se serait pas attendu à cela.

Shiro désirait une mère.

Nero pouvait faire office de père de substitution le temps que Weiss revienne. Mais il ne pouvait pas être cette mère que Shiro désirait.

- Et Tifa ne te suffit pas ?

- Ce n'est pas la même chose.

- Tu veux une mère qui t'accueille à la sortie de l'école ?

Est-ce que c'était possible de lui accorder son souhait ?

Shiro demeura silencieux. Nero prit une inspiration, réfléchissant à la situation.

Il finit par poser sa main dans le dos de l'enfant pour l'attirer contre lui.

- ... Je chercherais une solution pour t'offrir ce que tu désires, Shiro.

- Et comment ?

- Je l'ignore encore. Mais je peux essayer. Seulement si cela te rend heureux.

Shiro posa sa tête sur son torse, un léger sourire tandis qu'il fermait les yeux pour écouter les battements du cœur de son oncle.

- Tu n'as jamais voulu voir ta mère ? Vraiment ?

- Vraiment. Je m'en veux seulement de... d'avoir retiré à Weiss la mère qu'il ait connue.

- Mais c'était la tienne aussi.

Nero enveloppa le corps de Shiro de ses bras pour l'étreindre fortement.

- Je n'aime pas te voir malheureux.

- Moi non plus, Papa Nero.

Doucement, il déposa un baiser dans les cheveux de Shiro. Il s'écarta de lui avant de se lever.

- Et si on marchait ?

- Je veux bien.

Shiro sauta du banc. Il prit la main de son oncle. Ensemble, ils marchèrent dans l'allée du parc, au milieu des fleurs, des arbres. Nero huma l'air du soir.

Agréable...

Rufus n'avait pas menti.

- Tiens, tiens ! Mon petit héros !

La voix provenant de derrière eux les interpella. D'un bloc, Nero et Shiro se retournèrent.

Un homme et une femme qu'il ne connaissait pas, qu'il n'avait jamais rencontré. Mais la femme, habillée en kimono de geïsha et coiffée d'un chignon, un éventail à la main, se focalisa sur Shiro. Tout de suite, elle se précipita vers lui, les bras tendus.

- Je savais que je t'avais reconnu !

- Madame M ? s'étonna Shiro.

Par réflexe, intimidé par la manière dont elle fonçait sur eux, Nero poussa Shiro derrière lui et bloqua le passage à la femme, une lueur menaçante dans ses yeux. La dénommée « Madame M » s'arrêta net.

- Oh ! Donc tu es le père du petit héros ?

- Qui êtes-vous ? la rabroua Nero.

- Papa Nero, fit Shiro en lui attrapant la manche de son bras pour attirer son attention, c'est une amie. On s'est rencontrés quand... je suis venu à Edge la première fois.

- Il m'a sauvée, susurra Madame M alors qu'elle se cachait le visage derrière l'éventail.

Quoi ? Pourquoi est-ce que Shiro l'aurait sauvé ? Elle ? Une humaine qu'il ne connaissait pas ? Cela dépassait complètement l'ancien Tsviet.

- Je lui ai offert un massage spécial pour le récompenser.

Au mot « massage », Nero devint vert.

- Pardon ?

Qu'est-ce que cette femme avait fait à son garçon ? Immédiatement, Madame M leva les mains en l'air, sur la défensive.

- Calmez-vous, Monsieur. Je ne fais pas de massage pour adulte sur mineur. C'était seulement une manucure avec une musique d'ambiance et de l'huile parfumée.

- C'était très chouette, Papa Nero ! insista Shiro.

- Si vous êtes toutefois intéressé par un massage adulte, je peux—

- NON ! Je ne suis pas intéressé ! Shiro, on rentre !

Il entendit quelqu'un le siffler.

Nero avait presqu'oublié l'homme qui accompagnait Madame M. Un homme à la peau mate, en tee-shirt noir et aux yeux marron, une barbe de trois jours environ, qui le contemplait avec intérêt.

- ... Perfection.

Nero haussa un sourcil tandis que l'homme se rapprochait de lui, le détaillant de bas en haut. Cela surprit Nero, qui ne comprenait pas l'attitude de cet humain qui se retrouva bientôt à deux centimètres de lui.

- J'adore votre apparence.

- Heu...

Merci ? Quoique...

- ... Petit-ami gothique.

Nero ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit, tellement il était éberlué parce que l'individu disait. Cela n'avait aucun sens.

- Pardon. Où sont mes manières ? Andrea Rhodea, se présenta l'homme. Je suis le Propriétaire du nouveau « Honey Bee. »

- ... « Honey Bee » ? répéta Shiro, aussi confus que son oncle.

- Un endroit où on danse et on s'amuse.

Il adressa un clin d'œil insistant à l'égard de Nero.

Ce type est fou, pensa l'ancien Tsviet, incrédule.

- Madame M m'a raconté ce que votre enfant a fait pour elle. Vous pouvez vous rendre à l'un de mes spectacles quand vous voulez. Cela sera gratuit pour vous, plante exotique.

Le visage de Nero prit l'apparence de la dame de fer.

- On danse et on s'amuse ? entendit-il Shiro s'écrier avec intérêt.

- Hm. Malheureusement, ce n'est pas pour les enfants. Qu'en dites-vous, petit-ami gothique ? J'adore les pères célibataires.

« Petit-ami »...

Nero tira immédiatement Shiro vers lui. Qu'est-ce que c'était que cet énergumène ? A Deepground, jamais on n'aurait osé lui parler de la sorte ! Et dire qu'il ne pouvait même pas utiliser ses ténèbres !

- Je te conseille de dégager de mon chemin. Je ne suis pas à vendre.

- Héhé, tant mieux, approuva Andrea. Mais mon invitation tient toujours.

- On s'en va, Shiro.

- A bientôt ! fit le zigoto en lui envoyant un baiser.

Quitter l'allée le plus rapidement possible... Alors qu'ils se hâtaient vers la sortie du parc, Shiro demanda innocemment à son oncle :

- Il était bizarre, cet homme...

- Shiro. Ne t'approche jamais de ce genre de personne. Compris ?

Il retirait ce qu'il avait dit.

Rufus Shinra était le roi des manipulateurs et des idées mal placées.