/!\ Chapitre violent, âme sensible s'abstenir ! /!\
Samedi 5 novembre
Kuroo se sentait nauséeux. Il sentit l'humidité autour de lui et entendit la pluie. Quelque chose bougea, il tenta d'ouvrir ses paupières, en vain. Elles lui semblaient lourdes, tellement lourdes…
Il inspira longuement. Quelque chose clochait. Reprenant conscience de son esprit et de son corps, il comprit qu'il était lié. Son coeur battit la chamade tandis que son cou le tirait, suite à sa sieste dans une position assise. Il tenta de bouger ses bras et son estomac se noua. Ils étaient attachés à l'accoudoir.
Surtout, ne pas paniquer, pensa-t-il vainement. Il commença à réfléchir, et ses derniers souvenirs revinrent en mémoire. Il travaillait, il venait même de finir sa journée quand Sugawara lui avait servi un café, comme toujours à la fermeture du bar, le samedi soir.
Après… Plus rien.
Kuroo eut envie de vomir. C'était Sugawara qui l'avait drogué. Ce qui voulait dire que c'était un ordre de Shimizu et qu'ils avaient appris quelque chose le concernant. Sûrement ses mensonges pour tenter de gagner du temps à Bokuto, ce dernier essayant vainement d'arrêter Akaashi.
Dans un nouvel effort, il réussit à ouvrir les yeux et pencha sa tête en arrière. Il se trouvait dans la cave du bar, parmi les bouteilles et les amuse-gueules. Il avait la gorge sèche.
La pluie battait toujours dehors, et il n'avait aucune échappatoire.
Il allait mourir.
La porte s'ouvrit, et déversa une vive lumière, jaunâtre. La personne alluma l'unique ampoule de la pièce et descendit. Le temps que sa vue s'adapte, Shimizu était déjà devant lui, le visage fermé.
Ils restèrent ainsi pendant de longues secondes, jusqu'à ce que Kuroo baisse la tête, vaincu d'avance.
— As-tu une idée de pourquoi tu es là ?
La voix glacée de Shimizu lui coupa le souffle.
— Parce que vous pensez que je vous ai trahis.
— Ce n'est pas le cas, peut-être ? cingla-t-elle.
Kuroo tenta de se raisonner, il fallait qu'il se calme. Il ne savait pas qui avait raconté quoi, mais il n'avait rien fait de mal, juste omis le fait qu'Akaashi Keiji commençait à faire n'importe quoi… Depuis un bon moment.
Pourquoi avait-il écouté Bokuto et cru ce dernier capable d'arrêter son petit-ami ?
— Je n'ai pas trahi les Corbeaux… lâcha-t-il piteusement.
Elle le prit par les cheveux et le força à le regarder droit dans les yeux :
— Pourquoi ai-je appris seulement récemment que Akaashi Keiji fricote avec la pire ordure qui soit, et ce, depuis plus de six mois ? explosa-t-elle : Tu le savais, avant même la mort de Aone Takanobu, et tu n'as rien dit ! Rien. Ce n'est pas de la trahison, à tes yeux, mais au mien, ça l'est, et, c'est une infamie !
— Non ! Non, je le savais pas depuis autant de temps ! J'le jure !
Elle le relâcha.
Le visage de Kuroo était pitoyable, les yeux écarquillés de peur, la tristesse et le regret se peignaient sur ses traits.
— Depuis quand ? demanda-t-elle.
Il se mordit les lèvres et lâcha :
— Septembre.
Elle le gifla.
La force lui fit tourner la tête. Sa joue le brûla et il la sentit rougir presque immédiatement. Shimizu n'en avait pas l'air, mais elle était puissante.
— Et tu oses me dire que tu ne nous as pas trahis. Pourquoi ? Pourquoi n'as-tu rien dit ?
Elle ne devrait pas demander, elle le savait. Ce qu'il avait fait, elle n'avait pas à le pardonner. Cacher ces actes était une honte, et une traîtrise envers eux. Shimizu ne devait pas savoir la raison et pourtant… Cela allait faire dix ans que Kuroo était dans le clan. Il y était entré avant d'être majeur, elle connaissait sa mère ainsi que l'histoire déchirante de son père.
Cependant, si elle comprenait, elle l'épargnerait, or, elle ne pouvait pas se le permettre. Pas après une telle tromperie. Même si elle l'appréciait.
Kuroo ne se rendait pas compte… Omettre ce fait était une déloyauté envers leurs principes, leur serment, et surtout envers elle.
Il leva à nouveau la tête vers elle, le regard vide, il tenta d'ouvrir la bouche, elle lui asséna un nouveau coup.
— Finalement, je préfère que tu te taises, lâcha-t-elle sans aucune émotion, malgré la tornade qui la balayait intérieurement.
La lèvre de Kuroo se fendit sous sa force et même la fraîcheur ambiante ne put apaiser le coup.
Il allait mourir, répéta-t-il silencieusement, et ça allait être douloureux.
Elle s'écarta de quelques pas, et, tout en continuant de l'observer, se demanda comment elle allait procéder. L'être en face d'elle n'était pas Kuroo Tetsurou, ce n'était même plus un homme. Juste un amas de chair et de sang, rien de plus.
La porte s'ouvrit, la coupant dans son raisonnement. Sawamura traina Bokuto en bas des marches. Kuroo eut un cri de douleur sans qu'on le touche. Sans le remarquer, ni même le regarder, Sawamura laissa tomber Bokuto au sol, brutalement.
Un gémissement se fit entendre.
Il était vivant, mais plus pour longtemps, compris Kuroo, ils l'avaient amené dans le but de les faire souffrir l'un devant l'autre. Son corps se glaça de sueur.
— Kouta-
Shimizu lui enfonça une poire en plastique dans la bouche.
— Tu n'as pas été capable de parler jusqu'à maintenant, alors je ne vois pas pourquoi tu le ferais désormais.
La vision de Kuroo se troubla. Il comprit que c'était des larmes. Il essaya tant bien que mal de les ravaler alors que la Demoiselle s'approchait de Bokuto. D'un mouvement de pied, elle lui tourna la tête, il avait l'air hagard, perdu.
— Attache-le, les bras en l'air, et torse nu, fit-elle à Sawamura, je veux qu'ils puissent se voir l'un et l'autre.
Alors, toujours sans regarder Kuroo, Sawamura accomplit sa tâche dans un silence entrecoupé des gémissements de Bokuto, amorphe. Une fois fait, Shimizu eut un mouvement d'affirmation et le laissa partir.
La porte se referma sur son dos. Les laissant tous les trois.
Shimizu s'écarta à nouveau, vers un établi que Kuroo n'avait pas vu jusque là et tira un scalpel. L'objet semblait briller, comme neuf. Kuroo savait qu'il ne l'était pas, c'est juste qu'elle en prenait grand soin.
La pluie battait de plus en plus fort.
Elle s'avança vers Bokuto et, minutieusement, le coupa à divers endroits. Des biceps jusqu'au pectoraux, en passant par le cou.
Kuroo ne comprenait pas. Ces entailles n'étaient que superficielles, ou saignaient peu. Malgré la centaine qu'elle lui avait fait, cela ne le tuerait certainement pas, et ça n'avait pas l'air de le faire souffrir outre mesure.
Shimizu s'écarta, satisfaite. Elle revint avec un tissu qu'elle lui fourra dans la bouche, et un seau.
Avec un peu d'élan, elle lui jeta le contenu sur le corps et Bokuto hurla. Le chiffon absorba la plus grande partie de son cri. Il fut soudainement réveillé et alerte. Haletant, il tenta de se défaire de ses liens sans succès. Tirant sur ses bras, il réussit à soulever son corps de quelques centimètres, avant de reposer la pointe de ses pieds au sol.
Kuroo ne comprenait toujours pas. Elle n'avait presque rien fait et son ami avait l'air de souffrir le martyre.
Shimizu s'avança à nouveau :
— Tu vas mourir aujourd'hui, lâcha-t-elle à Bokuto, réveillé : et par ta faute, ton ami aussi. Tu avais juré. Tu m'avais juré. Je t'ai fait confiance, je t'ai accueilli, je t'ai même donné une place stratégique pour admettre les recrues et toi, tu m'as trompée.
Il n'eut pas le temps de faire un son, elle le cogna avec le bord du seau. Il fut sonné, elle le remplit à nouveau et lui jeta. Le résultat fut le même que précédemment.
— Par gentillesse, reprit-elle alors que sa douleur se calmait : je t'ai autorisé à te retirer en partie pour ton stupide rêve, et je t'ai même aidé à le concrétiser. Ton ami, ici présent, t'a soutenu et pris ta charge de travail. Et toi, après tout ça, tu oses couvrir un menteur, et criminel.
Elle s'éloigna et prit une pince. Cette fois, elle s'approcha de Kuroo.
— Tu vas regarder ton ami, ton très cher ami, mourir devant tes yeux, puis ce sera ton tour.
Bokuto la regarda, effaré. Des larmes coulaient en continu depuis qu'elle avait commencé à lui parler. Il tenta de prononcer quelques mots. Elle s'agaça. En deux pas, elle fut devant lui. En un geste, elle lui fractura la mâchoire. Un gémissement pitoyable s'échappa de lui.
Elle souffla un coup et revint vers Kuroo.
Il ne quitta pas Bokuto du regard. Elle posa sa main sur la sienne. Ses yeux se posèrent sur elle.
— Si tu me desserres gentiment ta main, je t'arracherai seulement les ongles.
Shimizu, leur Shimizu, la douce et belle Shimizu... était-ce vraiment la même, se demanda Kuroo.
Elle grimaça et reprit :
— Tant pis, ça sera tes dents alors, c'est ce qui est pratique avec cette poire, j'ai accès à toute ta bouche. Y comprit ta langue. Après tout, tu…
Il émit un petit cri et ouvrit sa main, la coupant dans sa phrase. Elle lui fit un doux sourire et, pendant quelques secondes, Kuroo pria pour retrouver la femme qu'il avait connu, charmante et réservée, avant d'accepter de rentrer dans son organisation, de suivre ses ordres et les cadavres laissés dans son sillage.
Elle se ferma à nouveau. Il perdit espoir, à nouveau.
D'un geste ferme, à l'aide de la pince, elle lui arracha le premier. Il hurla.
Bokuto gémit, bougea comme il put, en vain. Son ami se faisait torturer, devant lui, par sa faute, et il n'y pouvait rien. Ses pleurs redoublant, il détourna le regard et s'apitoya sur son inutilité.
Quand Shimizu le vit, elle lui envoya une nouvelle salve de liquide.
Il brûlait. Pas entièrement, seulement où elle l'avait coupé. Bokuto ne savait pas ce que c'était, plus fort que du sel, moins que de l'acide chlorhydrique, cette douleur était assez supportable pour rester réveillé, mais pas assez pour qu'il puisse utiliser sciemment sa force. C'était horrible.
— Ne tourne pas la tête, après tout, c'est ta faute, tu dois voir les résultats de ta traitrise, lança-t-elle sans émotion.
Le visage glacé, elle reprit sa tâche, sous les cris piteux de Kuroo et les yeux de Bokuto.
Quand elle eut fini ses deux mains, elle changea d'instruments et prit un marteau. À nouveau, elle commença par la main droite, regarda Bokuto, puis abattit l'arme sur l'index de Kuroo.
À nouveau, il hurla.
Elle avait dit qu'elle arracherait seulement les ongles, pensa Bokuto, bêtement. Il serra ses poings. Sa mâchoire lui faisait mal, mais ce n'était rien comparé à la douleur que devait ressentir Kuroo. D'autant plus qu'elle appuyait sur chaque cassure, après les avoir faites.
La porte s'ouvrit violemment. Les éclats de voix de Sugawara leur parvinrent, accompagnés de ceux de Kozume. Malgré sa carrure, il se débattit comme un diable et réussit à faire lâcher prise à Sugawara. Dans un nouveau geste pour l'éloigner, il recula, et glissa. Chutant violemment dans l'escalier, il atterrit lourdement en bas, le souffle coupé.
Sugawara les descendit lui aussi, sous le regard incrédule de Shimizu, et ceux mortifiés de Kuroo et Bokuto.
Kozume se releva subitement, l'adrénaline le tenant certainement éveillé, et il hurla :
— Arrête ! Arrête, Kiyoko, je t'en prie !
Sugawara le rattrapa et mit sa main sur sa bouche. Se débattant à nouveau, Kozume cria quand Sugawara entoura son torse.
— Lâche-le.
L'ordre de Shimizu claqua comme un fouet.
Sugawara obéit, Kozume tomba au sol, les mains sur sa poitrine.
Shimizu comprit qu'il avait dû se fracturer quelques côtés en dévalant l'escalier. Si c'était grave, il avait percé un poumon et allait mourir, dans le cas contraire, il souffrirait juste.
Elle grimaça. Elle ne pouvait pas se permettre de perdre Kozume.
Kuroo hurla, elle lui envoya son marteau dans la pommette, et entendit un os craquait. Il se tut.
— Kôshi, un matelas.
Elle se pencha vers Kozume, ce dernier la repoussa :
— Si tu les tues, tu me tueras aussi !
Elle se releva d'un bond.
— Comment peux-tu être solidaires avec ces traîtres !
Il tenta de se redresser et gémit :
— C'était une erreur, une erreur ! On va tout arranger ! On peut tout arranger, pas besoin de les tuer !
Elle se mit à trembler, et alla se retenir contre l'établi. Sugawara revint avec un matelas et tenta d'allonger Kozume, il refusa de bouger. Elle les regarda faire, de longues minutes s'écoulèrent.
Elle céda.
— Soit ! Si tu t'allonges, je les épargne !
Kozume l'observa à travers ses larmes de douleur. Physique, et émotionnelle.
— Jure-le, chuchota-t-il.
— Je le jure.
Sugawara put enfin le prendre et l'allonger, il s'évanouit avant de toucher le matelas.
Kuroo aussi s'était évanoui. Réveillé, il ne restait que Bokuto, ainsi qu'elle et Sugawara. Elle s'approcha de Kozume, et découpa son t-shirt. Deux de ses côtes étaient cassées. Pour le reste, c'était invisible.
— Appelle une ambulance, explique leur la situation, et exagère s'il le faut, fit-elle à Sugawara : Va chercher Sawamura pour qu'il t'aide à le remonter, vous n'aurez qu'à dire la vérité, excepter que c'était les marches qui mènent à votre appartement, elles sont presque aussi raides, de toute manière.
Il acquiesça silencieusement.
En moins de cinq minutes, Kozume était sorti de la cave.
Bokuto, jusque là silencieux, gémit en voyant le petit nerd disparaître en haut des marches.
Shimizu se tourna vers lui.
— Tu ferais mieux de t'inquiéter pour toi, plutôt que pour lui, claqua-t-elle.
Il la regarda, sans comprendre.
— J'ai beau lui avoir promis vos vies, sache qu'il existe des sorts pires que la mort, et je n'en ai pas terminé avec vous.
Pour la première fois de sa vie, Bokuto pria pour que Dieu existe.
