OOC : Bonjour à tous. Voici un nouveau chapitre. J'espère que ça vous plaira. Bonne lecture !
« Dance like Andy »
La musique s'intensifia. Le casque de réalité virtuelle posé sur les yeux, Shiro se disait que la première fois, son niveau avait été moyen en raison de la surprise de découvrir le jeu. Aujourd'hui, il était de retour. Et il était déterminé à progresser.
« Dance ! Dance ! Dance ! »
Shiro appréciait le son. Cela lui fit pousser des ailes. Un sourire aux lèvres, il persévérait. Ses mains et jambes bougèrent l'un après l'autre, effectuant une pirouette sur lui-même pour être aussi rapide qu'Andy.
« Dance ! Dance ! »
La musique se termina. Shiro cessa, reprenant son souffle. Il était exténué. Mais le jeu en valait la chandelle. Il allait enfin découvrir quel était son score.
Roulement de tambour...
« Niveau bas. Ne vous découragez pas ! »
Quoi ? C'était pire que la dernière fois ! Boudeur, Shiro retira son casque pour le reposer sur son réceptacle.
« Je ne sais pas si ce jeu est fait pour qu'on le gagne », commenta Denzel tandis qu'il s'exerçait sur un tir de bowling.
A côté, Marlène jouait sur une arcade qui consistait à attraper des Chocobos et à les libérer dans la forêt. Shiro la contempla faire, un léger sourire aux lèvres.
- J'aime bien les défis.
- Moi aussi. Mais tu sais, Shiro. Il y a d'autres jeux comme celui-ci.
- Celui d'Andy me nargue.
Non loin d'eux, il vit des jeunes d'environ dix-huit ans récupérer le casque de danse virtuelle pour jouer à leur tour. Impressionné, Shiro se plaça près de Denzel et Marlène pour contempler leurs parties respectives.
- Tu as eu une réponse de Papa Nero ? finit par l'interroger l'enfant.
- Non, répondit le garçon plus âgé en vérifiant son téléphone.
- Plus j'y pense, plus je me dis que ce n'était pas une bonne idée, fit Marlène. Tifa est du service du soir et on avait promis qu'on te ramènerait chez toi. Imagine si Nero l'appelle.
Denzel haussa les épaules.
- Ça va. Cela fait à peine vingt minutes qu'on est là.
- Même pour dix minutes, Papa Nero serait capable de se faire un sang d'encre, bredouilla Shiro.
- Tu n'as qu'à le dire si tu veux rentrer, Shiro, l'invita Marlène.
A son ton, il s'agissait du choix le plus logique et le plus sage. Et Shiro non plus n'aimait pas mentir à son oncle. Pourtant, malgré les doutes qui jaillissaient dans l'esprit de Shiro, il ne pouvait pas s'empêcher de se dire que cela ne serait pas en écoutant tout le temps Papa Nero qu'il parviendrait à se faire des amis.
Et à garder ceux qu'il avait. Il devait sortir aussi. Il n'y avait rien de mal à prendre l'air, n'est-ce pas ? En-dehors des cours...
- Non. On peut rester un peu, décida Shiro. Je pense qu'une heure, c'est suffisant.
- Si tu le dis.
- Il paraît qu'Andy existe vraiment, entendirent-ils derrière eux.
Shiro reporta son attention sur les adolescents qui jouaient à « Dance Like Andy ».
- On peut danser avec le véritable Andy. Au « Honey Bee ». C'est situé non loin d'ici. Dans les quartiers sud.
- Le « Honey Bee » ? C'est un club de danse ?
- Je crois. J'ai entendu qu'il y avait de belles filles. On tente ?
La proposition fut accueillie par un « oui général » de la part du groupe.
Les yeux de Shiro s'écarquillèrent.
Honey Bee ?
Le nom lui disait quelque chose... Où l'avait-il déjà entendu ? Shiro fouilla dans sa mémoire avant de se frapper les mains.
Mais oui ! L'homme du parc ! Celui qui accompagnait Madame M ! Il avait conseillé à Papa Nero de venir au « Honey Bee » pour assister à l'un de ses spectacles.
Un endroit où on danse et on s'amuse.
Ok. Il décida que l'idée lui plaisait. Shiro se retourna vers Denzel et Marlène, un grand sourire intéressé sur son visage.
- On pourrait y aller !
- Aller au « Honey Bee » ? Mais Shiro ! On ne connaît pas cet endroit, s'exclama Marlène.
- Vous les avez entendus ? Il paraît qu'on peut danser avec le véritable Andy. On pourrait y faire un tour. Et apparemment, on s'y amuse bien.
Denzel et Marlène s'échangèrent un regard hésitant.
- Je ne sais pas si c'est approprié. Tifa, Cloud et Papa nous ont interdit de trop nous éloigner, fit Marlène.
- On risque de dépasser une heure, Shiro.
- C'est seulement pour voir à quoi cela ressemble.
Shiro leur adressa des yeux de chien battu.
Le titre du « Honey Bee » était sur toutes les lèvres. Shiro souhaitait réellement savoir à quoi cela ressemblait. Et à moins de trouver une autre excuse, il ne pourrait peut-être pas combler sa curiosité avant longtemps.
Finalement, Denzel surveilla l'heure. Il finit par soupirer avant d'adresser un petit sourire à Shiro.
- Cela ne fait pas de mal d'aller voir où cela se situe, non ?
- Denzel...
- Juste l'extérieur. On rentrera après.
Shiro se frappa les mains, des étoiles dans les yeux.
Il avait trop hâte !
- Suivons le groupe, décida Denzel, emboîtant le pas des adolescents qui s'empressèrent de quitter la salle d'arcade.
Tes ténèbres ne m'attaqueront pas... Peut-être parce que tes ténèbres ne désirent pas s'en prendre à moi.
Seul dans son appartement, Nero fixait le vide, en pleine réflexion.
Plus par curiosité que par désir compulsif de vérifier ses pouvoirs, il s'exerça. Etant donné que Shiro était encore au Septième Ciel à attendre Tifa, il pouvait se laisser aller.
Il étendit les bras.
Les ténèbres jaillirent autour de lui. Par le biais du psyché, grâce au parfait contrôle mental qui s'était développé et qui le liait à ses pouvoirs depuis la naissance, il put guider les serpents de ténèbres là où il le souhaitait, quand il le souhaitait.
Il ordonna aux ténèbres d'aspirer la table et elles l'aspirèrent.
Il commanda à ses serpents de s'enrouler autour de lui. Nero ferma les yeux, laissant ses « animaux » lui caresser le corps, dans une imitation d'étreinte, de contact avec quelque chose d'autre.
Si bon. Si passionné...
Il n'y avait absolument aucune raison. Ses pouvoirs fonctionnaient. Ils n'avaient jamais cessé de fonctionner.
Le vieillard avait certainement juste voulu lui faire peur, prouver sa dominance à son égard. Mais Nero savait bien quand quelqu'un racontait des mensonges pour le déstabiliser. Tout comme Restrictor à Deepground qui lui rabâchait qu'il n'était qu'un poids pour son frère et qu'il n'y avait aucun amour existant entre les Tsviets. Que chacun prétendait, que chacun faisait semblant pour pouvoir utiliser les autres.
Il s'agissait de la même chose. Il rappela ses ténèbres avant de se rasseoir sur une chaise, poussant un petit soupir.
La prochaine fois, il se jurait qu'il trouverait le moyen. Qu'il ne le raterait pas.
Très bien. Puisque de toute évidence, il ne pouvait pas le tuer directement pour une raison qu'il ignorait encore, Nero n'aurait qu'à utiliser autre chose.
La question. La torture telle qu'il utilisait à Deepground.
Il le ferait souffrir durant de longues heures. Physiquement et mentalement. Ses pouvoirs lui permettaient de lire dans les esprits des gens, de ses victimes. Il n'aurait qu'à user chacune de ses faiblesses.
Oh oui. Il le ferait avec joie. Il lui infligerait une telle douleur. Une douleur si insupportable que le vieil homme supplierait qu'on l'achève.
Au point qu'il lui donnerait lui-même le moyen de le détruire une bonne fois pour toute, si la situation l'exigeait.
Oui. Une douce vengeance.
Pousser le sujet à la mort... Nero le ferait avec joie et savourerait chaque minute, chaque seconde, tout en écoutant les cris de celui qui était devenu son ennemi.
Il sentit son ventre se tordre.
Sans même qu'il ne s'y prépare, Nero sentit une nausée incontrôlable monter en lui. Immédiatement, il se releva et se précipita à la salle de bain.
Il se pencha sur les toilettes et se mit à vomir.
Une sensation horrible... Alors que Nero dégobillait, la chaleur lui montait à la tête, avant de s'atténuer. Tout cela le soulageait à peine. Il fut seulement reconnaissant de ne pas avoir son masque. Il n'y avait pas pire comme sensation que celle de vomir dans son masque.
Il eut l'impression que cela dura longtemps, trop longtemps...
Le Mako le faisait parfois vomir. Mais cela s'était arrêté depuis qu'ils avaient pris Deepground d'assaut.
Et voilà que maintenant...
Nero abaissa le regard.
L'eau était noire.
Noire comme ses ténèbres... noire comme les êtres de l'enfer...
Nero se couvrit la bouche, sentant ses membres trembler. Il avait besoin de s'asseoir... Mais ses jambes se dérobèrent sous lui. Un peu étourdi, il se rattrapa au rideau de douche pour se remettre debout.
Quand il observa son reflet, un filet de sang noir coulait de sa bouche.
Pourquoi ?
Ce fut le bruit de la sonnette qui le sortit de sa torpeur. Nero reprit rapidement ses esprits. Avant d'ouvrir, il s'empressa de s'essuyer la bouche et de tirer la chasse pour ne pas effrayer Shiro. Il était temps qu'il rentre. En dépit qu'il avait reçu son message, via le portable du dénommé Denzel, l'heure était largement dépassée. D'ailleurs, pourquoi est-ce que Denzel et Marlène ne l'avaient pas ramené tout de suite, s'ils faisaient le trajet ensemble ?
Il ouvrit la porte, essayant de donner bonne impression malgré l'épisode pénible qu'il venait de traverser.
Tifa se tenait devant lui.
Seule.
Enfin. Elle n'était pas seule. L'ancien Tsviet sentait une autre présence en son intérieur, dans son être. Cela le fit hausser un sourcil.
« ... Mes félicitations », la congratula-t-il d'un ton acide.
Tifa se raidit. Nero ne perdit pas son temps à analyser sa réaction et ne chercha même pas à la réconforter sur ses futurs devoirs de mère et les responsabilités qu'impliquaient un enfant. Il s'en fichait. Il chercha Shiro du regard.
Non. Il n'était pas là. Nero laissa les bras retomber le long de son corps. Ses yeux rouges se plissèrent d'incompréhension.
- Où est-il ?
- La maîtresse m'a appelée pour me prévenir qu'il avait oublié son cahier de texte, répondit Tifa en brandissant ledit carnet en question.
Nero perdit rapidement patience.
- Je n'ai pas demandé ce que tu faisais là. Je demandais où il était.
- Il n'est pas avec toi ?
L'ancien Tsviet manqua de s'étrangler.
Etait-il sérieuse ?
- Non, il n'est pas avec moi sinon je ne poserais pas la question ! Et tu ne peux pas l'ignorer ! s'écria Nero, d'une voix blanche. Shiro m'a envoyé un message qui disait que tu le ramènerais et qu'il attendait au Septième Ciel que tu aies fini ton service. Alors, j'attends des réponses ! Où est-il ?
- Qu'est-ce que tu racontes ? Denzel et Marlène devaient le ramener après l'école. C'était eux qui s'occupaient de Shiro aujourd'hui.
Le silence tomba net.
Sidéré, Nero encaissant ce qu'il venait d'apprendre. Il oublia même ce qu'il venait tout juste de subir quelques instants plus tôt. Il dégaina son téléphone plus rapidement qu'il n'aurait dégainé ses revolvers et relut le message. Plusieurs fois.
« Ne t'inquiète pas. Tifa a quelque chose à faire et aura un peu de retard. Je l'attends au Septième Ciel avec Denzel et Marlène. On fera nos devoirs ensemble. Je t'aime. »
Il fixa Tifa comme deux ronds de flanc, nageant dans l'incompréhension la plus totale.
Lorsqu'ils arrivèrent au-dit « Honey Bee Inn », ils eurent l'impression de se retrouver devant un palace. Denzel, Marlène et Shiro fixèrent ce qui se dessinait devant eux.
C'était gigantesque ! Le lieu se tenait au bout d'une avenue au milieu de bâtiments traditionnels qui avaient été rénovés et modernisés. Il fallait traverser un petit ponton rouge pour y accéder. Shiro aurait cru qu'il s'agissait d'un temple en raison de la couleur rouge des maisons voisines et de la forme des toitures, les maisons étant elles-mêmes éclairées par des lanternes jaunes et oranges. Mais à côté, le « Honey Bee Inn » se distinguait par sa taille dominante et par ses couleurs de rose et de violet pâle qui symbolisaient les couleurs de l'amour, selon Marlène. Alors qu'ils s'approchaient, ils se frayèrent un passage sur une terrasse où des adultes passaient le temps soit en buvant une boisson, soit en discutant. Shiro fut immédiatement gêné de voir un couple s'embrasser et détourna le regard, dégoûté. Denzel attrapa Shiro par l'épaule pour le guider et le garder près de lui. Les trois enfants se dirigèrent vers l'entrée. Plus ils s'avançaient vers leur objectif, plus ils entendirent la musique devenir plus forte de l'autre côté du bâtiment. Ils remarquèrent une queue devant l'entrée. Des adultes étaient habillés soit en tenue de soirée, soit en décontracté. Ils paraissaient tous impatients d'entrer et leur expression enjouée confortait Shiro dans l'idée qu'ils allaient passer un bon moment.
Toutes ces personnes venaient actuellement voir danser Andy ? Il avait autant du succès que son jeu ?
« Alors ? On entre ? » demanda Shiro, tirant la manche de Marlène.
- Je crois qu'on devra attendre notre tour, fit Denzel alors qu'ils s'immiscèrent dans la file d'attente.
Mais quand arriva leur tour, leur vigile leur bloqua l'entrée.
- On n'entre pas ! Interdit aux mineurs !
- Oh non, se lamenta Marlène.
- Pourquoi ? le questionna innocemment Shiro.
- J'ai dit : interdit aux mineurs ! dégagez les gamins ! Ouste !
Les trois soupirèrent, déçus. Marlène tira le bras de Shiro alors qu'ils s'éloignaient du Honey Bee Inn, dépités.
- On n'a pas trop le choix, alors. Bon, bah. On a vu. On rentre, alors.
Shiro adressa une moue suppliante en direction du « Honey Bee Inn ». Il avait tellement hâte d'y voir Andy danser.
Soudain, quelque chose attira son attention alors qu'il abaissait le regard.
Une plaque d'égout. Une plaque d'égout juste entre eux et le « Honey Bee Inn ».
Shiro se rappela de sa fuite des quartiers de l'ORM. Quand il était allé chercher Nero, il s'était échappé en se servant des conduits d'aération.
Les égouts étaient reliés à tout, n'est-ce pas ?
Est-ce que cela pouvait fonctionner s'ils les utilisaient ?
Shiro lâcha immédiatement la main de Marlène et se précipita vers la plaque d'égout tandis que Denzel lui criait de revenir.
« Shiro ! Reviens ici ! »
Shiro n'écouta pas et usa ses deux mains pour retirer à lui seul la plaque d'égout. Sa force n'avait pas diminué depuis qu'elle s'était réveillée. Au contraire, elle paraissait augmenter de jour en jour.
- Suivez-moi ! leur cria Shiro.
- Mais tu es fou ! s'exclama Marlène qui courait derrière lui, suivie de près par Denzel.
Shiro ricana.
- On a qu'à entrer d'une autre manière.
- Shiro ! On risque d'avoir de gros problèmes.
- Si on ne rentre pas maintenant, nos parents vont s'inquiéter, déclara Denzel alors qu'il reprenait son souffle.
L'enfant aux cheveux blancs baissa la tête alors qu'il observait le trou.
Ils n'avaient qu'à sauter.
- C'est juste pour voir Andy.
Il prit son élan...
Et sauta, ignorant les cris alarmés de Marlène et Denzel. Shiro atterrit au sol à pieds joints et commença à s'avancer dans la direction qui devrait les conduire normalement au « Honey Bee Inn ». Il grimaça suite aux mauvaises odeurs et au liquide étrange dans lequel il marchait.
Mais quand il entendit Marlène sauter en criant et atterrir derrière lui, suivie de peu par Denzel, Shiro se sentit immédiatement plus rassuré.
Ils allaient rentrer. Ils allaient satisfaire leur curiosité.
Mais qu'ai-je fait ? Pourquoi ai-je mérité cela ?
Nero était assis sur le canapé, immobile, les ténèbres tremblant autour de lui tandis qu'il fixait intensément Tifa appeler tous les numéros de son répertoire dans le but de retrouver Shiro, Denzel et Marlène. Au fur et à mesure du temps qui passait, la tension montait et c'était seulement par la puissance de sa volonté que Nero se faisait violence et ne noyait pas la pièce, Tifa comprise, l'appartement et ses habitants compris, dans un tsunami de ténèbres.
Shiro avait désobéi.
Il s'était échappé.
Encore.
Mais bon sang, qu'est-ce qu'il allait faire de ce gamin ? Qu'est-ce qu'il allait faire de lui ? Nero avait cru juger bon de lui faire confiance pour rentrer immédiatement après les cours. Pour être en sécurité. C'était le marché.
Et lui, que faisait-il ? Il lui faussait compagnie pour aller avec Denzel et Marlène ! Nero ne put se retenir et envoya un coup de pied dans la table tandis qu'il croisait les bras sur sa poitrine.
Toujours à s'enfuir ! A désirer plus de liberté au point de désobéir aux règles !
Shiro était bien comme...
Nero ferma les yeux, avalant la difficile réalité.
Weiss était comme lui. Il désobéissait aux règles pour passer du temps avec son frère, quitte à s'attirer les foudres de Restrictor et les mauvais traitements.
Shiro avait bien hérité de lui.
« Bon. Cloud, Vincent et Red XIII sont allés vérifier à la salle d'arcade. Avec Yuffie et Barret, on va faire le tour des quartiers. Ils ne doivent sûrement pas être loin. »
Nero releva la tête vers elle, la mâchoire serrée.
Et lui ? Que faisait-il ? Il attendait sagement ?
Et si Shiro avait des ennuis ? Et s'il se faisait agresser, kidnapper ?
- Ecoute, je comprends que tu sois inquiet, répondit Tifa en voyant son regard mauvais. Et en colère. Je le suis aussi. Je suis en colère contre eux et crois-moi, ils seront punis.
- Je viens aussi.
Sa voix était sans appel.
- Nero, tu sais très bien que tu n'as pas le droit.
- Shiro est peut-être en danger !
- Nero, rappelle-toi que tu as un bracelet électronique ! La dernière fois que tu as mis un pied en-dehors du périmètre, tu t'es fait électrocuter. Et tu connais les conditions. Tu romps le marché une seule fois et c'est fini. Il ne tient plus et tu es envoyé en cellule, loin de Shiro ! C'est vraiment ce que tu souhaites ?
Nero ne répondit pas.
Elle avait raison. Elle avait raison et cela ne cessait de le mettre en colère.
- Bien, reprit Tifa, prenant son silence comme une abdication. Fais-nous un peu confiance. On va te ramener ton enfant. Yuffie m'attend en bas. Garde ton téléphone à côté. Je te tiens au courant.
Nero ne bougea pas. Il ne raccompagna même pas Tifa à la porte. Il ne lui dit même pas au revoir.
Une fois que la porte claqua derrière lui, il y eut un temps où Nero ne sentit plus la moindre bribe de son corps. C'était comme s'il s'était transformé en statue, à fixer le mur devant lui.
Il irait tellement plus vite, avec ses portails...
Il utiliserait ses ténèbres pour repérer la présence de Shiro.
Il ne perdrait pas de temps à attendre des humains qui allaient peut-être perdre définitivement la trace des enfants.
Nero décroisa les bras.
Sans desserrer la mâchoire, il se leva du canapé.
A pas de loups, il se dirigea vers la cuisine et s'empressa de saisir un couteau.
Il posa sa jambe sur la table et leva la lame.
L'instant d'après, le bracelet électronique vola à travers la cuisine. Ce dernier émit un léger « bip », mais l'ancien Tsviet l'ignora. Il ne savait même pas si un signal était envoyé aux autorités de l'ORM pour les avertir que Nero avait retiré ses restrictions.
Doucement, il reposa le couteau.
Terminé le bracelet électronique.
Terminé l'enfermement.
Tant pis si le marché ne tenait plus. Tant pis si Rufus Shinra et Reeve Tuesti décident de l'enfermer. Il n'allait pas rester là, les bras croisés, alors que Shiro avait tout simplement disparu.
Notamment avec les chiens de l'enfer... Et encore moins avec le vieillard qui rôdait dans les parages.
Usant de lents mouvements de bras, Nero forma une porte de ténèbres qui apparut devant lui, dans le mur.
Sans hésitation, il s'immisça à l'intérieur avant de disparaître de l'appartement.
J'arrive, Shiro.
La silhouette de Nero apparut au milieu d'un des quartiers d'Edge.
Les ténèbres avaient senti la présence de l'enfant ici. L'ancien Tsviet balaya les alentours du regard, essayant tant bien que mal de faire abstraction à la présence des humains qui allaient et venaient. Des humains qui étaient trop nombreux, beaucoup trop nombreux. A leur contact, les ténèbres, même plus effacées que par rapport à d'habitude, formaient comme un bouclier autour de lui. L'un d'eux, parlant au téléphone, le bouscula violemment, manquant de le faire tomber. Furieux, Nero se retourna d'un geste vif dans sa direction, prêt à l'absorber dans ses cauchemars pour lui apprendre la politesse.
L'humain ne lui accorda aucune attention. Il s'éloignait tout en continuant sa discussion. Nero serra les poings avant de les desserrer.
Il finit par soupirer. A Deepground, il n'aurait jamais laissé passer cela. Mais en pensant à Shiro, en pensant au fait qu'il avait déjà entravé le règlement en jetant son bracelet électronique et en se baladant dans la nature, il savait qu'il avait commis une grosse erreur.
Autant ne pas aggraver son cas. Reeve Tuesti allait le jeter en cellule et il risquait de lui retirer Shiro définitivement. Si Nero montrait qu'il savait se contrôler afin de ne pas se laisser aller à ses pulsions sadiques, est-ce qu'il parviendrait à négocier sa punition ?
Pff.
Nero ne pouvait s'empêcher de regretter l'époque où il était Tsviet et second de son frère Weiss à Deepground.
A ce moment-là, il n'avait aucun compte à rendre... Sauf à celui qu'il aimait.
Nero marcha, suivant les traces de Shiro. Mais elles s'arrêtèrent rapidement. Nero poussa un soupir. Il l'avait complètement perdu. Auparavant, il l'aurait facilement retrouvé.
Cette nouvelle combinaison avait ses avantages et ses inconvénients...
Alors qu'il errait, se demandant s'il devait poursuivre ou retourner à l'intérieur des ténèbres pour chercher ailleurs, son téléphone se mit à sonner.
La géolocalisation allait s'activer. Néanmoins, Nero vérifia le contact. Un numéro qu'il ne connaissait pas.
Finalement, après avoir pesé le pour et le contre, il décrocha.
« Allô ? »
Une voix qu'il ne connaissait pas lui répondit. Une voix d'un homme mûr, lui adressant d'un ton mielleux et jovial :
- Je me disais bien que j'avais repéré l'enfant de mon petit-ami gothique.
Nero se figea.
- Qui est à l'appareil ?
Une demande de rançon ? La personne était mal tombée et ignorait à qui elle avait affaire. Mais ce n'était pas la voix du vieillard, quand bien même elle lui était familière.
- Où est Shiro ?
- Du calme, petit-ami gothique. J'ai trouvé votre fils en train de rôder dans les couloirs de l'Honey Bee Inn avec ses amis. Ils ne sentaient pas la rose et je les ai envoyés prendre une douche. Ils m'ont donné votre numéro pour que vous veniez le chercher et je vais contacter les autres parents.
Nero se prit le visage dans les mains, retenant un soupir de soulagement.
Il avait retrouvé Shiro. L'enfant allait bien !
- Où est cet endroit... Le « Honey Bee Inn » ou je ne sais pas comment ce trou s'appelle ?
- Je pensais que vous ne me le demanderiez jamais, petit-ami gothique.
- Mon nom est Nero !
Il regretta tout de suite. Mince. Pourquoi il lui avait donné son nom ?
- Nero... Cela me plait. Au fait, Andrea Rhodea dit Andy. Nous nous sommes croisés dans le parc l'autre soir.
- Oui, je le savais, rétorqua Nero à contrecœur. Je viens le chercher.
- A tout de suite, plante exotique. Demandez Andy au vigile.
Nero frissonna de dégoût. Il inhala, exhala pour retrouver son calme. C'était un peu idiot. Il aurait attendu quelques minutes de plus, le temps que le type contacte les autres membres de l'ex-AVALANCHE pour les prévenir de la présence des enfants dans son lieu et il n'aurait pas rompu le marché.
Mais bon. Il avait agi par instinct. Sous une impulsion, aussi. Mais bon. Tout irait bien. Shiro allait passer un sale quart d'heure mais il était vivant. Ainsi que Denzel et Marlène.
Nero sentit les ténèbres fondre sous ses pieds et se laissa glisser dedans, disparaissant dans le sol, se moquant bien d'être vu ou non.
« Oui, je sais. Je sais. Ce n'est pas un endroit pour les enfants. Mais j'ai des vigiles à l'entrée qui surveillent vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Les mineurs ne sont pas autorisés. Je ne sais pas comment ils ont réussi. Mais le plus âgé a déclaré qu'ils étaient passé par les égouts pour s'introduire chez moi. Heureusement qu'ils ne sont pas apparus dans la loge des actrices.»
Nero était apparu à l'entrée du bâtiment. Il avait suivi les directives du dénommé Andy et avait ordonné à le voir. Le vigile l'avait contemplé de haut en bas, dédaigneux et Nero avait cru qu'il allait perdre patience et en venir aux mains. Heureusement, Andy ou Andrea avait débarqué par-derrière, vêtu d'un costume de paillettes noir orné d'une fourrure et l'avait tout de suite reconnu.
Alors qu'ils erraient dans les couloirs sombres du lieu-dit « Honey Bee Inn », Andrea avait commencé à raconter sa vie et Nero l'écoutait à peine. Il était déjà suffisamment agacé comme ça surtout qu'il avait rompu le marché pour récupérer un enfant désobéissant. Il se moquait bien du « Honey Bee Inn » et de quoi il s'agissait. Il voulait juste récupérer Shiro.
« Mais ne soyez pas trop durs avec eux. Ils ont vu de la lumière, ils ont voulu entrer. C'est tout. »
Nero fusilla Andrea du regard.
- Ne vous en mêlez pas, compris ? Shiro a fait une bêtise, il sera puni. C'est tout. Vous n'avez rien à dire.
- Oui, oui. C'est par là. Le « Honey Bee Inn » a une aire réservée aux enfants le temps que leurs parents se détendent.
Andrea ouvrit la porte et Nero pénétra à l'intérieur.
Autour de lui, un véritable capharnaüm. Une piscine de balles, des jouets, des toboggans, un château gonflable, une aire séparée qui constituait en ce que Shiro aurait décrit comme une salle d'arcades... Nero chercha Shiro du regard.
Il finit par le trouver avec Denzel et Marlène, tous les trois assis sur un banc, penauds, entourés de mioches qui jouaient ou geignaient quand ils étaient éjectés du château gonflable. Ils relevèrent lentement la tête en un mouvement et pâlirent dès qu'ils aperçurent Nero s'approcher d'eux.
- Bon, bon, murmura Andrea tandis que Nero croisait les bras, fixant Shiro silencieusement d'une sévérité froide. Vous pouvez l'emmener.
Malgré tout, Andrea demeurait aux alentours. Mais Nero ne lui accordait aucune attention.
- Ce n'est pas ce que tu crois ! se justifia Shiro d'une petite voix. C'était mon idée, pas celle de Marlène et Denzel.
- ... Attends qu'on soit à la maison. Tu vas déguster, je te le promets. Vous aussi, Denzel et Marlène. Je vous ramène.
Les deux concernés sursautèrent. Shiro baissa les yeux. Vaincu, il se prépara à se lever, suivi de près par les deux enfants plus âgés. Alors que Nero ouvrait la marche, Andrea leur indiqua le chemin pour sortir.
- Et si vous profitiez ? Cela vous calmera. Ce n'est jamais bon de régler un conflit à chaud comme ça, jacassa Andrea alors que Nero fonçait droit devant lui sans l'écouter. Il faut prendre de la distance et—
Ce n'était pas les excuses qui allaient sauver Shiro de ce que son oncle lui réservait. Nero ouvrit une porte.
Il se retrouva brusquement aveuglé par des lumières blanches. Nero cligna des yeux, stupéfait. Sa vision disparut d'un coup. Quand il la recouvrit, cela fut pour se retrouver au milieu de tables pleines, des humains qui hurlaient de joie dans ses oreilles tandis qu'ils buvaient tout en acclamant une scène qui se produisait devant eux.
Nero ne comprit pas ce qu'il y avait de si extraordinaire... Soudain, une femme aux talons aiguilles, aux collants révélateurs et habillée de manière très dévêtue, portant un costume qui ressemblait à un oiseau avec ses ailes dans le dos, fit irruption sur l'estrade tandis qu'elle effectuait de ce qui pouvait ressembler à des pas de danse. Elle fut suivie d'une autre, habillée de la même manière, et encore d'une troisième.
L'ancien Tsviet fronça les sourcils, ne comprenant pas ce qu'il y avait de si attrayant. Son regard s'abaissa vers la poitrine à peine masquée d'une des danseuses. Immédiatement, il se mit à la recherche de Shiro. Il trouva ce dernier en train d'applaudir en réclamant encore. Alarmé, Nero se plaça entre lui et l'estrade pour lui barrer la vue.
- Shiro, ne regarde pas ! Ce n'est pas de ton âge !
- C'est super intéressant, Papa Nero !
- Tu fais ce que je te dis !
De l'autre côté, escortant Marlène et Denzel, Andrea adressa un sourire béat à l'égard de l'ancien Tsviet. Nero crut qu'il allait le tuer, lui et toute sa salle de spectateurs à la noix. Et il trouvait ça drôle peut-être ?
- Et si vous prenez un verre, petit-ami gothique ? Le temps de vous calmer et d'aborder le conflit de manière posée ? proposa Andrea alors qu'il s'approchait de lui tel un requin sur sa proie.
- Non ! Je rentre, cracha Nero alors qu'il tirait le bras de Shiro, qui ne détachait pas ses yeux de la scène.
- Vous n'avez qu'à profiter. C'est gratuit pour vous, je rappelle. Et bien sûr, vous pouvez demander un service à l'une de mes filles !
... Quel service ? Quoique non, il ne préférait pas savoir.
- Pas question.
- Ou à l'un de mes gars.
- Oh oui, Papa Nero ! Dis oui ! s'extasia Shiro.
Ce sera double punition. Et cette fois, il allait s'y tenir !
- Je ne suis pas intéressé ! Je ne veux pas de—
Ce fut à ce moment-là que l'attention de Nero fut captivée par une silhouette familière. Sans s'en rendre compte, il lâcha Shiro et se retourna lentement vers l'homme qui paradait autour des tables, habillé en costard cravate, probablement pour servir les humains qui lui commandaient à boire.
Un individu avec des cheveux blancs.
Non, pas possible. Bien sûr que ce n'était pas lui. Nero sentit un mal de tête poindre. Il eut seulement conscience qu'on lui prêta une chaise pour qu'il s'assoie. Le stress et la fatigue s'étaient accumulés depuis que Shiro avait quitté l'école. Et malgré lui, malgré sa volonté de partir, Nero se laissa faire à contrecœur.
- Les enfants, retournez dans l'aire de jeux, ricana Andrea, le ton machiavélique. Quant à vous, petit-ami gothique... profitez donc du spectacle.
Son nom était Nero ! Il n'était pas son petit-ami, voulut-il répondre. Qui était-il pour s'adresser à lui de cette manière ? Il voulait perdre ses organes ou quoi ?
Néanmoins, il n'en eut pas la force et laissa Andrea prendre les commandes tandis qu'on lui apportait une boisson que Nero goûta du bout des lèvres, avant de la reposer, lessivé.
« Vous savez que c'est de la teinture. Les cheveux blancs. »
Quand le spectacle se termina, Nero fut plus calme. Un peu plus serein. Il touilla son cocktail sans le boire tandis qu'Andrea le considérait, un sourire compréhensif sur son visage.
De la teinture, hein ?
- Vous faites quoi dans la vie ?
Je suis Tsviet et je provoque des cataclysmes humanitaires pour faire revivre mon frère, lui répondit presque Nero. Mais il garda le silence et se contenta de l'ignorer.
- Vous avez un petit-ami ?
Qu'est-ce que c'était que ces questions ?
Nero n'eut pas la force de l'envoyer paître. Il répondit, sans réfléchir :
- ... Mon frère me manque.
Et c'était vrai.
C'était tout ce qu'on avait besoin de savoir.
- Oh, je vois. Je suis désolé. Les problèmes de famille, c'est toujours compliqué. J'en ai fait les frais personnellement.
- Je m'en moque.
- Hm. Et si je vous changeais les idées ?
Nero se retourna vers lui, intrigué.
- Comment ça ? lui demanda-t-il, le ton bas.
Qu'est-ce qu'il avait en tête ?
- Hm. Tu ne devines pas ?
Nero se serait attendu à tout sauf à cela. De manière inattendue, Andrea se pencha vers lui et laissa une main poser machinalement sur le genou de Nero.
L'ancien Tsviet ne put retenir un sursaut tandis qu'un frisson de plaisir le traversa.
Un contact... un contact d'une autre personne que Shiro...
Depuis quand est-ce qu'on ne l'avait pas touché comme ça ? Depuis quand ne l'avait-on pas touché, frappé, caressé, embrassé ? Depuis quand n'avait-il pas ressenti quelque chose avec quelqu'un ?
Nero se reconcentra sur Andrea. Ses yeux magenta se plissèrent et se dégagea du contact de l'humain avant de se relever brusquement, abandonnant son cocktail.
- Je m'en vais. Avec les enfants.
- Hm. Je te regarde partir, petit-ami gothique.
Grand bien lui fasse. Il tourna le dos et s'éloigna précipitamment, ignorant Andrea qui ne détachait pas son regard de lui, paraissait comme fasciné par ce qu'il voyait.
« Tu es puni pendant un mois. »
Alors qu'ils quittèrent le « Honey Bee Inn », Nero fit en sorte que Shiro ne lui lâche pas la main, la tenant fermement dans la sienne. Denzel et Marlène marchaient à côté d'eux, l'air penaud. Nero s'en moquait bien. Il allait les abandonner à la porte du Septième Ciel et rentrer avec Shiro.
L'enfant baissa la tête.
- Désolé, Papa Nero. Mais j'avais juste envie de voir ce que c'était...
- Tu n'avais pas à me désobéir. Et je ne veux plus t'entendre jusqu'à ce qu'on arrive à la maison, compris ?
Shiro soupira.
- Oui, Papa Nero.
Le silence tomba alors qu'ils continuaient de marcher. Nero se serait écouté, il aurait utilisé ses ténèbres. Mais il se sentait trop exténué pour le faire et quand bien même il y avait de la foule dans les ruelles, il préférait marcher. Cela lui permettrait de prendre l'air.
- N'empêche, Papa Nero—
- Shiro, lui adressa Nero, un ton d'avertissement.
- Il avait l'air de t'apprécier, Andrea Rhodea. Tu l'as vu danser ?
Non.
Enfin, il ne le savait pas. Son esprit avait été trop embrumé. Peut-être. Mais qu'est-ce que cela pouvait lui faire, qu'Andrea l'apprécie ou pas ?
- Tu pourrais, je ne sais pas... Apprendre à le connaître.
- Avoir un rencard, plaisanta Marlène.
Nero la fusilla du regard. Il ne connaissait pas ce terme mais il le prit malgré tout comme une insulte. Marlène se recroquevilla sur elle-même.
- Oh, regardez. Une fête encore là-bas !
Nero suivit son regard. C'était vrai. A la lumière de lampions, sur une petite place à l'écart du « Honey Bee Inn », des gens buvaient et dansaient sous une musique bien forte et rythmée, qui, au goût de Nero, n'avait aucun charme.
Décidément, les humains adoraient faire la fête. A Deepground, ce n'était pas une sensation qu'il avait connue. S'amuser, faire la fête...
Non. Il s'amusait en jouant avec les recrues. En les tuant. Il en rigolait, il y prenait du plaisir.
Mais jamais il n'avait eu l'idée de s'amuser de « cette » manière. Qu'il y avait-il de drôle à boire et à danser sous une musique qui avait de quoi rendre sourd ?
De toute façon, il n'avait pas à comprendre les humains. Il n'avait pas à le faire.
- Ce n'est pas Shelke, là-bas ? s'étonna Denzel, pointant une silhouette au milieu du groupe.
Nero suivit son regard.
Une petite fille, habillée en robe rose, se tenait parmi les autres danseurs. L'expression vide, elle paraissait coordonner ses mouvements, comme si elle cherchait à imiter les autres sans se plonger totalement dans l'ambiance.
Aucune émotion ne dégageait d'elle. Une fille avec des cheveux orange.
Shelke. Sans aucun doute. Mais que faisait-elle là, au juste ?
Un homme l'attrapa par-derrière pour danser avec elle. Shelke se laissa faire, sans cesser de danser, sans afficher le moindre sentiment à son contact. Le type l'enlaçait, baladait ses mains sur son corps, posait ses lèvres sur son cou tout en profitant de la fête.
Shelke ne réagissait aucunement. Encore moins quand le gars passa une main sous son haut.
- ... Shiro. Reste avec Denzel et Marlène.
Nero lâcha la main de l'enfant, sans néanmoins baisser sa surveillance. Il se dirigea à grands pas vers Shelke et l'homme qui ne le remarquèrent pas.
Il ne comprit pas pourquoi lui-même faisait cela.
Il n'était pas responsable de Shelke. Il n'était aucunement responsable d'elle. Elle faisait ce qu'elle désirait. Ils avaient été coéquipiers une fois mais c'était terminé.
Pourtant, il bouscula le gars pour l'écarter loin de Shelke et attrapa le bras de sa collègue Tsviet pour la tirer hors de la foule avant de rejoindre le groupe d'enfants.
- ... Quoi ? balbutia Shelke.
Ouah. Elle avait bu, manifestement. On dirait qu'elle ne le reconnaissait même pas.
- Ne me remercie pas, cracha Nero. On rentre.
Il récupéra la main de Shiro. Shelke le suivit lentement, d'une démarche hasardeuse, tenant sa tête entre ses mains.
- Tu n'es pas... censé être là.
Nero serra les dents. Oui. Il le savait. Mais il était là, maintenant.
- Et toi ?
Shelke se frotta les yeux, regardant dans le vide.
- Je voulais juste... ressentir encore. Je voulais juste essayer de m'amuser.
Nero se contenta de la dévisager, sans expression.
Pff. Et il devait la plaindre ? Elle ?
Mais il ne lui posa aucune autre question.
Le trajet fut silencieux jusqu'à ce qu'ils atteignent le Septième Ciel.
