OOC : Bonjour à tous. Voici un nouveau chapitre. J'espère que ça vous plaira. Bonne lecture !

Baignant dans le courant de la Rivière de la Vie, Minerva avait les yeux fermés, les mains jointes contre son menton, écoutant les chœurs des âmes dissoutes dérivant en son être. Elle avait besoin de toute sa concentration afin d'entrer en communication avec Omega.

G l'avait avertie de la nouvelle. La situation devenait mauvaise. Il fallait qu'elle reprenne rapidement le contrôle sur ses Armes. Qu'elle parle avec l'Être de la Fin pour comprendre pourquoi la fusion avec l'Hôte n'avait pas fonctionné. Pourquoi est-ce qu'Omega, l'Être qui annoncerait la fin des temps, Celui qui marquerait le début d'un nouveau cycle de vie, avait choisi de rejeter Weiss ?

Non. Elle ne le comprenait pas. Est-ce qu'ils s'étaient trompés depuis le début ? Est-ce qu'ils avaient fausse route par rapport à Weiss ?

Les chœurs se turent. Le courant devint silencieux. Minerva garda les pupilles closes.

« Je suis aux ordres de la Planète. »

Omega lui avait répondu. Il était beaucoup plus aisé pour Minerva d'entrer en contact avec lui que pour son Hôte. Parce qu'Omega était son Arme à elle. Parce qu'Il lui appartenait tandis que l'Hôte appartenait à Omega.

Minerva savait que G était à ses côtés, qu'il veillerait sur elle durant tout le temps où Minerva converserait avec son Arme. Tel était son rôle de Gardien de la Planète. Lui aussi devait être mis au courant de chaque fait et geste et de toute éventuelle menace qui pèserait sur chacun d'eux.

« Pourquoi avoir rejeté l'Hôte ? »

Cette question fut simple, mais posée avec une autorité qui ne laissait place à aucun mensonge, aucun déguisement.

La réponse d'Omega fut brève, mais ferme.

« Weiss n'est pas digne d'être mon Hôte. »

Elle lui demanda pour quelle raison.

« Son corps est pur. Il est devenu le « Soldat Parfait ». L'un des rares qui méritent de devenir mon Hôte. Mais son âme n'est pas en adéquation avec ce qu'il représente. Son âme est noire et impure. Il s'agit seulement d'un boucher. »

Minerva demeura silencieuse, prenant en considération chacun des mots de son Arme.

« A l'origine, Weiss n'était pas celui qui avait désiré te réveiller et provoquer le Début de la Fin. Il s'agissait de l'être parasite qui avait pris possession de son corps. Mais cela ne change rien à son rôle, à sa fonction. »

« Weiss n'est pas méritoire de ce titre d'Hôte, de la même manière que le parasite n'en était pas digne. Je suis né pour protéger la Planète quand la Fin des temps viendra. Et mon Hôte doit posséder ma volonté pour permettre la fusion. Mais Weiss ne possède pas la volonté de protéger la Planète. Il souhaite seulement la rejoindre. »

C'était donc cela...

Cela plongea la Déesse en pleine réflexion. Malheureusement, ils ne pouvaient contrôler le libre-arbitre de Weiss. Ils ne pouvaient le forcer à accepter un rôle s'il n'en avait pas la volonté.

Ils avaient donc un problème.

« Omega doit posséder un Hôte. Et Weiss est l'un des rares à posséder un corps aussi pur pour permettre une telle fusion. »

« Alors, il n'y a qu'à en chercher un autre. »

Mais que faire de Weiss, alors ?

Le détruire ? C'était probablement la solution la plus évidente, quand bien même il était du devoir de la Déesse de s'assurer que toute chose revienne à ses origines, que toute âme retourne à la Planète.

Sans Hôte d'Omega, la Planète courrait à sa perte. La Rivière de la Vie ne pourrait recommencer un nouveau cycle, un nouveau début.

« Je te remercie, Omega. »

Les échos reprirent.

Minerva se tourna vers G. Ce dernier était accoudé à son Epée, prêt à exécuter n'importe quel ordre émanant de la Déesse.

- Je peux essayer de le convaincre une dernière fois, suggéra G. Si vous m'y autorisiez, ma Déesse.

Minerva considéra sa proposition. G avait ce lien avec Weiss. Ce lien fraternel qui était indéniable. Cela serait plus facile de communiquer avec lui par le biais du Gardien. Elle lui faisait confiance pour cela.

L'Hôte devait lâcher prise... Il devait accepter son destin, afin de permettre la fusion avec Omega.

Elle lui adressa un signe de tête approbateur.

- Très bien.

G s'inclina respectueusement avant de prendre congé.

Minerva garda le silence. Elle tira son réconfort des âmes qu'elle avait recueilli et dont elle avait permis la disparition de toute douleur, de toute souffrance.

C'était le rôle de Gaïa. Le rôle de la Mère.

Et les créatures, les âmes marchant sur Gaïa... Tous ces êtres étaient ses enfants.

Et une mère veillait sur ses enfants.


« Je les sens. »

Ils furent à nouveau réunis, ensemble dans cet espace blanc. Là où il n'y avait plus aucune notion de temps, plus aucune notion d'existence.

Weiss ne pouvait même pas dormir. Non. Dormir n'avait plus aucun sens ici. Encore plus quand on savait qu'il n'était plus qu'un cadavre éveillé, sans possibilité de rejoindre la Planète.

G le dévisageait avec sévérité. Une certaine déception aussi. Weiss repensa presqu'à leurs échanges, lors de sa seule sortie sur Gaïa depuis qu'il s'était réveillé. Il n'était pas son frère. Il était un « parent qu'il détestait ». Et à l'heure actuelle, il le regardait comme tel. Un parent qui était déçu de son enfant. Déçu de ne pas avoir atteint son objectif.

« Je sens tes pensées. Ton dégoût de la Planète, ton dégoût du destin, ton dégoût de toi-même... Je peux également sentir ton désir de vengeance envers Omega pour t'avoir rejeté. Je peux sentir ton désir de tout annihiler parce que tu n'as pas obtenu ce que tu désirais. »

Weiss ne changea pas d'expression.

« ... Mais si c'est vraiment ce que tu penses », ajouta G, « alors tu deviens mon ennemi. Tu deviens un ennemi d'Omega donc, par conséquent, tu deviens un ennemi de la Planète. Et pour ne pas avoir réussi ta mission, je devrais m'en tenir à mes menaces et te détruire. »

Weiss posa ses mains sur ses armes par réflexe.

Il savait très bien qu'il perdrait contre G. Il n'était pas fou au point de penser qu'il pourrait triompher d'Omega. Mais Weiss n'allait pas se rendre sans combattre. Il n'allait pas faire plaisir au vieillard, se comporter comme un lâche et se laisser être tué rapidement.

- Tu m'as menti, déclara G. Tu as dit que tu avais accepté ton destin.

- Je l'ai accepté, rétorqua Weiss, le ton froid.

- La preuve que non. Omega lit en toi. Tu ne désires pas protéger la Planète. Alors que c'est le rôle de la Fin, de tout détruire pour tout reconstruire et recommencer un cycle de vie. Toi, tu ne veux pas reconstruire. Tu veux seulement t'arrêter à la destruction.

Weiss poussa un profond soupir.

Et donc ? Si c'était le cas ?

- Je veux surtout rejoindre la Planète et en terminer, grinça Weiss, la mâchoire serrée. Je n'ai jamais été libre. Jamais. Pas une seule fois. La seule fois où j'ai vraiment, vraiment senti de la liberté, où je me suis senti comme moi-même, et pas comme un objet qu'on utilise, c'était quand j'ai été libéré du contrôle d'Hojo. Quand j'ai cru pouvoir rejoindre la Rivière de la Vie, aux côtés de mon frère.

Il ferma les yeux. Il était calme. Mais s'il continuait de lui parler, cela allait dégénérer.

- Si je ne peux pas être libre dans la vie, je le serais dans la mort. Je me fous du reste.

- Mais pour que cela marche, tu dois accepter ton rôle. Tu dois prêter serment à la Planète et agir en tant que son Arme.

- Je suis une arme de destruction, G. Pas une arme de protection. Je ne l'ai jamais été et je ne le serais jamais.

Il fallait être totalement idiot pour croire cela. Qu'est-ce qu'allait imaginer G ? Qu'il oublierait toute sa rancœur, notamment envers les humains, parce que c'était « sa destinée » et parce qu'on lui demandait ?

- Ce n'est pas la Planète qui t'a causé du tort, Weiss. Ce sont les humains. Tu assimiles les choses.

- Pourtant, la Planète continue de m'utiliser et désire que je devienne une Arme. Cela ne sera qu'un énième contrôle.

G secoua lentement la tête.

- Tu te trompes, Weiss. La Planète t'aime. Elle te considère comme son enfant. Au même titre que le reste. Et elle aussi désire que tu la rejoignes. Que tu sois libéré de toute ta colère et ta souffrance.

- Sauf qu'au contraire d'autres, comme Restrictor j'en suis sûr, ou même comme Hojo qui eux, ont pu rejoindre le courant de la Rivière de la Vie malgré leurs actes horribles, moi, je suis obligé d'endosser un rôle que je n'ai pas demandé !

- Et encore une fois, tu agis en victime. Ce n'est pas parce que Restrictor et Hojo t'ont causé du tort que cela t'autorise à en faire autant.

Weiss se détourna de lui. Il en avait marre. Il voulait qu'il parte.

- Hojo n'a pas rejoint la Rivière de la Vie, lui avoua G de manière inattendue. Il ne pouvait s'y dissoudre en raison de son absence de regrets. Mais cela te pend au nez. C'est le chemin qui t'attend si tu ne demandes pas l'absolution pour tes fautes.

L'ancien Empereur tiqua.

Encore ce refrain sur la Rédemption ?

G ne changerait jamais. Toujours moralisateur, donneur de leçon... Ah oui, parce qu'il avait vu la Lumière, parce qu'il avait rencontré la Déesse, il pouvait tout se permettre. Demander l'absolution ? Weiss considérait qu'il avait commis une bonne action en épargnant G lors de sa capture à Deepground, malgré le rejet de sa proposition.

- Tu crois que j'ai des regrets ? cracha Weiss.

- Il faut que tu essaies de les ressentir, Weiss. Au moins, un peu. Cela t'ouvrira peut-être les yeux.

- Le seul regret que j'ai...

Sa voix se mit à trembler de colère. Non. Aucun signe de faiblesse. Il ne devait montrer aucune émotion.

- Le seul regret que j'ai, c'est celui d'avoir laissé ce parasite utiliser mon corps, déclara-t-il sans émotion. Avant cela, j'ai été utilisé par la Shinra, par Restrictor qui avait le droit de vie ou de mort sur tout le monde à Deepground. Je suis passé par des expériences douloureuses que je n'ai jamais demandées. Je n'ai rien désiré de tout cela. J'ai perdu des subordonnés. Et plus que tout...

Il inhala, exhala.

- ... Plus que tout, mon frère est mort par ma faute. Mon frère est mort de ma propre main. Et tous les jours depuis que je suis éveillé, depuis que je tente d'entrer en contact avec Omega... Je revis la scène où je plonge la main dans le corps de mon frère et que j'observe la vie quitter ses yeux. Le moment même où je lui dis « Je n'ai que faire de toi. » Tu avais raison, G. Je vivrais avec cela tout le reste de ma vie, si tenté qu'elle dure.

Tous les rêves qu'il faisait, ils étaient pour Nero.

Et tous ces cauchemars, Weiss les subissait.

Qu'est-ce qu'il fallait de plus pour G ? Il n'était pas assez puni comme ça ?

- La rédemption n'est pas une punition, Weiss, déclara tristement G. Il faut seulement que tu la désires. Tu es capable d'exprimer des regrets. Mais malheureusement, ce n'est qu'à l'égard d'une personne. Et elle ne concerne en aucun cas la survie de la Planète. Tu as provoqué un cataclysme et tu ne le regrettes pas. Dans ces conditions, tu ne peux pas faire un avec Omega.

Weiss plongea son regard céruléen dans celui de G.

Peu à peu, un sourire mauvais se dessina sur le visage de l'ancien Empereur.

Puis, sans s'y attendre, il fut pris d'un éclat de rire incontrôlable. Un éclat de rire dont il avait le secret.

- Je t'ai dit que je ne désirais pas la rédemption. Et si tu crois que je vais regretter le fait d'avoir tué parce qu'il s'agissait de survivre, parce que c'était la « loi du plus fort », tu peux oublier.

- Tu as pris du plaisir à tuer, Weiss. Pas seulement pour survivre, répliqua G, son ton étant devenu glacial.

- Oui. J'ai pris du plaisir. Je jouissais face à toute cette souffrance. Et j'emploierai un vocabulaire que je partageais avec le parasite qui a pris possession de mon corps : j'ai pris tellement de plaisir à pourchasser, exterminer, taillader, étrangler, massacrer, battre, poignarder, pulvériser, asphyxier, empaler, fusiller et exécuter sans pitié tous ceux qui se mettaient en travers de ma route.

Il se mit à glousser encore, remarquant le visage de G qui se décomposait à vue d'œil au fur et à mesure qu'il récitait tous les termes les plus riches pour définir son quotidien à Deepground.

- Et les femmes qui avaient le malheur de me croiser durant le programme d'imprégnation ? Je les battais et je leur faisais mal jusqu'à ce qu'elles saignent. Toi aussi, G... Laisse-moi te dire que si tu avais accepté mon offre, tu aurais eu une place à mes côtés. Pendant un temps. Puis, j'aurais décidé que tu me faisais de l'ombre parce que c'était moi, le plus puissant de Deepground.

Bien sûr qu'il mentait sur cette dernière partie.

Quand bien même G aurait accepté son offre, Weiss gardait toujours quelqu'un qu'il considérait comme un bon élément. Et jamais il n'aurait exécuté celui qui « l'avait créé », même si on avait fait ces expériences sur lui contre sa volonté.

Mais il en avait assez d'entendre parler de « rédemption », de « regret », de honte qu'il devrait ressentir alors qu'il n'avait jamais eu aucun compte à rendre à la Planète et aux humains. Il désirait seulement que tout cela s'arrête. Si Omega ne voulait pas de lui, qu'à cela ne tienne. Mais il ne serait plus utilisé.

- Est-ce que tu penses encore que je suis capable d'être « racheté » pour mes soi-disant crimes ? Après ce que tu viens d'entendre... mon « frère » ?

G abaissa le regard.

Weiss l'avait vaincu et convaincu. Pas de rédemption possible. Si Omega le considérait comme irrécupérable, qui était-il pour démentir ?

- Dans ce cas, tu seras détruit. Omega n'accepte que ceux qui veulent protéger la Planète. Qui sont dignes de miséricorde. Il a jugé que tu n'étais rien.

Telle était sa sentence, alors.

G lui tourna le dos. Il allait l'abandonner ici, dans cet espace si vide...

A l'image de lui.

Blanc et vide.

- Je n'ai plus rien à te dire, déclara G.

- Cela fait longtemps que nous n'avons plus rien à nous dire, répondit Weiss d'un ton cinglant. Et tu échoueras à me sauver comme tu as échoué à sauver Sephiroth et Angeal.

Le seul fait de voir G frissonner fut la seule victoire qu'il en retira.

Weiss se retrouva seul.

Cela arriva si vite, de manière si abrupte. Weiss s'assit par terre, son sourire ne quittant pas son visage.

Il était irrécupérable ? Tant mieux. Tant pis. Peu importait.

- L'Hôte d'Omega nous a tous déçus.

Weiss serra les poings, la rage montant en son être. Et le revoilà, lui ! Après G, le vieillard était apparu pour lui faire la leçon.

- Un lâche, comme je l'ai toujours dit, déclara-t-il. Un lâche comme son frère immonde et impur.

Il ne réfléchissait plus.

L'instant d'après, « Paradis » quitta son fourreau et fut lancée en direction du vieillard, visant sa tête.

Weiss lui faisait dos. Il ne put savoir s'il avait réussi à toucher sa cible. Mais cela ne dissuada pas le vieil homme de parler.

- Vous serez à jamais séparés. Vous ne vous reverrez jamais. G peut te détruire, mais je pense que cela trop clément. Une condamnation plus cruelle impliquerait à ce que tu restes enfermé ici pour l'éternité. Dans cet espace où il n'y a rien. Sans rien. Il n'y a même pas ton ombre. Toi qui désirais tellement la liberté, quelle tragédie que ton rêve ne s'accomplisse jamais !

Weiss se recroquevilla, l'ignorant.

- Qu'est-ce qu'il voyait en toi, ton frère ? Pour t'aimer autant ? Dis-moi, insista le vieil homme, cette rancœur familière animant sa voix. Pourquoi était-il prêt à massacrer l'humanité juste pour te revoir ? Qu'est-ce que tu as fait pour mériter une telle dévotion ?

Weiss se le demandait encore, parfois.

- Qu'est-ce que tu as fait pour mériter son amour ?

Pour la première fois depuis qu'il avait rencontré ce maudit homme, Weiss remarqua quelque chose dans son ton. Quelque chose qu'il connaissait bien, pour l'avoir ressenti à Deepground, notamment à l'égard de Restrictor lorsqu'il était au pouvoir tandis que Weiss luttait tous les jours avec sa rébellion pour le renverser.

La jalousie. Ou l'envie. Les deux.

Il se fit enfin face au vieillard, un sourire mauvais aux lèvres.

- Tu fais une telle fixette sur mon frère. Tu as beau l'insulter, mais j'ai l'impression qu'il y a autre chose que le fait qu'il a causé du tort à la Planète.

Le vieillard ne changea pas d'expression. Weiss s'accouda contre son genou, le considérant avec un intérêt non dissimulé.

- Dis-moi ce qu'il t'a fait. Mon frère. Pour que tu lui en veuilles à ce point.

- Tu ne mérites pas de le savoir.

- Oh, mais si. Parce que tout ce qui concerne Nero me concerne. Et s'il n'y avait vraiment rien, tu me l'aurais dit. Mais maintenant, cela confirme qu'il y a quelque chose entre toi et mon frère.

Le vieillard se tut.

Il ne parlerait pas.

- Très bien, approuva Weiss. Dis-moi ton nom.

- Tu n'es plus Empereur, Weiss. Tu n'as pas d'ordre à me donner, encore moins ici, alors que tu as été rejeté par la Planète pour avoir failli à ton devoir.

- Est-ce que tu aimes les jeux ?

Ce fut à cette question que le vieillard sursauta.

C'était gagné. Weiss avait su trouver la faille. Il allait enfin pouvoir l'exploiter.

Tout le monde aime les jeux. Chacun avait son jeu préféré. Il fallait trouver celui du vieil homme.

- Bien. Je pense qu'on devrait jouer.

- Je n'ai pas de temps à t'accorder.

- Mais tu as du temps à me consacrer pour m'insulter et te moquer de moi. Soit. Jouons à la place. Cela ne servirait à rien d'utiliser le combat. Mais je peux jouer à un autre type de jeu.

Le vieillard laissa les bras retomber sur son corps.

Weiss allait enfin pouvoir obtenir une explication. Pas seulement sur le lien entre cet homme et son frère, mais aussi sur ce qu'avait voulu dire Omega par cette fameuse phrase.

« Quelque chose te rattache encore à cette Planète. A cette enveloppe. Tant que tu n'auras pas lâché prise, je ne saurais être Toi et tu ne saurais devenir Moi. Tu te raccroches encore à quelque chose, de manière inconsciente. Et si tu ne t'en défais pas... Tu ne deviendras jamais l'Hôte de la Fin. »

Il n'y avait pas que le manque de volonté qui empêchait Weiss de fusionner avec Omega. Il y avait autre chose. Weiss ne l'avait pas oublié. Les dieux ne lui diraient rien. Alors, autant les battre à leur propre jeu.

- ... Quel genre de jeu proposes-tu ?

Weiss sourit. Le vieillard acceptait. Il avait vu juste. Il ne pouvait lutter contre l'appel des jeux.

- Voilà le jeu. Je devine ton nom. Je cherche à savoir qui tu es. Et si j'arrive à trouver ton nom, tu me donnes des réponses. Des réponses véritables. Seulement la vérité. Ton lien avec mon frère, Omega... toutes ces réponses.

Le vieillard se mit à trembler. Il ne saurait dire si c'était lié à son apparence âgée ou si c'était lié à la peur mêlée à de l'excitation.

- Tu ne parviendras jamais à trouver mon nom.

- Je prends les paris. Alors ?

Le vieil homme lui adressa un sourire malicieux. Cela changeait de l'attitude froide et dédaigneuse qu'il avait arboré à l'égard de Weiss depuis son éveil.

- Je rajoute une condition.

- Je vous écoute.

- Tu as trois jours pour le faire. Je viendrais te voir à chaque tombée du soir. Tu me donneras un nom. Si tu échoues, tu auras perdu.

- Si j'échoue.

Trois jours. Le temps qu'il eût eu après la défaite de Restrictor pour trouver un remède.

- Et je peux compter sur toi pour me dire la vérité ? s'assura Weiss.

- Le diable ne ment jamais.

- Donne-moi un indice, alors.

Le vieillard ne lui accorda qu'une expression haineuse à la place.

Weiss fut à nouveau seul. Le vieil homme avait déjà disparu.

Hm.

Trois jours pour chercher un nom... Lui qui adorait les devinettes allait être servi. Mais il avait bien l'intention de gagner.

La Planète... Minerva... Le Gardien de la Planète...

Il fallait qu'il fouille toutes les divinités mythologiques qui protégeaient Gaïa.

Weiss n'avait malheureusement pas de livre sous la main et G n'allait certainement pas revenir lui en prêter s'il le demandait.

Par contre, il avait une excellente mémoire grâce à tous ces plongeons synaptiques effectués à Deepground.

Weiss ferma les yeux, faisant le vide dans son esprit, préparant son mental à rechercher toutes les informations dont il avait besoin.


« Mais qu'est-ce qui t'a pris de croire que tu pouvais partir toute seule comme ça, dans cet endroit ? Tu es complètement inconsciente ? »

Shiro attendit dans le couloir de l'ORM, assis sur un siège. Nerveusement, il ne pouvait pas s'empêcher d'écouter la conversation. Shelke était également assise à bonne distance de lui, fixant le vide tandis que Yuffie et Vincent menaient une intervention. On aurait cru des parents qui réprimandaient leur fille.

Denzel et Marlène s'étaient bien fait disputer par Cloud, Tifa et Barret. Shiro savait que son tour viendrait. Mais à l'heure actuelle, ce n'était pas l'essentiel. Il attendait le retour de son oncle. Quand ils étaient revenus à l'appartement, Reeve Tuesti les y attendait déjà et leur avait ordonné de les suivre.

Shiro regrettait. Il regrettait d'être allé au « Honey Bee Inn ». Non. Il regrettait d'avoir menti à son oncle. Parce que s'il ne l'avait pas inquiété, son oncle n'aurait jamais arraché son bracelet électronique et il n'aurait jamais enfreint le marché.

Et maintenant... Nero avait été emmené dans une cellule. Reeve Tuesti avait été très clair : le marché avait été rompu.

Et les conséquences que cela impliquait...

Shiro se recroquevilla sur lui-même, les mèches de cheveux cachant son visage.

« Shelke, tu aurais pu être agressée », renchérit Vincent, le ton calme.

- Et tu es consciente que tu as une fille à t'occuper ? cracha Yuffie, les mains sur les hanches.

Shelke baissa la tête en guise de réponse.

- ... Je voulais seulement savoir ce que cela faisait. De s'amuser. Je pensais que cela serait l'endroit idéal. Je ne suis pas fière.

- Tu es sûre qu'il n'y a pas une autre raison ? s'exclama Yuffie. Tu n'étais pas en rencard ce soir ?

- En rencard ?

Vincent haussa les sourcils, intrigué.

Shelke secoua la tête.

- ... Non. Et il n'y aura plus de rencard. Alors, cela ne sert à rien.

- Oh, Shelke. Je ne savais pas ! s'excusa maladroitement Yuffie. Je suis désolée !

- Cela ne fait rien. Ce n'était pas très sérieux, de toute manière. Mais j'avais envie... de penser à autre chose après cela.

Vincent posa la main sur son épaule, en guise de réconfort.

- Viens nous voir si tu as un problème, Shelke. Mais ne te mets pas dans ce genre de situation.

Shelke hocha la tête avant de se prendre le visage dans les mains. Alors que Yuffie s'asseyait auprès d'elle, Vincent rejoignit Shiro et se plaça debout devant lui.

Shiro releva la tête vers lui, la vision embuée.

Il avait honte.

Il avait honte car, pour un caprice, il avait peut-être ruiné la chance pour lui et Nero de rester ensemble.

Pourquoi était-il si stupide... ?

- Hé. Shiro.

Les lèvres de l'enfant tremblèrent.

- S'il vous plaît, Papa Nero était seulement inquiet pour moi. Je vous en prie, ne l'envoyez pas en prison. Je... je ne veux pas qu'on soit séparés.

C'était tout ce qu'il pouvait dire.

C'était de sa faute... et il n'y avait rien qu'il pouvait faire.

- Shiro.

Shiro se retourna. Cela fut Shelke qui lui adressa la parole.

- ... Ce n'est pas de ta faute, lui assura-t-elle tristement.

Si, cela l'était.

Les larmes montèrent et alors que Vincent se rapprochait, Shiro enfouit son visage contre son torse, se laissant aller.


« Il y avait UNE condition. Une seule ! Le marché était de respecter les règles et de rester reclus dans le périmètre de sécurité », s'énerva le Général MacKurie. « Il n'y avait rien de plus simple et pourtant, vous avez désobéi ! »

Quatre heures qu'ils parlaient autour de cette table. Nero commençait à avoir mal à la tête. Au début, Nero avait jugé bon de garder le silence, essuyant les reproches cinglants du Général donneur de leçon qui parlait pour Reeve Tuesti et Rufus Shinra, ce dernier encadré par les Turks habituels. C'était comme ça qu'on résistait à la torture à Deepground. On ne parlait pas, on s'enfermait dans son mental pour résister aux coups de sang de Restrictor. Sauf qu'ici, il n'y avait pas la torture physique. Non. C'était juste Général M qui était ennuyeux à mourir malgré les enjeux qu'impliquaient cette réunion.

Mais comme cela durait trop longtemps, Nero avait fini par répondre, ce qui avait conduit le Général à crier plus fort.

- Nero. Vous savez ce que cela implique, finit par déclarer Reeve Tuesti, bien plus calme que le Général.

- Je le sais.

Ils allaient le jeter en cellule... l'attacher pour éviter qu'il s'échappe. Ils allaient lui prendre Shiro.

Reeve Tuesti n'avait pas besoin de le dire. Et il valait mieux qu'il ne le dise pas. Parce que c'était un coup à faire sortir Nero de ses gonds, à l'idée d'être séparé de son enfant.

- ... J'étais inquiet pour Shiro.

- VOUS N'AVEZ PAS LE DROIT DE PARLER ! gronda le Général.

Rufus le coupa d'un seul geste de la main.

- Il a bien le droit de s'exprimer, Général.

Nero lui adressa un regard interrogateur.

Rufus Shinra prenait sa défense ? Alors que le Général et lui étaient sensés être alliés contre lui ?

Le Général se cala contre son siège, furieux. Pour peu, Nero aurait laissé échapper un soupir de soulagement.

- J'étais inquiet pour Shiro. Vous ne pouvez pas me demander de rester assis, sagement chez moi, tandis que j'ignore où est mon enfant, s'expliqua calmement Nero, demeurant le plus froid possible.

- C'est toujours la même excuse, Nero, soupira Reeve Tuesti. La dernière fois, vous aviez désobéi pour aller chercher Shiro alors que ce dernier était seulement retenu à l'école. Vous ne pouvez pas outrepasser les règles parce que vous ne savez pas canaliser vos émotions.

Les yeux de Nero se plissèrent à cette remarque.

- Parce que vous croyez que je n'ai pas de souci à me faire ? Avec les chiens de l'enfer qui rôdent et cet homme qui les lâche dans la nature ? Vous ne pensez pas que n'importe quel parent serait inquiet ?

Surtout après ce que cet homme avait fait à Shiro.

- Les autres parents n'ont pas fait ce que vous avez fait, lui rétorqua le Général. Ne jouez pas la carte du « papa gâteau » pour vous en sortir.

- Vous auriez pu mettre en danger les citoyens ! s'écria Reeve Tuesti.

Nero se raidit.

- Et je ne l'ai pas fait. Est-ce que j'ai attaqué quelqu'un durant tout ce temps où j'étais dehors ? Non.

- On ne peut pas le savoir.

- J'aurais pu le faire et l'envie ne manquait pas, répliqua Nero. Mais personne n'a souffert de mes ténèbres. Je suis allé récupérer Denzel et Marlène en plus de Shiro, alors que je n'avais aucune obligation de le faire.

- Vous voulez une médaille pour ça ? s'emporta le Général.

- Je tiens à ajouter que c'était peut-être mieux que je sois dehors à ce moment précis, rétorqua Nero. J'ai sorti Shelke d'un mauvais pétrin.

Reeve et Rufus s'échangèrent un regard confus. Oui. Cela, ils ne pouvaient pas le nier. Shelke aurait sûrement vécu la pire nuit de sa vie si Nero n'était pas passé par là.

- Tu n'as attaqué personne ? répéta Reeve Tuesti.

- Non. Je vous le dis.

- Hm.

Nero croisa les bras, les fixant d'un air indéchiffrable. Il s'agissait surtout de masquer l'angoisse qui montait en lui à l'idée d'être séparé de Shiro.

- ... Peut-être que vous commencez enfin à comprendre la raison de ce marché, Nero, déclara Rufus Shinra.

Nero inclina la tête sur le côté, perplexe. Rufus joignit ses mains, le toisant avec une expression attentive.

- Auparavant, vous ne vous seriez même pas contrôlé. A croire que ces derniers mois vous ont fait du bien.

- Il a quand même attaqué un civil à Kalm, lui rappela Reeve Tuesti. On ne peut pas dire qu'il s'est assagi.

- Un peu quand même, je dirais. Auparavant, vous n'auriez même pas écouté les humains. Vous les auriez absorbés.

Pff. Quel naïf ! Il faisait cela parce que cela l'arrangeait actuellement. Mais s'il s'écoutait, il les absorberait tous sans exception et prendrait Shiro avec lui.

Rufus adressa un sourire à Tseng et Elena qui se raidirent.

- J'ai bon espoir que cette vie commence à vous réussir.

- Vous n'êtes pas sérieux ! s'égosilla le Général.

- Si vous continuez sur cette voie, il y a peut-être bon espoir qu'on élargisse le périmètre où vous êtes restreint.

Cela surprit Nero.

Attendez... Il était sérieux ?

Il avait enfreint les règles et il en était récompensé ? On élargirait son champ de liberté ? Rufus sourit avant de se lever.

- Je pense que Reeve Tuesti saura prendre la bonne décision. Mais même s'il a enfreint les règles, on ne peut pas retirer le fait qu'il a sorti Shelke d'un mauvais pétrin. On devrait lui placer un bracelet qui sera bien plus difficile, voire impossible à retirer. Mais si on le punit davantage, il ne se contrôlera pas la prochaine fois car il en sera dégoûté.

- C'est complètement ridicule ! cracha le Général.

Nero fronça les sourcils. Il s'adressa avant tout à Rufus, ne comprenant pas sa réaction.

- On ne va pas m'enfermer ou m'enlever Shiro ?

- C'est à Reeve de prendre la décision. Mais je pense que cela serait dommage d'en arriver jusque-là.

Alors qu'il passait devant Nero pour quitter la pièce, Rufus se pencha vers l'ancien Tsviet pour lui murmurer discrètement à l'oreille :

- On s'en fiche que vous cherchiez la rédemption. Il faut juste que l'apparence de rédemption soit crédible. On dirait que vous avez compris les règles du jeu.

Rufus s'écarta de lui avant de leur adresser un signe de tête.

- Reeve Tuesti. Général.

Nero garda le silence.

Une apparence de rédemption crédible ? Il se tenait tranquille. Il avait respecté les règles pendant ces derniers mois. Son désir de protéger Shiro avait pris le dessus.

Et il devait faire plus ?

Au-delà de se montrer docile, il devait faire plus ?

Nero observa Reeve Tuesti noter quelque chose sur son cahier. Il parut... en conflit avec lui-même. Il hésitait grandement sur l'attitude à adopter.

Oui. Rufus lui avait donné la réponse.

Il devait faire plus pour qu'on lui permette d'obtenir ce qu'il désirait et atteindre ses objectifs.


« Papa Nero ! »

Quand Nero sortit enfin de la cellule, la première chose que Shiro fit fut de bondir sur lui pour le serrer fortement dans ses bras. L'ancien Tsviet se pencha vers lui pour l'étreindre. Il était toujours en colère contre lui pour avoir désobéi, mais il était surtout soulagé que Reeve Tuesti n'ait pas décidé de rompre le marché.

C'est votre dernier avertissement. Il n'y aura pas d'autre chance.

Il s'en tirait avec un bracelet bien plus serré, plus difficile à retirer et une surveillance plus accrue, notamment l'installation de caméras de surveillance dans son appartement, sauf dans les pièces intimes.

C'était plus que ce qu'il n'espérait. Mais c'était toujours restrictif.

Mais il devait peut-être remercier Rufus pour cela. Non. Jamais il ne le remercierait. Il l'avait certainement manipulé pour arriver à ses fins. Nero n'était pas dupe. Mais cela avait conduit Reeve à prendre sa décision.

Nero se détacha de Shiro. Vincent lui adressa un signe de tête, et Nero fut quelque peu surpris de voir un certain soulagement dans ses yeux. Il n'avait pas été... inquiet pour lui, n'est-ce pas ?

Non. Il avait certainement été inquiet quant au devenir de Shiro. Nero prit la main de l'enfant. Ils étaient prêts à rentrer à leur appartement sous escorte quand, brusquement, son regard se porta sur Shelke.

Lorsqu'elle sentit ses yeux braqués sur lui, elle détourna la tête. Nero lâcha la main de l'enfant et s'approcha d'elle.

« Tu me dois une faveur. »

Intriguée, elle releva la tête vers lui.

- Je t'ai sauvée la mise. Donc, tu dois faire quelque chose pour moi en échange.

- ... Tu ne m'as pas sauvée de manière désintéressée.

Peut-être. Peut-être pas.

Mais cela lui avait ouvert une porte.

- Que désires-tu ? chuchota Shelke, le ton las, comme si elle avait envie d'en finir avec cette conversation le plus vite possible.

Il savait ce qu'il désirait. C'était un service simple, dans ses cordes.

- Que tu retournes à Deepground.

La surprise frappa le visage de la jeune fille.

Il jeta un bref coup d'œil à Shiro avant de préciser :

- Retourne à Deepground... et trouve-moi les informations sur la mère de Shiro.