OOC : Bonjour à tous. Voici un nouveau chapitre. J'espère que ça vous plaira. Bonne lecture !

Warning : scène explicite.

La porte de la cellule s'ouvrit.

A l'intérieur, adossée contre le matelas sale qui lui servait de couche, le sujet releva la tête en direction du nouvel arrivant. Le scientifique la dévisagea, lui adressant un sourire de condescendance mêlée à de la mesquinerie froide.

Ses pupilles se dilatèrent dès qu'elle l'aperçut, indiquant un signe de reconnaissance. Elle savait de qui il s'agissait.

« Bien dormi, ma chérie ? »

Le sujet poussa un grondement de rage, semblable à celui d'un animal qu'on aurait effrayé ou provoqué. Pour le scientifique, la description correspondait. A l'heure actuelle, elle ressemblait davantage à une bête qu'à un être humain. Elle se redressa pour se mettre debout. D'un bond, elle se dirigea vers le lavabo situé près de sa couche pour saisir quelque chose.

Un objet pointu. Le scientifique ne put pas bien voir de quoi il s'agissait. On aurait dit une brosse à dents dont elle aurait retiré la tête avant de l'aiguiser.

Le scientifique savait déjà à quoi s'attendre. Elle allait faire de la résistance. Elle allait encore se battre.

Elle se mit à courir dans sa direction, son arme improvisée à la main. Le scientifique ne lui laissa pas l'opportunité de porter un coup que les milices de la Shinra pénétrèrent dans la cellule pour immobiliser le sujet à coup de Taser.

« Donnez-lui un calmant. Elle va se tenir tranquille. »

La scène n'affecta aucunement le scientifique qui ne cessait de sourire. La femme se débattit avec rage et hargne, donnant des coups de pied au hasard. Malheureusement, elle n'était pas une combattante confirmée. Elle fut rapidement maîtrisée. Deux soldats la redressèrent en la saisissant chacun d'un bras pour la forcer à regarder celui qui était responsable de sa mise en cellule.

« Aujourd'hui est le Grand Jour », susurra le scientifique.

La femme siffla de colère. Le scientifique la détailla. De longs cheveux noirs de jais qui lui tombaient devant le visage, des yeux marron typiques des Wutaïens. Si on travaillait un peu sur son apparence, elle pouvait être une très belle femme. Elle était enveloppée dans la camisole blanche qu'ils utilisaient sur les sujets destinés au programme. Celle-ci était arrivée il y a deux mois dans les quartiers de la Shinra. Deux mois avaient été suffisants pour réduire une parfaite citoyenne du Wutaï, ennemie de la Shinra, à plus que l'ombre d'elle-même. Les expériences sur son corps, les tests de fertilité... Tout cela avait conduit le sujet à montrer des signes d'agression.

Le scientifique considérait qu'ils lui faisaient une fleur. Le peuple du Wutaï continuait de se dresser contre la Shinra. Ils n'étaient que des mouches qui devaient seulement être écrasées. Elle avait de la chance de ne pas être exécutée. Bien sûr, ils auraient pu l'envoyer à Deepground. Plus personne n'aurait entendu parler d'elle.

Mais la Shinra avait d'autres projets pour elle.

« Retirez-lui sa camisole et faites-lui couler un bain. Quand elle sera prête, conduisez-la jusqu'à la « chambre d'amour ». N'oubliez pas : je veux qu'elle soit désirable et qu'elle éveille les instincts de l'autre sujet. C'est sa première fois. Je ne souhaite pas que cela tourne au fiasco. »

Non. Certainement pas. Beaucoup d'autres femmes étaient embrigadées dans ce programme d'imprégnation. Certaines ont été tuées par les soldats avec qui elles devaient reproduire parce que quelque chose ne leur plaisait pas. Soit elles avaient dit ou fait quelque chose qui les avait énervés, soit ils ne les avaient tout simplement pas trouvé à leur goût. Cela conduisait généralement à une répercussion musclée, mais le mal était fait. Les mères étaient déjà mortes.

C'était dommage. Une première fois gâchée pour un souci d'apparence. La femme se débattit une nouvelle fois, la mâchoire serrée.

Derrière les mèches de ses cheveux, des larmes de rage et d'effroi coulaient de ses yeux.

Oui. Elle savait très bien ce qu'ils attendaient tous d'elle. Certains juristes de la Shinra qualifieraient un tel acte de « barbarie », de « torture », de « viol ». Mais pour le scientifique, il ne s'agissait que d'une expérience révolutionnaire et nécessaire destinée à mettre en place la nouvelle génération.

Il fallait parfois faire abstraction de l'humain pour faire avancer les choses.

« Un conseil, ma grande. Tiens-toi tranquille. Ne résiste pas. C'est important. Les soldats avec qui tu seras enfermée ne seront pas aussi patients que moi. Essaie de les attaquer comme tu l'as fait et tu te feras casser en deux. Dommage pour toi. Tu ne reverras jamais la lumière du jour. Toi qui devais tellement apprécier le printemps du Wutaï... »

Le scientifique tourna les talons. Il faisait confiance à la milice pour exécuter les ordres. Derrière lui, il n'entendit que des hurlements de terreur provenir de la cellule tandis que la femme se faisait emmener de force vers les bains.


Ils observaient la scène depuis une salle située à côté de la « chambre de l'amour », protégés derrière les caméras de surveillance. Il s'agissait d'une mesure de sécurité standard et le scientifique était très curieux de la manière dont les évènements allaient se dérouler.

La femme entra la première. Elle était méconnaissable. Elle avait été lavée, parfumée, maquillée et pomponnée. Ses cheveux noirs tombaient dans son dos et elle portait une petite robe blanche bordée de rose. Quand bien même elle continua de résister, elle fut violemment jetée sur le lit par le milicien qui referma la porte à clé derrière elle.

« Où est Restrictor ? »

Tout était prêt. La bouteille, les tranquillisants... Les systèmes de sécurité étaient réglée au plus haut niveau. Mais il manquait la garantie quand un Soldat de Deepground était libéré et envoyé aux niveaux supérieurs des bâtiments de la Shinra pour une expérience, alors que leur place était généralement située aux plus profonds des sous-sols, sous Midgar. Surtout que ce Soldat n'était pas n'importe qui. Il fallait que Restrictor soit présent.

Un milicien lui répondit qu'il était en route avec le sujet. Le scientifique attendit pendant une vingtaine de minutes, les bras croisés. Par le biais de la caméra, il put observer la femme se jeter sur la porte pour tenter tant bien que mal de l'ouvrir et de s'échapper. Pourtant, elle se lassa rapidement et se laissa tomber contre la porte, laissant échapper de petits sanglots étouffés.

Elle allait ruiner son maquillage. Le scientifique grogna. Il n'aurait peut-être pas dû confier un sujet aussi frais entre les mains d'un Soldat de Restrictor. Elle allait périr. C'était évident.

Enfin, Restrictor apparut. A travers la porte vitrée, il put voir l'homme portant une longue cape noire et un casque ouvrir le chemin au Soldat qui allait participer à l'expérience.

Weiss. 21 ans. Au regard du dossier, sujet très prometteur. Fait partie des SSS. En raison de sa force extraordinaire, il était devenu le tout premier Tsviet à l'âge de 14 ans.

Oui. Il n'y avait plus de doute. Il envoyait la femme à l'abattoir. Restrictor agrippa le poignet du Soldat, comme pour lui adresser un avertissement s'il en venait à ruiner l'expérience. Weiss lui adressa un regard inexpressif. Le scientifique put simplement apercevoir le Soldat sursauter avant de reculer de quelques pas, comme s'il avait été frappé par quelque chose. La puce. Elle autorisait Restrictor à envoyer des décharges électriques.

Précautionneusement, les miliciens ouvrirent la porte qui conduisait à la chambre. Le scientifique put lire leur vie défiler devant les yeux à la présence trop proche de Weiss, quand bien même Restrictor était la sécurité qui se tenait entre le Soldat et eux.

Weiss entra dans la salle et la porte fut immédiatement verrouillée derrière lui. Restrictor rejoignit le scientifique dans la salle de surveillance. Les bras croisés, son ton indiquait son agacement.

« Si vous souhaitiez vous débarrasser de vos sujets, il fallait simplement les envoyer à Deepground. On les aurait entraînés et on aurait pu en tirer quelque chose », grinça Restrictor.

Le scientifique haussa les épaules.

- Pourquoi donc ?

- Parce que Weiss va la massacrer dès qu'il en aura terminé avec elle. Un autre aurait été mieux apte que lui.

- Mais Weiss est le plus puissant des Tsviets. Vous entraînerez sa descendance.

- Pff. Weiss ? Avoir un enfant? Quelle image répugnante. Tout comme le fait qu'on va devoir les regarder copuler.

- C'est de la reproduction. Un acte naturel.

- Ce sont des animaux.

Le scientifique préféra mettre un terme à cette conversation.

Il reporta son attention sur l'écran, curieux de voir quelle tournure cette rencontre allait prendre.


Au début, personne ne parla.

Enfermés seuls dans cette chambre, la femme et l'homme se regardèrent comme deux bêtes curieuses. Aucun d'eux ne détacha son regard de l'autre.

La femme recula instinctivement quand l'homme s'approcha. L'homme avait des cheveux blancs en bataille qui lui tombaient dans le dos. Il était torse nu et ne portait qu'un pantalon blanc laissant transparaître le Mako qui nourrissait son corps. Ses yeux étaient d'un bleu froid et elle se sentit frissonner rien qu'à l'idée de les contempler trop longtemps.

Tu vas te faire casser en deux.

Oui... Quand bien même elle voulait hurler, chercher une arme, se battre, s'enfuir, la femme resta tétanisée sur place. Elle fut incapable de penser correctement.

L'homme était tout à fait capable de la tuer. Même si elle se défendait, elle savait qu'il aurait raison d'elle.

Elle ne voulait pas. Elle ne voulait pas faire cela. C'était immoral, répugnant ! La Shinra autorisait le viol pour mener ces expériences ?

Elle allait se faire violer... par cet homme ? Pour le bon vouloir des scientifiques qui devaient bien rire à les observer à l'heure actuelle ?

La femme ferma les yeux, les larmes tombant au sol. Non. Cela serait trop dur. Elle voulait y échapper, échapper à tout cela.

Elle allait souffrir. Elle allait mourir, de toute manière.

Peut-être pouvait-elle y échapper en se donnant elle-même la mort ? En se frappant la tête contre le mur ? En cassant la bouteille qu'on avait installé là pour elle ne savait quelle raison et en utilisant un des débris de verre pour se trancher la gorge ?

Elle rouvrit les yeux et manqua de sursauter.

L'homme se tenait debout, à quelques centimètres d'elle, le visage très proche du sien, une expression stoïque comme de la pierre.

Non !

La femme abaissa les yeux. Elle voulait paraître forte. Elle voulait se montrer digne... mais elle ne put retenir ses sanglots.

L'homme la contourna avant de s'approcher de la bouteille placée dans une glacière, située sur la table de nuit. Il la souleva pour l'inspecter, l'examinant sous toutes les coutures.

« ... Apparemment, toi et moi, on aime bien le champagne. »

Le fait qu'il s'exprima pour la première fois lui arracha un nouveau sursaut. Il parlait d'une voix calme et posée. Il reposa la bouteille avant de s'attarder sur les médicaments qu'on avait laissé là. La femme n'y avait même pas prêté attention.

« Je pense qu'ils ont laissé ça là pour qu'on se détende. C'est assez drôle, quand on y pense. »

La femme n'osa pas lui répondre. L'homme lui refit face. Son expression n'avait pas changé depuis tout à l'heure. Il posa une main sur une hanche, détaillant la femme de haut en bas.

Son visage ne trahissait aucune pensée. Elle ignorait même s'il la trouvait jolie, moche, répugnante, désirable...

La femme ne savait pas ce qu'elle devait ressentir. Elle voulait seulement en finir. Peut-être que s'il la jugeait immonde, il la tuerait ?

Pourquoi était-elle ici ?

Pourquoi avait-elle mérité cela ?

« Première fois, hein ? » devina l'homme.

Il s'assit sur le lit. Il joignit les mains, se penchant en avant tandis qu'il fixait le vide. Il paraissait être en pleine réflexion.

« Tu sais. Il vaut mieux qu'on fasse ce qu'ils demandent. Parce qu'autrement, ils vont te tuer. Moi, je leur suis trop précieux. Mais toi, ils vont te tuer. Ou alors, ils vont envoyer quelqu'un qui sera pire que moi. Et le Soldat va certainement te faire mal jusqu'à ce que tu saignes. »

La femme sentit une boule dans sa gorge à ce constat sinistre. Elle se prit le visage dans les mains, ses épaules se mettant soudainement à trembler.

Parce que lui n'allait pas le faire ? Il n'allait pas « lui faire mal jusqu'à ce qu'elle saigne » ? Peu importe, cela restait du viol ! Elle n'y avait pas consenti.

L'homme poussa un profond soupir. Il finit par se relever avant de reprendre la bouteille et la sortir de la glacière. Sans un mot, il la débouchonna et versa un verre, avant de lui tendre.

« Cela se passera mieux si tu es saoule. »

La femme fixa le verre, l'esprit embrumé par la situation. Elle croyait que l'homme allait la saisir, la plaquer contre le lit et la forcer à un acte où elle n'avait aucune envie de participer, sans se préoccuper nullement de sa souffrance.

C'était presque... clément de sa part.

Finalement, elle reçut le verre avant de le porter à ses lèvres. Il but difficilement une gorgée. L'homme inclina la tête sur le côté.

« ... D'où viens-tu ? »

La femme ne répondit pas.

« Tu es du Wutaï, non ? Au fil du temps, je reconnais les gens qui viennent de là-bas, quand bien même je n'y suis jamais allé. »

Elle but une nouvelle gorgée.

Au final, après une brève hésitation, elle avala le contenu de son verre tout entier.

L'effet de l'alcool arriva rapidement. Titubant, elle s'approcha pour en prendre un autre. L'homme la laissa faire.

« ... Peux-tu me parler du Wutaï ? »

Elle se retourna vers lui.

Elle fronça les sourcils, ne comprenant pas pourquoi il lui posait une telle question. L'homme soupira avant de s'expliquer.

« J'aimerais apprendre quelque chose de nouveau. Alors, j'aimerais bien savoir comment est le Wutaï, ce qu'il y a là-bas. Juste pour pouvoir me l'imaginer dans ma tête. »

La femme ouvrit la bouche.

Le verre d'alcool se vida aussi rapidement que le premier.

Elle en prit un troisième.

Elle ne sut pas à quel verre. Mais au bout d'un long temps à boire, à demeurer silencieuse, à ressentir la peur de mourir, d'être torturée, d'être violée, elle se retrouva assise à côté de l'homme.

Elle se retrouva à répondre à sa question. A lui parler du Wutaï. De ce qu'il y avait là-bas.

Elle ne se rappelait pas précisément de ce qu'elle racontait. Elle ne réfléchissait peut-être pas à ses mots. Elle parla des fèves. Elle parla des bars du Wutaï. Elle évoqua les Ninjas. Elle raconta des anecdotes sur les ninjas qui luttaient contre la Shinra...

Peut-être était-ce aussi une manière pour elle d'évacuer.

De se réfugier dans un endroit tranquille, paisible et familier tandis qu'on utilisait son corps comme un objet.

L'homme l'écouta attentivement. Etrangement, cela parut l'intéresser. Il ne l'interrompit jamais.

C'était... étrange. De parler à un étranger, un bourreau qui allait lui faire subir le pire des supplices.

Au bout d'un moment, le verre glissa de ses mains. La femme avait mal à la tête. L'homme s'était déjà placé devant elle, entre ses jambes.

Elle entendit seulement :

« ... Il est temps. »

La femme fut à nouveau frappée de terreur. C'était comme si la réalité la gifla en plein visage.

Il était temps... Le moment était venu.

L'homme allait... il allait...

Pourtant, il ne se força pas en elle. Il ne la maîtrisa pas pour assouvir ses pulsions. Il se contenta de se placer à genoux devant elle, le regard vague, toujours entre ses jambes, avant de glisser sa main sur les parties intimes de la femme.

La femme ferma les yeux. Il ne montra aucune impatience. Il se contenta simplement... de la caresser.

Puis, ses mouvements devinrent un peu plus insistants. La femme sentit une légère chaleur lui prendre à la tête tandis que l'homme insérait délicatement un doigt à l'intérieur d'elle. Elle comprit qu'il la stimulait.

Est-ce qu'il essayait de lui faire plaisir ? Alors qu'il pouvait si aisément la tuer ? Pourquoi le ferait-il ? Elle était sa proie ! Pourquoi faire cela ?

La femme ne réagit pas. L'homme se rapprocha peu à peu d'elle, insérant un autre doigt, puis trois tandis que ses mouvements de va-et-vient devinrent plus rapides.

L'instant d'après, elle était nue, sa robe éparpillée sur le sol. Elle était couchée sur le dos, lui au-dessus d'elle, tandis qu'il lui embrassait le cou et passait sa main sur ses seins, les palpant avec envie alors qu'il descendait de plus en plus bas, laissant une traînée de baisers sur son ventre.

Et quand vint le moment où il retira son pantalon et s'enfonça en elle, la femme n'eut pas si mal que cela.

Elle ne ressentit pas de plaisir... Mais elle n'eut pas mal.

Lorsqu'elle revint à elle, l'homme était couché à côté d'elle. Quand elle le détailla, elle réalisa combien il était jeune.

L'homme était éveillé. Il remarqua qu'elle l'observait.

Elle comprit que c'était terminé. L'expérience était accomplie.

Pourtant, de manière inattendue, l'homme posa la main contre l'arrière du crâne de la femme avant de l'attirer vers lui.

Leurs lèvres se rencontrèrent. La femme écarquilla les yeux. Elle ne s'attendait pas à ce qu'il l'embrasse.

Pourquoi ?

Le baiser ne dura qu'une demi-minute. Il n'était pas passionné mais il y avait quelque chose dans ce baiser qui trahissait ses émotions. L'homme s'écarta d'elle avant de la libérer, des mèches de ses cheveux noirs s'enroulant autour de ses doigts.

« ... Pourquoi ? »

Ce fut le seul mot qui brûla sur ses lèvres.

L'homme se contenta de lui sourire. Un sourire de pitié. Mais il y avait également... Quelque chose. Autre chose.

« Pour m'avoir donné le Wutaï. Et aussi... Parce que tu me fais penser à quelqu'un que je connais. Et j'espère comme toi que je pourrais me libérer de leur emprise et faire cela avec qui je veux. »

Elle ne lui posa aucune autre question.

Il pensait à quelqu'un d'autre... une femme qu'il connaissait ?

La femme se sentit partir.

Avant qu'elle ne sombre dans l'inconscience, les larmes chaudes coulèrent à nouveau sur ses joues.

Le prochain ne serait pas aussi doux.

Son temps était compté.


Combien de fois ?

Combien de fois allait-il faire le même rêve ?

« Papa ! »

Pourquoi cet endroit... Pourquoi ce jardin ?

Et pourquoi... Pourquoi cet enfant ?

Et pour quelle raison l'accueillit-il à bras ouverts pour le serrer contre lui ? Pourquoi répondait-il positivement à son étreinte ?

Pourquoi l'appelait-il « mon fils » ?

Ces cheveux noirs... ce regard rouge...

Cela aurait pu être lui à son âge.

A moins que... Et si...

Pour la première fois depuis que ces rêves hantaient son esprit, quelque chose changea.

L'enfant était toujours là. Toujours dans ses bras. Il le tenait toujours contre lui. Mais autre chose se produisit.

« Maman... Où est maman ? »

L'enfant fixa un point par-dessus son épaule.

Maman... ?

Nero se retourna lentement.

Derrière eux, une femme. Une femme aux traits fins, aux cheveux violets, aux yeux d'un bleu sombre, portant une robe qui brillait comme les étoiles dans le ciel.

« Allons rejoindre maman. »


Cette fois-ci, Nero s'était assoupi dans le canapé. Quand il émergea, le jardin avait disparu. La femme, l'enfant... Ils avaient tous disparu.

Mais ils reviendraient dès qu'il fermerait les yeux.

Nero se prit le visage dans une main. Même s'il avait dormi, il se sentait encore exténué. Et à force de faire ces rêves, son esprit devenait de plus en plus confus.

Pourquoi rêvait-il de personnes qu'il ne connaissait guère ? Des personnes qui étaient des étrangers à ses yeux.

Une femme... un enfant qui l'appelait papa...

Depuis qu'il avait emménagé ici, dans cet appartement, parmi les humains, plus rien n'avait de sens. Il fallait qu'il fasse quelque chose concernant ces rêves. Mais faire quoi justement ? Et surtout, devait-il en parler à quelqu'un ?

Son regard se porta sur l'heure. Sept heures trente.

Shiro allait être en retard ! Nero se releva d'un bond de son lit et se dirigea à toute hâte pour tirer l'enfant du lit, qui dormait comme un loir.

« Tu es en retard. »

Quand Shiro ouvrit les yeux et reconnut son oncle, il demanda tout en poussant un bâillement à s'en décrocher la mâchoire :

- Tu me reparles maintenant ?

Depuis la nuit passée au « Honey Bee Inn » et dans cette salle de cellule à l'ORM à affronter Reeve, Rufus et Général Machin, Nero lui boudait. Shiro avait encore commis une bêtise et il n'allait pas s'en tirer comme ça. Il avait l'intention de faire durer sa punition. Malheureusement, il demeurait le gardien de cet enfant et il ne pouvait pas ne pas lui adresser la parole pour les choses rudimentaires.

- Va te préparer. Et tu as intérêt à rentrer à l'heure, ce soir.

Peu importe s'il était en retenue ou s'il décidait de s'enfuir encore avec Denzel et Marlène, Nero n'accepterait pas que Shiro rentre en retard. Et l'enfant avait sûrement compris qu'il devait faire profil bas pendant quelques temps. Mais alors qu'il quittait la chambre de l'enfant, Nero fut violemment pris de nausées, ce qui le força à se rendre précipitamment à la salle de bain.

- Papa Nero !

Nero l'ignora et se pencha vers la cuve pour vomir. Alors qu'il subissait une seconde fois ce triste spectacle, quelqu'un lui attrapa doucement les cheveux. Quand il eut fini de dégobiller, son corps fut secoué de tremblements.

Encore cette matière noire...

Il se retourna. Shiro était celui qui lui avait tenu les cheveux. Il le fixait avec inquiétude.

Le même regard que son père à son égard... La colère envers l'enfant s'envola face à cela.

- Qu'est-ce qui se passe ? Tu es malade ? Pourquoi vomis-tu tes ténèbres ?

Nero s'essuya la bouche.

- Ce n'est rien.

- Il faut appeler quelqu'un si tu es malade, Papa Nero ! s'exclama Shiro alors qu'il se rapprochait de lui, angoissé.

- Je te promets que ce n'est rien. C'est le Mako.

En fait, il n'en savait rien. Mais il ne voyait pas d'autre explication.

Shiro laissa les bras retomber le long de son corps. Il ne paraissait pas convaincu.

- Tu es sûr ? Parce que cela ne t'ait jamais arrivé avant.

- Depuis qu'on se connait, tu ne m'as jamais vu comme ça. Mais le Mako a ses effets.

- Moi, je vomis parfois. Mais je ne crache pas de la matière noire.

Nero baissa les yeux.

- Et si c'était les chiens des enfers ? proposa Shiro. Tu en as peut-être trop absorbé ! Et ça te fait vomir, c'est ça ?

Nero inhala, exhala pour se reprendre. Cela aussi, c'était une possibilité. Qu'à force d'absorber des êtres de ténèbres avec ses pouvoirs, il y ait des effets secondaires.

Mais il ne souhaitait pas que Reeve, Vincent ou un autre soit mis au courant. Parce que la seule raison pour laquelle il y avait ce marché était parce que Nero était le seul à pouvoir se débarrasser définitivement des chiens de l'enfer.

Si les autres apprenaient qu'il y avait un problème, Nero ne leur serait plus utile et le marché ne tiendrait plus.

Et il serait séparé de Shiro et...

- Je te dis que c'est le Mako, Shiro. Il n'y a aucun problème avec les chiens des enfers.

Il tendit le bras pour caresser la joue de l'enfant, dans une tentative de le rassurer.

- ... Tu es sûr ?

- Certain. Tu sais, ce n'est pas à toi de t'inquiéter. C'est mon rôle de veiller sur toi.

- Mais on n'est pas toujours obligés de se focaliser sur moi, Papa Nero, répondit doucement Shiro.

Si... Si, il le devait.

- Dis-moi s'il y a un problème. S'il te plaît.

- Je te le dirais.

- Je m'inquiète pour toi, murmura l'enfant.

En guise de réponse, Nero attira Shiro contre lui, enfouissant son visage dans ses yeux.

- ... Tu me pardonnes ? l'interrogea Shiro d'une petite voix.

- Je t'en veux encore.

Bien sûr qu'il lui pardonnait.

- Evite de parler de ça à qui que ce soit, lui chuchota Nero. Je n'ai pas envie que les autres s'inquiètent et commencent à m'analyser.

Shiro ne répondit pas. Il se contenta de hocher la tête avant de l'étreindre de nouveau. Au même moment, la sonnette retentit. Nero se détacha de l'enfant et quitta la salle de bain pour ouvrir.

- Shiro n'est pas encore prêt ? grinça Barret.

A côté de lui, Shelke. Elle avait emporté son matériel informatique pour pouvoir rendre à Nero le service qu'il lui avait demandée. Puisqu'il ne pouvait pas sortir, autant qu'elle vienne chez lui. L'ancien Tsviet haussa les épaules. Il fit toutefois signe à Shiro de s'activer. Quelques minutes plus tard, l'enfant était habillé et prêt à sortir.

- ... Merci, au fait, lui adressa Barret à contrecœur.

Nero fronça les sourcils.

- Excuse-moi ?

- Pour être allé chercher Denzel et Marlène au « Honey Bee Inn ». Je n'arrive pas à croire qu'ils soient allés dans un tel endroit.

- Moi non plus, fit Nero.

Il se moquait bien que Barret le remercie ou pas. Il embrassa le front de Shiro et le laissa filer. Shelke ne bougeait pas. Il se tourna vers elle, agacé.

- Entre. Ne reste pas planté là.

La jeune fille poussa un discret soupir avant de pénétrer à l'intérieur.


« Je ne te promets rien », déclara Shelke alors qu'elle pianotait sur son clavier. Installée à la table de la cuisine, ses yeux étaient rivés sur l'écran.

Nero croisa les bras, nullement surpris.

- Je le sais. Mais cela ne coûte rien d'essayer. Evite seulement de me mentir comme la dernière fois, avec Jin Satsu.

Il vit Shelke tressaillir.

Dire qu'elle avait choisi de protéger une pourriture pareille... Cela le dépassait.

- Pourquoi tiens-tu tant que ça à retrouver la mère de Shiro ? Tu veux t'en prendre à elle ?

Nero inclina la tête sur le côté, curieux.

- Pourquoi le ferais-je ?

- Je ne sais pas. Peut-être parce que tu ne supporterais pas l'idée que Weiss ait été proche avec quelqu'un qui n'était pas toi, au point d'avoir un enfant avec elle.

Cela plongea l'ancien Tsviet dans ses réflexions.

- Il s'agissait d'un programme d'imprégnation. Il n'y avait pas de sentiment derrière. Ils n'avaient pas le choix.

- Oui, mais rappelle-toi comment tu étais jaloux. Avec Rosso d'abord, puis avec Argento par la suite. Tu ne supportais pas que Weiss ait des relations avec d'autres personnes. Tu voulais le garder pour toi.

- Je n'étais pas jaloux d'Argento.

- Cela te rendait triste quand même. Tu as toujours eu peur que Weiss t'abandonne et aime quelqu'un plus que toi.

Elle marquait quand même un point, il devait le reconnaître. Avant que les deux ne soient révélés être stériles, Nero et Rosso avaient été forcé de participer à ce programme d'imprégnation. Weiss était intervenu pour les séparer avant que cela ne dégénère et que l'un ne finisse par tuer l'autre. Au final, Weiss avait pris les choses en main. Après coup, Rosso s'était engagée avec lui dans ce jeu de séduction qui l'avait agacé au point de lâcher ses ténèbres sur la Tsviet à chaque fois qu'il la trouvait seule avec Weiss. Ce dernier avait accueilli ses « mon chéri », « mon amour » « mon cœur » de façon mi-figue mi-raisin. Tantôt, cela l'ennuyait. Tantôt, cela le flattait, alors que cela faisait sortir Nero de ses gonds. Il avait mis les choses au clair avec Rosso : Weiss était à lui. Il appartenait à Weiss et si quelqu'un ou quelque chose menaçait leur lien, il le détruirait. Ces discussions entre Rosso et Nero avaient plusieurs fois tourné à l'affrontement quand bien même Nero avait toujours gagné. Mais au bout du compte, Rosso s'en était lassée et était allée voir ailleurs. Quant à Argento, beaucoup disaient qu'il y avait plus qu'une relation mentor et élève entre elle et Weiss mais il n'avait pas voulu y croire jusqu'à ce que Nero soit libéré et que Weiss admette qu'effectivement, elle l'avait fasciné. Cela avait fait mal. Très mal quand bien même leur attention avait été focalisée sur la rébellion.

Puis après, Argento était morte et Weiss n'avait plus que trois jours à vivre.

- J'ai pris de la maturité. Je ne suis plus aussi jaloux qu'avant.

- Tu espères le faire croire à qui ? grinça Shelke.

- Je ne vais pas tuer la mère de Shiro. Il veut une mère. Je lui accorde son souhait. Mais après, si elle décide de me le retirer et de l'emmener loin de moi...

Là, par contre, il y avait de fortes chances qu'il la tue.

- Maturité, tu parles.

- Concentre-toi, veux-tu ?

- Je te signale que les données des sujets du programme d'imprégnation étaient confidentielles. On ne les appelait même pas par leur nom.

Nero soupira.

Cela allait être difficile, alors.

- Alors, pourquoi y accéder à distance ? La dernière fois, on s'était rendus sur place.

- Depuis ton tour chez Jin Satsu, on s'est dit qu'il valait mieux transférer toutes les données de la base de Deepground à celle de l'ORM.

Il n'y avait aucune émotion dans sa voix.

Sa personnalité forgée à Deepground ne disparaîtrait jamais. Bon, au moins, cela facilitait les choses.

Alors que Shelke travaillait, Nero espérait intérieurement ne pas avoir d'autres nausées. Shelke se rendrait compte de quelque chose et serait suspicieuse. Par chance, il se sentait bien. Peut-être que se concentrer sur un objectif l'aidait à ne pas se poser des questions sur ses rêves bizarres.

Ce fut elle qui rompit le silence, de manière inattendue :

- Pour m'avoir sauvée...

Nero se retourna vers elle. Il haussa un sourcil, confus :

- Tu vas me remercier ? Je t'en prie, ne te donne pas cette peine.

- Pour m'avoir sauvée, répéta froidement Shelke, je vais te dire quelque chose d'important.

Toujours assise sur sa chaise, elle fit soudainement face à son ancien collègue.

- Si elle est en vie, je ne crois pas qu'Ophelia désirera enlever Shiro.

Ah ? Tant mieux pour elle, alors.

- Mais je ne crois pas qu'elle désirera le rencontrer.

- Pourquoi ? Shiro le veut. C'est sa mère.

- Shiro a été conçu via un programme d'imprégnation. Les sujets étaient violés sous les yeux des scientifiques. Cela lui a sûrement laissé un profond traumatisme. Et revoir Shiro serait susceptible de le lui rappeler.

Nero se tendit à ce constat.

- Ce n'était pas la faute de Shiro. Et si tu oses dire que c'est de la faute de Weiss, je te conseille de te taire. Weiss ne désirait pas participer à ce programme d'imprégnation. Lui aussi a été forcé à agir contre sa volonté.

- Tu le penses ?

Bien sûr ! Que croyait-elle ? Que c'était facile pour lui d'obéir à ces scientifiques comme un animal obéissant ?

Déjà que Restrictor avait—

« Ne le dis pas à Nero. »

Non. Il n'allait pas se rappeler de ça.

- Peu importe, Nero, reprit Shelke. Cela ne changera pas le fait qu'Ophelia risque de mal réagir à la présence de Shiro. Si elle est en vie, bien sûr.

- Shiro veut sa mère. Et il n'y a qu'elle qui peut lui donner ce qu'il désire.

Il voulait garder Shiro auprès de lui. Mais il devait aussi tenir compte de ses souhaits.

- Qu'en est-il de ta propre mère, Nero ? Pourquoi n'as-tu jamais essayé d'en apprendre plus sur elle ?

Nero... ne s'attendait pas à cette question. A ce que le sujet de sa mère s'immisce dans leur conversation.

Il dévisagea Shelke comme si elle avait craché à ses pieds.

Comment osait-elle évoquer sa mère ? Et pourquoi posait-elle une question dont la réponse était si évidente ?

C'était avant tout la mère de Weiss ! Et il lui avait retiré la seule mère qu'il n'ait jamais eue ! A cause de ses pouvoirs ! Tout le monde savait à Deepground combien Nero était monstrueux depuis sa naissance. Qu'il avait tué celle qui l'avait mis au monde !

Comment osait-elle aborder un tel sujet ?

- Tu n'as aucun droit. Aucun droit de me parler de ma mère, articula-t-il d'une rage froide. J'aurais dû te laisser là-bas. A cette fête. Te laisser te faire utiliser par cet humain qui aurait pris son pied à t'humilier.

Shelke pâlit. Nero pensait chaque mot qu'il disait. Il aurait dû l'abandonner. Il n'y avait pas d'équipe à Deepground. Juste des intérêts qui coïncidaient.

- Tu sais très bien pourquoi je n'essaie pas d'en apprendre sur elle. Cela aurait été une insulte. J'aurais insulté Weiss alors que je lui ai retiré la seule famille qu'il avait à cette époque.

- Mais Weiss ne t'en a jamais voulu.

La vision de Nero se troubla.

Shelke reporta son attention sur l'écran.

- Tu le croyais, tu as pu te le convaincre mais Weiss ne t'en voulait pas. Il en voulait aux scientifiques. Mais à toi, non. Sinon, crois-tu qu'il aurait accepté de fusionner avec toi ?

Il avait tous les droits de lui en vouloir.

Peut-être quand Weiss reviendrait, Nero lui poserait enfin la question. S'il lui en voulait d'avoir tué sa mère...

Leur mère...

- Ah.

Shelke lui fit signe de s'approcher. Un fichier apparut sur l'écran. Et quand Shelke cliqua dessus, il fut indiqué qu'il avait été déverrouillé.

- Je crois que j'ai peut-être trouvé quelque chose en croisant les données de Weiss.

Elle marqua un temps avant de compléter :

- Je crois qu'on a trouvé Ophelia.