OOC : Bonjour à tous. Voici un nouveau chapitre. J'espère que ça vous plaira. Bonne lecture !
A la mention du prénom « Ophelia », Nero se pencha vers l'écran tandis qu'à l'aide du curseur, Shelke sélectionna le fichier afin de l'ouvrir.
« La fiche contenant les données d'Ophelia. Elle était actuellement le sujet d'expérience n°26 du programme Aphrodite qui a débuté dix ans auparavant », lut Shelke d'une voix monotone.
Une photo apparut sous leurs yeux. Tout en écoutant silencieusement Shelke, Nero détailla la femme qu'ils recherchaient. Fixant l'objectif d'un air hagard et fatigué, de gros cernes sous ses yeux marrons, elle paraissait avoir environ une vingtaine d'années. Le teint cireux, les traits fins, ses cheveux noirs, longs et gras lui tombaient devant les yeux. Quand bien même la photo n'encadrait le sujet que de la tête jusqu'au niveau de sa taille, Nero ne doutait pas qu'elle était petite en taille et très menue.
- Aphrodite était le nom donné au programme d'imprégnation, expliqua Shelke à titre de précision.
- J'avais compris.
Malgré tout, Nero essayait d'imaginer la scène. D'imaginer Weiss et cette femme en train de pratiquer l'acte ensemble, sous l'œil attentif des scientifiques et des Restrictors. Nero se mit à tressaillir à cette pensée.
Dire que Weiss avait participé à cela...
Bien sûr, sans cela, Shiro ne serait jamais venu au monde. C'était la seule bonne chose qui en résultait. Mais l'idée même que son frère bien-aimé soit soumis à tel acte, probablement réitéré plusieurs fois, horrifiait Nero et le plongeait dans une colère froide. Heureusement pour Nero qui était stérile, il y avait été contraint à n'y participer qu'une seule fois.
« Papa ! »
Mais Weiss... Son Weiss n'avait pas eu droit à une telle chance.
- Elle est née à Wutaï. Ophelia a participé à plusieurs sessions d'imprégnation, déclara Shelke. Il y a eu fécondation à plusieurs reprises, mais les grossesses ne sont jamais arrivées à leur terme. En raison de fausses couches ou d'avortement provoqué sous ordre du scientifique en charge du programme, en raison de malformations.
Shelke lisait le dossier comme elle lirait un livre médical. Le même ton détaché. Nero ne réagissait pas. Il se contentait d'attendre avec une certaine impatience l'information qu'il recherchait : si Ophelia était morte ou vivante.
- La seule expérience fructueuse a été celle avec le Soldat que l'on prénomme « L'Empereur blanc de Deepground ». Shiro est né prématuré de quelques semaines. Mais ce fut le seul fils qu'elle ait pu engendrer. Après cela, Ophelia a été retirée du programme car les multiples avortements ont fini par la rendre stérile.
- Et est-ce dit où elle se trouve à l'heure actuelle ? finit par lui demander Nero, une certaine hargne dans sa voix.
Shelke vérifia avant de soupirer, lasse.
- Aucune information. La seule chose que l'on sait, c'est qu'elle n'ait jamais descendu à Deepground. Elle est toujours restée dans les niveaux supérieurs de la Tour de Shinra, puisque c'était là que le Programme Aphrodite était mis en œuvre.
Shelke se tourna vers lui, une expression neutre sur son visage.
- Elle est certainement morte lors de la crise du Météore. Ou lorsque le réveil d'Omega a été provoqué, constata-t-elle avec une certaine acidité. On se moquait bien de ce qui arrivait aux sujets, encore plus qu'elle provenait de Wutaï.
A son tour, Nero poussa un profond soupir.
- C'est peut-être mieux comme ça, fit Shelke.
- Shiro n'aura pas de mère, grinça Nero.
Il n'avait pas envie d'avoir fait tout cela pour rien. Il ignora quoi. Il ne sut dire pourquoi, mais quelque chose en lui, comme un vieil instinct, paraissait lui dire d'insister, de continuer à chercher et de ne pas s'arrêter là.
- Je désire en être certain. Tant qu'il n'y a pas de corps, on ignore si elle est morte ou vivante.
Shelke secoua la tête en guise de réponse.
- Tu tentes de te donner bonne conscience en donnant une mère à Shiro. Mais je suis certaine que cela n'aboutira à rien. Les sujets périssaient presque toujours dans ce genre de programme.
- Tu as dit que tu essayerais.
- J'ai dit que je ne te promettais rien, lui rétorqua froidement Shelke.
- Essaie encore.
Il n'essayait pas de se donner bonne conscience. Pourquoi se donner bonne conscience ? Il souhaitait seulement accorder à Shiro son souhait.
- Tu as de telles obsessions, commenta Shelke alors qu'elle se remettait à pianoter sur son clavier.
- Tu ne sais pas ce que cela fait, lui décréta Nero sur le même ton. Quoique... tu peux peut-être le savoir.
Il vit Shelke se tendre. Il avait vu juste.
- Je ne t'aurais pas prise pour une maman, railla Nero, le ton bas. Tu n'en as pas vraiment l'étoffe.
- ... N'ose pas dire quoi que ce soit à ce sujet. N'ose même pas mentionner quoi que ce soit. Je n'ai pas envie de m'expliquer, encore moins à toi.
La voix de Shelke fut teintée de tremblements.
- ... Si j'en suis là, c'est de ta faute.
C'était toujours de sa faute, pensa ironiquement l'ancien Tsviet sombre. Nero choisit de ne pas poursuivre. Il se moquait bien de qui était l'enfant en question et ce n'était pas ses affaires. Shelke se remit à chercher, quoiqu'avec plus d'énergie qu'auparavant. Peut-être souhaitait-elle en finir le plus rapidement possible pour quitter aussitôt l'appartement?
Brusquement, une lueur apparut dans les yeux de Shelke.
Comme si elle avait une idée... Elle fit signe à Nero de lui tendre son casque de réalité virtuelle. Nero s'exécuta, un peu étonné. Elle allait tenter un « plongeon synaptique » ?
- En me rendant moi-même dans la base de données, expliqua Shelke, je peux peut-être retrouver sa trace virtuelle. Cela me permettra de savoir si elle a pu se connecter à un moment, à n'importe quel réseau.
Les yeux rouges de Nero se plissèrent.
- Vraiment ?
- Si elle s'est connectée récemment, cela donnera une piste si elle est en vie et à quel endroit se trouve-t-elle. Mais encore une fois, ce n'est pas 100% fiable. On peut facilement tout pirater, même une trace virtuelle.
Il ne comprenait pas tout à son charabia d'informatique. Pourtant, Nero comprenait qu'elle savait ce qu'elle faisait. Et si cela leur donnait une piste, tout était bon à prendre.
- Cela va prendre longtemps ? l'interrogea calmement son ancien coéquipier.
- Le temps qu'il faudra.
- Et cela peut nous donner une information précise ?
- Cela peut nous donner des coordonnées.
Elle plaça son casque sur la tête.
Nero ouvrit la bouche. Une pensée fit irruption dans son esprit. Avant même qu'elle n'enclenche la connexion et qu'elle ne se prépare à plonger, Nero posa sa main tremblante sur son casque pour l'agripper et le lui arracher de la tête.
Shelke sursauta et se dégagea. Elle le retira brusquement de sa tête avant de fusiller Nero d'un regard glacial et confus :
- Qu'est-ce qui te prend ?
Les tremblements de Nero ne cessèrent pas.
- Si tu es si sûre de toi, pourquoi ne pas avoir utilisé cette habilité pour rechercher Weiss ? Lui aussi a pu se connecter récemment.
Si cela marchait pour retrouver la mère de Shiro, il pouvait également retrouver son père par la même occasion !
Pourquoi n'avait-il pas pensé à cela ? Ou plutôt, pourquoi Shelke a fait taire cette capacité qui lui serait tellement utile ?
S'il avait su, il aurait pu la forcer à rechercher Weiss pour son compte alors qu'il s'était mis en quête de Jin Satsu.
- Tu crois que je n'y ai pas pensé ? lui glissa Shelke avec hargne. Quand tu es revenu, on pensait que Weiss était également revenu. Que vous alliez à nouveau mettre la Planète en danger. Alors je l'ai recherché par ce même moyen. Et... je suis désolée de te dire cela, mais Weiss ne s'est pas connecté depuis ces trois dernières années. Et pourtant, il possédait la même capacité que moi.
Elle n'était pas du tout désolée. Son ton suggérait le contraire.
- Il a pu se connecter récemment, insista Nero, aigre.
- Tu ne m'as pas comprise. On a pris le contrôle du corps de Weiss via un piratage. Si je trouvais des données dans un réseau, je n'aurais aucun moyen de savoir s'il s'agit bien des données de Weiss ou du pirate. Alors, à la demande de Reeve Tuesti, j'ai installé un pare-feu automatique qui m'avertirait si jamais il y avait la moindre trace de connexion de Weiss sur n'importe quel réseau. Mais il ne m'a jamais notifié quoi que ce soit.
Nero la dévisagea, sans changer d'expression.
C'était quand même gros à avaler.
- Tu ne me crois pas ? Tu veux que je te montre les résultats devant toi peut-être ?
- Tu comprends tout, répliqua Nero d'un ton sarcastique.
La mâchoire serrée, Shelke rebrancha son casque, prête à le reposer sur sa tête.
- Je laisse de côté la recherche d'Ophelia.
Durant tout le temps où Shelke effectua le « plongeon synaptique » à la recherche de la moindre donnée de Weiss dans n'importe quel réseau, Nero ne bougeait pas de son emplacement. Cela dura environ trois heures et plus il attendait, plus l'impatience mêlée à une certaine excitation monta en lui.
Et si Shelke se trompait ?
Et si Shelke arrivait quand même à trouver la trace de Weiss via ce mécanisme ? S'il s'était connecté récemment et qu'ils parvenaient enfin à le repérer ?
Enfin... Enfin, après tout ce temps, Nero avait un moyen de savoir où pouvait être son frère bien-aimé.
Enfin.
A un moment donné, Shelke qui n'avait pas cessé de pianoter sur son clavier, s'arrêta brusquement. Le cœur de Nero manqua de s'arrêter face à cette réaction.
Avait-elle... avait-elle trouvé quelque chose ?
Mais cela ne dura pas longtemps. Shelke, qui avait laissé ses bras pendre de chaque côté de son corps, replaça lentement ses doigts sur le clavier pour continuer. Nero se raidit, quand bien même il essayait de garder espoir.
Je t'en prie, Weiss. Dis-moi que tu as pu te connecter. Je t'en prie. Laisse-moi te trouver.
Finalement, le « plongeon synaptique » prit fin. Des dizaines de feuilles sortirent de l'imprimante au même moment où la jeune fille se déconnecta.
Après avoir reposé son casque, elle se dirigea vers l'imprimante pour ramasser les feuilles. Alors qu'elle lisait les résultats, Nero retenait son souffle tandis que l'anxiété atteignait son point culminant. Une anxiété se manifestant par les ténèbres qui devenaient de plus en plus apparentes autour de lui.
Il y avait quelque chose... Il y avait forcément quelque chose.
« ... Je te l'avais dit. »
Nero entendit les mots de Shelke, quand bien même son esprit ne les intégrait pas.
Shelke posa les feuilles devant lui, avant de compléter d'une voix sans appel :
- Aucune trace des données de Weiss depuis ces trois dernières années. Il ne s'est jamais connecté.
Aucune... trace de Weiss.
Nero ne voulut pas lire les résultats. Dans son esprit, les pensées fusèrent. Il voulut se raccrocher à quelque chose, n'importe quoi. Peut-être que Weiss était vivant... Peut-être qu'il ne s'était pas connecté parce qu'il n'avait pas été en capacité de le faire ?
De l'espoir...
- S'il avait été en vie, n'est-ce pas la première chose qu'il aurait faite ?
Weiss était vivant. Il devait être vivant.
Au fur et à mesure, le visage de Nero se décomposa. Il sentit la lassitude et le désespoir l'envahir face à la réalité tranchante qui se présentait à lui.
Weiss... ne reviendrait pas.
Il n'était jamais revenu.
Sans crier gare, sans lui laisser le temps de répondre à Shelke, les ténèbres firent soudainement irruption dans la pièce. Immédiatement, Shelke sauta sur le côté comme pour en éviter un serpent, une vague qui menaçait de violemment l'absorber.
Nero avait envie de tout envoyer paître.
Il avait envie de tout laisser tomber. De hurler. De crier.
Non... Non... Weiss était vivant. Ils étaient encore séparés, mais il était vivant ! Nero n'avait pas fait tout cela pour rien.
Nero se prit le visage dans les mains.
« Unissons-nous. Unissons-nous de sorte que personne ne pourra jamais plus nous séparer. »
Malheureusement, la seule pensée que Weiss soit mort depuis tout ce temps et ait rejoint la Rivière de la Vie sans lui à ses côtés le rendait fou de douleur et de rage.
Ils s'étaient promis... Ils s'étaient promis de rester ensemble.
Et il avait fait... Il avait fait tout cela pour rien ? Il avait attendu tout ce temps, à le chercher, pour rien ?
- Nero !
Nero en oublia la réalité. Il oublia tout. Il ne chercha même pas à se contenir, à se contrôler. Par la seule puissance de ses ténèbres, l'ancien Tsviet balaya tout sur son passage sans réfléchir, sans se soucier de qui il allait potentiellement absorber en même temps qu'il laissa éclater toute sa douleur.
- ça suffit !
Il se moquait bien de tuer Shelke. Vaguement, il remarqua du coin de l'œil cette dernière qui avait activé son bouclier, quand bien même cela ne la protégerait que pour une période de temps déterminée.
- Nero ! Arrête !
Nero l'entendait mais il ne l'écoutait pas. Il fallait qu'il se défoule. Il fallait qu'il laisse exploser toute sa haine. Il était incapable de la garder en lui après ce qu'il venait d'apprendre.
- Nero ! Arrête ! Je t'en prie ! Tu vas tout détruire !
Le ton de Shelke était devenu carrément inquiet.
Combien de fois allait-il endurer cela ?
Combien de fois allait-il devoir revivre encore et encore la mort de Weiss ? Combien de fois allait-il devoir revivre le deuil ?
Nero n'en serait pas capable. Pas une deuxième fois.
Il se moquait bien qu'elle survive ou pas... Il se moquait bien que son maudit marché soit rompu après tout ce déversement de deuil et d'angoisse qu'il avait tenté de nier durant ces trois dernières années.
Il se moquait bien qu'on finisse par l'abattre. Au moins, si les dieux étaient cléments, ils le laisseraient rejoindre Weiss dans la Rivière de la Vie.
Ici, ils ne seraient jamais séparés...
Il ne pensait même pas aux conséquences que cela allait engendrer pour Shiro... Le fait de tout détruire, que le marché soit rompu, qu'on l'exécute pour avoir mis les humains en danger une nouvelle fois.
Il ne pensa à rien.
Weiss était parti...
Il était parti et il n'y avait rien à faire... Il n'y avait rien à faire !
« Il ne faut pas abandonner. »
Nero se figea. Qui lui avait parlé ?
Ce n'était pas Shelke... non. C'était quelqu'un d'autre. Une autre voix...
Mais il n'y avait personne d'autre dans la pièce. Alors, qui...
Soudain, Nero vacilla et bascula en arrière.
Les ténèbres étaient à présent sur lui.
Les ténèbres ne détruisaient plus. Elles ne dévastaient plus rien.
Non... elles l'avaient rejoint pour fondre sur lui.
Nero ne comprenait pas. Il ne comprenait plus rien... Les ténèbres étaient censées lui obéir. Alors pourquoi... ?
Il allait mourir par la main de ses propres ténèbres ? Non. Les ténèbres étaient son refuge.
Les ténèbres le rassuraient. Elles le réconfortaient... comme la voix qui lui parlait d'un ton rassurant, tel un parent protégeant son enfant.
« Ton aimé est quelque part. Il ne faut pas abandonner. Pense à ton fils. »
Weiss est... quelque part...
L'instant d'après, Nero perdit conscience.
« Maman... où est maman ? »
La femme aux cheveux violets et à la robe étoilée leur souriait. Une expression maternelle, dévouée. Elle les attendait. Elle les avait toujours attendu.
Il reposa l'enfant par terre, avant de lui tendre doucement la main.
« Allons rejoindre maman... »
Ils se l'étaient promis. Ils s'étaient promis qu'ils resteraient toujours ensemble. Que rien ne pourrait les séparer.
Nero se retrouva allongé par terre. Quand il ouvrit les yeux, cela fut pour voir Vincent Valentine penché sur lui. L'ex-porteur de la Protomatéria le fixait avec une méfiance mêlée à de l'inquiétude.
Face à lui, Nero ne réagit pas. Il ne saurait dire comment il en était arrivé là. Il était dans sa chambre. Sa chambre à lui.
Mais quand il essaya de bouger un bras, il réalisa qu'il était attaché à son lit, comme pour l'empêcher de partir.
« Tu as perdu le contrôle », lui déclara Vincent.
Nero garda le silence. Il finit par pencher la tête sur le côté, comme un moyen d'éviter son regard.
Pourquoi ? Il n'avait aucun compte à lui rendre. Pourquoi sentait-il cette honte monter en son être ?
Il ne devait avoir honte de rien.
- Tu as failli t'en prendre à Shelke.
Il s'en serait pris à tous les habitants de l'immeuble.
- Tu tiens vraiment à rompre ce marché.
Nero referma les yeux. Ce n'était pas une question. Il s'agissait d'un constat et ce fut ce qui était le plus douloureux.
- Comment veux-tu qu'on te fasse confiance ? Tu as pensé à Shiro ? Au mal que tu aurais pu lui faire si tu t'étais écouté ? Heureusement que tu as rappelé tes ténèbres à temps.
Nero fronça les sourcils.
Il avait rappelé ses ténèbres ? Il ne se souvenait pas de l'avoir fait. Quand il se laissait aller à ses émotions, il ne s'écoutait pas. Peu importe les victimes qu'il engendrait, il dévastait tout sur son passage jusqu'à ce qu'il se calme.
Mais ici, il s'était évanoui.
- ... Weiss ne s'est jamais connecté, déclara-t-il, le ton éteint. S'il était vivant, il l'aurait fait.
- Cela ne signifie pas qu'il est mort.
Qu'est-ce que cela devait signifier d'autre ? Il revivait un cauchemar une nouvelle fois. Une nouvelle fois, il devait endurer le deuil de la personne qu'il aimait le plus.
La voix de Nero se brisa tandis qu'il articulait pour répondre, le ton similaire à un enfant inconsolable :
- ... Je l'aime tellement.
- Je sais.
- Non. Tu ne le sais pas.
Ton aimé est quelque part.
Il ne faut pas abandonner.
Quelqu'un lui avait dit ces mots avant qu'il ne perde connaissance. Quelqu'un à qui il n'avait jamais parlé auparavant.
Qui ?
Et qu'est-ce que cela signifiait ? Cela signifiait qu'il ne fallait pas abdiquer ? Que Weiss était toujours en vie ?
En tout cas, Vincent paraissait croire la même chose.
- Je sais que c'est dur. Je sais que ce que tu vis chaque jour est douloureux, dit-il, le ton moins froid malgré une sévérité qui y était encore apparente. Mais si cela recommence, je serais obligé d'avertir Reeve Tuesti que tu es incapable de tenir ta part du marché. C'est vraiment ce que tu veux ? Tu sais très bien que tu n'as plus droit à l'erreur.
Oui.
A la moindre incartade, il serait jeté en cellules et ne reverrait plus Shiro.
Peut-être était-cela, la honte qu'il avait ressentie ? Le fait qu'il avait failli abandonner Shiro à son sort ?
Dans ce cas, oui. Il devait avoir honte pour avoir laissé tomber aussi facilement.
- Je...
Il marqua une pause, avant de compléter sa phrase :
- ... Je suis désolé.
Il ne s'adressait pas à Vincent. Ni à Shelke.
Non. Il le disait à Shiro. Il le disait à Weiss.
Vincent finit par pousser un profond soupir.
- Nero... Si je te détache, est-ce que tu me promets que tu t'es calmé ? Est-ce que tu me promets que tu n'attaqueras plus quiconque ?
Nero demeura immobile, comme s'il ne l'avait pas entendu.
Finalement, il releva lentement la tête vers Vincent pour plonger son regard dans le sien.
Il devait encore continuer. Espérer. Il devait encore chercher Weiss. Vincent avait raison. Il n'y avait pas de preuve qu'il soit mort ou vivant.
Non. Weiss n'aurait pas abandonné. Il ne devait pas le faire non plus. Il avait promis à Shiro de ramener son père. Comment pouvait-il honorer cette promesse s'il lâchait tout à la première difficulté ?
Il lui adressa un discret signe de tête.
Il serait sage. Vincent se pencha vers Nero pour le détacher avant de reculer tandis que l'ancien Tsviet se redressa.
- Tu as intérêt à respecter ta promesse, Nero.
Il allait tourner les talons quand Nero l'interpella :
- Je ne vais pas abandonner Weiss.
Vincent s'arrêta.
Il fit volte-face vers l'ancien Tsviet pour le dévisager.
- Je pars du principe que quand on aime, on n'abandonne pas.
- Oui. Je savais que tu serais d'accord avec moi.
- Shiro m'a dit que cela n'allait pas.
Nero se raidit à cette information.
- ... Ah oui ?
- Il croit que tu es malade.
Quelque part, Nero aurait dû s'y attendre. Il aurait dû s'attendre à ce que Shiro parle. L'enfant s'inquiétait tellement pour lui. Peut-être autant que Nero s'inquiétait pour Shiro.
- Je suis juste... fatigué, mentit-il.
Il n'avait aucune envie de parler des problèmes avec ses pouvoirs.
« Papa... Maman... »
Encore une fois, il l'avait fait. Il avait encore rêvé d'eux. De ces personnes.
Etait-ce lié à ces rêves étranges ? Cela semblait peu plausible.
- ... je fais seulement des rêves bizarres en ce moment. Cela me fatigue.
Il ignorait pourquoi il décida d'en parler à Vincent.
Pourquoi lui ? Pourquoi ne pas garder le silence, le secret ?
Parce que cela le pesait... ? Parce qu'il désirait secrètement en parler à quelqu'un et que la personne avec qui il avait une certaine affinité par rapport aux ténèbres était l'ex-porteur de la Protomatéria ? Son ancien ennemi ?
- Des cauchemars ?
- Non, soupira Nero. Des rêves. Je rêve d'un enfant qui me ressemble. Un enfant aux cheveux noirs, aux yeux rouges, qui appelle son papa. Et dernièrement, j'ai rêvé d'une femme aussi. Une femme qu'on appelle maman. A chaque fois, je suis dans un jardin avec eux.
- Cela a commencé depuis longtemps ?
- Depuis que je suis arrivé ici.
Il se sentait stupide.
Que croyait-il ? Que parce que Vincent avait contenu Chaos en lui, parce qu'il avait connu le pouvoir des ténèbres, il allait le comprendre et lui apporter son aide ?
- ... Tu as peut-être besoin de cela, même inconsciemment, finit-il par dire.
Nero le toisa, incrédule.
- De quoi ?
- Tu recherches Weiss. Tu recherches Ophélia. Tu recherches les parents de Shiro. Mais peut-être qu'au fond, au fond de toi, tu as envie de rechercher secrètement une famille. Ta famille ?
Balivernes.
- Ma famille, c'est Weiss et Shiro. Je n'ai besoin de rien d'autre.
- Ni même de ton père ou de ta mère ?
Le ton de Vincent devint bien plus doux.
Nero détourna le regard, se sentant un peu gêné.
- Tu désires peut-être les connaître, au fond de toi. Peut-être qu'être parent te pousse à vouloir savoir comment étaient les tiens.
Non. Ce n'était clairement pas un désir qu'il refoulait. Connaître ses parents... Il avait déjà parlé à Shelke. Désirer connaître la mère qu'il avait enlevé de Weiss serait une insulte à ses yeux.
- Mais si cela veut dire autre chose, déclara Vincent, alors c'est à toi de chercher ce que cela signifie.
Cela voulait certainement dire autre chose.
- Même si Weiss est parti, même s'il est quelque part, déclara Vincent, tu ne dois pas oublier que tu es responsable d'un enfant. Si tu l'abandonnes, tu ne seras pas mieux que tous ceux que tu hais.
Nero le toisa d'un air glacial. Il avait honte.
Il était déjà un monstre. Mais il le serait encore plus s'il abandonnait Shiro. Nero ferait en sorte que cette crise soit la dernière.
Oui. Il se le promettait à lui-même. Weiss n'était pas mort. Il allait remuer ciel et terre pour le retrouver.
On frappa à la porte, ce qui interrompit leur conversation. Ils se retournèrent. Shelke se tenait devant eux.
Elle n'accorda aucune attention à Nero. Elle ne parla qu'à Vincent.
- Ophelia s'est connectée il y a trois semaines.
Cela arracha un sursaut à l'ancien Tsviet. Immédiatement, il se redressa malgré l'avertissement silencieux que lui adressa Vincent.
Cela signifiait qu'Ophelia était en vie...
La mère de Shiro était en vie.
- Où est-elle ?
- Au Wutaï, répondit Shelke. Apparemment, elle tient une pâtisserie. Je donnerais les coordonnées à Vincent. Et seulement à Vincent.
Nero inclina la tête sur le côté, confus. Un sujet d'expérience de programme d'imprégnation qui avait rejoint la civilisation humaine ?
Cela demeurait inattendu.
Vincent lui adressa un signe de tête approbateur. Alors que Shelke quittait la pièce, il se tourna vers l'ancien Tsviet sombre.
- C'est à Shiro de prendre la décision. S'il souhaite la voir ou pas.
Nero opina du chef. Oui. Bien sûr. C'était ce qu'il pensait aussi.
- Si c'est le cas, j'aimerais l'y emmener.
- Tu ne peux pas quitter ta zone sécurisée, Nero. Rappelle-toi. Et... même si Shiro désire la voir, il se peut que ces retrouvailles ne se déroulent pas bien. La présence de Shiro risque de lui rappeler ce qu'elle a vécu au sein de la Shinra.
Nero sentit ses poings se serrer et se desserrer. Il fallait qu'il se contrôle.
- Ce n'est pas la faute de Shiro.
- Je n'ai pas dit que c'était la sienne, Nero. Mais il faut qu'il le sache. Cela peut être très douloureux. C'est à lui de prendre cette décision.
Cela laissa Nero pensif.
Après un nouveau silence, il reprit, le ton déterminé :
- Si ce que tu dis est vrai, si c'est quelque chose qui peut être très douloureux, alors j'aimerais l'accompagner pour cela. Pour cette épreuve.
- Tu l'accompagneras, Nero. Mais pas de la manière que tu crois. Autrement, tu risques de t'énerver et sortir de tes gonds si cela se passe mal.
Décidément, il le connaissait bien. Vincent prit une inspiration.
- J'irai à Wutaï. Je trouverai Ophelia et je l'aborderai en douceur. Je trouverais les mots pour lui parler de Shiro et si elle le souhaite, si Shiro le souhaite, on pourra organiser une rencontre ici, à Edge.
- Tu ferais cela ? demanda Nero, sans trop y croire.
- Je ferais de mon mieux. Mais cela ne signifie pas que cela portera ses fruits.
Nero ferma les yeux à cette réponse.
Au moins, c'était déjà cela. Il y avait déjà quelque chose qui se mettait en place. Alors que Vincent était sur le point de quitter son appartement, accompagné de Shelke, Nero l'appela.
- Vincent...
Il ignorait ce qui lui prenait. Vincent lui jeta un coup d'œil par-dessus son épaule. Nero avait déjà oublié ce qu'il voulait lui dire.
- ... Rien.
Ce n'était rien.
- Essaie de penser à toi-même, Nero. Au moins de temps en temps. Cela pourrait chasser tes rêves.
Vincent quitta la chambre.
Nero se retrouva seul. Sans ajouter quoi que ce soit, il se laissa tomber sur son lit, la tête sur l'oreiller.
Penser à soi-même...
C'était le deuxième qui lui conseillait de faire cela.
Lorsque Weiss ouvrit les yeux, le vieil homme venait d'apparaître devant lui, sa silhouette se distinguant dans l'espace blanc.
Cela signifiait que le premier jour s'était écoulé.
Comment pouvait-il le savoir, d'ailleurs ? Ce n'était pas comme s'il y avait un signe qui lui permettait de deviner s'il faisait jour ou nuit.
« ... Donne-moi un nom », déclara le vieil homme.
Il avait un ton... provocateur. Arrogant, aussi. En guise de réponse, Weiss lui adressa un rictus mauvais.
Il avait confiance en lui. Il croyait sincèrement que Weiss ne trouverait jamais. Il avait bien envie de voir cela.
Mais Weiss n'était pas du genre à reculer devant un défi.
Il fallait qu'il essaie. Weiss se redressa. Lentement, il se mit à marcher en cercle autour du vieil homme, le détaillant sous toutes les coutures. Le moindre détail lui fournirait un indice.
Il avait bien réfléchi. Il s'était répertorié chaque divinité dont il avait eu connaissance lors des plongeons synaptiques. Chaque divinité qui aurait un lien de près ou de loin à la Planète.
Omega... Gaïa... Ramuh... Ifrit... Leviathan... Bahamut...
Malheureusement, aucun d'entre eux ne correspondait à ce que pourrait être le vieil homme. Mais en repensant à sa situation, à la présence du vieil homme, aux enjeux qu'impliquait de devenir l'Hôte d'Omega... Pour Weiss, il n'y avait qu'une seule réponse possible.
Encore plus par rapport à Nero...
C'était cet élément qui lui avait mis la puce à l'oreille. Cet élément ainsi que tant d'autres.
« Alors ? J'attends ta réponse. A moins que tu n'aies abandonné », susurra le vieil homme, haineux.
Le rictus de Weiss s'agrandit.
- Abandonner ? Cela serait mal me connaître, vieillard.
Oh oui. Il était sûr de lui. Il était sûr de sa réponse. Weiss laissa éclater un rire sinistre avant de s'approcher du vieil homme, la démarche prédatrice et dangereuse.
- ... Chaos. « Âme forgée de la terre corrompue, étouffant l'impureté, purifiant le courant pour appeler à un destin ultime. Contemplez le puissant Chaos, l'écuyer d'Omega dans les cieux élevés. »
Le vieillard sursauta à cette réponse.
Sa réaction signifiait qu'il avait vu juste.
- ... Dis-moi pourquoi as-tu donné ce nom.
- Je suis Omega. Et Chaos est l'écuyer d'Omega, expliqua Weiss, fier d'avoir réussi à trouver le nom du vieil homme. Tu es trop impliqué dans ce qui pourrait arriver à l'Hôte d'Omega, au devenir de ton Maître.
Le vieil homme se raidit à cette remarque. Le sourire de Weiss ne disparaissait pas.
- Cela expliquerait aussi pourquoi tu as autant de rancœur envers mon frère. Lui aussi est né de ténèbres. Mais toi, tu es fidèle et dévoué. Mais je n'aimerai jamais un autre que mon frère et cela t'enrage. N'est-ce pas ?
- ... Comment oses-tu ?
- Je préférais l'autre forme de Chaos. Vincent, n'est-ce pas ? Désolé, mais je préfère être sincère.
Il remarqua les poings du vieillard se serrer.
Vas-y, passe ta colère et donne-moi les réponses que je désire.
J'ai gagné, pensa Weiss.
Le vieillard éclata d'un rire tonitruant.
Une réaction qui frappa Weiss de stupeur.
- ... Bien essayé. Mais ce n'était pas la bonne réponse.
Pardon ?
Il avait joué ! Il avait joué avec lui en plus !
Le sourire fier de Weiss s'effaça d'un coup de son visage. Il fusilla le vieillard du regard, qui continuait de rire.
- Tu ne peux être que Chaos.
- Malheureusement, ce n'est pas le cas. Je ne peux pas te mentir, de toute manière. Tu aimerais bien mais je te dis la vérité.
Mais il avait vu... Il avait vu sa réaction quand il avait parlé de Chaos !
- ... Tu es quand même lié à lui.
- J'ai besoin d'un nom, Weiss. Autrement, je perds mon temps, grinça le vieillard, las.
- Sans doute. Mais tu as tiqué à son nom. Et tu m'as déjà donné un indice.
Les yeux du vieillard s'écarquillèrent.
- Un indice ?
- « Le diable ne ment jamais ». Ta phrase. Chaos a toute l'apparence d'un diable. Nul doute que tu en es un. Alors, je ne vois qu'autre chose. Diablos. Le Messager sombre.
Le vieillard tourna les talons.
Weiss s'énerva.
- Ne me dis pas que c'est une mauvaise réponse !
- C'est une mauvaise réponse, Weiss, lui rétorqua le vieil homme. Je ne suis pas Diablos. Et j'ai été clément de t'accorder deux essais. Je ne désirais qu'un nom.
Quelle clémence.
Weiss soupira, dépité. Le vieillard lui adressa un dernier sourire provocateur avant d'ajouter :
- ... Tu ne devineras jamais. Et il ne te reste plus que deux jours pour chercher mon nom et obtenir les réponses que tu désires, faux Hôte d'Omega.
« Faux » Hôte d'Omega.
Il adorait retourner le couteau dans la plaie.
Le vieillard disparut.
Et Weiss comprit qu'il allait devoir s'activer sérieusement afin de trouver la bonne réponse et pouvoir ainsi obtenir la vérité qu'il cherche.
Il avait tenu parole.
Vincent regarda les alentours. Wutaï n'avait pas changé. Tous ces temples, ces dojos où s'entraînaient les Ninjas, la quête de la « Tortue Heureuse », les magasins de fèves du Wutaï qui brisaient les dents à ceux qui essayaient de les manger...
Yuffie lui avait tout montré lors de sa dernière visite. Il possédait néanmoins une bonne mémoire. Et les coordonnées envoyées par Shelke allaient lui faciliter la vie.
Vincent marcha jusqu'au lieu indiqué.
Alors qu'il s'approchait, il sentit l'appréhension monter. Il pensa à cette femme, au calvaire qu'elle avait dû traverser...
Comment allait-elle réagir quand elle apprendrait la raison pour laquelle Vincent s'était déplacé ?
Pour lui apprendre une nouvelle qui risquait de lui bouleverser sa vie ?
Ce fut à ce lieu qu'il la découvrit.
La Pâtisserie Dorée de Wutaï. Sur le comptoir, des gâteaux à la fève, au riz, à la banane étaient entreposés. Une musique jouée au violon apportait une sensation de paix, de sérénité, qui procurait le sentiment aux clients que rien ne pouvait les atteindre.
Vincent entra à l'intérieur. Il fut accueilli par une jeune femme de petite taille, d'une stature très fine qui lui adressait un grand sourire de bienvenu.
« Bienvenu à la Pâtisserie Dorée. Que puis-je pour vous ? »
Vincent la détailla.
Des cheveux noirs coupés court au carré, des yeux marrons... Elle était vêtue d'un tablier rose. Elle avait toujours cette fatigue dans les yeux. Mais ce ne fut pas aussi flagrant que sur la photo de son dossier, où elle ne paraissait être plus que l'ombre d'elle-même.
- ... Ophelia ?
Peut-être se trompait-il.
Non. Il n'y avait aucun doute.
- Oui ? répondit la femme, sans cesser de sourire.
Vincent inhala, exhala.
Cela allait être difficile... Il le savait. Ils le savaient tous.
Il fallait faire.
Sans hésiter davantage, il se lança.
- Je suis venu pour vous parler de votre fils.
