OOC : Bonjour à tous. Voici un nouveau chapitre. J'espère que ça vous plaira. Bonne lecture !
PS: tiredvampire92 m'a dessiné une jolie couverture pour l'histoire. Merci à elle! ses dessins sont très beaux!
Ce fut comme un réveil brutal.
Elle n'aurait pas su dire où elle se trouvait précisément. Tout était flou, tout était hasardeux autour d'elle... C'était comme si elle était sous l'eau. Qu'elle n'entendait que des bribes d'écho impossibles à comprendre, à cerner.
Pourquoi ne la laissait-elle pas dormir ?
Pourquoi ne pouvaient-ils pas la laisser mourir ?
Elle n'avait plus peur. Elle n'avait plus cette crainte, cette envie de vivre, de survivre comme à ses débuts en tant que sujet d'expérience. Elle avait cessé de pleurer depuis longtemps. A chaque fois qu'elle était à nouveau enceinte et que cette grossesse était stoppée avant son terme, Ophelia ne pleurait plus les enfants qu'elle aurait pu mettre au monde.
Après tout, ces enfants étaient issus de viols.
C'était peut-être la meilleure chose, quand bien même elle ressentait à chaque fois un pincement au cœur. Plus de larme... seulement un pincement au cœur quand on lui prenait l'enfant et qu'on l'emportait loin d'elle.
Au moins, ils n'auraient pas à souffrir dans ce monde. Ils n'auraient pas à souffrir à cause des humains, des dieux qui étaient si cruels qu'ils avaient autorisé une telle chose.
Tout ce qu'elle voulait à présent, c'était être libérée. Être libérée de tout cela...
Mais malgré toute sa volonté, ses tentatives de suicide avaient été plusieurs fois avortées. Elle était surveillée nuit et jour par les scientifiques.
« Cela ne sert à rien. Tu es trop précieuse à nos yeux. On ne te laissera pas mourir aussi facilement. »
Elle mourrait le jour où ils n'auraient plus besoin d'elle...
Même cela, il ne pouvait pas le lui accorder. Elle ne pouvait même pas choisir sa mort pour échapper à cet enfer.
Juste dormir...
Seulement dormir éternellement... et ne jamais se réveiller.
C'était le destin le plus doux qu'on pouvait lui proposer. Et ils la réveillaient encore...
Pour l'emmener, lui donner un bain, la pomponner...
La préparer pour une énième session. Elle ne pouvait plus les compter.
Et de cette session, elle tomberait peut-être enceinte. Un enfant qui n'arriverait pas à son terme.
Les yeux vitreux, elle rendit le regard au scientifique qui était penché sur elle.
Il la fixait de manière... méprisante, dédaigneuse. Bien sûr qu'il la méprisait. Ils méprisaient tous les sujets. Ils n'étaient que des objets à leurs yeux.
Mais le scientifique cachait ce mépris derrière une attitude affable, polie. Il lui donnait toujours le sentiment qu'elle était importante. Importante pour la science.
« Les résultats de ton test sont arrivés. Tu ne peux plus participer au programme Aphrodite. Tu ne peux plus porter d'enfant car les résultats ont montré que tu étais devenue stérile. »
Elle ne ressentit rien par rapport à cela. Elle ne pensa même pas au fait qu'elle ne serait plus soumise aux sessions. L'idée même de devenir mère, une vraie mère un jour, de sa propre volonté, ne lui effleura même pas l'esprit. Elle avait abandonné ce vœu après sa toute première session.
Non. Elle ne ressentit absolument rien. Même pas du soulagement par rapport au fait que tout ce cauchemar allait s'arrêter.
« Tu nous es inutile. Quelqu'un va venir te chercher. On va te mettre en stase le temps qu'on décide quoi faire de toi. Même si de toi à moi, je pense qu'un sujet inutile n'a aucune place dans ce monde. »
Aucune place dans ce monde...
Elle avait fini par le savoir. Peu importe, son vœu était exaucé.
Elle allait enfin pouvoir dormir... et quand elle se réveillerait, elle quitterait sûrement ce monde.
Elle quitterait tout cet enfer.
C'était ce qu'elle voulait, après tout. Elle rejoindrait tous ces enfants qu'elle avait engendré et qui étaient morts au sein de ces laboratoires.
Elle se mettrait à genoux devant eux. Elle les supplierait de lui pardonner.
Elle ne les avait pas désirés et une part d'elle les détestait mais elle aurait dû les protéger...
Elle avait abandonné.
Mais tout se terminerait bientôt.
Elle se réveilla pour la dernière fois. Cette fois-ci, dans une cuve.
Quelqu'un l'avait sortie de sa stase. Mais quand elle rouvrit les yeux, ce ne fut pas un scientifique qui lui fit face.
Ce ne fut pas un membre de la Shinra, en costard, qui la toisait de haut avec un mépris mêlé à un certain intérêt vis-à-vis de ce qu'elle pouvait apporter.
Non. Cela fut quelqu'un habillé en uniforme de soldat. Pas un milicien mais... une autre sorte de soldat.
« Elle est vivante ! Que quelqu'un vienne me prêter main-forte ! Il faut l'évacuer ! »
La femme ne réagit pas.
L'évacuer...
Mais... depuis combien de temps était-elle restée en stase ?
Elle sentit une violente nausée l'envahir. Mais ses membres, ses bras, ses jambes... Tout avait disparu. Quand on la toucha, elle ne sentait rien. Elle ne ressentait plus rien. Quand elle fut libérée de sa cuve, elle n'eut pas la force de rester debout. Quelqu'un la rattrapa pour l'allonger sur une civière. Elle entendait tous ces cris, tous ces ordres donnés...
Au-dessus d'elle, le ciel... Le ciel noir et orageux. Il n'y avait plus de soleil. Plus rien. Tout était sombre.
Elle elle n'était plus dans un laboratoire. Ou alors, elle se réveillait dans ce qui en restait... des ruines.
Tout avait été détruit autour d'elle...
Ils venaient la retirer d'un enfer pour l'emporter dans un autre ?
Elle sentit le vent lui frapper le visage.
« Rufus a été évacué en hélicoptère ! Est-ce qu'il reste des hélicoptères disponibles ? »
« Il faut évacuer Midgar ! Il faut mettre tous les civils à l'abri avant la Chute du Météore. »
Ils s'étaient réfugiés à l'extérieur, à l'arrière de la boutique. Assis sur un banc, ils étaient à l'abri des regards et des oreilles indiscrètes.
Personne ne bougea. Personne ne parla. Il n'y eut qu'un lourd silence, rythmé de temps en temps par le bruit des véhicules traversant la rue.
Vincent savait que cela serait une épreuve très difficile. Et encore maintenant, il se disait qu'il aurait dû choisir de meilleurs mots, aborder la situation d'une manière plus douce, moins brutale. Mais il avait fait ce qu'il avait pu. Dans tous les cas, cela aurait été la même chose.
Ophelia fixait droit devant elle, le visage dur comme de la pierre. On aurait dit une statue et Vincent fut incapable de lire ses pensées.
Pouvait-il imaginer ce qu'elle ressentait ?
Il avait été sujet d'une expérience aussi. Pouvait-il se mettre à sa place ?
Non.
Lui n'avait jamais été sujet d'un programme d'imprégnation et il n'avait jamais été sujet à des viols organisés pour faire avancer la science.
L'idée en elle-même était horrifique. Et cette femme avait traversé un enfer sur terre.
Et à présent, son passé la rattrapait abruptement.
« ... Je suis désolé. »
Ce furent les seuls mots qu'il pouvait dire.
Je suis désolé. Je suis désolé que vous ayez subi un tel traitement inhumain. Vous ne méritiez pas cela. Vous méritiez d'avancer, de reconstruire votre vie sans qu'on vienne un jour frapper à votre porte pour vous la rappeler et vous replonger dans cette terrible période.
Ophelia ne réagit pas. Vincent baissa la tête. De longues minutes passèrent avant qu'il ne reprenne :
« Vous méritiez de le savoir. Ce que vous décidez d'en faire, c'est de votre seule volonté. »
C'était les mots qu'il fallait dire. Au final, Ophelia sortit de sa torpeur. Elle tourna lentement la tête vers lui.
Néanmoins, elle gardait toujours cette expression fermée. Cette apparence recroquevillée sur elle-même, comme pour se protéger des autres, du monde.
Elle avait encore peur de souffrir...
« ... J'ai un enfant qui a survécu. »
Ce fut tout. La seule phrase qu'elle parvint à articuler, malgré les tremblements secouant sa voix, ce qui était en contraste avec son apparence.
Vincent hocha la tête.
- Oui. Mais... personne ne vous obligera à le rencontrer si vous n'en avez pas la force. Ni même l'envie. Personne ne vous jugera pour votre décision.
Il trouverait les mots à employer quand il reverrait Shiro et Nero. Nero ne comprendra sûrement pas. Il ne comprendra pas pourquoi la mère de Shiro refuse de lui parler. Mais Shiro avait développé une certaine maturité pour son âge.
Cela serait très dur... Mais il finirait par comprendre.
- ... Je n'arrive pas à le croire, chuchota Ophelia alors qu'elle croisait les bras, se penchant en avant, le menton contre sa poitrine. Je n'arrive pas... à le croire.
La statue s'était fissurée. Maintenant, les larmes lui montaient aux yeux.
- Ophelia. Vous n'avez pas à vous infliger cela, fit Vincent.
- C'est... lui qui vous envoie ?
- Oui. Il s'appelle Shiro.
Elle répéta ce nom d'un air absent.
- Shiro...
- Il... il a huit ans aujourd'hui. Il se pose des questions sur d'où il vient, qui sont ses parents. Il voulait savoir qui était sa mère.
Cela fit tressaillir Ophelia.
- Je suis désolé, répéta Vincent en se levant du banc. Vous avez réussi, toute seule, à vous reconstruire... et j'ai peur qu'en rencontrant Shiro, vous sombriez de nouveau.
- Je suis restée pendant trois ans en hôpital psychiatrique, s'exprima Ophelia sans le regarder. En thérapie, disaient-ils. Là-bas, j'adorais faire des gâteaux. De toute sorte. J'adorais cuisiner. Cela m'a... sauvée la vie. Cette passion m'a sauvée la vie et m'a donnée envie de continuer. C'est seulement quand ils m'ont jugée apte à sortir que j'ai pu trouver un appartement, un travail. Je travaille à Wutaï, dans cette pâtisserie depuis trois ans.
- C'est honorable, Ophelia. D'avoir décidé de vivre malgré tout ce que vous avez traversé.
Ophelia ne réagit pas à son compliment.
- Si... cet enfant est comme les expériences de la Shinra... s'il est mauvais comme eux...
Vincent comprit ce qu'elle voulait dire. Il se rapprocha doucement avant de s'agenouiller auprès d'elle, comme un parent ferait pour calmer son enfant.
- Il n'a rien à voir avec eux. C'est un gentil garçon. Il va à l'école, il est curieux, il découvre le monde progressivement... Mais il n'y a aucun mauvais gène en lui. Je peux vous l'assurer.
- Qui s'occupe de lui ?
Il voulut répondre « son oncle », mais il avait peur qu'elle le prenne mal. A la place, il demeura vague :
- Je m'en occupe, avec de la famille.
Malgré tout, il put voir un certain soulagement dans ses yeux. Pourtant, il fut voilé par la tristesse et le choc qu'elle arborait depuis que Vincent l'avait rencontrée.
- Je vois. Et... Shiro désire me rencontrer ?
Vincent répondit par l'affirmative. Mais il devait être clair. Il se devait de clarifier la situation.
- Ophelia... Maintenant, c'est vous et vous seule qui avez les cartes en main. Si vous désirez connaître Shiro, je ferais en sorte d'organiser une rencontre entre vous deux. Si vous ne le désirez pas, je ne vous forcerais pas et je trouverais les mots vis-à-vis de lui. Vous méritez d'être heureuse.
- C'est mon fils, répondit-elle d'une voix monotone, articulant sur chaque syllabe.
Elle se redressa.
- Il doit avoir une mère.
- Ophelia, je pense que vous devriez réfléchir encore un peu. Réfléchir à la situation à tête reposée.
- C'est mon fils...
Elle toisa Vincent, les lèvres tremblantes.
- Je dois le voir, au moins une fois.
- Cela risque d'être très douloureux.
- Je suis stérile. Je n'aurais plus jamais d'enfant. Alors si... Si j'en ai un, je dois faire partie de sa vie.
- C'est honorable, Ophelia. Mais vous devez être prête. Vous devez vous sentir prête. Un enfant est une grande responsabilité, et cela risque de vous faire extrêmement mal. Surtout en raison de votre passif, du contexte dans lequel vous avez engendré votre fils.
Est-ce qu'elle s'en rendait compte ?
Etait-elle réellement prête à assumer le rôle ? Parler d'un sujet et rencontrer la personne en question, c'était deux choses différentes.
Vincent avait peur que cela tourne mal.
- ... Je suis prête, insista Ophelia. Merci de m'avoir prévenue, Vincent Valentine. Je... Vous pouvez rentrer à Edge et dire à Shiro que je désire le voir. Il pourra rencontrer sa mère.
- Ophelia...
- Je suis sûre. Je suis sûre de moi. Je suis une mère. Je me dois de protéger mon enfant, peu importe le reste.
Shiro allait sûrement être ravi.
Mais pour Vincent, Ophelia avait pris cette décision très, trop rapidement à son goût.
Est-ce qu'elle serait d'aplomb ? D'aplomb pour tout cela ?
- ... Si telle est votre volonté.
Il marchait dans le champ d'un pas lent et feutré.
Le jardin était plongé dans le silence de la nuit étoilée. Depuis sa création, il s'agissait de son refuge.
Rien n'avait changé, excepté que de nouvelles fleurs étaient apparues. Des roses noires. Le vieillard se pencha pour en cueillir une, la tenant dans la main droite. Il se moquait d'être piqué. Il ne serait pas blessé.
Minerva parlait d'une Cetra, une Cetra qui veillait sur les fleurs de Gaïa avant qu'elle ne rejoigne la Rivière de la Vie.
Sa mère l'aurait appréciée si elles s'étaient rencontrées.
Le vieillard s'allongea difficilement dans le champ, fixant l'horizon d'un air nostalgique.
Par moment, il l'entendait. Il l'écoutait.
Cela lui offrait une présence, même si cela ne serait jamais comme avant. Même si elle lui manquait toujours.
« ... Je sais que tu es en colère contre moi. Je sais que je t'ai désobéi. »
La nuit le surplombait. Il put sentir sa sévérité à son égard.
« Mais je n'ai pas le choix. Je l'ai trouvé et je veux qu'il comprenne qui il est. Quitte à semer la pagaille sur Gaïa... Pour moi, il s'agit de la seule façon pour le pousser à réagir. »
Ce n'est pas ce qu'il aurait voulu.
« Que faire d'autre ? Je l'appelle, il ne répond pas. Il ne me répond jamais. Je... J'ai peur qu'il m'ait oublié. »
Comment peut-il t'oublier ?
Il n'a jamais cessé de penser à toi. Jamais. Tout comme moi, je n'ai jamais cessé de penser à toi.
« Mais vous êtes loin... Vous êtes tellement loin de moi. »
Nous serons toujours présents.
« J'ai besoin de plus. Même si vous êtes présents, je suis seul. Je me sens tellement seul. »
Ce sont nos rôles. Chacun de nous a un rôle. Tu ne peux pas laisser tes émotions t'empêcher d'accomplir ton rôle.
« J'ai besoin de plus que d'être un simple rôle. Mais on dirait que vous ne l'avez jamais compris. Si toi, tu ne peux pas venir à moi alors il viendra à moi. Quitte à commettre ces choses sur Gaïa. »
Tu te rends bien compte que la Déesse va réagir si tu continues comme ça. Tu ne peux pas faire ce que tu veux.
« Tu ne désires pas le revoir non plus ? »
Un silence.
Si. Bien sûr que si. Il me manque aussi. Mais j'ai une tâche à accomplir et on a toujours décidé que cette tâche devait être respectée en priorité.
« Je ne resterais pas dans le moule. »
Alors, tu en subiras les conséquences. Je ne pourrais pas t'aider. Tout comme tu as décidé de jouer à ce petit jeu avec l'Hôte d'Omega. Si jamais tu perds à ce jeu...
« Je ne perdrais pas à ce jeu. De toute façon, Weiss est un idiot. Il est arrogant, imbu de sa personne. Il ne trouvera jamais. »
Si jamais tu perds à ce jeu, tu devras respecter ta parole. Tu devras accomplir ta part du marché. Tu as pris d'énormes risques. La Déesse te le fera payer cher.
« Ce n'est qu'un humain qui se prend pour un dieu. »
Il n'est pas humain.
Le vieillard soupira.
Il était sûr de lui.
« Omega l'a rejeté. Il ne veut pas le devenir. Alors, il n'y a aucun risque. »
Prends garde à toi. Reste éloigné des ténèbres.
« Je veux seulement embrasser les ténèbres. »
Tu sais ce que je veux dire.
Puis, plus rien. Elle avait disparu aussi vite qu'elle n'était apparue.
De toute manière, il y était habitué. Il était habitué à cela.
Il n'a jamais cessé de penser à toi.
Cette phrase le plongea dans de profondes réflexions.
Peu importe, le vieil homme continuerait. Mais peut-être ne s'y prenait-il pas de la bonne manière ?
Peut-être que pour avoir une réponse, il devait faire autrement.
S'il pensait réellement encore à lui, alors peut-être réagirait-il à cet appel particulier.
Le vieillard se leva et posa délicatement la rose noire au sol. La fleur disparut avant de réapparaître, plantée une nouvelle fois au même endroit où il l'avait cueillie.
Il devait essayer.
Si les Chiens de l'enfer ne fonctionnaient pas, il existait d'autres moyens.
« C'est pour qui, les petites Matérias ? Hein ? C'est pour nous ! Ou devrais-je dire, pour moi ! La Ninja la plus redoutable du Wutaï ! »
Les bras remplis de Matérias, Yuffie ne put s'empêcher de s'esclaffer et de montrer ses trésors à chaque passant. La pêche avait été bonne et elle était très heureuse que Lorraine l'ait accompagnée. A côté d'elle, la jeune fille fit la moue.
« Tu as dit « nous », Yuffie ! »
Yuffie ricana.
- Oui. Excuse-moi, excuse-moi. Partenaire !
Cela fit sourire la petite fille. Son Moogle sur les épaules, elle sécurisait les Matérias qu'elle portait dans les bras, ayant peur que Yuffie ne les lui vole. Néanmoins, Lorraine était impatiente de pouvoir les essayer durant la session d'entraînement.
- Elle va me disputer ! On est en retard, soupira Yuffie en consultant l'heure.
- Je te protégerais, lui assura Lorraine.
- Je l'espère !
Alors qu'elles marchaient dans la rue, elles passèrent devant un couple qui arrivaient de la direction opposée.
Un couple composé d'un homme qui entourait les épaules de sa femme, cette dernière conduisant une poussette contenant un bébé à l'intérieur.
Alors qu'ils disparurent à l'horizon, Yuffie continuait de se vanter.
- Je suis tellement contente d'avoir une assistante comme toi. N'en déplaise à Shelke, tu deviendras rapidement une experte hors pair des Matérias qu'elle le veuille ou non et—
Elle s'arrêta.
Lorraine ne la suivait plus.
Yuffie se retourna pour voir la petite fille lui faire dos, fixant la direction qu'avait pris le couple de passants qu'elles venaient de croiser.
Yuffie cessa de se vanter, de plaisanter. Doucement, elle s'approcha de Lorraine. La petite fille avait baissé la tête. Les lèvres tremblantes, elle était au bord des larmes.
Oh...
Yuffie posa les Matérias par terre (en faisant en sorte de garder un œil sur elles au cas où quelqu'un les lui subtiliserait), et s'agenouilla auprès de la petite fille pour l'attirer doucement vers elle.
- Désolée, s'excusa Lorraine, la voix cassée, je veux... J'essaie de ne pas...
- Chut. Tu n'as pas à t'excuser.
Yuffie lui caressa doucement les cheveux.
- Tu sais... Au bout du temps, cela passera. Tu n'oublieras jamais tes parents, mais... cela se transformera en quelque chose avec lequel tu pourras vivre. Tu auras toujours ces moments qui ne disparaîtront pas, mais tu apprendras à vivre avec.
Pour avoir perdu des êtres chers, Yuffie savait ce qu'on ressentait.
Notamment Aerith et...
- Je sais... Tata Shelke me le dit.
- Et Tata Yuffie a toujours de bons conseils !
Quand bien même Jin Satsu méritait d'être oublié... Yuffie espérait qu'il n'ait pas rejoint la Rivière de la Vie et qu'il brûle quelque part dans les feux de l'enfer.
Comment une ordure pareille avait-il pu élever une petite fille aussi adorable ?
Quoique... la même chose pouvait s'appliquer à Nero et Shiro.
Cela emplit Yuffie d'amertume. Alors qu'elle ramassait les Matérias, Lorraine l'interpella.
- Dis...
- Hm ?
- J'aime bien... faire ces chasses avec toi. Mais... Parfois, j'aimerais bien avoir des amis de mon âge, lui avoua timidement Lorraine.
Yuffie fronça les sourcils, confuse.
- Bah... et à ton école ? Tu n'as pas d'amis dans ta classe ?
Lorraine secoua la tête.
- Je sais que je vais déménager de toute façon. Reeve Tuesti a parlé de gens qui seraient potentiellement mes parents. Et je serais obligée de changer de ville. Changer d'école.
- Mais tu peux garder contact ? proposa Yuffie.
- J'avais un... ami. Avec qui j'adorais jouer aux Moogles. Je l'ai croisé à l'ORM. Mais... on ne s'est plus revus. Il ne me parle plus, alors...
Oh.
Yuffie sentit un pincement au cœur à cette remarque.
Cela lui coûtait de devoir lui mentir...
- Peut-être qu'il est occupé, prétexta la Ninja. Tu sais, je pense qu'il doit avoir beaucoup de problèmes à gérer de son côté.
- J'espère. J'espère que ce n'est pas à cause de moi. Et qu'on pourra se revoir.
Non... Bien sûr que non.
Ce n'était pas à cause de Lorraine. Mais des circonstances.
- Heu... Bah, tu as Denzel et Marlène aussi. Pourquoi tu ne les appelles pas plus souvent ?
- Ils sont plus âgés et... je les trouve distants.
Oui.
Quand ils avaient su par les infirmières que Shiro et Lorraine s'étaient croisés à l'ORM, après que Nero se soit rendu et que Shiro ait été transféré à l'aile médicale, ils s'étaient tous mis d'accord pour qu'il n'y ait pas de nouvelle rencontre. Alors, même si Lorraine croisait Denzel et Marlène qui se trouvaient dans la même école que Shiro, Barret les avait invités à ne pas mentionner Shiro en présence de Lorraine. Ils devaient faire comme s'ils ne le connaissaient pas. La même chose s'appliquait pour le cas inverse. Ni Denzel, ni Marlène ne devaient mentionner Lorraine en présence de Shiro.
C'était mieux pour eux tous. Ce n'était pas une décision qu'ils auraient pris en temps normal. Mais... Nero avait tué les parents et la sœur aînée de Lorraine.
Et de l'autre côté, Jin Satsu avait brisé l'enfance de Shiro quand il était scientifique à la Shinra.
Cela risquait d'avoir des répercussions sur la suite. Des répercussions violentes si l'un ou l'autre enfant disait quelque chose qui mettrait la puce à l'oreille à l'autre.
Autant les éloigner l'un de l'autre. Shiro et Lorraine étaient tout juste en train de se reconstruire.
- Hé, Lorraine.
- Hm ?
- Tu te feras d'autres amis. Des amis que tu garderas. D'accord ?
Lorraine ne parut pas être convaincue. Toutefois, elle hocha la tête, entendant les mots de Yuffie.
- Bon, fit la Ninja, changeant de sujet. Et si on commandait des gyoza ? Shelke sera moins sévère si on lui en rapporte.
Un sourire ravi apparut sur le visage de la petite fille.
- Je suis d'accord !
- Allez, c'est parti ! Les chasseuses de Matérias s'en vont commander des gyoza !
Lorsque Vincent revint de Wutaï et sonna à la porte de l'appartement, accompagné par Shelke, cela fut pour leur annoncer la nouvelle.
Quand Shiro avait su que sa mère était vivante, il avait eu peine à le croire. Mais ce que déclara Vincent balaya tous ses doutes.
« ... Ta mère désire te rencontrer. »
Shiro écarquilla les yeux de stupeur. Son cœur se mit à battre la chamade.
Sa mère... était vivante ? Et plus que tout, elle voulait le rencontrer autant que lui voulait la rencontrer ?
- C'est... C'est vrai ? demanda-t-il, pour confirmation.
Vincent hocha la tête.
- Elle habite à Wutaï. Elle y tient une pâtisserie. Mais... elle est d'accord pour faire le trajet pour venir te voir.
Il couvrit sa bouche, sidéré.
Mais passé le choc, il sentit une immense joie et une forte excitation l'envahir de tout son être.
- Je... je vais enfin rencontrer ma mère !
Il n'y avait aucun mot pour décrire ce qu'il ressentait actuellement.
Il allait enfin savoir d'où il venait.
Il allait enfin avoir une mère. Une mère avec qui il pourrait partager des moments. Avoir une vie de famille comme les autres enfants.
- Merci ! Merci ! répéta Shiro à destination de Vincent.
Pourtant, Vincent ne parut pas partager son bonheur. Il gardait le visage fermé mais Shiro ne s'en rendit pas compte. A côté de lui, assis sur le canapé, Nero se rapprocha de son enfant pour l'attirer vers lui et l'étreindre.
- Je suis content pour toi, Shiro.
Néanmoins, à l'instar de Vincent, quand bien même Nero paraissait ravi pour lui, son ton demeurait réservé, neutre. Shiro sourit et lui rendit fortement son étreinte.
- Bientôt, ajouta Nero, tu pourras retrouver ta mère ET ton père.
Shiro enfouit son visage dans son torse.
- Je ne demandais pas mieux !
Nero cessa de l'étreindre. L'enfant s'empressa de demander à Vincent :
- Quand arrive-t-elle ?
- Normalement, demain dans la matinée.
- Il faut que je me prépare ! Il faut que je me fasse beau !
- Shiro, calme-toi, le reprit doucement son oncle.
L'enfant était trop excité pour rester en place.
- Tu crois qu'elle acceptera de me faire goûter ses pâtisseries ?
- Ce sera à toi de lui demander. Mais... Shiro, l'avertit Vincent. Peu importe ce qu'elle te dira... Essaie de rester compréhensif et ouvert d'esprit. D'accord ?
Un peu perplexe, Shiro ne comprit pas où Vincent voulait en venir. Néanmoins, il accepta. Se montrer compréhensif...
Bien sûr qu'il le serait.
« Nero »
Alors que Vincent et Shelke quittaient l'appartement, Shelke revint sur ses pas. Elle se retourna vers Nero.
Elle sortit quelque chose de son sac et le lui tendit.
Nero fronça les sourcils en remarquant le dossier qu'elle avait à la main.
« ... Qu'est-ce que tu veux que je fasse avec cela ? »
Shelke ne lui adressa aucun sourire.
- Cela te concerne. Tu en fais ce que tu veux.
Etonné, Nero reçut néanmoins le dossier dans les mains.
Alors que Shelke s'éloignait avec Vincent, Nero referma la porte derrière eux.
Quand il ouvrit le dossier, la première page indiqua une fiche avec le nom et le prénom du sujet.
Nero ne tarda pas à reconnaître le nom et comprit pourquoi Shelke disait que cela « le concernait. »
Cela le rendit fou de rage.
Elle était idiote.
Elle n'avait pas compris qu'il ne le voulait pas ?
Il insulterait Weiss s'il faisait une telle chose ! Qu'est-ce qu'elle ne comprenait pas dans cette phrase? Il avait été clair! Et maintenant, Shelke lui ramenait un dossier... Ce dossier...
Pourquoi avait-elle fait cela?
Nero inhala, exhala, essayant de faire taire cette colère qui menaçait d'imploser.
Puis, les mots de Vincent traversèrent son esprit, le calmant peu à peu.
Essaie de penser à toi-même, Nero. Au moins de temps en temps. Cela pourrait chasser tes rêves.
L'ancien Tsviet demeura silencieux.
Penser à lui-même...
Cela n'impliquait pas cela. Certainement pas. Vincent avait tort. Ce n'était pas parce qu'il recherchait activement les parents de Shiro que lui-même désirait connaître ses origines.
A quoi cela servirait de toute manière? La mère de Shiro était en vie. Et Weiss l'était aussi.
Tout le contraire de sa situation...
Non. Il ne ferait pas cela. Il allait jeter ce dossier.
Ou juste... le ranger quelque part et ne plus y toucher.
Nero le referma et se dépêcha de rejoindre Shiro dans le salon.
