OOC : Bonjour à tous. Voici un nouveau chapitre. J'espère que ça vous plaira. Bonne lecture !
Il aurait dû le jeter.
Durant toute la soirée, Nero avait essayé de s'occuper l'esprit. Il avait essayé de penser à autre chose en préparant le dîner, en s'attelant aux tâches habituelles de la maison, en lavant ses revolvers tandis que la joie de Shiro était à son comble, l'enfant excité courant partout dans l'appartement pour essayer diverses tenues afin de se préparer à la visite du lendemain. En même temps, il lui posait diverses questions, dont beaucoup auxquelles Nero n'avait pas forcément la réponse.
« Tu crois que je dois me faire beau ? Ou est-ce que je dois rester au naturel ? Dis, tu crois qu'on pourra aller au parc tous les deux ? Je ne sais pas du tout quel sujet aborder. Je suis inquiet. Est-ce que je dois la saluer en lui disant « bonjour, maman » ? Est-ce que tu penses qu'elle acceptera même de me laisser l'appeler maman ? »
Nero lisait un livre que Tifa avait rapporté à sa demande. Il n'était pas un très grand lecteur, mais il commençait à se lasser de ces journées à faire le ménage et à regarder la télévision en attendant le retour de Shiro. Même se rendre plusieurs fois par jour à la salle d'entraînement, qui lui était d'ordinaire nécessaire, l'agaçait. Il avait besoin de faire autre chose, alors pourquoi ne pas se mettre à lire ?
A Deepground, ils avaient des livres. Des livres de thèse, des livres sur la science... Celui que lisait Nero était particulier. Rien à voir. Une histoire étrange avec des personnages que Nero s'efforçait de suivre et de comprendre. Les descriptions étaient assez graphiques et par moment, l'ancien Tsviet sautait quelques pages afin de parvenir plus rapidement à la suite de l'intrigue.
Mais en même temps que les mots s'immisçaient dans sa tête, une seule pensée revenait à chaque fois.
Ce dossier.
Il l'avait caché dans sa chambre, sous le lit. De cette manière, Nero serait moins tenté d'y penser s'il était hors de sa vue. Mais malheureusement, réprimer ses pensées le conduisait à s'y attarder encore. A penser au contenu du dossier, à ce qu'il représentait, à la personne qui en était le sujet...
Pourquoi y pensait-il autant ?
Est-ce que Vincent avait raison ? Etait-ce en raison du fait qu'il recherchait les parents de Shiro ? Et que cela avait fini par lui monter à la tête ? Au point de vouloir connaître ses propres origines ?
Avait-il déjà été curieux de la connaître ?
Oui. Bien sûr. Mais cela ne durait que quelques instants avant de passer à autre chose. Ils n'avaient pas le temps pour les sentiments, à Deepground. Même si Nero l'avait désiré, il n'aurait jamais eu le temps de la rechercher. Pas dans un tel contexte.
Et ici, on lui présentait des recherches sur un plateau d'argent.
Nero essaya de se reconcentrer sur son livre, tâchant d'effacer ces pensées. Non. Il n'avait pas le droit.
C'était avant tout la sienne... La sienne avant celle de Nero. S'il décidait de lire le dossier et que Weiss l'apprenait... Nero avait peur qu'il lui en veuille. Il n'avait pas le droit de poser de questions sur celle qu'il avait tuée à la naissance avec ses propres pouvoirs. Sa première victime.
Tant pis. Weiss était celui qui lui importait le plus. Il se moquait bien de cette personne. Cela n'avait jamais été plus... qu'une inconnue pour Nero.
Oui. Une inconnue.
Alors, pourquoi n'arrivait-il tout simplement pas à le jeter ?
Pourquoi il ressentait un tel pincement au cœur à cette idée ?
« Alors ? Je suis beau comme ça ? » entendit-il Shiro.
Cela le coupa dans ses pensées. Nero reporta son attention sur lui, conscient d'être ailleurs.
Quel imbécile. C'était un grand moment pour Shiro et Nero l'écoutait à peine.
Son oncle le détailla. Il arbora un sourire ému en remarquant qu'il portait le tee-shirt blanc de son père qui était de dix fois sa taille. Shiro se gratta l'arrière de la tête, un peu gêné.
- Tu es très bien.
- Tu es sûr ? J'ai l'impression que je devrais être plus... solennel, avoua Shiro, incertain.
Nero plia son livre et le posa sur la petite table basse devant lui.
- Je pense que tu dois être toi. Cela ne sert à rien de te présenter sous un déguisement. Ton père a appris à m'aimer tel quel, déclara Nero en inclinant la tête sur le côté, ne détachant pas son regard du tee-shirt de l'enfant.
L'enfant lui rendit son sourire avant de s'asseoir près de lui sur le canapé.
- Merci, au fait.
- Hm ?
Cela étonna Nero. Il le dévisagea, perplexe.
- C'est grâce à toi si... j'ai autant hâte. Je vais pouvoir enfin la rencontrer. Rencontrer ma mère, avoua le petit garçon.
- C'était ce que tu désirais, Shiro, répondit Nero d'un ton léger.
Shiro opina du chef avant de se rapprocher de lui, posant la tête sur son épaule. Un léger silence tomba entre eux. Personne n'eut besoin de parler. Shiro regardait droit devant lui, l'expression dans le vide.
- J'en ai rêvé. De ma maman. J'essayais d'imaginer à quoi elle ressemblait. Est-ce qu'elle était belle, est-ce qu'elle était douce, qu'est-ce qu'elle aimait faire et ce qu'on aurait pu partager ensemble... Je me suis imaginé toutes ces choses.
Nero ferma les yeux à cette remarque.
Sa mère à lui devait être très belle. On racontait qu'elle était une mère exceptionnelle à Deepground. Ce n'était pas pour rien qu'elle avait été la mère de l'Empereur.
Oui. Aucun doute. Weiss devait avoir hérité de sa beauté. De sa perfection. Ressemblait-elle à un ange aussi ? Comme Weiss lui-même avait été son ange gardien ?
Pourquoi est-ce qu'il y pensait ?
- Tu crois qu'on pourra se voir souvent ? Ma mère et moi ? lui demanda timidement Shiro.
Cette question fit tressaillir Nero. Lentement, il se tourna vers Shiro.
Ses yeux trahirent immédiatement ses pensées. Il n'avait pas envisagé cela. Et si... la mère de Shiro désirait le reprendre ? Le prendre avec lui ? Qu'il habite avec elle ?
Que Nero se retrouve seul...
Qu'il soit séparé de cet enfant si précieux...
- Oh. Papa Nero ! Non. Ce n'est pas ce que je voulais dire !
L'enfant le connaissait tellement bien. Shiro s'empressa de le rassurer, posant sa petite main sur la sienne pour l'inciter à le regarder tandis que Nero le dévisageait avec angoisse et tristesse.
- Ecoute, déclara Shiro alors qu'il cherchait ses mots. Je souhaite juste apprendre à la connaître. Promis. Juste cela. Je... ce n'est pas parce que... j'aurais ma mère que je vais t'oublier. Je ne vais pas t'abandonner. Pas après tout ça. J'ai juste besoin de la voir. Et si elle veut que je parte avec elle, je refuserai ! Je veux juste qu'on reste ensemble et qu'il n'y ait rien pour nous séparer.
Nero abaissa doucement le regard.
Il n'eut rien à répondre face à cela.
- Papa Nero ?
C'était tellement lui.
- Même encore maintenant, tu lui ressembles tellement, articula-t-il dans un chuchotement, essayant de contenir tant bien que mal ses angoisses et sa jalousie grandissante à l'égard de cette femme qu'il commençait à percevoir comme une rivale dans le cœur de Shiro.
C'était ridicule.
- Je suis content pour toi, finit-il par avouer à contrecœur. Je suis content que tu revoies ta mère et que tu aies des liens avec elle. Je sais que... j'ai comblé l'une des deux choses qui te manquait. Mais je ne pourrais jamais combler à moi seul ton absence de mère. Tu en as besoin et je ne peux pas t'en priver.
Cela lui coûtait tellement de lui dire ces choses.
Il désirait garder Shiro avec lui. Rien de plus. Il était hors de question qu'on le lui prenne. Qu'on le lui prenne comme on lui avait pris Weiss. C'était lui qui avait élevé Shiro pendant trois ans. Ce n'était pas cette femme...
Mais il ne pouvait pas se montrer égoïste quand il avait déjà privé son frère bien-aimé de sa mère.
Il n'allait pas priver Shiro de sa mère.
Shiro enfouit son visage dans son torse, ses bras s'enroulant autour de sa taille.
- ... Merci, Papa Nero, répondit-il dans un murmure reconnaissant. Merci... vraiment.
Nero lui rendit tant bien que mal son étreinte, sentant son propre corps trembler.
Il avait envie de pleurer... Mais il se retenait. Il intériorisait toute la peine qu'il ressentait en même temps qu'il réprimait toute envie de lire ce fichu dossier qui hantait ses pensées.
Il n'allait pas faire cela.
Il n'allait pas tout gâcher et ruiner la chance de Shiro d'avoir une mère.
Il le méritait plus que quiconque.
Nero n'était rien en comparaison.
Ce fut le jour J.
Portant le même tee-shirt blanc que la veille, Shiro quitta l'école en compagnie de Marlène qui faisait le trajet avec lui. Son cartable sur le dos, il sentit comme une boule à son estomac. Shiro inhala, exhala, essayant de ne pas le montrer. Malheureusement, Marlène le connaissait et l'avait déjà senti.
« Tu es nerveux. Tu n'as pas mangé ton déjeuner à midi », soupira-t-elle, le ton sévère.
Shiro détourna le regard, poursuivant sa route.
- C'est juste que... je n'avais pas envie de ne pas avoir faim pour le goûter. Si on mange ensemble quelque part... je ne veux pas être impoli.
- Hé, Shiro ! Tu es son fils. Elle ne le prendra pas mal ! sourit Marlène en lui tapotant le dos. Tu n'as pas à être angoissé !
Shiro s'arrêta.
- Shiro ?
- Je suis désolé, lui répondit-il, le regard sombre.
- Pourquoi ? s'étonna Marlène.
- Je...
Comment s'exprimer ? Lui qui se pavanait, qui était tellement heureux à l'idée de retrouver sa mère... Il avait complètement oublié les sentiments de Marlène. Ou même de Denzel.
- Tu n'as pas connu ta mère non plus. Et moi, la mienne revient et—je n'ai pas pensé à toi et à ce que tu devais ressentir, déclara-t-il, gêné.
Néanmoins, Marlène ne parut pas le prendre mal. Sans cesser de sourire, la petite fille se rapprocha de lui pour lui prendre doucement le bras.
- Ne le sois pas. Et puis, ma mère ne me manque pas tant que ça. Je suis très contente avec Tifa, Barret, Cloud et Denzel ! C'est vrai que les parents de Denzel lui manquent de temps en temps mais... on ne va pas t'en vouloir d'être heureux, Shiro. Tu le mérites.
Shiro se sentit rougir avant de hausser les épaules, afin de diminuer sa gêne.
Cela lui faisait très plaisir de l'entendre dire cela.
- Merci...
- Tiens. Je pense que tu devrais lui offrir des fleurs, fit Marlène alors qu'elle pointait du doigt une petite boutique de fleurs au loin. Cela fait toujours plaisir. Offre-lui des lys. Pour les retrouvailles.
- Tu le crois ? Tu as l'air de t'y connaître en fleur.
Marlène lui adressa un fin sourire, une certaine amertume dans ses yeux.
- Oui. Je m'y connais beaucoup grâce à quelqu'un.
Shiro suivit le conseil de Marlène et, avec l'argent que lui donnait Cloud, il acheta une fleur de lys.
L'heure du rendez-vous approchait. Quand Shiro revint à l'appartement, Nero fut surpris de voir la fleur de lys que tenait l'enfant dans sa main. Néanmoins, il ne posa pas de question et le laissa entrer.
« Tu veux manger ? » lui proposa doucement son oncle.
Shiro secoua la tête. Il prit une nouvelle inspiration, sentant la nervosité monter en lui une nouvelle fois.
- Non. Je ne peux rien avaler. Et puis... On... On va sûrement aller quelque part.
Nero ne changea pas d'expression. Pourtant, il ne posa pas plus de question. Shiro consulta l'heure.
Dix minutes. Ils avaient rendez-vous au parc à côté de chez lui.
- Je peux venir avec toi ? demanda une nouvelle fois Nero d'une petite voix. Si cela peut te rassurer...
Plusieurs fois, Nero lui avait proposé de l'accompagner. Plusieurs fois, Shiro avait failli accepter.
Mais... Non. C'était mieux ainsi.
- Je dois le faire seul.
- Je comprends.
- Tu es sûr ?
- Oui. C'est ton moment à toi. J'interviendrais seulement si les Turks vous dérangent.
- Je peux compter sur toi pour cela. Mais s'il te plaît, ne les tue pas. D'accord ?
- Hm. Je ne garantis rien.
Quand bien même son oncle ne cachait pas sa déception, il se pencha vers Shiro pour lui caresser doucement les cheveux en guise d'affection. Son ton mi-plaisantin mi-sérieux rassura quelque peu l'enfant aux cheveux blancs.
Il était sincère dans ce qu'il avait dit la veille.
Il avait besoin de sa mère dans sa vie.
Mais il avait encore plus besoin de Nero.
- Tu vas être en retard, lui souffla son oncle alors qu'il se séparait de lui.
Shiro veilla à ne pas oublier la fleur de lys qu'il avait acheté pour sa mère. Il prit une profonde inspiration et, alors qu'il s'avançait vers la porte, il adressa un dernier signe de main à Nero, auquel son oncle s'empressa de répondre.
Puis, Shiro ouvrit la porte et quitta l'appartement.
Il allait enfin rencontrer celle dont il avait tant rêvé.
Dans le parc, assis sur le banc, Shiro attendit, un grand sourire impatient sur le visage. Il observa dans toutes les directions, scrutant l'apparition d'une femme du Wutaï qui correspondait à la description que lui avait donné Vincent.
Deux minutes avant le début du rendez-vous. Shiro veillait à tenir correctement sa fleur de lys via ses deux mains.
Au loin, il put voir les deux Turks habituels, Reno et Rude, qui prenaient un café à l'extérieur de sa voiture. Shiro poussa un petit soupir.
Il espérait qu'ils ne les dérangent pas.
Nero s'en assurait, mais il avait toujours peur que son oncle en vienne aux extrêmes.
Non. Ils ne feraient rien. Pas un tel jour.
Une minute...
Shiro se sentit trembler. Des gouttes de sueur lui collèrent aux cheveux. Il était nerveux. Tellement nerveux. Il essayait de faire bonne impression, mais c'était trop dur de ne pas cacher son appréhension.
Qu'est-ce que sa mère dirait en l'apercevant ?
Est-ce que ses cheveux blancs le dérangeraient ?
Comment se comporterait-elle envers lui ? Est-ce qu'elle se montrerait accueillante, compréhensive, froide ?
Haineuse ?
Non. Shiro allait bien se comporter. Il avait promis à Vincent d'être ouvert d'esprit. De se montrer compréhensif à l'égard de cette femme, par rapport à ce qu'elle risquait de lui dire et de la manière dont elle réagirait.
Oui. Il pouvait faire cela.
Shiro consulta sa montre.
L'heure était passée.
Elle n'allait plus tarder, maintenant.
Shiro demeura immobile à sa place, laissant ses pieds se balancer tandis qu'il observait les alentours avec attention.
Enveloppée dans un grand manteau rouge, la femme s'avança vers le lieu du rendez-vous, presque méconnaissable.
Alors qu'elle s'approchait du petit parc, elle s'arrêta brusquement quand elle s'aperçut que quelqu'un l'attendait déjà. A l'endroit même, au banc indiqué.
Ophelia sentit son cœur s'accélérer dans sa poitrine. Ses jambes s'alourdirent tandis qu'elle risqua un autre pas.
Elle souhaitait d'abord voir... à quoi il ressemblait.
Par curiosité, la femme s'avança à pas feutrés pour observer discrètement la silhouette assise sur le banc, se cachant derrière un arbre où elle serait hors du champ de vision de celui qu'elle était sur le point de rencontrer.
Quand son regard s'attarda sur l'enfant, qui contemplait partout à la recherche d'un signe de l'arrivante, le souffle d'Ophelia se coupa.
Un frisson parcourut l'échine de la femme tandis qu'elle détaillait avec peine l'apparence de l'enfant.
Des cheveux blancs... des yeux bleus...
La femme fit un mouvement de recul. Ses lèvres tremblèrent tandis que sa vision s'embuait. Elle se couvrait la bouche, luttant tant bien que mal afin de ne pas éclater en sanglots.
Elle avait un fils.
Elle avait un fils qui avait l'apparence de tout ce que la Shinra prônait.
Dans son esprit, les souvenirs douloureux, comme si on avait déverrouillé la boîte dans laquelle ils avaient été enfouis, se libérèrent en masse, assaillant son cerveau avec une telle rage qu'elle fut incapable de se concentrer sur son environnement.
Elle revoyait ces visages.
Elle revoyait ces scientifiques, ces soldats, ces expériences qui l'avaient prise contre son gré, qui l'avaient monté, qui lui avaient fait mal jusqu'au sang...
Elle se revoyait... alors qu'elle assistait à l'avortement d'un énième enfant, à une énième fausse couche...
Ce scientifique qui lui annonçait qu'elle était stérile.
Tu nous es inutile.
La femme ferma les yeux, étouffant ses pleurs en se couvrant le visage dans le manteau.
Vous avez réussi, toute seule, à vous reconstruire... et j'ai peur qu'en rencontrant Shiro, vous sombriez de nouveau.
Oui. Elle comprenait ce qu'avait voulu dire Vincent.
Vous devez vous sentir prête.
Elle avait cru l'être... elle avait cru être prête.
Mais en arrivant, elle ne croyait pas être aussi dégoûtée par la vue de son propre enfant. Ce n'était pas en raison de son apparence. Non. Loin de là.
Mais il la dégoûtait en raison de ce qu'il représentait...
Toutes ces années qu'elle n'avait pas mérité.
Vous méritez d'être heureuse.
Oui, elle le méritait. Elle méritait de vivre des instants qui lui avaient été volés. De se reconstruire, de s'adonner à sa passion...
Il s'agissait de son seul enfant. Le seul qu'elle n'aurait jamais.
Mais... cela fut au-dessus de ses forces.
Une part d'elle désirait le rejoindre, malgré tout. Une part d'elle voulait s'approcher de ce banc, aller à la rencontre de cet enfant qui l'attendait impatiemment...
Je suis une mère.
Non. Pourquoi devait-elle mentir à ce point ? Pourquoi devait-elle se mentir à elle-même ? Elle croyait être une mère. Mais elle n'était pas capable de prendre soin d'elle.
Alors, prendre soin d'un enfant, quand bien même il n'était pas responsable de ce qui lui était arrivé... Comment le pouvait-elle ?
Un enfant qui la répugnait.
La femme referma son manteau. Cachant son visage, elle prit une longue inspiration.
Alors qu'elle s'éloignait de l'arbre, qu'elle quittait le parc, elle adressa un dernier coup d'œil à l'enfant par-dessus son épaule.
L'enfant n'avait pas bougé.
Il l'attendait. Il attendait sa mère qui lui avait promis de venir. Qui avait promis de venir le chercher...
Un air résigné sur son visage, la femme reprit lentement sa route, regardant droit devant elle, sans jamais se retourner.
Au début, le retard ne le surprit pas.
Il croyait seulement qu'elle s'était perdue. Qu'elle ne trouvait plus le parc. Qu'elle demandait son chemin aux passants.
Qu'elle allait tarder à arriver, mais qu'elle viendrait. Qu'elle apparaîtrait devant lui. Que leurs regards se croiseraient.
Alors, Shiro ne bougea pas. Il ne quitta pas son banc.
Il l'attendrait. Elle était venue pour le voir. Pour lui.
Vincent lui avait dit de se montrer compréhensif. D'être ouvert d'esprit... Il lui avait promis qu'il ne lui en voudrait pas.
Il croyait seulement qu'elle s'était perdue...
Alors, il l'attendrait.
Il attendit une heure.
Puis, deux heures.
Puis, trois heures.
Le ciel s'assombrissait au-dessus de lui. Il devint orangé, tapissé de nuages noirs qui se déplaçaient sans un bruit.
Shiro n'avait pas lâché sa fleur.
Mais son sourire avait quitté son visage depuis longtemps.
Il se releva doucement de son banc, fixant un point invisible là où se situait la grande allée du parc.
Personne ne venait.
Il s'était promis de l'attendre.
Il espérait. Elle viendrait.
Sa maman finirait par apparaître, n'est-ce pas ?
Il le supplierait presque.
Il voulait sa maman.
Elle viendrait... oui. Il devait seulement l'attendre. Encore un peu. Encore longtemps.
Il croyait seulement... qu'elle s'était perdue.
« Tifa ! C'est une super nouvelle ! »
Tifa venait de révéler le secret qu'elle avait gardé depuis quelques jours, maintenant. Elle venait de le révéler à toute la tablée.
Barret, Denzel, Marlène, Yuffie, Shelke, Cid, Vincent, Red XIII...
Et Cloud, qu'elle prit doucement par la main.
« On va être parents, Cloud », répéta-t-elle doucement pour être sûre qu'il ait bien entendu.
Cloud... ne réagit pas immédiatement.
Même si, quelque part, au fond d'elle, elle aurait apprécié que Cloud montre de la joie, montre une certaine réaction au fait qu'ils allaient être parents d'un petit... Elle savait depuis longtemps qu'il ne fallait pas espérer plus.
Cloud avait sa manière de réagir.
Elle garderait cet enfant. C'était tout ce qui importait à l'heure actuelle.
« Je vais être tata ! » s'écria Yuffie alors qu'elle enlaçait Shelke, qui lui rendait son étreinte avec moins d'enthousiasme, n'étant pas habituée à être enlacée.
Marlène se jeta dans les bras de Barret qui attrapa sa fille contre lui pour la soulever dans les airs, en même temps qu'il donnait une petite tape dans le dos de Cloud, un sourire excité sur le visage.
- On va fêter ça ! Bravo, collègue !
- Hm.
Cloud se contenta d'hocher la tête en guise de réponse.
- Bien sûr qu'on va fêter ça ! Hé, Vincent ! Tu te joins à moi ? lui lança Cid.
- Tu vas encore rouler sous la table alors... il faut quelqu'un pour te surveiller, approuva Vincent alors qu'il le rejoignait au bar.
- On va avoir un petit frère ou une petite sœur ? demanda Marlène à l'intention de Tifa.
La barmaid sourit.
- Oui, Marlène. Toi et Denzel, vous aurez un petit frère ou une petite sœur.
- Et... comment tu l'appelleras ? l'interrogea Denzel.
Tifa et Cloud échangèrent un regard.
Puis, d'un sourire tendre, Tifa lui répondit :
- ... Zack pour un garçon. Et si c'est une fille...
- Aerith ? devina Marlène.
Tifa le confirma du chef.
- Aerith, répéta-t-elle dans un souffle tandis qu'elle posait une main délicate sur son ventre.
Il n'y avait aucun mot pour décrire ce qu'il ressentait.
Trois heures... trois heures à attendre quelqu'un qui n'était jamais venu.
Une fois qu'il fut escorté par le gardien à l'extérieur de l'immeuble, il marcha droit vers le parc.
Au loin, il entendait les Turks l'appeler. Il entendit le rouquin s'adresser à l'enfant, le ton inquiet, en lui disant qu'il était tard et qu'il devait rentrer.
Nero les ignora et continua son chemin.
Quand il arriva à hauteur de Shiro, l'enfant faisait dos à l'ancien Tsviet. S'il avait senti sa présence, il ne le démontra pas.
Il ne bougea jamais.
Il fixait toujours droit devant lui, la mâchoire serrée, les yeux cachés par ses mèches blanches.
Il avait été si excité, si impatient...
Il avait été si heureux à l'idée de rencontrer cette femme. La femme avec qui Weiss avait eu cet enfant. Sa mère et pas celle d'un autre.
Nero avait été inquiet. Il avait été inquiet que cette femme prenne Shiro et l'emmène loin de lui.
Mais voir Shiro dans un tel état de déception, d'abandon, lui brisait le cœur et le plongeait dans une infinie tristesse.
Pourtant, il ne pouvait pas imaginer ce qu'il ressentait.
La situation lui était trop familière.
Est-ce que Weiss avait attendu sa mère à la sortie de l'infirmerie, lors de l'accouchement de son frère ? L'avait-il attendue, sans savoir qu'il ne la reverrait jamais ?
Nero se plaça derrière l'enfant, à quelques centimètres de lui, son torse touchant presque son dos.
« ... Je n'ai pas de mère », articula Shiro entre les pleurs.
Nero se laissa presque tomber derrière lui.
Il entoura l'enfant de ses bras pour l'attirer contre lui dans une étreinte protectrice et rassurante.
« ... Elle ne veut pas être ma mère. »
Shiro se laissa aller. Il jeta au loin la fleur de lys et finit par se retourner pour enfouir son visage contre le torse de son oncle. Il y étouffa ses sanglots en tirant sur ses vêtements tandis qu'il se raccrochait désespérément à lui.
Il eut l'impression qu'il risquait de se briser s'il le lâchait.
Nero posa doucement sa tête dans ses cheveux, lui massant le dos avec tendresse, l'encourageant à pleurer de tout son saoul.
Il voulait lui dire qu'il était là.
Il voulait lui dire que ce n'était pas grave s'il n'avait pas de mère.
Il voulait lui dire que même si sa propre mère le rejetait, même si le monde entier le rejetait, il y aurait au moins une seule personne qui l'aimerait à jamais.
Il ne comblerait jamais le manque d'une mère.
Il pouvait seulement promettre qu'il serait toujours là pour lui.
Toujours.
Shiro mit beaucoup de temps à s'endormir, cette nuit-là.
Nero eut l'impression de replonger trois ans auparavant. Quand il n'avait que cinq ans. Nero l'avait lavé, fait manger. Il lui avait lu une histoire avant de le border.
« Je t'aime », lui avait-il déclaré.
« Je t'aime aussi. »
Même après l'avoir couché, Nero était resté avec lui.
Il s'était assuré qu'il s'endorme. Une fois qu'il entendit les discrets ronflements émaner des draps, Nero quitta la chambre et se dirigea d'un pas lent vers le balcon.
Il ouvrit la fenêtre pour aérer, inhalant l'air froid du soir.
Il n'aurait jamais cru que Shiro ferait face à une telle épreuve. Le rejet de sa propre mère, quand bien même cette dernière lui manquerait toujours.
Pourtant, il ne l'avait jamais rencontré. Il n'avait jamais vécu sans elle.
Pourquoi est-ce que cela le touchait autant ? Pourquoi est-ce que Nero se sentait aussi concerné ?
Pourquoi ressentait-il cette tristesse ?
Ce n'était pas cette si forte tristesse qui l'avait poignardée le jour où Weiss était mort.
Mais... cela restait une tristesse lancinante, comme un souvenir passé qui le suivait comme son ombre.
« On ne remplace pas une mère. »
Nero manqua de tomber quand la voix émana de la silhouette côté de lui, debout sur le même balcon.
Lui...
Le vieillard observait l'horizon, un sourire empli d'amertume sur son visage.
« ... On ne peut pas remplacer une mère. Peu importe si elle est morte, si elle nous a rejetés ou si elle nous a abandonnés... on ne peut combler le manque d'une mère. »
Il avait du toupet de venir ici !
Sans crier gare, Nero lâcha ses serpents de ténèbres sur lui au même moment où il dégainait les revolvers pour lui tirer dessus.
Il était soit brave, soit stupide !
Encore une fois... le vieillard dévia ses ténèbres. Aucun de ses serpents ne le touchèrent et plongèrent dans le vide, avant de revenir auprès de leur maître.
Probablement à cause de sa foutue barrière magique !
Nero ne réfléchit pas et se mit à lui tirer dessus. Il savait pertinemment que les armes humaines n'auraient aucun effet sur lui mais il était déterminé à le chasser. A l'éloigner de Shiro.
« Enfoiré », siffla Nero alors qu'il rechargeait ses armes. « Tu oses te pointer ici. »
Il le visa à nouveau.
- Je vais prendre plaisir à m'amuser avec toi, gronda l'ancien Tsviet. Jusqu'à ce que je sache comment te tuer.
- ... J'aimerais tellement m'amuser avec toi aussi.
Au contraire des fois précédentes, il n'y eut aucune hargne ni de mépris dans son ton.
Le vieillard apparut face à Nero, lévitant au-dessus du sol, à hauteur de son balcon.
Nero ressentit un frisson lui traverser l'échine à cette vision.
Des larmes coulaient le long de ses joues...
Le vieillard pleurait. Il paraissait... bouleversé. Emu.
- Je sais très bien ce qu'il traverse. Et ce que tu traverses aussi, avoua le vieillard. Ma mère me manque tous les jours.
Nero écarquilla les yeux à cette phrase. Ses poignets tremblèrent tandis que la rage des ténèbres entourait l'ancien Tsviet.
Sa mère ne lui manquait pas...
- Et il n'y a pas qu'elle qui me manque, avoua le vieillard alors même qu'il disparaissait dans des ténèbres similaires à celles de Nero, quand bien même elles étaient différentes.
Plus sèches, moins erratiques...
Nero fut à nouveau seul sur le balcon.
Pendant de longues minutes, il ne bougea pas. Il se demanda même s'il n'avait pas rêvé.
Le vieillard avait toujours agi de manière impitoyable envers Shiro. Il s'était toujours montré méprisant envers Nero.
Aujourd'hui, il avait perçu autre chose chez ce vieil homme.
De la tristesse, de l'angoisse...
De l'amour, aussi.
Cela ne ferait pas changer Nero d'avis. Il le tuerait. Il trouverait le moyen, mais il le tuerait. Pourtant, Nero se sentit mal à l'aise. Quelque chose n'allait pas, comme si une boule s'était formée dans son ventre et l'empêchait de respirer facilement.
Nero rentra à l'intérieur et ferma la fenêtre.
Le vieillard n'avait jamais été aussi proche de chez eux, de leur appartement. De Shiro.
Par prudence, il allait rester avec Shiro, cette nuit. Il veillerait sur lui. Nero prit une chaise et la plaça devant la porte de la chambre de l'enfant pour monter la garde.
Mais personne ne vint, cette nuit-là.
Nero attendit jusqu'à quatre heures du matin. L'enfant ne s'était pas réveillé. Il dormait à poings fermés.
Les mots du vieillard ne quittèrent pas son esprit.
On ne peut pas remplacer une mère.
Non... C'était Weiss qu'on ne pouvait pas remplacer. Il pouvait très bien vivre sans sa mère. Nero l'avait fait durant toute sa vie.
Mais il ne pouvait pas vivre sans son frère adoré.
Il ignora ce qui lui passa derrière la tête. Pourquoi il se décida à se lever, à marcher vers sa chambre pour récupérer le dossier que Shelke lui avait prêté.
Il se rassit à sa chaise, gardant un œil sur son enfant.
Il fixa la couverture du dossier, une expression indéchiffrable sur son visage.
Son cœur battait la chamade.
Lentement, précautionneusement, Nero ouvrit le dossier sur la première page.
Nom du Sujet : Agrippina.
Sujet d'expérience N° 14656.
Appartenance à Deepground.
La photo d'une femme. Une femme aux cheveux noirs et longs tombant en cascade dans son dos, des yeux brillant d'un bleu pur...
Le même regard que Weiss.
Mère de Weiss l'Immaculé, dit l'Empereur du Deepground.
Est-ce qu'elle lui manquait tous les jours à lui aussi ?
Sur cette même photo, un petit garçon était sur ses genoux.
Un petit garçon aux cheveux blancs qui avait hérité de son regard et qui fixait l'objectif tout en étreignant la grande femme qui paraissait le rassurer, une expression maternelle et protectrice sur son visage.
D'une main tremblante, Nero attrapa la photo du bout des doigts pour la contempler plus en détails.
Cette boule dans la gorge... cette chaleur à la tête... tous ces sentiments revinrent.
Agrippina..
Mère de Weiss l'Immaculé, dit l'Empereur du Deepground.
La vision de Nero se troubla alors qu'il considérait cette photo encore et encore.
Mère de Nero le Sable.
Son visage se décomposa.
Nero posa doucement la photo sur ses genoux tandis qu'il inspira profondément, levant la tête vers le plafond. Ses lèvres tremblaient.
Elle lui manquait.
Pas autant que Weiss, et tout cela était une insulte à son égard... mais elle lui manquait aussi.
Même si, quelque part, cela lui faisait du bien de l'admettre.
Il serra la photo de sa mère et de son aimé contre lui, comme un précieux trésor qu'il venait de déterrer.
Essaie de penser à toi-même, Nero. Au moins de temps en temps. Cela pourrait chasser tes rêves.
