L'obscurité revint dans la pièce lorsque Don referma son ordinateur. La lampe de poche s'alluma dans la main de Raph tandis que Don fourrait son ordinateur dans un de ses sacs, avant qu'ils ne quittent le repaire à la lumière des torches. Dès que la porte se referma derrière eux, Don se frappa le front.

« Qu'est-ce qu'il y a ? » Demanda Raph avec impatience, ne se réjouissant pas d'avance d'apprendre une autre mauvaise nouvelle.

« Je viens juste… de me rendre compte que j'aurais pu charger mon téléphone au repaire, » Marmonna Don, embarrassé de ne pas l'avoir réalisé plus tôt.

« Le courant est coupé, » Fit remarquer Raph.

« J'ai des batteries de rechange dans le labo, » Dit Don, se retournant déjà vers la porte.

« Peu importe, » Dit Raph en lui attrapant l'épaule. « On rentre, de toute façon. »

« On a pris plus longtemps que prévu à cause de la coupure de courant, et tout, » Dit Don en regardant à nouveau devant lui, et ils commencèrent le trajet vers la maison d'April. « Tu sais qu'il flippe quand le courant saute, et on ne sait pas s'il s'agissait juste du repaire ou de la ville entière. »

« Quelle poule mouillée, » Marmonna Raph, mais Don avait raison. Il n'avait aucune idée de combien de temps était passé, et si Mikey était seul avec un Leo très malade, sans aucun moyen de les contacter… Il savait que Mikey pouvait gérer la situation, mais il ne pourrait s'empêcher de s'inquiéter. Malgré tout, ils ne pouvaient pas être partis depuis plus d'une heure, Mikey pouvait s'en sortir.

« J'espère qu'ils vont bien, » Dit doucement Don.

« Ils sont mieux lotis que nous, de toute manière, » Marmotta Raph, replaçant le col de sa veste. « Ils sont à l'intérieur d'un appartement chaud, et ils n'ont pas à porter tous ces sacs ! »

Le chemin du retour sembla plus long. Ils ne pouvaient pas courir avec tout ce qu'ils portaient, mais ils essayèrent tout de même de se dépêcher. Quand ils arrivèrent à la bouche d'égout, Raph posa ses sacs, grimpa à l'échelle et tenta de pousser le couvercle. Celui-ci ne bougea pas.

« Il a probablement gelé, » Dit Don, déjà enfoncé dans ses pensées pour essayer de trouver une solution. La solution de Raphael était de frapper le couvercle avec son poing, mais il tout ce qu'il en obtint fut une main engourdie. Il essaya quand même, et lorsqu'il tomba presque, Don lui ordonna d'arrêter.

« Et maintenant ? » Demanda Raph une fois à terre, croisant les bras.

« Si seulement j'avais chargé le portable... » Marmonna Don, et Raph ressentit une pointe de culpabilité. Ç'avait été lui qui avait dit qu'ils n'en avaient pas besoin. Don sembla le remarquer et secoua la tête.

« On ne pouvait pas savoir, » Dit Don, fronçant les sourcils tandis qu'il levait les yeux vers le couvercle scellé. « En fait, non, j'aurais dû le savoir. Je connaissais la météo – j'aurais dû savoir que ça gèlerai. J'aurais dû dire à Mikey de- »

Raph saisit l'épaule de Don, le secouant un peu. « Arrête, Don. Pensons simplement à autre chose. »

Il était rare que Raph soit la voix de la raison – attendez, est-ce que ce n'était déjà pas la deuxième fois aujourd'hui ? - et Don soupira. Il s'était laissé ronger par la situation – encore. C'était probablement la raison pour laquelle Leo était le leader : il pouvait rester calme et serein, même lorsque le plan échouait ou se retournait contre eux. La plupart du temps, en tout cas.

« La façon la plus proche vers la surface est de retourner au repaire et d'utiliser notre garage pour sortir, » Dit Don après un moment, l'air défait. L'idée de devoir à nouveau faire tout le chemin pour ensuite marcher jusque chez April dans la neige n'était pas plus attrayante pour l'un que pour l'autre. « On peut essayer les autres bouches d'égout sur le chemin, mais elles sont probablement couvertes de neige. »

« Pourquoi on n'a pas simplement pris le Battle Shell ? » Grogna Raph. « La neige ne l'aurait pas entravé. »

« Eh bien, il n'y a plus de courant, » Fit Don, et Raph baissa la tête. Bien sûr, pas d'électricité, pas d'ascenseur pour monter au garage. « Et si, la neige l'aurait entravé. Il y en a trop pour conduire. »

« Le garage n'est pas une option alors, » Dit Raph en croisant les bras. « Le courant n'est probablement pas revenu. »

« C'en est une. Nous avons quelques générateurs de secours – je ne suis juste… pas certain que ce soit assez, » Répondit Don, fermant les yeux pour réfléchir. Il ne voulait pas refaire tout le chemin vers le repaire pour rien. Que feraient-ils s'ils ne pouvaient pas faire marcher l'ascenseur ? Ils pouvaient tous les deux entendre le vent rugir au-dessus d'eux. D'ici qu'ils atteignent la surface, la tempête n'aura fait que croître. Ce serait difficile pour deux créatures à sang-froid – si tant est qu'ils réussissent à trouver un chemin pour y arriver.

« On a pas vraiment le choix, pas vrai ? »

La situation leur pesait tous les deux, et ils marchèrent en silence sur le chemin du retour, écoutant le vent régner à la surface. Il leur rappelait constamment qu'ils entreraient bientôt dans son royaume gelé, et cette simple pensée était suffisante pour les faire trembler.

S'ils pouvaient y parvenir.

« Nous devons l'appeler, » Dit Don quand il ré-entrèrent dans le repaire, se hâtant de changer les piles du téléphone. « Pour que Mikey sache pourquoi on met autant de temps. »

Raph ne protesta pas, et ne fit qu'attendre patiemment que le portable se rallume. Le portable les informa que Mikey avait essayé de les joindre plusieurs fois, et Don ne perdit pas de temps à le rappeler. Le téléphone bipa, attendant que quelqu'un décroche à l'autre bout du fil, mais personne ne le fit. Pas même après le deuxième ou le troisième essai. Ils appelèrent aussi le portable de Leo, mais obtinrent le même résultat.

Ils eurent tous les deux très froid, et cette fois, ce n'était pas à cause de l'hiver.


Ils se noyèrent tous les deux dans leur travail afin de faire marcher l'ascenseur. En pensant à quelque chose d'autre, ils n'avaient pas à penser aux appels manqués.

Donatello faisait le gros du travail, tandis que Raphael lui tendait les outils et aidait avec ce qu'il pouvait.

« Ça prend trop de temps, » Murmura Don. Il n'avait pas pu vérifier le statut de la tempête depuis quelques temps, alors il n'avait aucune idée de ce qu'il passait à la surface. Le hurlement du vent était maintenant audible à travers les canalisations, et ce n'était pas bon du tout. Il espérait que l'appartement d'April pourrait supporter le vent sans que rien ne se casse.

Ils finirent par faire démarrer le générateur, et l'ascenseur reprit vie. Ils déplacèrent tous leurs sacs à l'intérieur, déjà fatigués d'avoir à les transporter, avant d'entrer à leur tour dans l'ascenseur.

Ils retinrent leur souffle tandis que l'ascenseur montait, priant pour que le générateur suffise. Ils se sentaient presque victorieux, mais n'auraient probablement pas dû, car l'ascenseur grinça bruyamment et s'éteint en s'immobilisant. Raph attrapa le mur, se préparant à la chute, mais celle-ci ne vint pas, et seul un grand bruit résonna en dehors de l'ascenseur.

Don s'appuya contre le mur, et se laissa glisser au sol, cachant son visage dans ses mains. Ç'a n'avait pas été assez. Ils étaient coincés.

« Pourquoi on est pas tombé ? » Demanda Raph, se rappelant de la dernière fois qu'il y avait eu une panne de courant et que l'ascenseur avait chuté. Personne n'avait été blessé, mais ç'a n'avait pas été une expérience particulièrement plaisante. Raph s'était cogné l'épaule, et elle l'avait lancé pendant des jours.

« J'ai installé des freins d'urgence après la dernière fois, » Expliqua Don d'une voix lointaine. Raphael se tâta un chemin dans l'obscurité, trouvant Don enroulé en boule contre le mur. Raph poussa un des sacs hors de son chemin, et s'assit à ses côtés. Il faisait un peu frais dans l'ascenseur, et il pouvait entendre les hurlements du vent dans leur garage. Ils n'étaient pas loin. Ils s'étaient rapprochés, mais pas assez.

« Don... » Commença Raph, mais Don secoua la tête, même si Raph ne pouvait pas le voir dans le noir.

« Arrête, Raph. N'essaie pas de me dire que ce n'est pas de ma faute. On est encore plus loin de pouvoir atteindre la surface qu'avant. Je connaissais le risque, et je l'ai quand même pris. »

« Tu sais qu'on peut simplement ouvrir la trappe au plafond et sortir, » Dit Raph, essayant de rester calme. L'humeur de Don commençait lentement à lui courir sur les nerfs il avait l'impression qu'à chaque fois qu'ils faisaient face à un nouveau problème, Don était prêt à abandonner. Il savait que ce n'était pas le cas, que Don avait juste besoin de temps pour se ressaisir, mais ça commençait malgré tout à l'énerver.

« Je sais, mais il faudrait laisser la plupart de nos affaires ici, » Dit Don à voix basse.

Ils auraient fait ce voyage pour rien. Ils auraient laissé Mikey et Leo seuls pour rien.

« On peut en prendre un peu, » Dit Raph, se relevant et essayant d'atteindre le plafond de l'ascenseur, mais il n'était pas assez grand. « Tu m'aides ? »


Leo se réveilla en haletant, essayant de remplir ses poumons d'air. Il tomba du canapé et roula au sol, sa vision devenant floue sur les bords tandis qu'il combattait sa propre gorge en train de l'étouffer. Il finit par réussir à prendre une inspiration rauque, prenant une grande gorgée d'air chéri, réussissant seulement à se faire tousser. Ce n'était heureusement pas aussi violent qu'avant, mais lorsque ce fut fini, il resta allongé au sol, attendant que les battements de son cœur se calment. Ils ne le firent pas.

Il réalisa qu'un téléphone sonnait quelque part, le son beaucoup trop fort dans l'appartement autrement silencieux. Il bougea lentement la tête, essayant de comprendre d'où provenait le son, et réalisant qu'il se trouvait sur le sol. Ses muscles le lançaient, mais il réussit à se retourner sur son plastron avant de se mettre à genoux.

La migraine vint sans prévenir, l'aveuglant momentanément – et au même instant, il eut la nausée, et craignit de vomir. Il s'adossa contre le canapé, serra les dents, et attendit que la nausée lui passe. Elle finit par s'atténuer, mais lui laissa une sensation désagréable. Et qui n'avait rien à voir avec sa maladie. Il réalisa qu'il était seul.

Il regarda à nouveau autour de lui, clignant fortement des yeux pour garder une vision claire. Pourquoi la pièce était-elle plongée dans le noir ? Le portable s'était arrêté de sonner, et l'appartement était trop silencieux. Seule la tempête rageant au-dehors pouvait être entendue. La tempête – Leo se souvint qu'il avait essayé d'empêcher Mikey de partir, mais n'avait pas réussi.

Avec des jambes tremblantes, Leo se remis sur pieds et alla à la fenêtre, mais il faisait déjà trop sombre pour y voir quoi que ce soit.

La seule chose dont il était certain, c'était qu'il était seul dans le seul endroit déclaré sûr. Ce qui signifiait qu'où que soient ses frères, ils n'étaient pas en sureté.

Il lui fut difficile de descendre au magasin. Ses articulations et ses muscles protestaient à chacun de ses mouvements, et il tomba du haut des deux dernières marches de l'escalier, atterrissant violemment sur ses genoux et ses mains.

Il gémit lorsque sa migraine se réveilla, et se tint la tête des deux mains jusqu'à ce que la nausée diminue assez pour qu'il se relève.

Leonardo s'adossa contre la porte froide, tremblant. Il ne portait pas ses habits d'hiver, il n'avait pas pris le temps de penser à quelque chose comme des vêtements alors qu'il n'était pas sûr d'où étaient ses frères, ou même d'où il allait commencer à chercher. Peu importait qu'il soit à peine capable de se tenir debout son esprit fiévreux n'avait qu'un but. Trouver ses frères.

Il essaya de pousser la porte, mais elle ne bougea pas. La frustration emplit son esprit déjà épuisé, et il recula d'un pas pour enfoncer la porte, avant de se rendre compte que la porte s'ouvrait dans l'autre sens. Il trembla, submergé par sa faiblesse et sa stupidité, et une autre vague de vertiges le fit presque tomber.

Leo se protégea du vent sans pitié quand la porte s'ouvrit enfin, et il regarda la chape de blanc sous laquelle la ville était enterrée. Il faisait sombre, mais les réverbères proches illuminaient la rue. Pas qu'ils n'aident beaucoup le vent soufflait presque horizontalement, ne lui offrant que peu de vision.

Mais il n'en eut pas besoin Leo avança d'un pas, et sa jambe frappa quelque chose, le faisant presque tomber. Lorsque Leo baissa le regard, son cœur se serra.

Mikey était allongé au sol, et une bonne quantité de neige était déjà tombée sur lui. Leo s'agenouilla immédiatement à ses côtés, l'entourant de ses bras, et essayant de le soulever. La peau de Mikey était glacée sous ses doigts, surtout vu que la fièvre le dévorait. C'était un horrible contraste, l'un brûlant tandis que l'autre gelait.

Mikey respirait – il respirait, et la peur de Leo baissa un peu, mais juste un peu. Il réussit à soulever le haut du corps de Mikey, le posant sur ses genoux pour le protéger du vent, mais il savait qu'il était trop faible pour le soulever. Il se pencha vers Mikey, son visage proche du sien, une main sur sa joue.

« Mikey, » S'adressa-t-il faiblement à son frère, grimaçant au volume presque inexistant de sa voix. « Mikey ! » Tenta-t-il à nouveau, mais sa voix n'était pas beaucoup plus forte. Le vent étouffait ses tentatives de réveiller son frère.

Le vent était sans pitié, le faisant trembler malgré sa fièvre, et le faisant se coller à Mikey. La neige leur tombait dessus, fondant sur la peau brûlante de Leo. Le froid éclaira un peu ses pensées, et il sut qu'ils ne pouvaient pas rester là. Ils devaient bouger.

Mais voir le pâle visage de Michelangelo l'avait paralysé. Le voir immobile, le visage enfoncé dans la neige – pendant un instant, il avait cru que –

Leo était fatigué, il ne voulait pas bouger. Soulagé, aussi – Mikey était vivant, respirait, alors il voulait juste le tenir dans ses bras. Il pouvait. Pouvait rester ici, donner à son petit frère la chaleur qui irradiait de son corps brûlant. Pouvait le tenir. Devrait le tenir.

Tu ne peux pas ! Hurla sa raison, presque défaite par la fièvre. Pourquoi ne pouvait-il pas ? Les paupières de Leo retombaient déjà le froid avait déjà engourdi ses doigts, l'avait rendu somnolent tandis que l'inquiétude le quittait lentement. Il pressa son front contre celui de Mikey, surpris par à quel point le visage de Mikey était froid. Il l'avait momentanément oublié, incapable de le sentir puisque ses doigts s'étaient engourdis. Mais il réalisait maintenant que Mikey était froid, et de plus en plus froid, et il devait bouger.

Leonardo rassembla ses forces et se déplaça afin de placer ses mains sous les coudes de Mikey, commençant à le traîner à l'intérieur. Mikey était lourd, et ses vêtements s'étaient alourdis de toute la glace qui s'y était collée.

Dès qu'il eut ramené Mikey à l'intérieur et loin de la porte, Leo se remit à genoux, essayant désespérément d'ouvrir les boutons de la veste de Mikey. Même dans sa condition, il savait que Mikey ne pouvait pas rester dans ses habits froids ils ne feraient que lui voler toute la chaleur restante. Ses doigts engourdis étaient incapables de réaliser cette tâche, alors il déchira simplement la veste, arrachant quelques boutons et les envoyant voler autour d'eux. Il n'avait aucune idée de combien de temps Mikey était resté dans la neige, et il n'avait même pas su que c'était le cas, avait laissé la neige l'enterrer, l'avait laissé –

« Mikey, réveille-toi, » Essaya encore Leo, en le secouant. Pas de réponse. Un vertige le reprit, et Leo ne savait pas si c'était la fièvre ou simplement l'horrible inquiétude qu'il ressentait à nouveau. Il dut pousser Mikey sur le côté pour enlever les vêtements, et même une si petite chose était épuisante. Arracher la veste avait trop pris de ses forces, et il eut un rire amer, tremblant, et effrayé, ce qui e fit tousser – il n'avait aucune idée de comment il avait réussi à traîner Mikey à l'intérieur.

Quand les habits furent tous enlevés, Leo se baissa à nouveau vers le visage de Mikey, plaçant ses mains de chaque côté de sa tête. Il tremblait, et se failli se laisser tomber sur Mikey.

« Mikey, » Dit-il d'une voix rauque, giflant sa joue froide. Leo avait à nouveau l'impression de s'étouffer, essayant d'arrêter les tremblements de ses mains. Qu'était-il supposé faire ? Il savait que la réponse était évidente, mais son esprit était trop brumeux pour penser convenablement. Il prit une inspiration tremblante, essayant de se calmer – mais en regardant le visage pâle et inconscient de Mikey, ses pensées s'embrouillèrent à nouveau. Il voulait juste arrêter de penser, arrêter de souffrir, arrêter d'avoir tellement peur – il n'était pas habitué à régir comme ça, habituellement, il pouvait garder son calme, mais à présent – il voulait juste que Mikey se réveille –

« S'il-te-plaît, » Chuchota-t-il. Il était presque complètement allongé sur Mikey, maintenant, trop fatigué pour soutenir son corps. Mikey était trop froid il espérait que sa propre chaleur corporelle lui amènerait au moins un peu de chaleur. Chaleur… c'était ce qu'il était supposé faire. Réchauffer Mikey, il était probablement en hypothermie – oui, le poids sur son esprit s'estompait, il devait amener Mikey au premier étage, sous les couvertures –

« La vache, Leo, quand est-ce que t'es devenu aussi gros ? »

Leo releva la tête d'un coup, et il regarda Mikey avec des yeux écarquillés. La voix de Mikey était faible, mais il offrit un petit sourire à Leo.

« J't'aime beaucoup et tout, mais c'est peut-être pas le bon moment, hein ? » Mikey continua de plaisanter d'une voix faible, en faisant référence à la façon dont Leo était sur lui. Leo se dépêcha de se lever, son regard ne quittant pas Mikey.

Mikey fit un mouvement pour se lever, mais décida que ce n'était pas une bonne idée. Le mouvement lui donna la migraine, il avait mal partout, et il avait très, très froid. Il était aussi un peu confus il regarda autour de lui, bougeant la tête le moins possible, ne comprenant pas vraiment où il était malgré le fait que le magasin d'April lui soit plus que familier.

Leo lui attrapa le bras, et Mikey n'avait même pas réalisé à quel point il était engourdi avant que Leo ne commence à le frotter pour que le sang recommence à circuler. Le toucher de Leo était presque trop chaud, et la chaleur qui lui revenait créait des picotements inconfortables sur sa peau froide. Mikey voulait presque trainer sa main hors de celles de Leo, mais il était trop faible pour ça.

« Mikey, » Dit Leo, et Mikey n'aurait pas su qu'il avait parlé s'il n'avait pas regardé son visage. Les yeux de Mikey s'écarquillèrent un peu – il s'en rappelait, à présent, Leo avait une sale fièvre, et il était là, agenouillé sur le sol froid pour lui ! Il était sur le sol, n'est-ce pas ?

« Leo, tu- tu devrais être en train de dormir- pour-pourquoi on est ici, d'ailleurs ? » Mikey devint confus vers la fin de sa phrase, claquant des dents en parlant. Il essaya à nouveau de regarder autour de lui, mais fut arrêté par la main de Leo touchant sa joue, ramenant son regard sur le visage de Leo.

« Faut que tu montes les marches, » Leo essayait de raccourcir ses phrases autant que possible, et Mikey comprit à peine ce qu'il disait. Mikey cligna plusieurs fois des yeux avant de grogner.

« Non, je suis bien ici… veux pas bouger… » Marmonna Mikey en fermant les yeux. Oui, il faisait froid, et la sensation de la chaleur lui revenant était très inconfortable, mais il savait que bouger le serait encore plus. Et il était assez inconfortable comme ça.

Leo essaya de le soulever, mais il ne bougea même pas. Mikey eut un petit rire, parce que, hé, c'était drôle.

« J'suppose que c'est moi qu'ai grossi, » Pouffa Mikey devant les tentatives de Leo, trouvant d'un coup la situation entière très drôle, malgré le froid qui faisait trembler sa voix. Leo n'était pas d'accord- il se sentait très mal, et ce que disait Mikey n'avait aucun sens, il n'essayait même pas de se lever. Leo dut fermer les yeux quelques instants quand des points noirs dansèrent devant ses yeux. Tout ce qu'il avait fait avait été grâce à l'adrénaline soudaine et l'inquiétude, et maintenant, la première commençait à disparaitre, le laissant de plus en plus épuisé.

« Ça va ? » Demanda Mikey, semblant oublier le fait que Leo était malade, même s'il s'en était rappelé il y a un instant. Leo le força à ouvrir les yeux, attrapant les épaules de Mikey pour le secouer.

« Lève-toi, » Ordonna-t-il. La tête de Mikey retomba sur le côté, ignorant complètement Leo. Mikey ne l'ignorait jamais quand il utilisait sa voix du 'Je suis ton leader, obéis-moi', mais il supposait que la fièvre ne le rendait pas si convaincant que ça. Ça, ou Mikey n'écoutait même pas. Sa frustration augmenta et il gifla Mikey de nouveau.

Cela sembla attirer son attention, vu que Mikey tourna à nouveau la tête vers lui, ayant l'air profondément blessé.

« C- C'était pour quoi, ça ? » Demanda Mikey, essayant d'adopter un ton dramatique. Leo s'en fichait, il savait que Mikey blaguait tout le temps, peu importe la situation, mais il savait aussi que Mikey l'aurait aidé s'il avait été dans son état normal. Il était évident que ce n'était pas le cas, alors il se concentra à essayer de le relever.

« Tu, » Commença-t-il, « doit te, » Leo raffermit sa poigne, « lever ! »

Michelangelo grogna à nouveau, se déplaçant enfin dans une position assise. Dès qu'il fut à la verticale, il enfouit son visage dans ses mains, gémissant tout en s'appuyant contre Leo.

« Aïe, ma tête… » Marmonna-t-il, et Leo réalisa qu'il s'était fait frappé par quelque chose. Ses instincts se réveillèrent – quelqu'un avait-il tenté de blesser Mikey ? Est-ce que c'était la raison pour laquelle il s'était effondré ? Y avait-il encore une menace, dehors ? Il n'avait vu aucune plaie, mais à présent, il avait besoin de vérifier, sauf qu'il ne pouvait pas vu que Mikey était appuyé contre lui. Il essaya de pousser Mikey pour se lever et aller vérifier, mais Mikey ne fit que mettre encore plus de poids sur lui.

« Mik-, » Commença Leo, mais soudain, le poids entier de Mikey était sur lui, et il s'étala au sol, trop faible pour supporter le poids de Michelangelo. Il tomba sur sa carapace avec Mikey allongé au-dessus de lui.

Le mouvement soudain coupa le souffle de Leo – ou peut-être que c'était le poids de Mikey sur lui, il ne savait pas vraiment – et il se sentait à nouveau à deux doigts de vomir. Le ressenti de Mikey semblait être à l'exact opposé sa peau était encore froide, et la chaleur qui revenait commençait à être agréable au lieu de douloureuse, alors la peau chaude de Leo semblait très accueillante. Mikey se colla contre Leo, pressant leurs corps encore plus, et empêchant Leo de bouger, l'immobilisant dans sa prise.

La patience de Leo était à bout – il aurait laissé Mikey le coller pour qu'il se réchauffe, mais pas maintenant ! Sa propre condition ne s'améliorait pas comme ça… à moins que si ? Son esprit s'était éclairé, puisqu'il était capable de penser à ce qui serait bon pour eux, au lieu de simplement… rester allongé et immobile. Sauf qu'à présent, c'était exactement ce qu'il était en train de faire, rester immobile, vu que Mikey le coinçait dans une étreinte d'acier. Il était sur le point de lui ordonner à nouveau de le lâcher, mais il réalisa que sa voix était arrivée au bout de son voyage. Peu importe à quel point il essayait de produire un son, rien ne sortait, et il ne réussit qu'à retrouver cette sensation d'étouffement.

Il essaya de pousser Mikey, mais Mike ne sembla même pas remarquer ses efforts. Il enfouissait son visage contre le cou de Leo, murmurant quelque chose d'un ton endormi. Leo se sentait inutile, et assez pathétique. Il était évident que Mikey avait besoin de plus de chaleur que celle de Leo, et pourtant, Leo ne pouvait rien faire, à part lutter sous son frère. Il n'avait aucune idée de ce qu'il se passerait s'ils restaient là – il eut un frisson, et réalisa qu'il avait laissé la porte ouverte. Le vent entrait facilement, mais Leo n'avait pas eu le temps de s'en rendre compte tellement il avait été inquiet. Ou bien était-il fiévreux au point de ne pas l'avoir remarqué ? C'était assez évident, pourtant, et maintenant qu'il y prêtait attention, il réalisait à quel point la pièce était froide. Ils ne pouvaient pas rester.

Mais il devait admettre… La peau froide de Mikey et la température basse de la pièce étaient vraiment agréables contre sa propre peau brûlante. Cela le faisait se sentir quelque peu étourdi, mais d'une façon assez agréable. D'une façon qui rendait facile le fait de simplement observer les choses se passer autour de lui sans ressentir le besoin d'interférer. C'était aussi plutôt agréable que Mikey soit aussi proche, c'était rarement le cas ces jours-ci. Mikey venait parfois chercher du réconfort dans sa chambre ou celle d'un de ses frères après un cauchemar. Mais c'était à peu près tout, et il n'avait pas vraiment été aussi proche de ses frères depuis longtemps, alors oui, c'était agréable. Il pensa à Don et Raph, mais ne pouvait pas se rappeler d'où ils étaient allés. La dernière chose dont il se souvenait, c'était la main de Don sous sa tête, son regard inquiet - mais pourquoi avait-il été inquiet ? Il était bien, ici, avec Mikey, il ne devrait pas y avoir de quoi s'inquiéter. Il se sentait très somnolent, tout d'un coup.

Don, Raph – il était important de savoir où ils étaient, s'ils étaient sains et saufs. C'était de ça, qu'il était supposé s'inquiéter. Leo toucha le rebord de la carapace de Mikey, essayant de lui dire de bouger, mais ne comprit pas pourquoi sa voix refusait de coopérer. Le plafond du magasin flotta dans sa vision, et sans aucune autre pensée, sa main retomba sur le sol.


La trappe d'urgence fut difficile à ouvrir, mais quelques bons coups de poings firent l'affaire. Raph grimpa, prenant les sacs que Don lui passait et les posant sur le dessus de l'ascenseur. Après cela, il aida Don à grimper, et ils attachèrent les sacs sur leurs carapaces. Ils durent en laisser certains dans l'ascenseur, ou bien grimper aurait été impossible.

Ils utilisèrent leurs prises shuko pour grimper au mur du conduit d'ascenseur, mais le processus était lent. Les câbles de l'ascenseur les gênaient constamment, et le conduit n'était pas très grand, offrant un passage étroit pour eux et leurs sacs. De plus, il faisait sombre, ce qui signifiait qu'ils n'avaient aucune idée de la distance qu'il leur restait à grimper. Au moins, le hurlement du vent leur disait qu'ils se rapprochaient.

Raph était en tête, vu que ce serait lui qui ouvrirait les portes de l'ascenseur une fois qu'ils les atteindraient. Il était en train de placer ses prises sur le mur avec prudence quand il entendit Don jurer en dessous de lui. C'était rare, mais il n'était pas surpris, vu son humeur actuelle.

« Ça va ? » Demanda Raph, ayant un peu peur de demander. De quoi avaient-ils besoin de plus, tout n'avait-il pas déjà mal tourné ?

Don ne lui répondit pas, alors Raph essaya de regarder vers le bas, même s'il savait qu'il ne pourrait rien voir. « Don ? »

« Je… vais bien, » Dit Don en hésitant, et Raph pouvait l'entendre remuer, les sacs frottant contre les câbles. Il savait que Don ne bougeait pas, puisqu'il n'entendait pas le son des prises, alors il attendit que Don développe.

Don soupira, et son soupir semblait défait. Il commençait à être fatigué de rendre constamment les choses encore plus compliquées pour eux. Quand est-ce que ce serait assez ?

« Je suis… coincé. Un des câbles. Un des sacs… »

Ouaip, Raph avait eu raison d'avoir peur de demander. Il détestait le fait que Don se blâme déjà, à nouveau, mais il aura le temps de le réprimander plus tard à ce sujet.

« D'accord… euh… t'as besoin d'aide ? »

« Non, j'y travaille, » Dit Don. Ils savaient tous les deux que Raph ne pouvait pas l'atteindre, de toute façon il n'y avait pas assez de place pour ça.

Don pesa ses options il aurait besoin de lâcher le mur et de se tourner pour atteindre son dos, mais s'éloigner du mur pourrait relâcher la prise de ses shukos sur le mur, et le poids des sacs pouvait le tirer vers le bas. Par contre, il pouvait tenir le câble, alors-

Mais avant qu'il ne puisse bouger, ils entendirent quelque chose se briser au-dessus d'eux, produisant un grand bruit. Ils retinrent leur souffle, et sentirent quelque chose passer derrière eux, tombant sur le plafond de l'ascenseur en dessous d'eux.

« Don, c'était quoi ce bordel ? » Demanda Raph, se collant plus près du mur de peur que d'autres choses tombent et les frappent.

Donatello avait un très, très mauvais pressentiment.

« Il ne devrait rien y avoir, là-haut, à part les câbles et les pièces qui les tiennent, » Expliqua lentement Don, essayant de rester aussi immobile que possible pour ne pas bouger le câble dans lequel il était coincé. « Je crois… je crois que le froid a fragilisé les câbles. »

Ce que cela signifiait était évident, mais Raph dut y réfléchir un instant. Quand il comprit, il sentit son cœur tomber dans sa poitrine, et il était déjà en train de s'apprêter à redescendre. Don sentit ses mouvements et releva la tête d'un coup.

« Non ! » Dit-il, un peu paniqué, et Raph s'arrêta.

« Quoi ? Comme si j'allais attendre que l'ascenseur tombe et t'entraîne dans sa chute, » Grogna Raph, mais il resta immobile, ne serait-ce qu'à cause de la panique qu'il avait décerné dans la voix de Don.

« Ne bouge pas, Raph, essaie de ne pas toucher au câble, » Siffla Don. Raph comprit, mais l'anxiété lui donnait envie de bouger, de faire quelque chose. Cela le frustrait au-delà des mots que le moindre mouvement ne ferait qu'empirer les choses.

Un des câbles lâcha, fouettant les murs en tombant. Il était impossible de le voir dans le noir, alors Raph laissa échapper un cri de surprise quand il fut frappé au bras, déchirant le tissu de ses vêtements en même temps que sa peau.

« Raph ! » Hurla Don quand il entendit son cri.

« Je vais bien, le putain de câble m'a juste surpris, » Mentit-il, essayant d'inspecter la plaie, mais il était impossible de la voir dans l'obscurité. Ça piquait, et il savait qu'il saignait. Mais temps qu'il pouvait grimper, cela n'avait pas d'importance.

Don savait que s'il ne libérait pas rapidement, l'ascenseur l'entraînerait dans sa chute, et même si sa carapace avait survécu à bien des chutes, il n'était pas sûr que ce soit le cas, cette fois-ci. La chute était longue, et le poids de l'ascenseur rendrait l'atterrissage encore plus violent.

Mais comment se libérer si chaque mouvement risquait de faire lâcher les autres câbles ? Don ferma les yeux un instant, prenant une grande inspiration. Il faudra qu'il soit rapide.

Aussi prudemment que possible, il risqua lâcher avec son autre main, tendant la main derrière lui, et passant ses doigts sur la surface du sac afin de comprendre comment il s'était coincé. Au tiraillement, le câble produisit un autre son, plus de morceaux tombant. Finalement, le câble lui-même céda, et avec lui, les autres câbles également. Don ne pouvait plus sentir le mur sous ses mains tandis que le câble le tirait vers le bas.

Les câbles sectionnés éraflèrent les murs, passant près de Raphael, et le fracas de l'ascenseur s'écrasant au fond du conduit étouffa son hurlement.