OOC : Bonjour à tous. Voici un nouveau chapitre. J'espère que ça vous plaira. Bonne lecture !

Warning : mention de sujets problématiques, scène suggérée/explicite, inceste.

« Pourquoi pleures-tu ? »

L'enfant fut incapable de répondre. Ses cheveux noirs tombant devant les yeux, il ne put que répondre par des reniflements et des gémissements.

Il regretta sa question. Il savait déjà pourquoi. Sans geste brusque, il s'agenouilla pour se placer à hauteur de l'enfant. Ce dernier ne réagissait pas. Il se cacha le visage dans les mains pour ne pas avoir à affronter son regard.

Pour ne pas montrer... quoi ? Des émotions ?

Cette vision lui fendit le cœur. Quand bien même ils étaient des êtres supérieurs, cela ne les empêchait aucunement d'éprouver de la peine. Et c'était une malédiction. Au contraire des humains, ils étaient susceptibles de vivre éternellement dans leur douleur.

Mais il ne pouvait pas laisser son enfant dans cet état. Sans un mot, il attira l'enfant contre lui, dans une étreinte réconfortante et chaleureuse, le baignant des ténèbres avec lesquelles il était né.

Pour son enfant, le noir était un refuge.

« Maman est partie... Elle ne reviendra pas. Elle ne reviendra jamais. »

Il voulait lui expliquer que ce n'était pas le cas.

Sa mère serait là. Elle serait toujours là. Mais elle devait obéir à son rôle. Comme eux tous. Elle était présente et elle veillerait toujours sur lui.

Mais comment l'expliquer à un enfant en deuil ? Alors que lui-même se languissait de l'absence de celle qu'il aimait plus que tout. Sa moitié qui avait accepté son rôle.

A lui aussi, elle lui manquait terriblement.

Et bientôt, il devrait...

« Je suis là », chuchota-t-il.

Il caressa doucement le dos de l'enfant, lui faisant comprendre qu'il n'était pas seul.

« Je suis là. Je veillerai sur toi. »

Il pouvait seulement lui dire qu'il serait là pour lui. Qu'il l'aiderait à surmonter son deuil...

« Nous avons tous des rôles à jouer. Et tôt ou tard, tu le comprendras, toi aussi. »

Il avait de l'espoir que l'enfant le comprenne. Ses frères et sœurs l'avaient compris... Il suivrait le même chemin.

Mais pour l'heure, il devait s'occuper de lui. Réconforter son enfant et lui faire sécher ses larmes.

« Je t'aime. »

« Je t'aime aussi. N'en doute jamais. »

L'amour d'un parent, même s'ils étaient loin l'un de l'autre, demeurait éternel. C'était ce qu'il se répétait.


« Tu en es sûr ? »

Adossé contre le canapé, Nero ne regardait pas Vincent dans les yeux. Le visage fermé, il se contenta d'approuver du chef.

Que pouvait-il dire de plus ? Il avait déjà tout dit. Sur le vieil homme qui avait pénétré son appartement la nuit dernière, sur la manière dont il s'était comporté envers lui...

Et plus que tout, sur ses ténèbres qui ne fonctionnaient pas sur lui. Qui ne l'atteignaient pas et qu'il se contentait de faire dévier avec facilité.

Ses ténèbres... le pouvoir dont il était si fier, étaient inutiles sur celui qui lâchait les Chiens de l'enfer partout sur Gaïa.

Nero ne le cachait pas. Il avait longuement hésité à en parler à Vincent Valentine, à Reeve Tuesti et à l'ORM. Il avait voulu garder cela secret, que personne ne soit au courant.

Parce que sa peur demeurait la même : il avait peur qu'après leur avoir dit que ses ténèbres étaient inefficaces contre le vieillard, barrière magique ou pas, il soit considéré comme inutile par ses geôliers et que le marché tombe à cause de cela. C'était la seule raison pour laquelle ils le gardaient sous contrôle, après tout. Parce que ses ténèbres devaient servir contre les Chiens de l'enfer et le vieillard qui les engendrait.

Mais la nuit dernière, le vieillard s'était bien trop approché de Shiro... Et Nero ne savait pas quoi faire pour le protéger. Il s'en prendrait à son enfant tôt ou tard. Et la dernière fois qu'il avait voulu se la jouer cavalier seul, Shiro avait été blessé et Nero avait cru le perdre.

Alors, que faire d'autre ? C'était idiot d'en parler. Il avait l'impression d'être faible. Demander de l'aide à des humains, alors qu'à Deepground, il ne fallait compter que sur soi-même ? Cela ne faisait que porter un nouveau coup à sa fierté et cela n'allait que créer des problèmes pour lui.

Si les autres Tsviets étaient là, ils riraient bien de lui. Ils le jugeraient indigne d'être Tsviet, d'être aussi sentimental et aussi faible.

Et Weiss ? A chaque fois, Nero se demandait ce que lui ferait à sa place. Non. Lui, Weiss, aurait trouvé une solution depuis longtemps qui n'impliquait pas de demander de l'aide.

« J'en parlerai à Reeve Tuesti. Mais tu as bien fait de nous prévenir », finit par déclarer Vincent en se levant.

Lui n'était jamais quelqu'un qui s'attardait dans la discussion. Il agissait. Nero poussa un soupir, sans répondre.

- Il faut qu'on trouve une solution. Pour cela, il faudrait qu'on en sache davantage sur le vieillard et quelles sont ses intentions. Shelke a cherché, mais on n'a aucune certitude sur son identité.

- Tantôt il se moque de moi, tantôt il pleure devant moi, grinça Nero, le ton acerbe. Je ne comprends pas ce qu'il veut. Je pourrais utiliser mes ténèbres pour lire son esprit mais elles sont complètement inefficaces.

- Pleurer devant toi ?

Nero leva les yeux au ciel.

- Il dit savoir ce que ça fait, de perdre une mère.

Il répondit en chuchotant. Shiro était dans sa chambre. Il savait qu'avoir été rejeté par sa mère avait énormément blessé l'enfant. Et comme à chaque fois qu'il se passait quelque chose, Shiro se renfermait. Nero était sadique, mais il n'avait pas envie de remuer le couteau dans la plaie en évoquant le sujet qui fâche. Et encore moins avec Vincent, qui était celui qui était allé chercher Ophelia et lui avait assuré qu'elle viendrait au rendez-vous.

- Je vois, répondit Vincent, le ton bas.

Il paraissait être sincèrement désolé pour l'enfant. Triste aussi qu'Ophelia ne soit pas venue non plus, même s'il ne paraissait pas être aussi en colère que Nero.

- La seule chose qui est sûre, c'est que ce n'est pas un humain. C'est la seule chose qu'on sait, soupira Nero.

- Il faut au moins qu'on sache son nom. Cela nous orientera vers d'autres pistes.

- Je peux lui demander, mais je doute qu'il me répondra. Et puis, je préfère tuer avant de poser les questions. Malheureusement, cela semble impossible de le tuer alors il faut trouver un autre moyen.

- Peut-être qu'il s'agit d'une expérience. Ou d'une entité mystique. On peut seulement continuer à chercher, avec Shelke et essayer de prédire les attaques avec les Chiens de l'enfer.

Oh, les deux pouvaient parfois signifier la même chose...

Vincent ouvrit la porte d'entrée. Avant de quitter son appartement, il s'adressa à Nero :

- Il n'y a aucune honte à demander de l'aide, lui assura-t-il, le ton neutre.

Son attitude pouvait être bienveillante mais l'ancien Tsviet le prit quand même mal. Nero le fusilla d'un regard glacial.

- Epargne-moi ces discours. Je ne suis pas dans le besoin. Il y a seulement une peste qui rôde et malheureusement, je n'ai pas les moyens de m'en débarrasser. A voir si vous êtes aussi intelligents que nous, les humains.

Même si pour Nero, les Tsviets seraient toujours plus puissants qu'eux. Oh oui. Aucun doute là-dessus. Ils demandaient le soutien d'anciens Tsviets pour régler leurs problèmes, après tout.

- Et tiens. Avant que tu ne partes, l'interpella Nero alors qu'il se levait.

Son ton ne changea pas. Nero récupéra ce qu'il avait caché dans sa chambre avant de le tendre à Vincent.

Le dossier d'Agrippina.

- ... Tu n'es pas obligé de t'en débarrasser.

- Je n'en ai plus besoin. Et je n'ai pas envie de garder cela plus longtemps.

Il garderait seulement une chose. Une seule.

La photo de sa mère avec Weiss.

Cela lui donnait... quelque chose à contempler le soir, quand Shiro était couché.

Mais le reste ? Il n'avait pas envie de le conserver. Il ne voulait pas relire les expériences qu'on avait faites sur Agrippina. Cela avait été sûrement douloureux pour elle et Nero n'avait pas besoin de cela.

Vincent reprit le dossier. Il paraissait un peu hésitant. Il hocha la tête avant de tourner les talons.

- Fais quelque chose pour te vider la tête, Nero.

- Hm. Tu me l'as déjà dit.

Mais en fin de compte, il suivrait peut-être son conseil. Admettre que sa mère lui manquait... écouter un besoin qu'il avait refoulé au plus profond de lui... Nero s'était senti comme allégé d'un poids.

C'était encore étrange à ressentir. Il n'avait connu cette sensation que quand Weiss était avec lui. Il savait maintenant tout ce qu'il devait savoir sur leur mère.

Connaître une personne de plus de sa famille... C'était presque libérateur.

Nero se retourna vers la chambre de Shiro. Il finit par s'y diriger avec une idée en tête.

L'enfant n'avait pas cours aujourd'hui.

Et il avait besoin de se détendre, de prendre l'air.

Tout comme Nero lui-même en avait besoin.


C'était comme s'il s'était construit un tableau dans sa tête.

Comme si, dans son mental, il possédait un tableau et sur lequel il inscrivait à l'aide d'un gros feutre noir toutes les hypothèses qui lui venaient.

Le deuxième jour était en train de s'écouler... Weiss se demandait toutefois si le temps s'écoulait de la même manière dans cet espace qu'à l'extérieur.

Non. Sûrement pas... Il devait forcément s'écouler plus lentement. A moins qu'il ne vît pas le temps passer à force de réfléchir.

Weiss avait une piste et il espérait que ce soit la bonne. Bien sûr, il était quelqu'un qui réfléchissait et il clamerait haut et fort qu'il avait la connaissance infuse, qu'il était supérieur aux humains qu'il devait « protéger » en devenant l'Hôte d'Omega. Pourtant, il n'était pas entièrement certain de ce qu'il recherchait précisément.

Il savait lire les réactions des gens. Il savait quand il mettait volontairement quelqu'un mal à l'aise ou quand il provoquait une réaction d'étonnement ou de peur chez autrui. Il se souvenait d'un jour où Restrictor l'avait emmené à ce programme d'imprégnation pour la énième fois, au niveau supérieur de la Shinra. Il se souvenait très bien de cet échange.

« Tu n'as pas intérêt à la tuer, cette fois-ci. Déjà que je suis obligé de vous regarder, de te regarder en train de la monter... cette image me révulse. »

Weiss avait répliqué, la moquerie mêlée à une certaine flatterie :

« C'est parce que tu as envie que je te monte à sa place, Restrictor ? »

Cela lui avait valu une pluie de coups et de décharges électriques à répétition, au point que les scientifiques avaient dû intervenir pour le calmer avant qu'il ne rende Weiss incapable de participer au projet. Mais peu importe. L'Empereur avait vu juste. Cette seule réaction lui avait suffi.

C'était pareil pour le vieillard quand il avait mentionné Chaos. Même s'il n'était pas Chaos, il était forcément lié à lui.

Peut-être pouvait-il en tirer profit ? Malheureusement, il ignorait très peu de choses. Il savait seulement que c'était l'écuyer d'Omega. Et en replongeant dans ses souvenirs enfouis, en rouvrant les tiroirs de sa mémoire, il se souvenait avoir lu un extrait d'un livre sur la mythologie de Gaïa.

Chaos. Le Néant. Il avait engendré deux enfants.

Comment s'appelaient-ils ? Il était certain de savoir leurs noms.

Oui.

L'un se nommait Erebus. Et l'autre...

Rah. Il l'avait sur le bout de la langue.

Nyx.

Oui. Il s'en souvenait. Erebus et Nyx étaient frère et sœur. Par la suite, ils s'étaient mariés.

Intéressant. Cela plongea Weiss dans ses pensées. Quand il était à Deepground, Azul parlait d'un concept qui n'avait ni queue ni tête pour Weiss et qu'il ne parvenait toujours pas à comprendre aujourd'hui. L'inceste. Plusieurs fois, Azul avait abordé le sujet de la nature de la relation qui liait Weiss à Nero. Au début, Weiss l'avait pris comme une insulte et l'avait envoyé voler pour cet affront. Jusqu'à ce qu'Azul lui en dise plus à ce sujet, lui pose des questions et l'informe qu'à la surface, l'inceste était un sujet tabou. C'était quelque chose de sale et d'interdit, parce que les membres d'une même famille ne pouvaient s'aimer d'une manière autre que familiale. Cela avait piqué la curiosité de l'Empereur blanc, intéressé par le monde extérieur. Pour Weiss, ce concept le dépassait. Quand Azul avait fini par lui poser la question, Weiss avait simplement nié avec la plus grande sincérité.

« Bien sûr. L'Empereur de Deepground ne peut pas se livrer à un tel péché. Il serait beaucoup mieux avec un fier guerrier comme Rosso ou Argento. »

A se demander si Azul parlait bien de Rosso ou d'Argento et s'il n'était pas jaloux que Weiss fasse attention à quelqu'un d'autre. Oui, il avait aimé Nero à sa manière. Ils s'étaient déjà embrassés, notamment pour une expérience. Weiss lui avait seulement montré ce que cela faisait d'embrasser quelqu'un d'autre, Nero n'ayant jamais pu apprécier ce contact parce que tout le monde le craignait. Pour Weiss, c'était normal de prendre soin de son petit frère. Il était l'ainé, après tout. Et au moins, il s'agissait d'un contact qui n'impliquait pas d'infliger la douleur ou de la recevoir. Mais il ne voyait pas en quoi sa relation constituerait un « péché incestueux » comme l'appelait Azul. Néanmoins, le guerrier bleu venait de la surface. Il n'était pas né à Deepground et Weiss avait encore du mal à comprendre pourquoi cela serait une si mauvaise chose, d'aimer son frère. Est-ce qu'il s'agissait d'un concept réellement tangible ?

Toutefois, l'inceste était toléré chez les dieux mais pas chez les humains. Encore quelque chose qui le dépassait.

Peu importe. C'était tout ce qu'il connaissait. Il fallait qu'il creuse plus, sur Chaos et sa famille. Il était sûr de tenir quelque chose et s'il reculait maintenant, il devrait repartir de zéro.

« Tu devrais arrêter de jouer à ce petit jeu. »

La voix de G le sortit de sa torpeur. Weiss détestait être interrompu. Il garda son calme et se tourna vers le Gardien, lui adressant un sourire mauvais en guise de réponse.

- On est au courant, pour le vieillard et toi. A quel jeu vous jouez.

- Et donc ? Je ne peux pas m'amuser parce que ? lui rétorqua Weiss, acide.

G lui adressa une expression de lassitude mêlée à de la sévérité.

- Cela est inutile. Tu ne trouveras jamais de qui il s'agit.

- Dans ce cas, donne-moi son nom et j'arrête de jouer, grinça Weiss.

Après tout, il pouvait s'arrêter. Mais cela ne serait pas sans condition. Bien sûr, cela serait tricher et cela serait indigne de l'Empereur blanc, de tricher. Quoique...

Mais l'essentiel était de savoir, non ?

- Tu devrais plutôt user de ton temps pour réfléchir, pour faire ton introspection. Pourquoi Omega t'a rejeté. Parce que si Omega ne t'accepte pas, tu seras détruit. Au lieu de prendre cela comme un jeu comme tu le fais habituellement.

- Ah, parce que tu crois que je ne le fais pas ? En jouant ?

G fronça les sourcils, incrédule.

- De quoi parles-tu ?

- Le vieillard m'a dit que si je trouvais son nom, je pourrais lui poser toutes les questions que je voudrais. A savoir, pourquoi Omega m'a rejeté et qu'est-ce qui me rattache à la Planète ?

Et bien sûr, pourquoi est-ce que le vieil homme en voulait autant à Nero ?

- Ce n'est pas de l'introspection, ça ? insista Weiss, lui adressant une expression méprisante. C'est ce que tu attends de moi.

Pourtant, G ne partagea pas son avis.

- C'est une mauvaise idée. Le vieillard va te raconter n'importe quoi.

- Les dieux ne doivent pas mentir, non ? Quand ils font une promesse, ils doivent la respecter, n'est-ce pas ?

- Parce que tu as respecté la tienne ? lui répliqua sèchement G. En jurant fidélité à la Déesse alors que tu te moquais bien de l'intérêt de la Planète ?

- Ah, tu me considères comme un dieu ? ricana Weiss, le ton léger.

Il comprit qu'il avait poussé G en bout quand ce dernier fut brusquement sur lui, l'attrapant à la gorge pour le faire se relever. Weiss grogna de rage et se dégagea rapidement en lui envoyant un uppercut, que G esquiva en le lâchant et en dégainant son épée, prêt à l'utiliser.

Il était en colère, maintenant.

- Tu crois que c'est un jeu tout ça ? Tu ne te rends pas compte de la gravité de la situation ! Tu es l'Hôte d'Omega et Omega t'a rejeté ! Tu devrais être anéanti ! Tu devrais œuvrer pour réparer ta fierté blessée !

L'expression dure et froide, Weiss dégaina « Paradis » et « Terre » à son tour.

Un combat contre G ? Il en avait rêvé, autrefois.

- Est-ce que tu m'écoutes au moins, quand je te parle ? Tu réalises que sans Omega, la Planète périra ? Si tu ne fusionnes pas avec Omega, tu ne pourras jamais rejoindre la Rivière de la Vie !

Weiss abaissa ses armes, ne détachant pas son regard de G.

- J'essaie. Tu peux penser le contraire, mais j'essaie. J'essaie de comprendre tout cela à MA façon. Cela ne te convient pas ? Tant pis. Mais si jouer à ce jeu stupide avec un vieillard me permet de lever le voile sur certaines choses, alors je le ferais.

A moins que...

- A moins que tu ne veuilles pas que je joue avec le vieillard ? Parce qu'il m'a promis de me dire la vérité ? Et tu ne désires pas que j'entende la vérité ?

G... ne réagit pas.

Il demeura silencieux face à la question tranchante que lui posa Weiss.

Cela lui fut suffisant.

Le ton de Weiss devint soudainement bas. Il ne souriait plus. Il ne riait plus.

Une lueur dangereuse anima ses yeux. Au fond de lui, Weiss put même ressentir un léger sentiment de trahison à l'idée que G ait pu faire cela.

Alors qu'ils étaient supposés être « liés... »

- ... Tu sais quelque chose, constata-t-il. Il y a quelque chose que tu ne veux pas que je sache.

G garda la même expression dure. On aurait dit une statue. Weiss se demanda s'il pouvait lui soutirer les informations en le transperçant de part en part, en le torturant tellement violemment qu'il finirait par cracher le morceau.

- Tu n'obtiendras rien de moi, déclara G avant de tourner les talons. Tu peux faire de moi ce que tu veux mais je ne parlerai pas. Tu perdras ton jeu avec ce vieillard. Et tu seras détruit. Ou tu erreras ici, dans ce blanc infini, telle une âme en peine, jusqu'à ce que tu disparaisses pour de bon, oublié de tous.

Alors, son « frère » lui mentait aussi. Le vieillard avait déjà dit la vérité sur son sort. Demeurer ici pour l'éternité.

Les liens, les gènes... Rien ne comptait pour G.

Weiss rangea ses armes. Cela ne servirait à rien. G avait déjà refusé une fois de l'aider, alors que les soldats de Deepground l'auraient massacré. Rien ne le ferait changer d'avis, même pas sous la torture.

Il put seulement donner un dernier coup suffisamment mal pour le faire réagir :

- Tout comme toi, on t'a oublié ? Le Grand Genesis Rhapsodos, rival et ami du Légendaire Sephiroth et qui a fini par le mener droit à la folie ? Qui se souvient encore de toi aujourd'hui ? Sérieusement ?

Il avait fait exprès de donner son ancien nom.

G garda le silence. Ses épaules montaient et descendaient, montrant la douleur qu'il ressentait. Alors même qu'il s'effaçait, Weiss lui annonça, le ton ferme avec une cruauté sous-jacente qu'il ne camoufla même pas :

- Je trouverai la vérité. Et crois-moi, si elle ne me plaît pas... ce que j'ai fait à Restrictor, cela ne sera rien à côté de ce que je te ferais subir. Je te ferais tomber aussi, G.

Cela devait être suffisamment grave pour que G le lui cache.

Qu'est-ce qu'il ne voulait pas qu'il sache ? Qu'est-ce qui lui cachait de si important ?

Weiss rangea ses gunblades et se rassit, fermant les yeux pour se replonger dans son mental.

Maintenant, il avait encore plus intérêt à gagner ce jeu.


Nero avait emmené Shiro au parc. Afin de l'apaiser suite aux évènements douloureux de la veille, il lui avait promis qu'aujourd'hui serait sa journée. La journée de Shiro, où l'enfant pourrait faire ce qu'il voudrait. Nero ne le refuserait pas.

Au début, l'enfant eut peine à montrer sa joie. Nero savait qu'il souffrait encore. Au bout d'un quart d'heure à marcher dans les allées, Shiro finit par se rendre vers le terrain jeu pour jouer sur la balançoire, tandis que Nero vint s'asseoir sur un banc tout en le surveillant.

Malheureusement, même si les apparences étaient trompeuses et que d'un point de vue extérieur, Nero et Shiro paraissaient être un parent et un enfant qui profitaient d'une journée au parc, l'ancien Tsviet savait que Shiro ne s'amusait pas. Affligé, Nero s'accouda sur le banc, cherchant désespérément un moyen de lui remonter le moral.

« Louez votre Chocobo ! »

Cela fit sortir Nero de ses pensées. Il se retourna pour apercevoir un fermier traîner quatre Chocobos derrière lui par une laisse, criant tel un vendeur ambulant.

« Louez votre Chocobo ! »

En l'apercevant, Nero ne put s'empêcher de penser au Chocobo qu'il avait montré à l'enfant autrefois, lorsqu'il l'avait emmené pour la toute première fois au monde extérieur.

Là où il avait abattu le fermier...

En y repensant, à l'époque, Nero croyait que c'était une bonne idée. Il pensait pouvoir protéger Shiro de cette manière. Mais cela n'avait fait que plonger l'enfant dans d'incroyables tourments. Il se moquait bien de ce fermier qui les avait menacés.

Mais il avait gâché un moment fort avec Shiro. Leur moment fort.

Nero se releva. Il était temps de se rattraper. Fouillant dans les poches de sa combinaison, Nero s'avança vers le fermier.

« Combien ? »

Le fermier le détailla de haut en bas, avant de hausser les épaules.

- C'est 30 Gils l'heure la location de Chocobo.

Il devait bien avoir 30 Gils sur lui.

Ah. Il comptait les garder pour plus tard. Tant pis. Nero les tendit au fermier et ce dernier le laissa choisir le Chocobo. Il en prit un qui paraissait être le plus docile de tous et après quelques conseils de la part du fermier sur la manière de diriger l'oiseau, Nero s'avança vers la balançoire où Shiro l'attendait.

- Shiro ?

L'enfant se retourna.

Et ses yeux brillèrent quand il réalisa ce que Nero tenait à bout de bras.

- Cela te dit ? lui susurra son oncle.

Enfin, Shiro souriait.

- Papa Nero... Je t'ai déjà dit que je t'aimais ? s'écria l'enfant en bondissant vers eux à toute hâte pour caresser l'oiseau.


« Mais pas comme ça ! Laisse aller les rênes ! »

Docile ? Tu parles ! L'oiseau n'en faisait qu'à sa tête. Shiro était monté sur son dos et avait du mal à le faire aller où il le désirait. A côté, Nero les suivait de près. Il avait peur que l'oiseau ne s'emporte et ne fasse tomber Shiro.

Shiro lui adressa un regard blasé.

- Papa Nero ! C'est bon, je gère !

Nero rattrapa les rênes d'une main ferme pour que l'oiseau tourne le bec vers lui. Le Chocobo adressa un piaillement frustré à l'égard de l'ancien Tsviet.

- Papa Nero ! Laisse-moi faire ! Sinon, il va s'agiter. Il n'aime pas quand tu lui cours après. On dirait que tu le traques, déclara Shiro en caressant les plumes du Chocobo.

- Excuse-moi, mais j'ai peur que tu tombes.

- Si je dois tomber, tant pis. Ce n'est pas grave, râla l'enfant.

Nero relâcha les rênes au même moment où Shiro donnait un coup dessus. Nero vit l'enfant s'éloigner en soupirant.

Il avait raison. Il devait apprendre à le laisser faire, à lui faire confiance.

- Non ! Non ! Non ! Non ! répéta l'enfant tandis que le Chocobo se mit à galoper dans une direction hasardeuse.

Ou pas, pensa Nero alors qu'il bondissait en avant pour lui rattraper le Chocobo avant qu'il ne quitte le Parc et prenne la direction de la route où circulaient les voitures.

Une main rattrapa les rênes et tira le Chocobo en arrière pour interrompre sa course. Nero s'arrêta. Il poussa un soupir de soulagement, avant de réaliser QUI était la personne qui avait empêché un drame.

- Décidément, nos routes se croisent souvent. C'est le destin, n'est-ce pas, petit-ami gothique ?

Nero se figea.

Andrea (c'était bien son nom, n'est-ce pas ?) se dirigea vers lui, une allure séductrice dans sa démarche tandis qu'il tirait le Chocobo à bout de bras, l'enfant se laissant transporter sagement. Nero garda une expression neutre tandis que Shiro descendait du dos de l'oiseau.

- Elles sont bornées, ces bestioles. Elles n'en font qu'à leur tête, ricana Andrea alors qu'il caressait le bec de l'oiseau.

- Merci, Monsieur, le gratifia poliment Shiro.

- Héhé ! Alors quoi de beau, Shiro ? Depuis le « Honey Bee Inn » ?

Shiro se gratta la tête, gêné. Nero demeura raide, détournant le regard pour ne pas avoir le sourire « éclatant » que lui adressait Andrea dans son champ de vision.

- Je voulais juste vous voir danser.

- Héhé, ne t'inquiète pas. Tu auras l'occasion de me voir danser tous les soirs, si ton père veut bien venir à l'un de mes spectacles.

Shiro adressa des yeux suppliants à destination de son oncle.

Jamais.

- C'est non, grogna Nero, croisant les bras autour de sa poitrine.

- Tu as dû bien faire disputer, non ? Ce n'était pas bien d'inquiéter ton père comme ça, souffla Andrea, faussement réprobateur.

Nero était sur le point de prendre congé quand Andrea lui lança :

- Rien ne pourra vous faire changer d'avis, petit-ami gothique ? Le « Honey Bee Inn » est gratuit pour vous.

Il insistait, en plus. Il voulait vraiment se faire éviscérer ?

- Non. Merci, articula Nero alors qu'il prenait Shiro par la main. Si vous pouvez rapporter le Chocobo à son propriétaire...

- Papa Nero, le réprimanda doucement Shiro.

Quoi ? Il ne devait rien à cet humain. Et s'il voulait vraiment lui rendre service, pourquoi pas ?

- J'avoue, confessa Andrea alors qu'il joignait les mains sur sa poitrine, je vous fais cette invitation au « Honey Bee Inn » parce que je désirais tellement vous revoir, plante exotique.

Nero plissa les yeux à cette remarque.

- Pourquoi ?

- Eh bien... Parce que vous m'intéressez.

- Et pourquoi est-ce que je vous intéresse ?

- Et si je vous invitais à un rencard à la place, petit-ami gothique ?

Encore ce mot ?

Nero ignorait ce qu'il voulait dire mais il n'aimait pas cela.

- Rencard ? répéta-t-il sans comprendre.

- Oh oui ! s'excita Shiro alors qu'il tirait sur la main de Nero. Accepte, Papa Nero !

- On va dans un endroit sympa et on voit ce que la nuit nous réserve.

Bon. Il n'avait pas envie de le lâcher et Nero ne pouvait PAS utiliser ses ténèbres. A la place, il tira sur la jambe de son pantalon pour lui dévoiler son bracelet électronique.

Un sourire pincé s'afficha sur le visage d'Andrea à la vue de ce bracelet.

- Comme vous pouvez le constater, je suis dangereux et je ne peux pas aller où je veux. Dommage, décréta Nero, sarcastique.

- Oh. La dangerosité. Ca m'excite.

Il lui adressa un clin d'œil.

Mes dieux...

- J'ai fréquenté les délinquants, petit-ami gothique. Ce ne sera pas un bracelet électronique qui m'arrêtera. On peut très bien se trouver un endroit sympa dans le coin.

- Non, refusa Nero.

Andrea haussa les épaules.

- Je vous laisse y réfléchir. Vous avez mon numéro. N'hésitez pas à m'appeler, petit-ami gothique.

Il ne pouvait pas le lâcher avec ce surnom débile ? Nero soupira et tira le bras de Shiro pour qu'il le suive.

- A la revoyure, lui souhaita Andrea.

- A jamais, rétorqua Nero.


« Mais pourquoi tu n'acceptes pas ? » lui adressa Shiro une fois qu'ils furent montés à l'appartement, escortés par le gardien.

Nero soupira. C'était la dixième fois depuis cinq minutes qu'il lui posait la même question.

- Je ne sais même pas ce qu'est un rencard, finit-il par répondre du bout des lèvres.

- Bah... C'est un rendez-vous. Entre adultes.

- Et pourquoi faire ?

Shiro haussa les épaules.

- Bah... ils vont dans un endroit.

- Je demande juste pourquoi faire ? fit Nero alors qu'il s'asseyait sur le canapé.

- Pour passer du temps ensemble, je crois.

Nero s'appuya le menton contre ses mains jointes.

- Passer du temps ensemble... Ouais, si tu veux.

- Tu vas accepter ? s'exclama Shiro, les yeux brillants. Dis oui !

- Mais pourquoi tu veux que j'aille en rencard avec ce type ? l'interrogea Nero, perplexe. Je n'en vois pas l'intérêt.

- Bah, ça te ferait sortir, je crois.

Nero leva les yeux au ciel.

- C'est quand même Andrea Rhodea, justifia Shiro. Il est célèbre et tu lui plais. En plus, tu avais dit que tu allais commencer à penser à toi un peu plus. C'est l'occasion.

- Je ne vois pas ce que ce gars peut m'apporter.

- Juste du bon temps. A toi de voir.

- Shiro. Je ne te laisse pas seul. Encore moins avec les Chiens de l'enfer et le vieillard qui est venu nous rendre visite cette nuit.

- Je n'aurais qu'à aller au Septième Ciel. Je serais avec Denzel et Marlène, proposa Shiro, plein d'espoir.

Son oncle lui adressa une mine blasée.

- Allez, dis oui ! supplia Shiro, les mains jointes. Ce serait dommage de passer à côté d'une telle occasion !

- Pff.

Il n'allait pas le lâcher, hein ?

Nero jeta un regard à Shiro, qui ne changea pas d'expression.

Décidément.

- Je vais réfléchir, finit-il par avouer.

- Le monde te regarde, Papa Nero ! lui adressa Shiro, le poing en l'air, un grand sourire jusqu'aux oreilles.

Oui, oui.

Nero s'éloigna pour changer de pièce. Il prit son portable et chercha le numéro sur lequel Andrea l'avait contacté la dernière fois.

N'importe quoi pour ce gosse, quoi.

Andrea décrocha au bout de deux sonneries.

- Petit-ami gothique.

- C'est quel genre de rencard ? lui demanda Nero, après un silence.

Parce que s'il désirait recevoir un minimum d'intérêt, il l'emmènerait chasser. Nero s'exercerait sur de nouvelles proies et il pourrait s'amuser avec ses victimes. User de ses pistolets et de ses ténèbres... cela lui manquait tellement.

Un moment bien sanglant, digne de Deepground et de sa politique. Voilà le type de jeu qui plairait à Nero.

Andrea avait intérêt à le surprendre.


« Ce restaurant nous sert de délicieux mets. »

Nero ne fit même pas l'effort de masquer sa déception. Envolé, le rencard avec du sang et des larmes. Nero n'irait pas chasser ce soir, manifestement.

A la place, Andrea l'avait emmené... manger.

Ok. C'était ce que les humains faisaient durant leur rencard ? Ils mangeaient ? Il y avait quoi de passionnant, dans ce programme ?

Quoique... C'était la première fois qu'il mangeait au restaurant. Il mangeait toujours à son appartement et il adorait faire à manger à Shiro. Nero observa attentivement le comportement d'Andrea pour pouvoir l'imiter et se fondre dans la masse. Pas qu'il en avait particulièrement envie. Mais c'était lui qui avait accepté le rencard...

On apporta des... cartes. Avec le nom des plats inscrits dessus. Apparemment, on choisissait et on commandait. Nero remarqua les prix.

Bon. Il n'aurait pas assez pour payer.

- Je paierais, fit Andrea, comme s'il avait lu dans ses pensées.

Nero le toisa, le regard vide.

Si cela l'amusait... ?

Nero finit par choisir un plat au hasard (un steak saignant qui lui rappela Rosso) tandis qu'Andrea commanda du... vin ou quelque chose comme ça. Une fois qu'on leur apporta les menus, un serveur ouvrit la bouteille de vin et leur servit un verre à chacun.

Méfiant, Nero le prit du bout des doigts et porta une gorgée à ses lèvres. Il manqua de s'étrangler. C'était sec et amer !

- Oups, doucement, petit-ami gothique !

Nero le foudroya du regard. Andrea leva la main.

- Je viens de penser, réalisa-t-il alors qu'il se penchait pour prendre quelque chose situé de l'autre côté de la table.

Il en sortit un bouquet de roses noires.

Nero écarquilla les yeux face à ce geste.

- Elles sont pour vous, déclara Andrea, le ton séducteur.

- Pourquoi ?

- Parce que j'adore offrir des fleurs aux personnes avec qui je sors.

Nero demeura interdit face à cette explication. Que désirait-il qu'il fasse avec ce bouquet ?

Néanmoins, il ne le refusa pas. Il récupéra le bouquet et le posa avec précaution, les fixant avec un certain intérêt. Andrea ricana et but une nouvelle gorgée.

- Donc... Tu as un frère ?

Nero sursauta à la mention de son frère. Il ne s'attendait pas à cette question.

Andrea approuva, compréhensif.

- J'en ai un aussi. Il s'appelle Jules. Je suis l'aîné.

L'aîné ?

Nero se pencha vers lui, le fixant avec curiosité.

- Vous êtes un frère aussi ?

- Oui. Je peux vous assurer que ce n'est pas facile tous les jours, d'être l'aîné.

- Je... je suis le cadet.

Peut-être que ce rencard ne serait pas aussi inintéressant qu'il ne le croyait. Nero ramassa les couverts et commença à picorer dans son plat.

- ... Dites-m 'en plus. Sur vous et votre frère.

- Hm. Très bien. Ce n'est pas le sujet le plus sexy, mais... Je suis à vos ordres, petit-ami gothique.

Pour Nero, il s'agissait du meilleur sujet.


« J'ai rencontré un Wutaïen en combat », déclara Nero, le regard rêveur tandis qu'il se rappelait de ce souvenir avec nostalgie. « J'ai pu lire dans ses souvenirs. Le moment où lui et sa sœur partageaient des fèves du Wutaï, le moment où sa sœur est morte dans ses bras, tandis que lui pleurait sur son cadavre... »

Nero croisa les bras.

Oh oui. Ce sentiment qui l'avait traversé en assistant à cette scène...

Ce sentiment, il le connaissait mieux que personne.

C'était peut-être pour cela qu'il s'était tant attardé sur le Wutaïen. Il ne s'était pas focalisé sur sa partenaire. Il avait été prêt à l'achever, mais lire les souvenirs de cet humain lui avait fait changer d'avis.

« J'y ai vu quelque chose qui m'a fait penser à... lui. A mon frère. »

Andrea s'accouda sur la table. Nero avait presqu'oublié qu'il lui parlait.

- Du désir ?

Nero haussa les épaules, ne le prenant aucunement mal.

- Peut-être. En tout cas, je l'ai épargné et je l'ai emporté avec moi.

- Tu aimes vraiment les grands frères, toi, n'est-ce pas ? C'est ton type ?

Nero lui adressa une expression blasée.

- J'aime mon grand frère, précisa-t-il.

- Et tu aimes les gars qui lui ressemblent de près ou de loin. Moi, je ne me comporte pas comme ça avec mon frère, commenta Andrea alors qu'il reprenait une gorgée de son vin. C'est très... spéciale, votre relation. Serais-tu un Brocon ?

L'ancien Tsviet inclina la tête sur le côté, intrigué par le terme.

- Brocon ?

- Brother Complex. Cette adoration, ce culte du frère.

- Oui, je vénère mon frère.

- Je m'en étais douté, petit-ami gothique. J'espère que tu trouveras quelqu'un à la hauteur de ton frère.

Nero fronça les sourcils, s'agitant légèrement à cette remarque.

- Personne ne sera à la hauteur de mon frère.

- Hm. Je vois ça.

Andrea appela le serveur pour qu'ils paient. Alors qu'ils se levaient, Nero attrapa le bouquet de roses noires pour l'emmener chez lui. Alors qu'ils quittaient le restaurant, Andrea lui proposa de s'arrêter au parc.

Qu'est-ce qu'il voulait de plus ? Il l'avait déjà emmené au restaurant.

A cette heure-ci, il n'y avait personne. Andrea s'assit sur un banc. Intrigué, Nero le rejoignit. L'homme lui fit signe de s'asseoir à côté de lui.

Il ignorait ce qu'avait Andrea en tête. Cela serait idiot de sa part de tenter quoi que ce soit d'obscur avec l'ancien Tsviet. De toute manière, il savait que les Turks le surveillaient toujours. Malheureusement, s'il tuait cet homme, cela sonnait la fin du marché. Peut-être par curiosité ou par fatigue, Nero s'exécuta.

- Je te fais penser à ton frère ? lui demanda Andrea, affichant un sourire mystérieux.

Nero le regarda comme si Andrea l'avait insulté.

- Pas du tout. Tu n'es en rien comme lui.

Enfin... Nero pouvait le trouver attirant. Andrea avait une certaine prestance. Une aura qu'il avait du mal à cerner. Mais de là à le comparer à Weiss...

Sa réponse ne parut pas affecter Andrea. Il se contenta seulement de se rapprocher de lui, son visage se retrouvant à quelques centimètres de celui de Nero, prenant de court ce dernier.

Qu'est-ce que...

Nero était sur le point de faire apparaître ses pistolets pour faire reculer Andrea quand ce dernier lui adressa ces mots. Ces quelques mots qui se gravèrent dans l'esprit de l'ancien Tsviet:

- On a tous nos fantasmes, sourit Andrea. Si tu veux, ce soir... Si tu y tiens. Je peux être ton frère.

Le cœur de Nero manqua de s'arrêter.

Son frère... ?

Etre son frère pour ce soir ?

Il pensa à Weiss.

Alors qu'Andrea se rapprochait encore de lui, ses lèvres effleurant celles de Nero, l'ancien Tsviet ferma les yeux, imaginant Weiss se tenir à la place d'Andrea. Il l'imaginait lui sourire, lui parler, le rassurer...

Je peux être ton frère ce soir.

En temps normal, Nero aurait poignardé Andrea avant même qu'il ne puisse le toucher.

Mais il fut trop embrumé par la vision de Weiss, la vision de son frère revenant à la maison, revenant pour lui, qu'il oublia presque que ce fut Andrea qui l'embrassait actuellement.

Peut-être avait-il besoin de cela.

Il avait besoin d'un frère. Un manque à combler, même pour une soirée.

Nero rendit le baiser d'Andrea, inclinant la tête sur le côté pour approfondir le contact, sentant de violents frissons lui parcourir l'échine tandis qu'il enroulait ses bras autour du cou d'Andrea en même temps qu'il entrouvrait ses lèvres pour laisser sa langue caresser celle de l'homme en face de lui.


Quand avait-il pu goûter à un tel plaisir ?

Ce contact... Cela lui avait manqué. On ne l'avait pas touché depuis tellement longtemps...

Ces sensations de douceur, de tendresse.

Ces sensations de douleur, de mort...

Pour Nero, c'était du pareil au même. Un contact demeurait un contact. Peu importe la nature même de ce contact, cela le faisait trembler d'extase.

Une fois à l'appartement, Nero comprit pourquoi Shiro passant la nuit au Septième Ciel avait été une bonne idée. Il ne serait jamais monté avec Andrea si l'enfant avait été présent dans l'appartement.

Ils claquèrent la porte derrière eux, et Nero plaqua Andrea contre le mur tandis qu'il lui dévorait la bouche avec appétit, lui mordant les lèvres tandis qu'il laissait ses mains descendre de plus en plus bas, effleurant son entrejambe. Andrea se laissa faire et lui rendit volontiers le contact avec autant d'avidité.

Ce soir, Nero avait un frère.

Ce soir, il n'était pas seul.

Alors qu'ils rompaient leur baiser, Andrea poussa doucement Nero sur le canapé. Alors qu'ils échangeaient davantage de baisers, Andrea se plaça à califourchon sur lui et commença à lui soulever le haut de sa combinaison pour le lui enlever.

Réalisant ce qu'il était sur le point de faire, Nero posa les mains sur son poignet pour l'interrompre. La mâchoire serrée, il demeura immobile sous l'homme au-dessus de lui, sans pour autant retirer ses mains.

Il le fixa intensément. Andrea lui déposa un baiser sur les lèvres avant de sourire.

« Tu préfères que je me dévoile le premier ? »

Andrea joignit le geste à la parole et retira sa chemise à son tour.

Nero parcourut son regard sur le corps devant lui. Oui... Andrea avait un beau corps. Il devait l'admettre...

Mais...

Quel idiot.

D'habitude, il l'aurait absorbé par réflexe. Il en avait envie. Ce n'était pas son Weiss. Il pourrait le tuer pour avoir prétendu le remplacer.

Mais il devait penser au marché. Nero enleva enfin ses mains, mais il esquiva le baiser d'Andrea alors qu'il se tournait vers le mur.

- Tout va bien ?

Nero ne répondit pas.

Il demeura muet tandis que sa vision se brouilla, l'émotion commençant à le gagner face aux pensées qui fusèrent dans sa tête.

Ce n'était pas Weiss.

C'était avec Weiss qu'il voulait faire ce genre de chose. C'était Weiss qu'il voulait avec lui, à l'heure actuelle.

Il avait cru pouvoir combler ce manque avec quelqu'un qui accepterait de jouer le rôle de frère, le rôle de grand frère protecteur dont il avait tellement besoin... Mais il n'y arrivait pas. Pas aujourd'hui.

Il se sentait tellement stupide.

Ce qui le surprenait le plus, c'était qu'Andrea ne le força aucunement. Non. Il se détacha de Nero pour se rhabiller.

Il avait l'air un peu déçu.

- J'ai compris, lui assura néanmoins Andrea alors que Nero se redressait du canapé. Il était là bien avant moi. Je ne suis pas lui.

Nero se sentit presque... désolé. Désolé de traiter cet humain de cette façon. Surtout qu'Andrea s'était bien comporté envers lui toute la soirée. Il ne l'avait pas torturé. Il ne lui avait fait aucun mal. Il ne l'avait même pas traité de monstre ou de bête hideuse.

Il lui avait donné des fleurs, il lui avait parlé de son frère, il avait même accepté de jouer le rôle de Weiss pour une nuit...

Cela le surprenait qu'un humain le traite avec autant de délicatesse et d'attention. Un humain qui ne lui désirait aucun mal.

Presque. Il en fallait plus à Nero pour qu'il se sente sincèrement désolé pour quelqu'un.

- Un conseil, plante exotique : ces choses, il vaut mieux que tu les fasses quand tu es prêt, avec ton véritable amour. J'espère que tu le trouveras. Ce bonheur que tu cherches.

Nero hocha lentement la tête, approuvant chacun de ses mots.

Oui. Il devait le faire avec son aimé.

Andrea se pencha à nouveau vers lui, son visage à hauteur du sien.

- Mais mon offre tient toujours, lui souffla Andrea alors qu'il l'embrassait sur la joue en guise d'au revoir, un contact que Nero autorisa silencieusement. Viens assister un jour à un de mes spectacles. Cela restera gratuit pour toi, petit-ami gothique. Et... rien ne nous empêche d'être amis, ajouta-t-il avant de se diriger vers la porte d'entrée pour quitter l'appartement.

Nero le contempla partir, sans réagir. Sans même répondre.

Cela avait été... agréable.

Amis ?

Il n'y avait pas d'ami à Deepground.


Nero fut réveillé tard dans la nuit, par un bruit sourd provenant du couloir.

Clignant des yeux, encore dans les vapes, Nero écouta attentivement.

Le bruit sourd se répéta.

Il y avait quelqu'un dans l'appartement.

Le vieillard... Le vieillard revenait !

Nero rejeta ses couvertures. Les pistolets à la main, Nero se dirigea rapidement vers la source du bruit, à pas de loup pour surprendre l'intrus.

Il apparut dans l'entrée, prêt à appuyer sur la gâchette.

Cette fois, il allait en finir.

La silhouette se retourna.

L'ancien Tsviet se figea.

Son cœur rata un battement à la vision qui s'offrit devant lui. Le regard de la personne tétanisa Nero à tel point qu'il lâcha ses armes. Elles tombèrent au sol, à ses pieds.

Encore sous le choc, Nero n'y accorda aucune attention.

Les bras le long du corps, Nero fixa la personne devant lui. Ses lèvres tremblèrent, ces yeux s'embuèrent de larmes tandis que son corps se déplaçait par automatisme, effectuant un pas vers l'homme aux cheveux blancs.

« ... Weiss ? »

C'était lui. C'était bien lui. Il se tenait devant la porte, le détaillant de haut en bas. Il était torse nu, portant cet habituel pantalon blanc qui le rendait si singulier, si spécial à Deepground.

Il n'avait pas changé.

Weiss ne souriait pas. Mais Nero remarqua la tendresse dans son regard. La tendresse qu'il ne lui accordait qu'à lui, qu'à son petit frère.

« Weiss ! » répéta Nero alors qu'il franchissait les derniers centimètres qui le séparait de son frère bien-aimé.

Nero ne put résister plus longtemps. Il avait trop attendu ce moment. Il s'élança sur son frère et enveloppa ses bras autour de son cou, le serrant fortement contre lui tandis qu'il enfouissait son visage dans le torse de son frère.

« Je... Je... Je savais que tu reviendrais ! Tu... Tu m'as manqué ! »

Nero ne parvenait pas à contrôler les tremblements dans sa voix. Il étreignit son frère de toutes ses forces, fermant les yeux tandis que ses épaules montaient et descendaient.

« Je savais que tu reviendrais... On ne peut pas te tuer. On ne peut pas se débarrasser de toi définitivement. Je... ça fait si longtemps, mon frère bien-aimé. »

Est-ce qu'il le réalisait ?

Est-ce qu'il réalisait combien il lui avait manqué ? Combien Nero avait été perdu sans lui ?

« Weiss... Weiss... » répéta-t-il dans un souffle.

Il inhala son odeur. C'était lui... Il sentait toujours aussi bon. Ce parfum de Mako mêlé à ce sentiment de pureté... Aussi pur que de la neige.

Weiss enveloppa ses bras autour de la taille de Nero, lui rendant son étreinte. Nero ne se détachait pas de lui.

Il voulait juste rester comme ça...

Dans ses bras, à l'abri du monde, à l'abri de tous... Juste son frère et lui.

« ça fait si longtemps... » murmura Nero à voix basse. « On va rester ensemble. Plus rien ni personne ne pourra nous séparer, maintenant. Pour toujours. On va pouvoir rester ensemble, tous les trois. »

Shiro...

Shiro serait si ravi de rencontrer enfin son père.

Il lui avait promis qu'il le ramènerait... Qu'il reviendrait pour eux.

« ... Je t'aime tellement », lui déclara Nero, les lèvres contre sa peau. « ... Si tu savais à quel point je t'aime. »

Weiss ne bougea pas. Il se contenta de garder Nero contre lui, sans répondre.

De manière inattendue, son frère se détacha doucement de lui, gardant néanmoins ses mains sur ses épaules.

« Weiss ? » lui demanda Nero, confus par sa réaction.

Non. Il voulait rester comme ça. Il voulait rester dans ses bras.

Weiss se contenta de lui sourire. Lui signifiant que tout allait bien, avant d'approcher son visage du sien.

Les yeux de Nero se fermèrent quand il sentit des lèvres se poser sur sa joue, dans un contact doux et chaste.

Ses lèvres le quittèrent avant de se poser à nouveau sur sa joue. Puis, encore.

Et encore.

Les lèvres de Weiss descendirent doucement vers le cou de Nero dans une traînée de petits baisers qui devinrent de plus en plus insistants, leur contact devenant de plus en plus long.

« Weiss... »

Nero fut à nouveau attiré contre lui. Il enveloppa ses bras autour du cou de son frère aîné. Ce dernier continuait de l'embrasser dans le cou, décalant les mèches de cheveux noirs qui l'empêchaient d'accéder à la peau nue de son frère.

Nero referma les yeux. Il sentit une chaleur lui brûler les joues. Il inclina la tête sur le côté pour approfondir le contact. La bouche entrouverte, il se laissa aller à cette sensation si douce, si agréable...

Ses lèvres étaient si chaudes...

Tout cela lui avait manqué...

Weiss entrouvrit ses lèvres, sa langue effleurant le cou de Nero. Nero sentit un brusque frisson de plaisir lui traverser l'échine.

« Aaah... Ah... »

Il sentit des mains glisser sous le haut de sa combinaison. Nero ne put réprimer un gémissement. Les mains chaudes et puissantes de Weiss qui se mirent à le caresser, à le palper tandis qu'il soulevait peu à peu son haut.

« Weiss... aah... »

Il se retrouva contre le mur. Weiss s'était agenouillé devant lui, enfouissant la tête sous son haut, ses cheveux blancs lui chatouillant la peau.

Lentement, prenant son temps, il embrassa de manière répétée la poitrine, le torse de Nero tout en effectuant des cercles de caresse sensuelle avec ses doigts, et en le léchant avec un plaisir non dissimulé.

« Haa... Hmmm... Hmmm... »

Nero rejeta la tête en arrière, l'appuyait contre le mur tandis que Weiss descendait de plus en plus bas. Il se moquait qu'on l'entende. Il avait trop attendu. Il avait trop attendu tout cela...

La main de son frère bien-aimé descendit de son torse pour effleurer son entrejambe. Ce geste arracha un petit cri de plaisir de la part de Nero, complètement embrumé par ce qu'il ressentait.

« Weiss... Je... Je... »

Je t'aime. Je t'aime...

Il crut se noyer quand Weiss fit descendre son pantalon et enveloppa sa main autour de son membre, initiant des mouvements de va-et-vient. Raide, Nero se laissa faire, le plaisir et la luxure chassant toute pensée qui ne concernait pas Weiss. Il mourrait pour cet homme. Il était à lui. Il lui appartenait. Incapable de contrôler ses convulsions, Nero plongea sa main tremblante dans la longue chevelure de Weiss, qui ne s'interrompit jamais.

« Ah... Oui... s'il te plaît ! S'il te plaît, Weiss ! »

Sa bouche était à quelques centimètres. Nero avait terriblement envie de l'embrasser... il avait tellement envie d'embrasser son frère.

Il désirait lui dire tellement de choses...

« Mon amour... »

Nero se baissa vers lui, ses lèvres s'approchant de celles de Weiss, prêt à les capturer dans un baiser avide et passionné.


Nero se réveilla dans son lit, en sueur.

Il avait été interrompu par les clés utilisées pour ouvrir la porte d'entrée. Nero réalisa qu'il tremblait toujours, de tous ses membres. Rapidement, il consulta l'heure.

Neuf heures du matin.

Par réflexe, il chercha Weiss. Il voulut l'appeler, lui dire de revenir. Peut-être était-il dans la salle de bain ? Dans la cuisine ? Il préparait le petit-déjeuner pour lui et Shiro...

« Papa Nero ? »

Brusquement, la violente réalité le frappa de plein fouet.

Shiro apparut dans l'entrebâillement de sa chambre, le fixant avec curiosité.

« Tu es malade ? D'habitude, tu te réveilles avant. »

Nero ouvrit la bouche avant de la refermer.

Il n'avait pas passé la nuit avec Weiss.

Tout ceci n'avait été qu'un rêve...

Un très beau rêve... mais qui n'en demeurait pas moins un rêve.

Nero soupira avant de se recouvrir le visage avec sa couverture.

« ... ça va, Shiro. »

Non, ça n'allait pas. Mais il devait faire bonne figure devant le petit. Shiro se rapprocha pour s'asseoir à son chevet. Nero se contenta de lui adresser un sourire fatigué qui manquait de conviction.

- Ton rendez-vous avec Andrea s'est bien passé ?

Ah.

Il l'avait complètement oublié.

Nero tendit le bras pour glisser ses doigts dans les cheveux de son enfant.

- ... Je crois que je préfère rester seul. Et puis... j'ai déjà quelqu'un sur qui je dois veiller.

Il marqua une pause, avant de reprendre.

- Je préfère me concentrer entièrement sur toi. Tu le mérites, Shiro. Tu mérites d'être protégé.

Shiro ne laissa rien transparaître.

Mais il paraissait comprendre la réaction de son oncle.

- Je t'aime, Papa Nero.

- Je t'aime aussi, Shiro.