OOC : Bonjour à tous. Voici un nouveau chapitre. J'espère que ça vous plaira. Bonne lecture !

Il n'y avait pas de sacre à Deepground.

Du peu qu'il en savait, de ce qu'il avait pu lire dans les rares livres qu'il se procurait ou sur les réseaux quand il pratiquait un « plongeon synaptique » pour le compte de ses bourreaux, il existait un rituel quand quelqu'un d'important devenait Empereur. Un sacre. Quelque chose de très officiel, de très solennel qui consistait à ce qu'un membre du clergé pose la Couronne sur la tête du nouvel Empereur.

Il s'agissait de ce rituel qui montrait à tous que l'Empereur leur était supérieur. Que l'Empereur n'était pas seulement un « homme », mais aussi une entité comparable à celle d'un dieu sur terre.

Si Weiss avait eu le temps, s'il avait été d'humeur à se laisser aller à ces rituels, nul doute qu'il se serait prêté à ce petit jeu. Mais malheureusement, il avait été Empereur bien avant de le devenir officiellement au sein de Deepground, quand bien même ce titre avait été donné en guise de moquerie. Ils n'avaient pas de couronne à disposition et surtout, il lui manquait du temps.

Trois jours... Seulement trois jours.

A la place, à titre de célébration, il avait convoqué tout Deepground au sein même du Réacteur Zéro. A la précieuse salle qu'on nommait la salle du trône. Ses Tsviets à ses côtés, le casque de Restrictor sur ses genoux qu'il tenait comme une relique, il fixait l'armée qu'il venait enfin d'acquérir.

Son armée. Pas celle de Restrictor. Pas celle de la Shinra. Son armée.

Ils avaient tous peur de lui. Ils pouvaient avoir peur des Tsviets qui encerclaient leur Empereur. Peut-être pas forcément de Shelke, avec son apparence de petite fille et l'expression semblable à celle d'un robot froid sans émotion, quand bien même ils savaient tous qu'il ne valait mieux pas la sous-estimer. Mais ils avaient peur, en particulier de Rosso qui avait son arme de sortie et son sourire aux lèvres montrait une impatience à l'utiliser sur les impertinents. A moins qu'ils ne craignent Azul, le visage fermé, dont la grande taille dominait l'assemblée et dont sa seule force servirait à terrasser toute la salle si Weiss lui en donnait l'ordre. Ou alors, ils étaient terrifiés par les serpents de ténèbres léchant les pieds de chaque soldat, prêts à les absorber en cas d'insubordination. Les ténèbres de son frère qui se tenait à sa droite, à sa seule et digne place de commandant en second de l'Empereur de Deepground.

Mais malgré cette terreur, les Tsviets étaient le cadet de leurs soucis. Ils avaient peur de lui en particulier. De ce qu'il pouvait décréter pour symboliser son avènement. Il fallait qu'ils aient peur. Il fallait qu'il montre qui avait le pouvoir, le contrôle sur eux.

Néanmoins, Weiss était pragmatique. Il faisait les choses rapidement. Ainsi, il annonça, le ton posé :

« Vous vous demandez sûrement ce qu'il va advenir de vous, maintenant que les Restrictors sont tombés. »

Il put deviner un sentiment glacé traverser l'échine de chaque soldat présent dans la pièce. Ils portaient des casques, leurs visages étaient cachés, mais Weiss connaissait déjà ce sentiment de peur et de terreur qui émanèrent de ses futurs sujets.

« Je vous ai libérés d'un tyran. Vous tous, vous n'êtes plus soumis au régime de terreur de Restrictor. Vous n'êtes plus soumis à sa politique de « vie ou de mort ». Vous n'êtes plus soumis à ses caprices. Vous n'êtes plus soumis aux expériences de ces scientifiques dépravés qui vous utilisaient comme des rats de laboratoire et qui se moquaient bien de qui mourrait et qui survivait. Il n'y aura plus de combat à mort contre l'Empereur pour accéder au rang des Couleurs. Les Tsviets sont désormais au complet. Il n'y a pas besoin de nouveaux membres, à moins que je ne sois suffisamment impressionné par vos prouesses. Tout ce que vous connaissez du régime d'autrefois, vous l'oublierez. Une nouvelle ère s'offre à nous, à vous. »

Le silence lui répondit. Bien sûr. Qui oserait parler ? Qui oserait s'exprimer pour l'interrompre ?

« Restrictor vous considérait comme ses souffre-douleurs », déclara Weiss après une courte pause. « Il n'avait aucune considération pour vous, pour vos besoins de liberté, de vengeance envers tous ceux qui vous ont torturés ici. Je n'ai pas l'intention de l'imiter. Je n'ai pas l'intention de vous voir vous entretuer gratuitement. Je ne vais pas totalement retirer la politique selon laquelle seul le plus fort doit survivre. Non. Cette politique demeurera car elle est nécessaire. Mais je vais l'adoucir un peu. J'ai besoin de soldats qui appellent au sang, à la bataille, au meurtre. J'ai besoin de ces soldats qui ont été entraînés toute leur vie pour qu'ils puissent enfin obtenir le but qu'ils recherchaient. Pas seulement survivre, mais être libres. Libres pour pouvoir enfin obtenir la vengeance qui leur ait due. Envers la Shinra qui a détruit nos vies. »

La Shinra tomberait la première. Le Président, Scarlet, Heidegger, Hojo...

Tous ceux-là seront les premiers à être brûlés sur le bûcher.

« Restrictor nous gardait enfermés ici parce qu'il craignait qu'on monte à la surface et qu'on terrasse ceux qui sont situés dans le monde extérieur. »

Pour approuver ses dires, il étendit les bras, exprimant une fausse confusion.

« Je ne vois pas pourquoi. Pourquoi devrait-on terrasser les humains ? Ils n'ont qu'à être plus forts. Tout simplement. Surtout que les humains savaient parfaitement ce que faisait la Shinra. Est-ce que quelqu'un est intervenu pour notre compte ? Est-ce que quelqu'un est descendu pour nous sauver ? »

Il put brièvement voir Shelke réagir à ses mots. Elle baissa la tête, mais n'exprima rien. Oui. Weiss pouvait deviner à quoi elle devait penser, en ce moment-même.

« Non. Alors les humains sont tout aussi complices que les esprits pervers de la Shinra. Alors, voici ce que j'attends de vous. J'attends une armée unie dans un seul but, un seul objectif. A savoir : monter à la surface et faire nôtre le monde extérieur. »

Il croisa le regard de Rosso. Cette dernière lui adressa un grand sourire conquis. Weiss le lui rendit avant de poursuivre :

« Nous allons tuer. Nous allons massacrer, poignarder, déchirer, abattre, clouer, crucifier, pendre, décapiter tous ceux qui se mettront en travers de notre route. Si les humains ne nous acceptent pas, nous les ferons accepter. Cette ère est nôtre. Et elle le demeurera. Nous ne serons plus enfermés ici. Nous irons enfin voir le vrai ciel, tous ensemble. »

Il se redressa, l'air fier.

« N'oubliez pas que je suis celui qui vous a libéré. Malgré cela, je ne peux pas vous forcer à adhérer à ma façon de penser si vous êtes en désaccord avec moi. Peut-être que certains préfèrent l'ancien régime de Restrictor. Alors, soit vous vous inclinez, soit vous restez debout. A vous de choisir. »

Ce n'était pas proprement un choix. Weiss leur donnait un ordre.

Un seul ordre.

Inclinez-vous.

Parce que Weiss avait risqué sa vie pour tous les libérer. Il avait tué Restrictor, et à présent, le temps lui était compté. Le processus du virus était déjà enclenché.

S'il avait fait tout cela pour rien...

Les soldats s'exécutèrent. Tous, l'un après l'autre, posèrent le genou au sol pour s'incliner face à leur Empereur.

Tous... à part quelques impertinents qui restèrent debout.

« Je vois », approuva Weiss quand il constata le groupe de cinq soldats qui demeurèrent raides comme des piquets tandis que leurs comparses s'étaient alignés avec dignité.

Cela n'aurait pas été drôle.

« Rosso. Je t'en prie. A toi l'honneur. »

Rosso se mit à rire. Elle exécuta son ordre avec plaisir.

L'instant d'après, Rosso baigna dans le sang des soldats tandis que Nero fit le ménage et absorba le cadavre des insolents dans ses ténèbres.

Cette démonstration de puissance fut suffisante pour balayer la trace du moindre doute qui avait perduré chez les soldats qui s'étaient agenouillés.

« Avé, Weiss », gronda Azul, solennel.

Weiss esquissa un sourire ravi.

Avé, Weiss.

Cela lui plaisait bien.

« Avé, Weiss ! » hurla la salle en chœur. « Avé, Weiss ! Avé, Weiss ! »


« J'espère que vous comprenez, maintenant. »

Ils étaient réunis dans l'endroit où G avait emmené Weiss quand il avait été autorisé à sortir. Au loin, le vent berçait l'ancien pommier banorien, tout aussi fructueux.

Il portait l'épée sur son dos. Il était prêt à l'utiliser si le vieil homme se montrait hostile. Maintenant qu'il avait vu les souvenirs de Weiss, il espérait que cela opère un effet déclencheur.

Le vieil homme lui tournait le dos. Il ne souhaitait pas affronter son regard.

« Vous comprenez que ce jeu était une mauvaise idée. Cela risque de nuire à tous nos plans. »

Il ne réagissait absolument.

G le fusillait d'un regard méprisant. Il n'était pas mieux que Weiss. L'un autant que l'autre, ils n'assumaient rien et se conduisaient comme des enfants.

L'âme du vieil homme était celle d'un enfant. Il le savait. C'était sûrement la raison pour laquelle il avait choisi de jouer avec Weiss. Il voulait jouer. Tout simplement. Mais il demeurait une divinité qui avait un rôle à exécuter. Peut-être que ce jeu était encore une manière pour lui d'oublier ce rôle ? D'oublier l'enjeu qu'il portait sur ses épaules ?

Cela ne le surprendrait pas, mais ce n'était pas une excuse.

- Vous savez pourquoi je n'ai pas dit à Weiss ce qui se passait réellement sur Gaïa, insista G. Pourquoi je ne lui ai pas dit la vérité ? Pourquoi je lui ai dit que son frère était mort ? Pourquoi je n'ai pas parlé de son fils ?

- ça suffit. Vous êtes le Gardien de la Planète, mais vous n'avez aucune leçon à me donner !

- Je parle au nom de la Déesse, rétorqua froidement G. Je vais répondre, puisque vous semblez l'avoir oublié. Si Weiss apprend la vérité, qu'est-ce qu'il voudra faire à votre avis ?

Le vieillard se raidit, mais G poursuivit :

- Il voudra les rejoindre. Il voudra faire renaître Deepground de ses cendres. Il oubliera sa tâche d'Hôte. Non, il ira à l'encontre de son rôle. Omega est destiné à protéger la Planète. Weiss cherchera à la détruire. Il détruira les humains de toutes les manières possibles. La Planète finira par en être affectée. Et pire que tout, on ne trouvera peut-être pas un autre hôte pour Omega à temps. La Planète sera détruite et il n'y aura pas de nouveau cycle.

- Weiss n'est pas invincible. Il périra.

- Peut-être, mais pas facilement. Et plus on attend, plus on perd du temps. Je croyais avoir été clair depuis le début.

- Vous ne pourrez rien faire, grinça le vieil homme. Le jeu a commencé.

G resserra son emprise sur son arme. Il commençait à en avoir par-dessus la tête.

- Dans ce cas, annulez ce jeu ! Renoncez-y.

- Je ne peux pas. Vous connaissez la deuxième règle divine, après celle qui oblige les dieux à cacher leurs identités auprès des hommes. On ne peut pas revenir sur une parole. Le jeu doit continuer et le deuxième jour est presqu'écoulé.

G poussa un profond soupir.

C'était perdu d'avance.

- Weiss ne devinera jamais mon nom, déclara le vieil homme. Il est peut-être intelligent mais il ne connait pas tout. Il va perdre.

- Il vaut mieux pour vous qu'il perde, l'avertit sérieusement G. Parce que s'il arrive à trouver votre nom, si Weiss décide d'aller à l'encontre de sa destinée, la Déesse vous en tiendra personnellement responsable. Vous avez accepté ce jeu. Vous avez mis en péril l'avenir de la Planète. Et votre châtiment sera terrible.

- Elle ne peut pas me châtier indéfiniment. Je suis trop important. Pour l'autre mission, déclara le vieil homme. Vous allez perdre l'Hôte d'Omega. Vous ne pouvez pas non plus vous permettre de vous débarrasser d'un autre « rôle ».

- Je n'en serais pas si sûr à votre place. Vous serez condamné au supplice de Tantale. Vous verrez votre propre désir apparaître sous vos yeux, sans jamais pouvoir le toucher, sans jamais pouvoir l'effleurer, sans jamais pouvoir l'atteindre.

Le vieil homme finit enfin par se retourner vers lui.

Un sourire compatissant apparut sur son visage.

- ... C'est déjà le cas. Qu'est-ce que j'ai à perdre de plus ?

Malgré lui, son attitude arracha un élan de surprise la part de G.

Oui. Il aurait dû le savoir. Mais à ce point-là...

- Pourquoi faites-vous cela ? lui demanda G. Vous êtes prêt à tout envoyer paître, y compris l'avenir de la Planète... juste pour votre besoin égoïste ?

Le vieil homme soupira.

- Vous êtes tombé amoureux de la Planète Elle-même.

G... ne montra aucune émotion face à ce constat.

- Vous pouvez la voir tous les jours. Imaginez. Vous l'aimez plus que tout. Plus que vous n'avez jamais aimé personne. Et du jour au lendemain, vous n'êtes plus en mesure de la voir. Vous ne pouvez pas lui parler. Vous ne pouvez pas la toucher, l'effleurer. N'auriez-vous pas envie de tout sacrifier simplement pour la revoir une dernière fois ?

Il n'y avait jamais pensé.

Le vieil homme était malheureux. Il était devenu aigri, maussade, capricieux, égoïste... Mais il n'était pas heureux.

S'il avait été encore humain, G aurait certainement eu de la peine pour lui. Il aurait compris ses motivations.

- ... Vous êtes encore un enfant dans votre tête, lui répondit G. Peut-être que dans d'autres circonstances, j'aurais pu vous comprendre et sympathiser avec vous. Malheureusement, le devoir vient avant tout. Même avant l'amour. Pour moi, il n'y a pas d'autre priorité.

- Vous avez votre conception des choses. J'ai la mienne.

Le vieil homme se tut.

G inhala, exhala. Exaspéré, il rangea son épée. Il était prêt à se retirer.

- Weiss vous attend. Il vaut vraiment mieux pour vous qu'il se trompe. Qu'il perde.

- Je le sais.

- Vous avez un rôle à jouer. Il est temps de cesser de s'amuser et de l'oublier. Vous ne pouvez plus vous le permettre.

Il avait l'impression d'être un parent parlant à son enfant...

Mais quel ton devait-il employer à son égard ? Et aussi à l'égard de Weiss ?

Dire qu'il avait cru que les humains étaient compliqués...

Mais les dieux l'étaient encore plus.


Il l'avait convoqué dans la salle du trône. Une fois que l'armée s'était retirée, une fois que les Tsviets avaient pris congé, Weiss l'avait contacté pour lui donner rendez-vous à la salle du trône.

Le temps n'était plus aux discussions.

Mais quand les ténèbres s'ouvrirent dans la salle pour laisser Nero apparaître devant lui, Weiss comprit par son regard que la discussion aurait lieu.

Avec ou contre sa volonté.

Nero n'avait jamais contesté ses ordres. Il ne les contesterait jamais. Il l'avait toujours suivi. Weiss ne saurait dire parfois s'il était complètement d'accord avec ses plans ou s'il avait des réserves. Nero ne l'exprimait jamais. Weiss ordonnait, Nero s'exécutait sans discuter.

Mais ici... ce n'était pas la question d'un ordre, d'un plan.

Quand Weiss s'approcha, il remarqua que Nero avait le regard baissé. Alors que d'habitude, son frère concentrait toute son attention sur lui à chacune de leur rencontre. Ici, cela ne fut pas le cas.

Ses épaules montaient et redescendaient. Et ses ténèbres s'agitaient autour de lui. Weiss comprit instantanément que quelque chose n'allait pas.

« Avé, Weiss », déclara Nero en un souffle.

Weiss exprima une légère désapprobation à cette phrase.

- Tu n'es pas obligé de le faire quand on est en privé.

- Tu es Empereur, répliqua Nero.

- Oui, mais on est frères.

- Cela me fait plaisir de m'adresser à toi de cette manière, répondit Nero, une tendresse dans sa voix qu'il ne cherchait pas à camoufler. Deepground est enfin à nous. A toi. Je veillerai personnellement à ce que chacun rentre dans le rang pour t'obéir et accomplir tes moindres volontés, mon frère adoré.

Weiss ne put s'empêcher de sourire. Oui. Deepground était à eux. Enfin.

Il détailla Nero de haut en bas. Il n'aurait jamais pris un autre comme second. Cette place lui appartenait. Il ne pouvait y avoir qu'un seul Empereur à Deepground. Azul avait parlé d'une « reine » pour concevoir un héritier, mais Weiss n'en avait ni le temps ni l'envie. Dire que si Argento avait été présente, elle aurait été de bon conseil. Alors, s'il pouvait élever Nero au rang qui était le plus proche du sien, c'était tout ce qu'il désirait.

Et Nero... allait devoir s'acquitter très rapidement de sa tâche.

Quand il ferma la distance entre eux, les yeux perçants et magenta de Nero se levèrent vers lui.

Ils étaient humides. Weiss lisait les émotions de son frère comme un livre ouvert.

Il était dévasté.

- ... Trois jours.

Sa voix se brisa. A nouveau, il baissa la tête. Weiss se rapprocha de lui et posa délicatement sa main sous son menton pour l'inviter à le regarder.

Il le dévisagea, sérieux et imperturbable.

- Trois jours, c'est suffisant pour trouver un remède.

- Je sais que tu n'abandonneras pas, avoua Nero, affligé. Mais... j'ai peur. J'ai peur pour toi. S'il n'y avait aucun remède...

- Nero. Je ne baisserai pas les bras maintenant.

Nero renifla avant de se laisser aller contre l'épaule de Weiss. Les bras liés, il ne pouvait pas l'enlacer comme il le désirait. Doucement, l'Empereur de Deepground glissa une main dans les cheveux noirs de son frère, des mèches noires s'enroulant autour de son index. Il voulait le rassurer, lui dire que tout irait bien.

- Si tu meurs...

- Nero, le coupa sévèrement Weiss.

- Si tu meurs, je veux te rejoindre.

- Non. Il en est hors de question.

Weiss se détacha. La déception animait ses yeux quant aux mots de son frère. Il avait risqué sa vie pour que Nero soit libre. Pour qu'il vive enfin, loin des humains qui les voyaient comme des bêtes.

Il voulait tout abandonner comme ça ? Après tous ces efforts ?

- Tu es libre.

- Peut-être que je le suis. Mais je refuse d'être libre et de vivre dans un monde sans toi, déclara Nero, la voix monotone tandis que ses yeux étaient rivés sur ses pieds, l'apparence complètement abattue. C'est tout. Je veux qu'on continue de chasser ensemble. Qu'on s'amuse ensemble. Je veux qu'on continue de jouer ensemble dans cette cascade. Je veux qu'on aille voir les étoiles, les vraies étoiles, ensemble. Tous ces plans que j'ai... Je n'ai jamais imaginé les faire sans toi. Je veux qu'on soit réunis, qu'on reste ensemble éternellement.

L'expression de Weiss se radoucit.

Il le comprenait. Il comprenait pourquoi Nero avait si peur. Weiss se pencha pour lui chuchoter dans l'oreille :

- Bientôt, on le sera. On sera réunis et personne ne pourra plus nous séparer. Mais j'ai besoin de toi le temps que je trouve un remède. J'ai besoin de mon second.

Il n'y avait qu'à lui qu'il pouvait demander une telle chose. Il avait confiance en Nero, une confiance qu'il n'accordait pas aux autres. Nero releva le menton tandis que Weiss posa doucement sa main contre sa joue, son pouce essuyant délicatement une larme qui coulait de l'œil de son petit frère.

- Je vais effectuer un « plongeon synaptique », Nero. J'ignore combien de temps cela prendra. Peut-être un certain temps. Mais... pendant ce temps où je naviguerai à travers les réseaux, j'ai besoin que tu prennes le commandement en mon absence.

Les yeux de Nero s'écarquillèrent à cette requête, incrédule.

- Les autres ne m'écouteront pas. C'est toi qui les as sauvés, Weiss.

- Dans ce cas, tu n'as qu'à les commander en mon nom. Tu n'as qu'à leur dire que l'ordre vient de moi. S'ils te posent des questions, dis-leur que personne n'est autorisé à me voir et qu'ils doivent passer par toi. Tu es fort. Tu sauras te faire respecter.

- Bien sûr... Bien sûr, mon frère bien-aimé. Tu sais que je ferai tout ce que tu désires.

Cela ne réconfortait pas Nero. Mais au moins, Weiss savait qu'il lui donnait de l'espoir. Weiss laissa ses mains glisser vers ses épaules, les tenant fermement mais doucement avant de l'attirer doucement vers lui, dans une étreinte rassurante et protectrice.

- Je ferais aussi vite que possible, souffla Weiss.

- Je t'attendrai, déclara Nero alors qu'il enfouissait son visage contre la poitrine de son frère, inhalant son odeur tandis que Weiss resserrait leur contact.

Weiss hocha la tête.

C'était les mots qu'il désirait entendre de son frère.

Je t'attendrai.


Weiss n'avait jamais abandonné. Même dans les périodes les plus sombres de sa vie, il n'avait jamais baissé les bras.

Il avait toujours formé des plans. Des plans qui échouaient jusqu'à ce que cela marche.

C'était la même chose ici. Weiss imaginait des plans pour gagner, pour s'en sortir. Ce n'était pas la bonne réponse ? Tant pis. Il chercherait jusqu'à ce qu'il trouve le bon nom.

« Le deuxième essai. »

Le vieillard l'avait rejoint dans son espace vide. Weiss ferma les yeux. Il inspira, expira.

Lentement, il se retourna vers le vieillard.

Deuxième jour, deuxième essai.

Il devait trouver le nom du vieil homme. Weiss croisa les bras sur sa poitrine, adoptant une posture confiante qui ne laissait trahir aucune faiblesse.

- Quel est mon nom ? l'interrogea le vieil homme.

Weiss rouvrit les yeux.

- ... Cette envie de vouloir me châtier. De faire en sorte que j'expie mes fautes, de me forcer à exprimer des regrets alors que je n'ai pas. Tu as réagi à Chaos. Pour moi, j'ai trois hypothèses qui me viennent en tête. La première est qu'ici, nous sommes dans le Tartare.

La première fois, Weiss n'avait eu droit qu'à un seul essai. Un seul nom. Mais le vieillard ne réagit pas. Il ne réagit aucunement sur le fait que Weiss avait trois idées en tête.

Cela prouvait qu'il était joueur. Cela prouvait qu'il était curieux.

- Pour moi, tu es le légendaire gardien des enfers. Hadès. Le Tartare ayant été créé par Chaos, mon écuyer. N'est-ce pas ?

Le vieillard ne perdit pas de temps à démentir.

Il éclata de rire comme si Weiss avait soumis ce nom dans le but spécifique de l'amuser. Weiss émit un rictus en guise de réponse.

Pour pouvoir le provoquer, il se mit à rire aussi. Un rire sadique et tonitruant dont il avait le secret.

Cela coupa net le vieil homme. Tant mieux.

- Hadès n'est qu'une légende. Tu as lu trop de contes, Weiss. Les contes ne sont pas toujours réels, tu sais.

- D'où ma deuxième hypothèse, souleva Weiss.

- Pour que tu m'amuses encore ?

- J'adore amuser les gens, répondit l'ancien Empereur de manière sarcastique.

Weiss s'étira.

- J'attends ta proposition, grinça le vieil homme. Et si tu n'en as aucune idée, je perds mon temps ici.

Brusquement, il fut pris au dépourvu quand Weiss se retrouva subitement proche de lui, son visage à quelques centimètres du sien.

Weiss ferma les yeux, humant l'odeur qui vint chatouiller les narines. Il fut surpris par ce qu'il sentit.

Etrange.

Cette odeur... Une odeur de Mako stagnant avec lequel Weiss était familier. C'était la même odeur que celle que Nero portait. Mais en même temps, il y avait... autre chose qui s'y mêlait.

Une odeur d'eau... Non.

L'odeur... on aurait dit la mer. Pour y être allé une fois en cours de mission de manière exceptionnelle, Weiss avait pu sentir cette odeur significative et particulière, qui lui ouvrait un autre monde.

Cela lui effleurait les narines à chaque fois que le vieil homme venait ici. Mais maintenant qu'il en était sûr...

- Minerva est la personnification de Gaïa, répondit-il. Je ne vois qu'une seule raison pour laquelle tu restes avec toi. Gaïa est ta mère, n'est-ce pas, Pontos ?

La personnification de la mer... La figure mâle de l'océan.

Fils de Gaïa...

Le vieil homme le repoussa violemment avant de reculer. Un rictus lui répondit et Weiss comprit qu'il avait encore eu tort.

- Tu n'es pas aussi intelligent qu'on le croit, finalement, le provoqua le vieil homme.

Weiss fronça les sourcils.

Bon. Il allait abattre sa dernière carte. Cela le ferait taire.

Et cette fois, il était sûr de son coup.

- Tu vas perdre. Tout espoir est perdu pour toi, faux Hôte d'Omega qui ne croit que les contes qu'on lui raconte...

- Oh, je n'en serais pas si sûr à ta place. J'imagine que tout cet espace blanc doit te faire mal aux yeux, non ? A force d'errer dans les ténèbres, sans guide, sans aucun chemin, ne sachant jamais où te rendre, alors que Nero savait se déplacer avec brio via ses portails à travers toutes les dimensions...

Il marqua une pause, avant de sourire.

- ... N'est-ce pas, Erebus ? compléta-t-il.

Pour la première fois, le vieil homme pâlit face à la mention de ce nom.

Une réaction forte qui ne passa pas inaperçue auprès de Weiss. Les lèvres tremblantes, le vieillard eut du mal à articuler sa réponse. S'il avait été un humain ordinaire, Weiss aurait cru qu'il faisait une attaque.

Il avait perdu, hein ?

- ... Erebus. N'ose pas me dire que ça aussi, c'est un conte. Erebus, personnification des ténèbres. Créé par mon écuyer Chaos. Tout comme il a créé Nyx à ses côtés, Nyx qui est la personnification de la nuit étoilée.

Le vieil homme laissa les bras tomber le long de son corps. Il demeura immobile, l'expression indéchiffrable tandis que Weiss poursuivait :

- Erebus constitue le satellite de la Rivière de la Vie. Là où Minerva accueille les âmes dans la lumière, Erebus accueille les âmes dans les ténèbres. Dans ce qu'on appelle « la rivière de la mort ». Erebus est le gardien des âmes qui ont commis un crime tellement abject que la Rivière de la Vie ne peut tolérer les tolérer en son sein.

Le visage du vieil homme se décomposait à vue d'œil.

- C'est pour ça que je suis là. Je ne peux pas rejoindre la Planète parce que vous estimez que mes crimes sont abjects. Je suis sur le point de rejoindre la Rivière de la Mort, n'est-ce pas ? Le fait que tu aies la même odeur que Nero, que mon frère, qui a été créé à partir du Mako stagnant, que tu contrôles toi-même les ténèbres... J'ai réussi à me rappeler de ce livre des légendes. Je ne m'en souvenais pas jusqu'à aujourd'hui.

Weiss se redressa.

- Ton attitude en dit long. Je crois que j'ai eu ma réponse, non ? Tu croyais que je ne le saurais pas. Que je n'étais pas assez intelligent ? On peut dire que j'ai gagné maintenant, non ?

Le vieil homme tendit le bras dans sa direction.

Mais avant même que Weiss ne puisse réagir, il se retrouva violemment propulsé dans les airs. Quelque chose s'enroula autour de ses bras, le soulevant tellement haut dans cet espace vide que le vieillard disparut de son champ de vision.

Qu'est-ce que...

Tétanisé, Weiss tourna la tête pour voir ce qui l'attachait.

Des tentacules... Des tentacules noirs...

Des ténèbres semblables à celles qu'utilisait Nero...

- ... Tu as faux, entendit-il la voix froide du vieil homme.

Quoi ?

Mais c'était une blague ! Weiss avait trouvé ! Il avait gagné leur jeu ! Cet homme était Erebus ! Cela ne pouvait être qu'Erebus, non ?

Sinon, il ne réagirait pas comme ça !

- Tu es arrogant, sadique, cruel, impitoyable... Tu crois être tout mais tu n'es rien.

Le vieillard avait soudainement baissé le ton, la rage dans sa voix.

Weiss sentit les liens se resserrer. Il siffla de douleur tandis qu'il se débattait.

Un voile de ténèbres apparut devant lui...

Et lui traversa le corps, maintenu immobile par les tentacules.

« Non ! Non ! »

Weiss résista. Il essaya d'alerter Nero, de l'empêcher de s'approcher.

« Enfin réunis... Je ne te quitterai plus jamais, Weiss. »

Il entendit Hojo rire.

Puis, sa propre main se leva et traversa le corps de son frère, le poignardant en pleine poitrine.

« NON ! »

Weiss hurla. Pour la première fois de sa vie, il supplia. Il supplia Hojo d'arrêter, de laisser son frère partir...

« Nero ! »

Il entendit le simple écho faible de Nero, un écho marqué par la trahison.

Le simple appel de son nom.

« Weiss ? »

« Je n'ai que faire de toi. »

Weiss sentit ses forces le quitter. Basculant en avant, les bras en croix retenus par les tentacules de ténèbres, son menton était posé sur sa poitrine. Il luttait, il luttait pour ne pas craquer, pour ne pas céder à la panique.

- Incestueux, génocidaire, eugéniste...

Weiss releva brusquement la tête en avant.

Il gronda et avant même que le vieillard ne puisse poursuivre, Weiss entendit l'appel du Mako pur émaner de son corps.

Cette lumière blanche et bleutée... qu'il avait utilisé contre Restrictor pour faire diversion avant de le tuer...

« Laisse-moi te rejoindre, Restrictor... »

Les tentacules maintenant son bras droit cédèrent sous la lumière. Weiss en profita pour dégainer « Terre ».

L'instant d'après, tous les liens se rompirent sous la lame de son épée. Aussi rapide qu'un éclair, Weiss plongea en avant, profitant de ce temps de latence pour sortir « Paradis » de son fourreau.

Il fonça en direction du vieil homme, lames levées.

Ce dernier ne bougea pas.

Il ferma simplement les yeux, se préparant à ce qui l'attendait.

Le vieil homme fut transpercé par les deux lames, de manière simultanée.

« Terre » avait atteint la poitrine. « Paradis » avait visé le cou.

Weiss releva lentement le menton vers lui, le regard cruel et sans pitié.

Il savait très bien que le vieil homme ne mourrait pas.

Mais cela faisait du bien... Cela lui faisait du bien de le faire taire.

- Comment crois-tu que je pouvais endurer les ténèbres de mon frère ? lui chuchota-t-il, le ton dangereux. Ce n'est pas pour rien qu'Omega m'a choisi. Mon corps est pur.

Weiss demeura immobile durant de longues minutes, gardant ses armes fermement en main. Le vieillard demeurait debout. L'expression vide, il ne paraissait nullement affecté par l'attaque de Weiss.

L'Empereur de Deepground retira « Terre », formant une plaie béante à l'endroit même où elle l'avait atteint.

Du sang noir...

Une violente hémorragie coula de sa plaie, atteignant les pieds de Weiss tandis que le noir tâchait l'espace blanc au fur et à mesure que la flaque de sang se formait autour d'eux.

Le vide était corrompu.

Weiss se moquait du sang.

Il ne faisait attention qu'à l'homme devant lui, le fixant intensément.

- Tu m'as menti. Tu es Erebus et tu m'as menti, gronda Weiss, insistant sur chaque mot. J'ai gagné le jeu. Avoue que j'ai gagné le jeu !

Le vieil homme cracha du sang.

- Je ne t'ai pas... menti, articula-t-il, la voix étranglée. Je ne suis pas... Erebus.

Espérait-il qu'il le croie ?

Weiss était sur le point de retirer « Paradis » à son tour quand l'homme disparut devant ses yeux.

Ses lames couvertes de sang noir tombèrent au sol, quand bien même il n'y avait aucun sol dans ce vide infini.

La voix du vieil homme continuait de résonner :

« Tu n'as plus qu'une chance. Et après cela... tu resteras ici seul. Pour l'éternité. Sans jamais revoir ton frère dans la Rivière de la Vie. »


Tôt le matin, le téléphone de Nero sonna.

Lui et Shiro savaient pertinemment ce que cela signifiait.

Quand l'ancien Tsviet jeta un œil au numéro qui s'affichait, le moindre doute fut balayé. Vincent Valentine.

« Papa Nero... » commença Shiro.

Nero lui adressa un signe de tête pour l'interrompre. Il décrocha pour répondre.

« Les Êtres des ténèbres ont été aperçus du côté de Junon. »

Nero fut un peu surpris.

Junon, cette fois-ci ? Nero poussa un soupir. Pourquoi s'étonner ? Ils étaient partout. Il n'y avait aucune limite.

- Je présume que Tifa ne viendra pas ? devina Nero. Elle pourra garder Shiro ?

Après tout, elle était enceinte. A Deepground, être enceinte de ou contre son gré n'empêchait personne de combattre. Leur survie dépendait de qui serait le plus fort, après tout. Mais Nero devinait que c'était différent pour les humains.

- Effectivement. Elle propose de venir avec Denzel et Marlène. Si cela vous convient.

Shiro se redressa, les yeux brillant d'intérêt quand il entendit les noms de Denzel et Marlène. A nouveau, Nero soupira.

- J'imagine que je n'ai pas de choix.

Il en voulait encore à Denzel et Marlène pour ce qui s'était passé à cet endroit... « Honey Bee Inn » quelque chose. Malheureusement, ce n'était pas son appartement à lui, son appartement qu'il avait décidé, lui, d'avoir. Cela appartenait avant tout à l'ORM. Donc, il n'avait pas son mot à dire.

Peu importe, cela ferait plaisir à Shiro, surtout s'il les considérait comme ses amis. Et si cela pouvait le dissuader de commettre des sottises à l'avenir...

- On t'attend dehors, Nero.

Nero raccrocha. Alors qu'il se préparait pour rejoindre le groupe et traquer les êtres des ténèbres, Shiro l'interpella. L'enfant paraissait inquiet.

- Papa Nero... Est-ce que tu penses que c'est une bonne idée ?

- De quoi parles-tu ?

- Mais tu sais... Tu es malade. Si les Chiens de l'Enfer sont responsables de ton état, est-ce que c'est une bonne idée d'y aller ? Alors que cela peut te faire du mal ?

Nero toisa l'enfant. Il y avait pensé, oui. L'idée lui avait effleuré l'esprit.

Que se passerait-il s'il était malade ? Après avoir capturé les êtres des ténèbres ?

Il finit par rejoindre l'enfant. Il posa doucement sa main sur son épaule, attirant son attention.

- Je n'ai pas le choix.

- Mais...

- Tout ira bien. Ce n'est pas le plus dur que j'ai eu à endurer.

A Deepground, il pouvait avoir été malade, blessé, meurtri à cause des expériences ou de la torture de Restrictor, rien n'était une excuse pour fuir le combat. Sa propre survie avait été en jeu.

Il serait malade quelques jours et il irait mieux...

Ce qui se passait avec les chiens de l'enfer, ce n'était franchement pas grand-chose.

Shiro plongea son visage dans la poitrine de Nero, le serrant contre lui.

- J'aimerais bien pouvoir t'aider davantage...

- Tu m'aides déjà, Shiro.

- Oui, mais... Aller au combat. T'y assister. Tu as dit que j'avais un bon niveau.

Son oncle lui adressa une expression tendre avant de l'attirer vers lui.

- Ce n'est pas la peine. Et comme je te l'ai dit, tu m'aides déjà à tenir.

Oh oui. Plus qu'il ne le croyait.

Nero embrassa doucement le front de l'enfant avant de se relever.

- Sois sage en mon absence, d'accord ? Et peu importe ce que te disent Denzel et Marlène... ne les écoute pas et ne sors pas de la maison pour te rendre dans un endroit louche. Compris ?

Il ajouta cette dernière phrase avec une pointe de reproche. Oui. Nero n'oubliait pas sa bêtise. Shiro détourna le regard, gêné.

- De toute façon, Tifa sera là.

- Je l'espère bien.

Pff. Dire que maintenant, il disait qu'il comptait sur Tifa...

Où allait le monde s'il devait compter sur les humains ?

Nero embrassa une nouvelle fois Shiro sur le front avant de se diriger vers la porte d'entrée.

- Je t'aime.

Shiro lui répondait comme toujours, en guise d'au revoir :

- Je t'aime aussi.


« Papa m'a privée de sortie pendant un mois », raconta Marlène alors que les enfants étaient attelés à leurs devoirs. Non loin d'eux, Tifa faisait la cuisine. A plusieurs reprises, les enfants lui proposèrent de l'aide mais Tifa leur assura que tout allait bien.

Shiro savait que Junon était loin d'Edge et qu'à cette heure, il était peu probable que le groupe soit déjà sur les lieux. En tout cas, cela faisait du bien d'être à la maison avec ses amis. C'était quelque chose qu'il ne faisait pas généralement. Ils se retrouvaient toujours au Septième Ciel ou à l'école quand ils le pouvaient. Mais Shiro ne les invitait pas chez lui parce qu'il avait peur de la réaction de son oncle, qui se comportait de manière assez froide avec eux. Et manifestement, Barret et Cloud n'étaient pas pour que ses amis viennent chez lui.

Mais c'était dommage... Cela changeait. C'était sympa de les voir ici, chez lui, malgré le contexte.

- Ne t'inquiète pas. Papa Nero m'a puni aussi. Je n'ai plus droit à la télévision, râla Shiro.

- Vous savez bien que vous avez fait une grosse bêtise, soupira Tifa qui leur servit à manger. Ce n'était pas prudent.

Denzel se tourna vers elle, préférant changer de sujet.

- Tifa, c'est pour quand ?

Cette dernière sourit.

- On a le temps. Une grossesse dure neuf mois. Cela ne risque pas d'arriver avant un long moment.

- J'ai hâte de rencontrer Aerith ! s'exclama Marlène, excitée. Tu penses qu'elle est revenue de la Rivière de la Vie pour se réincarner en votre enfant ?

- Moi, je suis sûr que ce sera un fils ! répliqua Denzel.

Tifa haussa doucement les épaules, sans pour autant répondre à la question de Marlène.

La Rivière de la Vie... Alors...

- Qui était Aerith ? demanda Shiro d'une petite voix. Vous en parlez souvent.

Tifa s'assit auprès de lui.

- Elle était une très bonne amie à nous. Elle adorait aller à l'église s'occuper des fleurs.

- On pourrait y aller un de ces jours ! proposa Marlène. Pour montrer les fleurs à Shiro. Elles sont les plus belles là-bas.

Shiro se mordit la lèvre avant de hocher la tête. Aux dires de chacun, elle était très gentille et ils devaient tous tenir beaucoup à elle...

- Même qu'un jour, Tifa nous a racontés qu'Aerith et elle s'étaient battues avec des méchants et Aerith en a assommé un avec le pouvoir de la chaise ! ricana Denzel.

- Denzel, soupira Tifa. Ce n'était pas des méchants. Des imbéciles, surtout.

Cela fit rire les enfants. Une chaise ? Quoique c'était simple et efficace, pensa Shiro.

Ce fut à ce moment-là qu'ils furent brusquement interrompus par un cri dehors.

Ils cessèrent immédiatement de rire. Confus, Tifa et les enfants s'échangèrent des regards interloqués, ne comprenant pas ce qui se passait.

Puis, un autre cri.

Et un autre cri.

Cela coupa court aux activités qu'ils faisaient auparavant. Tifa se rua vers la fenêtre pour voir ce qui se passait depuis la fenêtre de l'appartement.

- Tifa ! Qu'est-ce qui se passe ? s'écria Denzel.

- Non. Non, restez loin des fenêtres ! leur ordonna Tifa.

Mais la curiosité des enfants fut trop grande. Denzel, Marlène et Shiro la rejoignirent pour observer.

Ce fut à ce moment-là qu'ils aperçurent plusieurs silhouettes courir à toute hâte dans la rue, complètement apeurés, en appelant à l'aide.

Ils paraissaient fuir quelque chose...

Qu'est-ce que... ?

Shiro sentit Marlène se rapprocher de lui, dans une attitude protectrice, tandis que la scène se poursuivait, comme s'ils regardaient un film qui les effrayait.

Mais ce n'était pas un film.

Ils entendirent un grognement lointain, provenant de la direction opposée d'où venaient les personnes.

Un grognement familier... qu'ils connaissaient tous.

Shiro tressaillit. Il ne fut pas le seul à le reconnaître.

- Mais... je croyais qu'ils étaient à Junon... balbutia Denzel d'une petite voix.

- Je le croyais aussi.

Tifa sortit ses gants, ne détachant pas son regard de la scène, la mâchoire serrée.

- Restez à l'intérieur, les enfants.

- Mais Tifa ! cria Marlène.

- Faites ce que je vous dis ! Restez à l'intérieur et n'ouvrez la porte sous aucun prétexte !

Elle se dirigea d'un pas vif vers la porte d'entrée, prête à sortir.

- Mais tu es enceinte ! lui rappela Denzel. Tu ne vas pas les affronter seule ?

- Faites seulement ce que je vous dis ! Restez à l'intérieur et barricadez-vous ! Je vais contacter les forces de l'ORM ! leur ordonna Tifa d'une voix sans appel.

Mais... les armes humaines ne pouvaient rien faire contre eux...

Il n'y avait que les ténèbres qui...

La porte se referma en un claquement sec et brutal. De l'intérieur, ils purent entendre les bruits de pas précipités de Tifa qui dévalaient les escaliers.

- Il faut se barricader. Vous l'avez entendu, répéta Denzel d'une voix blanche.

Bientôt, depuis sa fenêtre, Shiro put voir les sinistres silhouettes des chiens de l'enfer apparaître au loin, poursuivant les individus qui tentaient de leur en échapper. L'un d'eux en attrapa un et le plaqua au sol, avant de le mordre violemment à la gorge, les cris de sa victime résonnant dans toute la rue.

Shiro assista à la scène, impuissant. L'enfant sentit son cœur battre la chamade. Ce fut comme si l'air lui manquait.

C'était... horrible.

- Shiro ! tu viens nous aider ? lui cria Denzel, complètement paniqué quand bien même il essayait de faire bonne figure.

- Ferme la fenêtre ! lui ordonna Marlène.

Shiro était sur le point de s'exécuter et fermer la fenêtre quand, brusquement, une silhouette familière capta son attention.

Une petite silhouette qui s'était réfugiée dans le parc, se planquant derrière un arbre pour échapper aux créatures qui traversaient la rue, les crocs aux aguets.

Son regard croisa le sien. Quand bien même Shiro était hors de portée, caché dans son appartement, l'enfant savait qu'il l'avait vu. Qu'il le voyait actuellement.

Un petit garçon avec des cheveux noirs.

Des yeux rouges...

Je veux mon papa...

Les yeux de Shiro s'écarquillèrent.

Il l'avait déjà rencontré.

C'était ce petit garçon. C'était lui.