Dimanche 20 novembre
Shimizu ne savait pas ce qu'elle ressentait. Et ça l'agaçait.
Elle n'était plus qu'à quelques rues de la maison de Takuro Oiwake, mais s'était arrêté sur le bas-côté. Désormais plusieurs options s'offraient à elle. Elle n'avait pas prévu cette situation, et elle hésitait entre la colère ou la satisfaction.
S'il y a bien une chose qu'elle savait faire, c'était saisir les opportunités et là, il y en avait une. Cependant, ce n'était pas la finalité qu'elle recherchait et dont elle avait parlé avec Sugawara et Sawamura.
Elle posa son menton sur son volant et réfléchit quelques instants de plus avant de soupirer. Shimizu en avait marre de tergiverser, elle s'était adoucie. Beaucoup trop adoucie au point qu'elle avait espéré pouvoir sauver la face et la vie de quelques personnes influentes. Sauf qu'elle ne pouvait pas se le permettre.
Elle remit le moteur en marche et s'avança jusqu'à la demeure. Le portail s'ouvrit sans qu'elle n'ait à se présenter.
Elle s'arrêta en douceur et sortit du véhicule avec grâce. Dans un rythme calculé, elle monta les marches et sourit poliment quand on lui ouvrit la porte sans qu'elle toque.
— Bonjour Mademoiselle, monsieur vous attend dans le salon.
Elle acquiesça silencieusement et alla dans la pièce sus-nommée. Sans qu'on l'y aide. Elle n'en avait pas besoin. Même sans venir régulièrement ici, elle avait appris le plan de la maison par cœur et vérifiait les dernières photos de l'endroit la veille en cas de besoin.
Quand elle entra dans la pièce, Oiwake se leva et s'approcha.
— Je ne pensais pas vous voir aussi tôt.
— Dites plutôt que vous espériez ne pas me voir aussi tôt. Mes oiseaux doivent venir récupérer quelque chose, quant à moi, j'ai deux ou trois mots à vous dire.
— J'ai fait préparer un thé.
— Au moins une bonne chose que vous faites.
Le regard d'Oiwake se durcit, mais il réussit à se contenir. Elle s'avança et s'assit sur l'un des canapés présents.
— Où est-il ? demanda-t-elle.
Bien que faire l'idiot lui semblait tentant, Oiwake sourit :
— Dans sa chambre, après tout, c'est un invité.
— Vous faites du chantage à tous vos invités ? lança-t-elle.
— Comme si vous ne le faisiez pas ?
— Non, puisque je n'invite personne.
Un majordome arriva et déposa les deux tasses entre eux, sur la table basse. Ils s'observèrent pendant quelques instants avant de se pencher tous deux et de prendre leur verre en main. Ils se positionnèrent à nouveau.
Shimizu le porta à ses lèvres, avant de le déposer à nouveau dans sa soucoupe sans en boire une goutte.
— Pas à votre goût.
— Trop chaud, surtout. Il sera insipide, grimaça-t-elle, elle reprit : Ca vous ressemble, c'est jolie, ça sent bon, on est certain de ne pas être déçu et une fois qu'on s'en approche, on est certain que ce sera mauvais.
Ce fut au tour d'Oiwake de grimacer.
— Qu'espérez-vous tirer de moi en m'énervant ?
— Je n'espère plus grand-chose de vous à part que vous vous teniez à carreaux, mais même ça, vous n'arrivez pas à le faire.
Elle reposa sa tasse et continua :
— Cependant, peut-être réussirez-vous à garder ce môme en vie avant que cela ne devienne trop fâcheux. J'aimerais seulement qu'on me ramène mon paquet sain et sauf.
— Il l'est.
— Propre et bien conserver ?
— Propre. Malheureusement, il faut comprendre la fougue de certains de mes… hommes.
D'un sourire amer, Shimizu lança :
— J'aurai dû le deviner, vous êtes tous les mêmes.
Elle se leva.
— Nous viendrons le chercher dans deux heures.
Elle s'arrêta juste avant de quitter la pièce et ajouta :
— Ce sera mon dernier avertissement, monsieur le Maire : Soyez sage.
Sur ces mots, elle partit.
Tandis que ses talons claquaient contre le sol, au même rythme que le cœur de Oiwake. Lentement mais fort.
