J'avais promis du KuroKen. Il est arrivé tardivement, mais il arrive ! :D Oui je tiens mes promesses 3ans après, mais je les tiens ! :')
Eh oui, vous ne rêvez pas, deux chapitres pour le prix d'un ! (bon en même temps le 55 est tellement court que eh, j'me sentais mal de publier que celui-là après tout ce temps :'))
Bonne lecture.
Samedi 26 novembre
Kuroo sentit une douce odeur. Un brin iodé, grillé, du poisson ? Il fronça les sourcils. Il était dans son lit et son appartement n'était certainement pas assez proche de la mer ou d'un marché, surtout en cette période d'hiver, pour sentir quoi que ce soit.
Il papillona des yeux, son réveil lui indiqua une heure trop tardive à son goût. Il avait dormi presque toute la journée. Et n'avait pas mangé, maintenant qu'il y pensait.
Quelqu'un était chez lui, en train de préparer un repas. Avant même de se lever, il savait qui était là.
Il retint un bâillement, son œil et sa mâchoire était encore trop douloureuse. Il sortit difficilement de sa chambre et atteignit la cuisine où il se laissa choir sur un tabouret, près du comptoir.
Kozume était là.
— C'est presque prêt, lança-t-il sans se retourner.
— T'es pas censé être à l'hosto' ?
— Je suis sorti hier.
Kuroo l'observa de haut en bas. Ses mouvements semblaient lents, hésitants par moment et il se tenait bien trop droit contrairement à d'habitude.
— T'as un corset ?
— Hm.
Il l'interprèta comme un oui.
— Combien de temps.
— Trop.
Il enleva les poissons de la poêle, prépara les assiettes et se retourna enfin. Il siffla sans le vouloir en voyant la tête de son ami.
— Elle m'a pas loupé, hein, lâcha-t-il, sarcastique.
Kozume n'osa rien répondre.
— Enfin, au moins, je suis vivant et Koutarou aussi. Je crois.
Il fit une pause et demanda :
— Il l'est bien, n'est-ce pas ?
L'oeil triste, Kozume lui affirma.
— Tu penses qu'il aurait mieux fait d'y rester, c'est ça ? lâcha Kuroo.
S'il avait pu hausser les épaules, Kozume l'aurait fait. Il n'avait pas envie de parler de ça avec son ami. Encore moins quand on voyait l'état dans lequel se trouvait Bokuto. Comme le disait Shimizu, on pouvait faire pire que la mort… Il avait été brûlé vif dans le dos, lacéré sur tout le corps, plusieurs membres avaient été fracturés et sa convalescence n'allait pas durer quelques jours mais plusieurs mois, si ce n'est année.
On lui avait dit que Kuroo avait assisté à presque tout, donc il ne devait pas être au courant d'une des blessures les plus importantes et pourtant la moins pire objectivement : la fracture et le déboîtement de l'épaule droite de Bokuto.
Il ne pourrait plus jamais jouer. Il devait dire "adieu" à sa passion et sans aucun soutien psychologique.
— Il est vivant et il s'en remettra, c'est le plus important, lâcha-t-il en entamant son plat.
Physiquement, du moins.
Kuroo lui jeta un regard appuyé, mais ne répondit pas. Pas immédiatement.
— Je ne pourrais plus jamais le revoir, n'est-ce pas ?
Kozume avala difficilement sa bouchée, soudainement trop sèche. Que répondre ? Il n'aurait même pas dû être là aujourd'hui. Ni la dernière fois. Bien que ça leur ait sauvé la vie.
— Kenma.
Il le transperça de ses yeux dorés, Kuroo les soutint de ses puits sans fonds.
— Je ne le reverrai jamais.
Cette fois c'était plus une affirmation qu'une question.
— Je ne sais pas, hésita Kozume.
— Si, tu le sais.
— Non.
— Si.
Kozume soupira.
— Tu vois, tu le sais, lança à nouveau Kuroo.
Il le foudroya du regard quelques secondes.
— Si c'était positif, tu me l'aurais dit, argua-t-il.
— Le temps efface certaines choses.
— Tu crois qu'elle pourrait nous permettre de nous revoir, s'exclama-t-il, amer.
Kozume resta silencieux, une nouvelle fois. Qu'est-ce qu'il pouvait dire de plus ? Faire de plus ? Rien. Les deux compères se connaissaient depuis des années, étaient plus liées que des âmes-soeurs, les séparer revenait à les détruire moralement et Shimizu le savait. Pourtant, elle avait décidé de garder Kuroo. Et d'épargner Bokuto. À sa demande. Cela prouvait bien qu'elle était capable de miséricorde. Alors, il pouvait toujours espérer réussir à changer son choix les concernant, garder cet infime espoir.
Finalement, il se demanda si ce n'était pas ça, sa punition pour s'être rebellé.
Kuroo termina rapidement son assiette, se leva et retourna dans sa chambre, au grand désespoir de Kozume.
Lui, il ne termina même pas son assiette, fit la vaisselle tant bien que mal et hésita à la rejoindre.
Il ne s'était pas vu depuis plusieurs semaines, ne s'étaient pas touché depuis autant de temps et Kuroo semblait lui tenir rigueur de choses dont il n'avait aucune maîtrise.
Il se sentait affreusement seul et abandonné.
C'était une mauvaise idée de venir, songea-t-il jusqu'à ce qu'il entende la porte de la chambre se réouvrir et Kuroo apparaître sur le seuil.
Penaud, ce dernier l'observa quelques instants avant de baisser la tête et de s'excuser tellement doucement que Kozume pensa avoir rêvé.
Les lèvres pincées, Kuroo lui tendit sa main douloureuse et Kozume dut retenir ses larmes en voyant le bandage et le doigt manquant. Un sanglot difficilement maîtrisé passa la barrière de sa bouche, et Kuroo le prit lentement, doucement, dans ses bras. Dans une lenteur calculée pour eux deux, ils s'avancèrent dans la chambre et se couchèrent collé l'un à l'autre.
C'était difficile, avec toutes ces blessures, ces non dits et ces accès de rage gardés, mais ça leur fit du bien. La chaleur de leur corps et le bruit de leur souffle prouvaient qu'ils étaient là, vivants, ensemble.
Pour l'une des premières fois en plusieurs semaines, Kozume réussit à garder quelques noires pensées au loin, et Kuroo se convainquit qu'il n'avait pas besoin d'anti-douleur, pas pour le moment.
— T'as vu Daichi et Kôshi ? demanda Kuroo après un long silence.
— Daichi une fois, Kôshi quelques unes de plus. C'est lui qui se charge des blessés après tout.
— Y compris de Koutarou ?
— Y comprit de Koutarou.
— Tu lui fais confiance pour ça ?
Kozume ne savait pas ce qu'il avait le droit de dire ou non mais se fit la réflexion que, de toute manière, Kuroo faisait encore partie de leur clan. Il n'avait pas de raison de tout lui cacher. Même s'il avait un devoir de silence envers certains sujets, au moins, il pouvait discuter du futur du clan et des sentiments de Sugawara.
— Il a prit la permission de garder Koutarou jusqu'à la fin de sa convelascence, je veux dire, il a choisi de le faire avant d'en parler à Shimizu et que, même si elle n'était pas d'accord, il le ferait quand même alors oui, je lui fais assez confiance sur ça.
Kuroo retint un soupir de frustration, de colère et de tristesse.
— Il ne nous ait pas venu en aide. Au contraire, c'est même lui qui m'a drogué.
— Vous saviez que vous ne vous en sortiriez pas indemne en gardant le silence. Tu le savais. C'est déjà un miracle qu'elle ait bien voulu vous garder en vie.
— C'est parce que tu as interféré.
Kozume posa la main sur son bras valide et le survola d'une douce carresse.
— Tooru lui a demandé de vous garder vivant.
— Donc c'est lui qui nous a vendu, conclut Kuroo.
— Si ça n'avait pas été lui, ça aurait été quelqu'un d'autre. Et cette personne aurait peut-être préféré vous voir mort pour prendre vos places. On est une organisation criminelle, qu'on le veuille ou non, on est loin d'être des enfants de choeurs.
Kuroo se mordit doucement la langue. Il avait assez mal partout pour ne pas se rajouter de la douleur, cependant, il avait quand même envie de hurler et de rétorquer à Kozume qu'il se voyait comme de meilleures personnes que ça.
— Au moins, vous êtes vivants.
— À quel prix ?
— Est-ce que la vie a un prix ?
D'un geste tendre bien que léger à cause de ses blessures, Kuroo pressa un peu sa main.
— T'as le droit de voir Koutarou, toi ?
— Je ne sais pas. Peut-être que je pourrais demander à le voir. Je n'ai pas pu depuis l'épisode de la cave mais…
— Mais t'es pas un traître comme nous alors, elle te laissera peut-être le voir.
— Je demanderai d'abord à Kôshi. S'il est de mon côté, ce sera plus simple pour réussir à la convaincre.
Ils avaient peu parler et Kuroo se sentait déjà fatigué.
— J'ai dormi presque toute la journée, murmura-t-il.
— Et tu vas certainement t'endormir encore, ton corps et ton esprit en ont besoin.
— Non, mon esprit à besoin de savoir ce qu'il se trame et de réussir à retrouver un minimum de sérénité dans tout ce bordel.
Kozume tourna la tête vers lui. Même de profil, avec des cernes creusées et un air déprimé, il était magnifique. Ses cheveux étaient toujours ébouriffés, certainement sales comme il ne pouvait pas se laver correctement. Les mèches tombaient sur son front dans un désordre total. Ses yeux étaient plus petits et plus rouges que d'habitude, son nez droit était retroussé par ses pensées noires et tristes, tandis que les coins de sa bouche tiraient vers le bas.
Il était beau même dans la détresse. C'était injuste. Kozume savait qu'une grande partie de ses sentiments jouaient dans cette observation et pourtant, il se trouvait idiot de se rendre compte de la beauté de son amant seulement dans les pires moments.
Il observa le plafond quelques secondes et décida de se lever à nouveau.
— Tu pars déjà ?
La question paraissait futile et pourtant, Kozume nota tous le désespoir et la tristesse dans sa voix.
— Non, je vais faire couler un bain pour te laver.
Kuroo fronça les sourcils.
— Tu peux dire que je pues, aussi.
— Tu pues.
Kuroo eut un cri outré et se saisit difficilement d'un oreiller, cependant, Kozume eut le temps de sortir de la pièce avant qu'il ne puisse lui jeter.
— Ne te rallonge pas ! lança-t-il depuis la salle de bain.
— Si je veux !
— Tu le veux.
— Décide pas à ma place, pesta-t-il doucement.
— Je t'entends.
Il râla intérieurement cette fois et s'asseya. Une fois que Kozume avait une idée en tête, on ne pouvait pas lui retirer.
Il eut un pauvre sourire. Bien que leur joutes verbales étaient puériles, elle lui fit un bien fou et il était certain que le bain ferait de même. Il regarda son bras en écharpe et ses mains engoncées dans des bandages et des presses lui serra le coeur. Il commençait à pouvoir les bouger sans souffrir le martyr mais ce n'était pas avec ça qu'il pourrait étreindre son amant et retrouver sa chaleur. Enfin, ce n'était pas possible même si on lui avait laissé ses mains tranquilles, au vue du reste de son corps.
Il se sentait honteur à l'idée que Kozume voit son état global et l'idée du bain devint repoussante.
Ce dernier revint dans la chambre.
— Tu veux de l'aide pour te déshabiller ?
— Pas très envie de prendre un bain, finalement… marmonna-t-il.
Kozume s'approcha, s'agenouilla sur le lit et commença à défaire son attelle.
— J'peux savoir ce que tu fous ?
— J'enlève ton attelle pour pouvoir ensuite enlever ton t-shirt. Tiens ton bras si tu veux éviter d'avoir trop mal.
— J'ai dis que j'ai pas envie de prendre un bain.
Kozume s'arrêta dans son geste. Kuroo n'était pas de nature pudique avec lui, bien au contraire, alors pourquoi soudainement… Il fronça les sourcils et devina le cheminement des pensées de son amour.
— J'ai vu bien pire que des ecchymoses, et je ne toucherais pas à tes mains, promis.
Un médecin passait tous les jours pour ça, alors ce n'était pas la peine qu'il s'en préoccupe.
— Et ? J'ai pas envie que tu vois ça quand même.
Kozume souffla et tira d'un geste sec l'attelle. Kuroo retint un hurlement, qu'il transforma en gémissement de douleur.
— Putain mais ça va pas ?! souffla-t-il fortement.
— Tu m'énerves.
— C'est pas une raison pour m'faire mal, bordel !
— Alors déshabille-toi et va te foutre dans le bain si tu veux pas que je recommence ! s'emporta Kozume.
Kuroo se leva et le foudroya du regard, les yeux embués à cause de la douleur.
— T'es au courant qu'un humérus péter ça se remet pas comme ça, encore moins quand on bouge l'os ?
— T'es au courant que te cacher à mon regard, c'est vexant ?
— Y'a quoi de vexant à vouloir t'épargner un spéctacle dégueulasse.
Kozume soupira, poussant doucement dans le bas du dos de Kuroo, ce dernier avança à reculons jusqu'à la salle de bain.
Une fois fait, il ferma la porte afin de garder la chaleur.
— T'es pas degueulasse, et ses blessures prouvent juste ta loyauté envers les gens que tu aimes malgré tes obligations.
Il s'approcha et baisa son cou, il était sûr de ne pas lui faire mal à ce niveau, il n'avait pas d'hématomes à cet endroit. Il se recula et reprit :
— Je suis loin de trouver ça "dégueulasse". Au contraire, moi, je trouve ça rassurant.
Dans une infinie douceur, il commença à remonter son t-shirt. Ne pouvant lever les bras, Kuroo lui facilita la tâche en s'asseyant sur le rebord de la baignoire.
Désormais torse nu, Kozume pouvait voir l'étendue des dégâts.
Shimizu s'en était principalement pris à ses mains, ainsi qu'à son visage mais avait aussi cassé un os de son bras droit et frappé plusieurs fois sur le torse. La peau de Kuroo semblait plus violacée que bronzée.
D'un doigt léger, il fit le contour de chaque hématome. Kuroo frissonna.
— Comment tu peux trouver rassurant que ton mec ce soit fait éclater ? gémit-il.
— Parce que ça prouve que si j'ai un problème un jour, tu resteras avec moi même si tu dois mourir. Quoi de plus beau comme preuve d'amour ? murmura Kozume.
Les larmes que s'efforçait de retenir Kuroo dévalèrent sans qu'il ne le veuille. Ses yeux n'étaient plus que les rivières de ses sentiments. Mêlant tristesse, faiblesse mais aussi reconnaissance.
Reconnaissance envers la plus belle et la plus magnifique personne qu'il avait rencontré : Kozume Kemna.
