La disparition soudaine d'adrénaline fit trembler la main de Raph tandis qu'il baissait lentement son arme, mais il n'avait pas le temps de penser à ce qu'il avait failli faire. La peau de Leo était chaude, même ici, dans le froid, mais il se refroidissait vite, lui rappelant sombrement qu'ils étaient tous les deux en danger. Le temps glacial était tout aussi dangereux que la lame d'un ennemi. Ou… que la lame de sa propre arme, comme il venait de le prouver. Le froid l'affectait-il à ce point ? Gelant non seulement ses doigts, mais aussi son cerveau, hein ? Il aurait dû réaliser qu'il n'y avait personne d'autre que Leo, ici !

Il se sentait stupide, mais Leo l'était encore plus, et Raph ne put s'empêcher de grogner.

« À quoi tu pensais, putain ? » Demanda Raph d'une voix dure. Il ne pouvait pas bien voir le visage de Leo dans l'obscurité, mais il pouvait dire que Leo s'était immobilisé sous lui. Cette réalisation fit rapidement s'évaporer sa colère. Merde. Leo n'était pas lui-même, il était encore malade. Ce n'était pas le moment.

Raph se releva et attrapa les épaules de Leo pour le soulever. Il ne s'attendait pas à ce que Leo soit capable de tenir debout tout seul, alors il resta à proximité, près à supporter son poids, et même à le porter si nécessaire. Dès que Leo fut à nouveau sur pieds, Raph le sentit se tendre contre lui, essayant probablement de faire à nouveau fonctionner ses muscles – le coup de pied, inattendu, entra en contact avec le plastron de Raph, le projetant dans la neige.

« C'est quoi ce bordel, Leo ! » Grogna Raphael en se redressant immédiatement. Comme s'il n'avait déjà pas assez froid, il était à présent assis sur le sol gelé. Pour la seconde fois. Cette fois, heureusement, il était tombé sur le dos. Tomber la tête la première dans la neige n'était pas agréable, mais s'asseoir dans la neige sans vêtements convenables n'était pas tellement mieux.

Leo se tenait devant lui, chancelant clairement, les genoux pliés et les poings levés. Prêt à se battre malgré son état. Dans la faible lumière provenant de la lampe torche qu'il avait fait tomber, il pouvait voir la respiration de Leo se manifester en rapides nuages de buées, et même maintenant, le sifflement dans ses poumons était audible. Il devait ramener Leo à l'intérieur avant que la fièvre ne le sape complètement de ses forces.

« À quoi tu pensais, en venant ici ? » Demanda Raph d'une voix rauque, parvenant enfin à se relever. Il savait que Leo ne le reconnaissait pas, mais peut-être que sa voix parviendrait à lui faire retrouver ses esprits. Lui parler avait aidé, avant, lorsque Leo avait attaqué Don. Enfin, Mikey avait aussi pris Leo dans ses bras, et pour une certaine raison, Raph doutait que Leo veuille qu'il se rapproche de lui, en ce moment.

S'avancer d'un pas s'avéra être une erreur, comme Raph l'avait suspecté dès qu'il bougea, Leo bondit, mais Raph s'écarta facilement de sa trajectoire. Leo atterrit dans la neige, mais il essaya immédiatement de se relever. Essaya étant le mot le plus important ses jambes refusaient de lui obéir, glissant inutilement sur la neige mouillée sans jamais trouver de prises. Leo parvint seulement à soulever le haut de son corps, les mouvements de ses jambes s'épuisant lentement tandis qu'il se fiait à ses bras pour se traîner.

« Allez, il faut te ramener à l'intérieur, » Dit Raph, espérant toujours que sa voix traverserait les brumes dans lequel l'esprit de Leo était enfoncé. Il s'approcha prudemment, mais lorsqu'il fit un geste vers Leo, celui-ci tenta de l'atteindre de sa main, et Raph entrevit le reflet d'une petite lame. Bon sang, Leo ne plaisantait vraiment pas.

« Leo, ce n'est que moi – quoi que tu vois, ce n'est pas réel, » Tenta Raph en levant les mains pour montrer à Leo qu'il n'avait pas d'armes. Cette hallucination semblait pire vu la façon dont Leo luttait, et elle durait beaucoup plus longtemps- il était chanceux que Leo n'ait pas ses épées. Pas que Leo puisse véritablement combattre lorsqu'il était dans cet état, mais ce serait encore plus difficile de lui faire face s'il avait eu ses armes. Il faudrait qu'il se rappelle d'également lui prendre toutes ces petites lames cachées peu importe que Leo soit faible, se faire frapper par quelque chose de pointu pouvait quand même faire de sales dégâts.

Leo parvint à se mettre à genoux, mais un gémissement de douleur se fit entendre lorsqu'il chancela à nouveau. Plus Raph attendait, plus Leo s'épuiserait, rendant cela plus facile pour Raph, mais au prix de la santé de Leo. Raph bondit vers lui sans laisser à Leo le temps de se préparer, mais le leader réagit malgré tout. Trop lentement, cependant Raph esquiva facilement l'arc que décrivit la lame, l'éjectant des mains de Leo. Leonardo grogna de frustration, tentant d'envoyer un coup de poing à présent que le couteau était perdu, mais Raphael attrapa son poignet sans problèmes et abaissa son poing.

« Ecoutes- »

Leo avait encore son autre main – pourquoi n'avait-il attrapé qu'un poignet ? – et Raph reçut un coup dans la mâchoire à cause de son erreur. Il n'appellerait même pas ça un véritable coup de poing, mais cela lui fit quand même suffisamment mal pour lui faire perdre patience. Raph balaya les pieds de Leo, attrapant sa taille avant qu'il ne puisse tomber, mais le leader n'était pas encore prêt à abandonner le combat. Raph sentit ses doigts se presser sur son cou, et ses jambes se dérobèrent sous lui. Ses points vitaux ! Comment diable Leo avait-il pu penser à les utiliser dans une situation pareille ? L'art du combat était vraiment gravé au plus profond de lui. C'était devenu un véritable instinct pour chacun d'entre eux, mais Leo allait vraiment trop loin, utilisant toutes ses combines contre Raph. C'était une bonne chose que Leo puisse se défendre contre un ennemi dans cet état, même s'il n'était pas vraiment lui-même, mais Raph n'était pas un ennemi. Mais il allait le devenir si Leo n'arrêtait pas bientôt ses conneries – Raph commençait vraiment à en avoir assez de tomber dans la neige.

Leonardo tomba avec lui, mais ne perdit pas de temps à tenter de se relever avec obstination. Cette fois-ci, ses jambes obéirent, à la différence de celles de Raph celui-ci ne pouvait que se redresser sur ses mains, ses jambes étant devenues complètement inertes. Il se poussa sur le côté et jeta un regard noir à Leonardo.

« Tu vas tellement payer pour ça une fois que tu iras mieux, » Le menaça Raph en grognant. Il essaya de forcer à ses jambes de bouger, mais elles refusaient d'obéir. Il avait toujours détesté les points vitaux. Il continua à essayer en grognant à nouveau, et – attendez, ses orteils bougeaient déjà. Leonardo n'avait pas dû réussir à correctement appuyer sur son point vital, si les effets étaient aussi courts. Mais quand même, Raph était contrarié – Leo tenait à peine debout, et pourtant, il avait réussi à l'avoir. Ces points vitaux étaient vraiment de la connerie.

Leo était enfin parvenu à se relever, mais une violente quinte de toux le fit retomber à genoux. Leo abandonna l'idée de se relever et se contenta de se traîner loin de Raph. Ce n'était pas une manière très rapide de se déplacer, son état affaibli le ralentissant encore plus. Raph se traîna après lui en utilisant ses mains pour se pousser, et si Leo était lent, lui l'était encore plus. Putain de jambes. Putain de points vitaux. Putain de Leo.

« Tu ne vas nulle part, » Grogna Raph en se forçant à se déplacer plus vite, avant de finalement parvenir à attraper la cheville de Leo. Il était tellement soulagé que Mikey et Don ne soient pas là – c'était le combat le plus stupide qu'il avait jamais vu : des coups de poings faiblards, des chutes constantes, tous deux se traînant dans la neige trempée… Raph tira Leo vers lui, essayant d'ignorer à quel point le cri de surprise que poussa Leo lorsqu'il sentit sa jambe se faire attraper était faible.

« Je vais pas te faire de mal, pas maintenant, en tout cas, alors arrête de te débattre, » Marmonna Raph en tirant Leo vers lui jusqu'à ce qu'il ait une meilleure prise sur son frère. Leo protesta, essayant d'attraper quelque chose, mais il n'y avait que de la neige. Raph parvint à attraper la carapace de Leo, plaçant une partie de son poids sur lui afin de l'immobiliser, et Leo finit enfin par être trop épuisé pour le combattre.

« Putain, » Souffla Raph en frissonnant. Rester allongé dans la neige n'était pas bon pour eux. Heureusement, ses jambes commençaient à lui répondre, mais cela prenait quand même plus de temps que Raph l'aurait souhaité. Respirer l'air froid faisait mal, et la veste qu'il portait était à présent trempée de neige. Et Leo ne portait rien, et Raph était en train de le presser dans la neige – avec un grognement, Raph se rapprocha de Leo, le tirant sur le côté et essayant de le soulever pour le mettre sur ses genoux afin de le protéger quelque peu du froid. Leo était inerte contre lui, mais il murmurait doucement, sa voix trop faible pour que Raph le comprenne. Au moins, il ne s'était pas évanoui. Pour l'instant.

Ses jambes répondaient enfin comme elles étaient censées le faire. Il reposa soigneusement Leo au sol afin de se lever pour étirer ses membres. Il fit quelques pas hésitants et décida que ses jambes fonctionnaient suffisamment pour supporter son poids – ainsi que celui de Leo. Raph souleva Leo du sol et jeta son poids mort en travers de son épaule. Il grogna lorsqu'il faillit perdre l'équilibre dans la ruelle glissante, s'accordant un instant afin de s'adapter au poids supplémentaire avant de commencer à marcher. Il attrapa la lampe de poche qu'il avait laissé tomber tout à l'heure, devant faire attention à ne pas basculer en avant lorsqu'il se pencha, puis il prit le chemin du retour.

Le vent glacial le poussa à marcher plus rapidement, mais il devait quand même être prudent. Il faisait sombre et le sol était glissant, alors il devait faire attention à où il mettait les pieds. Il remarquait à présent à quel point le froid l'avait affaibli ses muscles le lançaient, et Leo semblait plus lourd qu'il n'aurait dû l'être. Il était affaissé sur l'épaule indemne de Raph, mais son bras blessé protestait malgré tout à cause de toutes les chutes qu'il avait subies. Au moins, une partie de la douleur était anesthésiée par le froid.

Raph ne put s'empêcher de laisser échapper un petit rire. Don l'avait fait rester afin qu'il ne se blesse pas davantage. S'il était parti avec Don, son bras n'aurait pas eu à traverser tout cela. Quelle journée. Ou nuit. Peu importe.

La ville était anormalement silencieuse pas de voitures, pas d'humains. Seul le vent hurlait dans les coins des bâtiments. En plus des frissons causés par le froid et de la douleur lancinante provenant de son bras en bandages, il recommençait à neiger. Raph grogna à la situation, et Leo répondit en appuyant faiblement contre la carapace de Raph. Il essayait de se débattre de l'emprise de son frère, mais était bien trop faible. Raph aurait facilement pu confondre ses efforts avec un tapotement sur l'épaule. Leo dit à nouveau quelque chose, mais sa voix l'avait abandonné et tout ce que Raph put entendre était un gémissement faible. Ce petit voyage n'avait vraiment pas pu lui faire du bien. Il n'avait pas non plus fait du bien à Raph - son bras lui faisait de plus en plus mal, et il ne pouvait qu'espérer que sa plaie ne s'était pas rouverte. Il botterait le cul de Leo si c'était le cas. Enfin, il botterait son cul de toute manière, pour avoir fait toutes ces conneries.

Saisir la poignée de la porte tout en portant quelqu'un était assez difficile, mais Leo s'était épuisé et était redevenu inerte, et Raph pu le lâcher de son autre main assez longtemps afin de l'utiliser pour ouvrir la porte. Qui était verrouillée. Raph grogna.

« Génial, » Marmonna-t-il. Il n'avait pas d'autre choix que de poser Leo au sol, appuyant sa carapace contre le mur en espérant qu'il serait capable de rester assis pendant qu'il rentrerait par la fenêtre pour aller ouvrir la porte.

« Raph, » Leo appela faiblement à ce moment-là, sa voix disparaissant presque sous le vent soufflant autour d'eux. Il ne bougeait pas, et n'avait même pas ouvert les yeux. Raph pausa, s'agenouillant à nouveau devant Leo. Au moins, Leo le reconnaissait, à présent.

« Je suis là, » Dit Raph, essayant de sembler calme malgré le fait qu'il soit à deux doigts de geler et très énervé.

Les yeux de Leonardo s'ouvrirent lentement, et il leva une main. Raph la saisit, mais lorsque Leo utilisa son autre main pour se relever, Raph l'en empêcha.

« Attends ici. Je vais nous faire entrer- »

« Don, Mikey, » Souffla Leo, et Raph ne put que secouer la tête. Etait-ce la raison pour laquelle Leo était sorti ? La fièvre le rendait-elle borné à ce point ?

« Don et Mikey vont bien, Leo ! Tu n'as pas à leur courir après dehors, ils vont bien. Mais à cette allure, ce ne sera pas ton cas. » Soit le froid l'aurait, ou Raph finirait simplement par l'assommer s'il n'arrêtait pas de bouger.

Leo s'affaissa, trop épuisé pour faire autre chose que croire Raph.

« J'ai vu… » Continua malgré tout Leo, mais une quinte de toux étouffa sa voix. Raph grommela, enlevant sa veste. Ses tremblements s'accentuèrent immédiatement sans le vêtement.

« Quoi que tu aies vu, ce n'était pas réel. Si tu vois d'autres monstres ou – ou quoi que ce soit que tu aies vue, essaies simplement de les ignorer. T'es en sécurité. » Raph jeta un œil à la porte verrouillée. « Enfin, presque. »

La tête de Leonardo tomba, et Raphael enroula la veste autour de lui. Cela ne ferait rien pour réchauffer Leo, mais au moins, ça le protègerait un peu du vent glaçant. Raph se leva – il avait déjà gâché assez de temps à parler au lieu d'agir. Quelques secondes de plus, et il serait de l'autre côté de la porte. Raph couru au coin du bâtiment, grimpant sur le toit et sautant à l'intérieur de l'appartement par la fenêtre. La chambre par laquelle il entra était glaciale, et il claqua la fenêtre derrière lui. Enfin, au moins la fenêtre ouverte lui avait permis de rentrer. Il frissonna à nouveau tout en se précipitant dans le magasin.

Il n'avait pas réalisé à quel point ses doigts étaient gelés avant qu'il ne peine à déverrouiller la porte. Il jura, tirant la porte avec force lorsqu'il parvint enfin à l'ouvrir.

Pour une fois, Leo était là où il était censé être. Enfin, il n'était pas censé être assis dehors dans la neige, mais au moins, il ne s'était pas relevé pour aller vagabonder quelque part – encore. Ça, ç'aurait été absolument parfait.

« Don va me tuer, » Marmonna Raph pour lui-même tandis qu'il traînait Leo à l'intérieur. C'est vrai que Don lui avait donné comme instructions de refroidir Leo, mais certainement pas de cette façon. La porte fut refermée d'un coup de pied, et Raph souleva Leo dans ses bras une fois de plus. Cela faisait plus mal que de le porter sur une épaule, mais Raph se mordit la lèvre pour rester silencieux et porta Leo dans les escaliers. Ce fut difficile, la cage d'escaliers étant étroite, mais il y parvint.

Si son bras ne l'avait pas déjà fait souffrir avant, maintenant, c'était vraiment le cas.

Il ne pouvait pas ramener Leo dans la chambre, vu à quel point elle était froide, à présent, alors il amena Leo dans la chambre d'ami où Mikey et Don avaient dormi plus tôt. Une fois que Leo fut sous les couvertures, Raph soupira, gelé et épuisé. C'avait été une longue journée, et Raph n'avait pas vraiment dormi depuis que tout cela avait commencé. Il s'était contenté de somnoler quelques minutes pendant que Don et Mikey se préparaient à partir.

Raph sortit son portable, remarquant qu'il avait reçu un message il y a presque une demi-heure. Don avait simplement dit qu'ils avaient atteint la pharmacie, exactement comme Raph le lui avait demandé. Mais il n'avait même pas remarqué le message. Avaient-ils passé autant de temps dehors ?

Raph souleva les couvertures, s'en recouvrant également. Il était gelé, et comme Don l'avait dit, la dernière chose dont ils avaient besoin était que le reste d'entre eux tombe malade.

La peau de Leo était froide, mais elle se réchauffait plus rapidement que celle de Raph. La fièvre était encore là. Raph grimaça. Le sifflement présent dans la respiration de Leo s'était aggravé sans doute possible. Don allait vraiment le tuer. Pas qu'il aurait pu faire grand-chose pour empêcher tout ça, comment aurait-il pu savoir que Leo était confus à ce point ?

Raph se rapprocha de Leo, se collant contre lui. Pour sa chaleur, se dit-il, mais il savait qu'il avait aussi besoin de réconfort. Il pouvait comprendre l'impuissance que Mikey avait exprimée tout à l'heure l'état de Leo s'était probablement, non, certainement aggravé, mais il n'avait aucune idée de quoi faire. Il savait qu'il devrait se lever et envoyer un message à Don, mais la chaleur l'entourant forçait ses paupières à se fermer. Il ne voulait pas lâcher Leo à présent qu'il avait réussi à le ramener.

Raph ne s'était même pas rendu compte qu'il s'était endormi avant qu'il n'entende de légers murmures – il releva la tête des couvertures, mais la pièce était sombre. Quelque chose de chaud était pressé contre lui, et une fois qu'il se concentra sur son corps, il réalisa que Leo avait entouré ses bras autour de lui, et s'était fermement serré contre lui. Il essaya de repousser Leo – il était trop chaud. Et collant.

« Ooh, est-ce qu'on l'a réveillé ? Oh, il a pas encore bougé, je peux encore prendre une pho- »

La voix de Mikey fit réaliser à Raph que deux silhouettes se tenaient dans l'encadrement de la porte. Raph ne pouvait pas grogner s'il ne voulait pas réveiller Leo, alors il se contenta de jeter un regard noir à Mikey, même si le cadet ne pouvait pas le voir dans le noir. Enfin, au moins, Don et Mikey étaient revenus sains et saufs. Il devrait probablement céder sa place dans le lit à Mikey ou Don, mais Mikey était celui qui avait le plus dormi, tout à l'heure. Mikey pourrait avoir le lit une fois qu'il cesserait d'être aussi chiant.

« Raph, pourquoi est-ce que l'autre chambre est aussi froide ? » Demanda Donatello en chuchotant. Argh, et voilà. Il aurait à expliquer tout ce qu'il s'était passé, mais il était trop fatigué, alors il ne fit que tirer la couverture au-dessus de sa tête. Tandis qu'il remuait, Leo bougea aussi, utilisant le changement de position pour se blottir encore plus près de lui. Raphael soupira, mais il n'avait pas envie de se débattre contre Leo et ses câlins, et il finit par placer une main sur la carapace de Leo afin de le garder près de lui. La couverture les recouvrait ça le protégerait des taquineries de Mikey.

Il pouvait entendre Mikey et Don chuchoter à nouveau avant de s'en aller, et ses paupières étaient toujours lourdes. La respiration irrégulière de Leo le garda éveillé quelques temps, mais l'avoir blotti contre lui calma un peu son inquiétude, et il se rendormit.


« Je veux juste regarder la télé, » Se plaignit Michelangelo, pendu à l'envers sur le canapé. « Ou jouer à des jeux-vidéos. Ou manger quelque chose de chaud. Ça craint, de ne pas avoir d'électricité ! Est-ce qu'on peut faire un feu, Don ? »

« Non. »

« Mais c'est la seule façon de réchauffer de la nourriture sans électricité ! »

« On ne peut pas faire de feu à l'intérieur, Mikey. Et tu veux vraiment aller dehors ? »

« Non… »

La seule chose qui s'était bien passée, aujourd'hui, avait été leur aller-retour à la pharmacie. Il était assez tard, et malgré le fait qu'il ne neige plus autant, le temps était encore horrible, ce qui signifiait que les rues avaient été vides. Ça n'avait pas été un problème pour deux ninjas de se glisser dans le magasin pour y prendre ce dont ils avaient besoin. Pour une fois, c'avait été une simple histoire d'entrer et de ressortir. Enfin, Mikey avait insisté pour prendre un dentifrice à la fraise posé dans une des vitrines, et Don avait été forcé de l'en dissuader. Ils n'avaient pris que ce dont ils avaient vraiment besoin, et ils s'en sortiraient sans un tube de dentifrice de luxe.

Il s'était remis à neiger sur le chemin du retour, mais Mikey commençait déjà à oublier le froid, s'entourant d'une couverture et se mettant à l'aise en se pendant par les pieds depuis le canapé.

« Je ne sais pas si c'est une bonne idée pour toi d'avoir la tête à l'envers en ce moment. Ta tête doit encore te faire souffrir – est-ce que ça n'empire pas la douleur ? » Demanda Donatello, la lueur provenant de son écran montrant à Michelangelo le regard inquiet que Don lui envoyait.

« Ça aide, en fait, » Dit pensivement Mikey, même s'il ne voulait pas vraiment penser à la douleur encore persistante. Il valait mieux simplement l'ignorer.

« Intéressant. »

« C'est du sarcasme ? »

« Non, c'est intéressant. Il y a eu des études sur le fait de se pendre la tête à l'envers, certains affirment que- »

Michelangelo cessa d'écouter Donatello, se laissant glisser du canapé en grognant d'ennui. Raph et Leo étaient endormis, et même si Mikey était également fatigué, il n'avait pas envie de dormir. Il se décala vers Don pour voir ce qu'il faisait sur son ordinateur.

L'écran était rempli de nombres, et Mikey soupira, ne sachant pas ce à quoi il s'était attendu.

« Tu sais, il y a tellement de choses à faire sur un ordinateur. Regarder des vidéos. Jouer à des jeux. Et pourtant, à chaque fois que je te vois en utiliser, il ne s'agit toujours que des nombres ! » Se plaignit Michelangelo en s'appuyant sur Donatello dans l'espoir que Don change d'avis et accepte de regarder quelque chose de divertissant avec lui. Il savait que Don avait quelques films sur son ordinateur. Enfin, en tout cas, sur certains d'entre eux. Don avait vraiment trop d'ordinateurs, comment se souvenait-il duquel avait des films ? Vu que c'était la chose la plus importante qui pouvait se trouver sur un ordinateur. Il se promit de marquer les ordinateurs de Don avec des Stickers. Ou de télécharger des films sur chacun d'entre eux, juste au cas où.

« De toute façon, je ne vais pouvoir continuer à l'utiliser très longtemps, » Dit Don au lieu de l'inviter à regarder un film, ses mains glissant sur le clavier tandis qu'il parlait. « La batterie est presque morte, et je ne peux pas la recharger avant que la coupure ne soit terminée. »

Les couleurs sur l'écran changèrent, et Mikey put voir la façon dont Don se tendit, ses mains se figeant. Une nouvelle fenêtre était apparue, et Donatello se pencha sur le côté pour attraper quelque chose. Tandis que Don se penchait, Mikey vit son coude arriver vers lui, mais il ne put l'empêcher de percuter son visage. Le cadet couina ce n'était pas un coup très violent, mais son visage était sensible !

« Hé ! Fais attention ! » Gémit Mikey en se massant le bec. Don était trop occupé à tripoter le haut-parleur qu'il avait ramassé, et soudainement, un grésillement en sortit.

« -allumé ? Crotte, et moi qui pensait que ça marchait enfin- »

« April ! » Donatello semblait soulagé, ses mains de retour sur le clavier. « Est-ce que tu- »

« Don ! » La voix d'April semblait tout aussi excitée et soulagée, et ils purent l'entendre se détourner du micro. « Casey ! J'ai enfin réussi à les contacter ! »

« Hé, April, » Mikey la salua également en se rapprochant de l'ordinateur. « Beau temps, pas vrai ? »

« Ha, ha, Mikey. »

« Est-ce que vous allez bien, tous les deux ? Vu que vous- »

« On va bien, Don. On a assez de nourriture et de bois de chauffage. Casey a même réussi à faire marcher un des vieux générateurs, alors tout va bien pour nous. Et vous, les gars ? »

« On aurait bien besoin d'un de ces générateurs, nous aussi, » Soupira Don en rêvant d'un bon bain chaud. « Mais ça va. En fait, euh, on est chez toi. »

« Quoi ? Est-ce que quelque chose est arrivé au repaire ? » April semblait inquiète, et Don pouvait dire qu'elle s'était rapprochée du micro.

« Non, mais nous avons pensé que ce n'était pas une bonne idée de se faire piéger là-bas. Alors… désolé d'être venus sans y avoir été invités. »

« Non, non, vous êtes toujours les bienvenus. Prenez soin de vous, c'est tout. Il y a d'autres couvertures à l'arrière du magasin, et- »

« Une question, » Dit Michelangelo. « Qu'est-ce qu'il y avait dans cette boîte que tu avais laissée sur la table de la cuisine ? »

« … La boîte rouge ? » Demanda April après avoir réfléchi un instant. Don jeta un œil à Mikey avec un sourcil levé.

« Ouais, celle-ci. »

« … Probablement les vieux restes que j'ai oublié de jeter avant de partir, » Dit April avec hésitation, presque effrayée de répondre.

« Oh. »

« Tu les as mangé, n'est-ce pas ? »

« Ouais. »

Donatello se passa une main sur le visage et s'éclaircit la gorge avant de parler.

« Soyez prudents, vous aussi, April. La météo- »

La bande-son crépita avant de devenir si aigue que Don dut attraper le haut-parleur pour baisser le volume tandis que Mikey plaçait ses mains sur ses oreilles. Après que le son ait disparu, Don remonta le son, mais la ligne était silencieuse.

« Ooh, bon sang, » Marmonna Don en essayant de faire à nouveau fonctionner la ligne. Mais cela ne servit à rien – la connexion était morte pour de bon. Et la batterie aussi. Une autre fenêtre apparut, informant l'utilisateur que le système allait s'éteindre.

« Eh ben, ça, c'est fait, alors, » Dit Don en soupirant tandis qu'il fermait l'ordinateur. La pièce redevint sombre.

« Putain, c'était quoi, ce bruit ? » Raph avait émergé de la chambre d'ami en baillant, jurant lorsqu'il faillit tomber en trébuchant sur quelque chose au sol. « Et pourquoi il fait sombre ? Où sont les lampes de poche ? »

« Don a réussi à contacter April et Casey, mais la ligne s'est affolée, » Expliqua Mikey, se penchant sur le côté afin que Raph ne lui trébuche pas dessus en passant près de lui. D'abord Don lui mettait un coup de coude, et maintenant Raph lui marchait presque dessus, qu'est-ce qu'ils avaient ?

« Je croyais que t'étais un ninja, Raph, » Marmonna Mikey.

« Où est la putain de lampe de poche, » Grommela Raph en réponse, avant de grogner quand Don alluma l'objet qu'il cherchait juste devant son visage. « Je crois que je suis aveugle maintenant, merci. »

« Pardon. »

« Comment ils allaient ? Ils s'en sortent ? » Demanda Raph en s'asseyant sur le canapé maintenant qu'il pouvait voir où il était.

« Mieux que nous. Je crois qu'ils ne pourront pas revenir avant qu'une partie de la neige ait disparu, mais ils devraient aller bien, » Dit Don en étirant ses bras. « Enfin, c'est une chose de moins à s'inquiéter. Leo dort ?

« Ouais, » Dit Raph, « Il s'est même pas réveillé avec ce bruit. C'aurait été le cas, avant… »

« C'est pas une bonne chose, qu'il dorme enfin ? » Demanda Mikey, avant de couiner lorsque le vent hurla soudainement, faisant à nouveau trembler les fenêtres. Ils regardèrent tous au-dehors malgré le fait qu'ils ne puissent pas y voir grand-chose. Le vent ne faiblissait pas, augmentant à nouveau en intensité.

« Tu ne t'es pas réveillé quand je suis venu donner les antibiotiques à Leo, » Fit remarquer Don en regardant Raph avec un sourcil haussé. « Tu veux bien expliquer pourquoi l'autre chambre est aussi froide ? »

« Je-je me suis pas réveillé, vraiment ? » Demanda Raph, et il ne pouvait en effet pas se souvenir avoir entendu Don et Mikey avant que Mikey ne commence à le taquiner. Don posait des questions auxquelles il était trop fatigué pour répondre, mais le génie semblait décidé à obtenir une réponse.

« Vraiment. La chambre ? »

Raph se frotta la nuque – enfin, ce n'était même pas sa faute que Leo se soit échappé par la fenêtre, alors il pouvait toujours raconter toute l'histoire. Et taire la partie où Leo et lui avaient pitoyablement lutté dans la neige.

« Leo… a, disons, ouvert la fenêtre. Et… il est passé par là pour sortir. »

Il reçut de longs regards de ses deux frères.

« Il… quoi ? » Demanda lentement Don.

« Je crois qu'il voyait encore des choses. Il a essayé de me combattre quand je l'ai rattrapé. » Raph croisa les bras sur son torse, incapable d'avoir l'air aussi énervé qu'il ne l'aurait voulu. Ce n'était pas comme si Leo avait voulu faire tout ça, et même s'il était vaguement irrité, il comprenait. Ça n'avait probablement pas été agréable pour Leo, non plus. Raph ne savait même pas ce que Leo avait cru voir.

« … Je ne sais pas ce qui aurait pu le pousser à sortir par la fenêtre, » Soupira Donatello en secouant la tête. « Mais c'est une bonne chose que tu l'ai ramené. Je ferais probablement mieux d'aller voir comment il va… »

« Il savait que vous étiez parti, tous les deux. » Leo avait cet étrange sixième sens de grand frère, et que la fièvre manipulait. « Je suppose qu'il a essayé de vous suivre. »

« Ooh, qu'il est collant, ce Leo, » Pouffa Mikey tandis que Don disparaissait dans la chambre d'ami. « C'était confortable de lui faire des câlins ? »

Mikey esquiva le coussin de canapé que Raph lui jeta. Ouaip, c'était vraiment la journée du « donner des coups de coudes, balancer des coussins et marcher sur Mikey ».

« C'est drôle qu'il ait choisi la fenêtre, par contre, » Dit Mikey d'une voix un peu plus sérieuse tandis qu'il cherchait une lampe de poche, vu que Don avait emporté l'autre avec lui. « Les fièvres font vraiment faire des trucs bizarres. »

« On utilise la fenêtre plus souvent que la porte, » Marmonna Raph en se mettant plus à l'aise sur le canapé. Il était plus facile de passer par la fenêtre vu qu'ils sautaient souvent de toits en toits pour aller chez April, et à peu près partout ailleurs.

« C'est vrai. » Dit Mikey en se levant. « Tu veux jouer aux cartes ? »

« Tu devrais pas dormir ? »

« Une partie ? » Michelangelo avait trouvé la lampe de poche et faisait ses yeux de chien battu dans la lumière. Raph grogna.

« Une partie. »


Donatello plaça une main prudente sur l'épaule de Leo pour le réveiller un léger contact suffisait, d'habitude. Si Leo n'avait pas été malade, il se serait réveillé au son de pas devant sa porte, mais à présent, Leo était encore endormi, même avec la main de Don posée sur lui. Don savait qu'il ne devrait pas être surpris. Le voyage de Leo dehors devait lui avoir volé ses dernières forces, mais cela semblait malgré tout étrange et anormal de pouvoir s'approcher autant de Leo alors qu'il était endormi. Ce n'était pas possible à moins qu'il soit vraiment blessé, drogué ou malade. Et il était évident qu'il était malade, mais…

Don secoua la tête pour forcer ses pensées à s'éloigner du sentiment désagréable qu'il ressentait. C'était une bonne chose que Leo se repose enfin. Il aurait dû se reposer dès qu'ils étaient arrivés ici, mais au lieu de cela, Leo avait été debout à faire quelque chose de stupide plus d'une fois. Don soupira, secouant le thermomètre dans sa main. Leo ne s'était pas réveillé, mais il pouvait prendre sa température même s'il était endormi.

Don repoussa les couvertures, touchant le front de Leo. Sa peau n'était pas aussi chaude qu'avant. Il semblait que quelque chose de bon soit ressorti de son voyage à l'extérieur. Don pencha légèrement la tête de Leo afin de glisser le thermomètre dans sa bouche. Une fois encore, le contact ne produisit aucune réaction, ce qui était légèrement préoccupant considérant le fait que la peau de Leo n'était plus aussi brûlante. Leo ne fit qu'expirer contre les doigts de Don, et Don caressa doucement le côté de sa mâchoire avec son pouce.

Les voix étouffées de Raph et Mikey provenant de l'autre pièce se confondaient avec le vent hurlant toujours à l'extérieur. Le sifflement présent dans les poumons de Leo s'était légèrement calmé, et était à peine audible. C'était également bon signe, mais malgré la baisse de température émanant de la peau de Leo, Don s'attendait quand même à ce que le thermomètre l'informe d'une légère fièvre. Il était impossible que Leo ne réagisse pas à quelqu'un touchant son visage à moins qu'il n'ait encore une forte fièvre.

Pendant qu'il attendait, il eut le temps de penser à leur situation. Ils avaient une chambre en moins, maintenant, vu que la fenêtre ouverte l'avait trop refroidie, et ils ne pouvaient pas la réchauffer avant que l'électricité ne revienne. L'absence de courant avait également commencé à affecter le reste de l'appartement, et Don ne put s'empêcher de légèrement frissonner. Il attrapa un des bords de la couverture recouvrant Leo et l'enroula autour de lui. C'était une bonne chose que Raph ait mis une telle montagne de couvertures sur Leo il avait fait de son mieux pour réchauffer Leo après leur visite dehors.

Le thermomètre bipa, et Don le sortit de la bouche de Leo. Avant qu'il ne puisse regarder le résultat, quelque chose l'attrapa de manière si soudaine qu'il émit un petit cri de surprise. Leo l'avait entouré de ses bras, le forçant à tomber dans le lit tandis que le leader plaçait une partie de son poids sur lui. Don se souvint de la situation de tout à l'heure et se prépara à lutter contre son emprise, s'attendant à un coup de poing, mais Leo se contenta de presser sa tête contre lui en le serrant dans ses bras. Don cligna des yeux, baissant le regard vers la tête de Leo, qui reposait sur son plastron.

Les couvertures avaient été repoussées et recouvraient la lampe de poche posée au bord du lit, faisant descendre des ombres douces sur la pièce. La peau vert forêt de Leo était un peu plus pâle que d'habitude, mais les ombres faisaient ressembler le vert à son teint habituel. Leonardo fronçait les sourcils, mais son expression se calmait lentement tandis qu'il se mettait à l'aise, le haut de son corps posé sur Donatello. La tortue légèrement plus jeune sourit légèrement, tirant les couvertures sur eux deux. Michelangelo n'avait pas eu tort de dire que Leo était collant.

Cette pensée était légèrement préoccupante, considérant à quel point Leo montrait rarement le besoin de confort physique et de proximité ils savaient tous qu'ils pouvaient aller vers leur grand frère s'ils avaient besoin de réconfort, mais Leo recherchait rarement du réconfort auprès d'eux. Ce qu'il était évidemment autorisé à faire, mais il était trop borné à ne pas montrer de « faiblesse » et souffrait souvent seul. Don était presque certain que ce n'était même pas un acte conscient de Leo ; il semblait encore endormi.

Don put enfin jeter un œil à l'écran du thermomètre, et il fronça les sourcils. La fièvre descendait rapidement. Les antibiotiques avaient probablement déjà commencé à faire effet, mais cela ne faisait pas si longtemps que Don les avait donnés à Leo. Son excursion à l'extérieur devait vraiment avoir baissé la température de Leo. Mais même dans ce cas, Leo était à l'intérieur depuis un bon moment, maintenant, son corps aurait dû…

Don toucha à nouveau le front de Leo, et cette fois-ci, Leo murmura doucement, poussant sa tête contre la main de Don.

«f'si froi'… » Leo marmonna d'une voix rauque, en resserrant ses bras autour de Don. Froid ? Leo était enseveli sous les couvertures, et la pièce n'était pas si froide. Il y a seulement quelques heures, il avait été brûlant de fièvre, et maintenant, il avait froid. Don savait qu'il était possible d'avoir froid au lieu de chaud lorsqu'on était fiévreux, même s'il était plus commun d'avoir chaud, mais le changement soudain était un peu inquiétant. Don devra s'assurer de garder un œil sur sa température. Il faudrait qu'il demande à Raph combien de temps ils étaient tous les deux restés dehors.

Et il devrait probablement aller voir comment allait Raph, aussi. Leo n'était pas le seul à le cacher, lorsqu'il ne se sentait pas bien.

Mais Don n'était pas exactement libre de ses mouvements. Il remua un peu, essayant de s'extirper de l'emprise de Leo, mais le leader ne fit que resserrer ses bras, cherchant sa chaleur. Don soupira, ne voulant pas repousser Leo, alors il se contenta de s'adosser contre la tête de lit en acceptant son destin. Ce n'était pas comme s'il avait quelque chose contre un moment de repos. Mikey pouvait le taquiner autant qu'il le voulait sur le fait que Leo soit blotti contre lui, à la différence de Raph, il s'en fichait. Tout ce qui importait était que Leo soit confortable, et, eh bien, peut-être que Don devait bien cela à Leo après l'avoir forcé à boire comme ça tout à l'heure. Ce qui lui faisait se rappeler que Leo devrait probablement encore boire quelque chose bientôt, mais cela pouvait peut-être attendre.

Le matin était déjà là, et l'appartement commençait à être plongé dans la pénombre plutôt que l'obscurité totale, mais la journée n'allait probablement pas être beaucoup plus lumineuse que ça. Le ciel était rempli de lourds nuages, et même s'il ne neigeait pas si fort, il semblait qu'ils n'étaient pas prêts de se débarrasser de la neige et du froid.

La matinée passa lentement Don dormit quelques heures, et une fois qu'il parvint enfin à s'extirper de son étreinte, il réprimanda Raph et Mikey pour être encore debout à jouer aux cartes au lieu de se reposer. Puis il réprimanda Raph pour ne pas lui avoir fait savoir que certains de ses points de suture avaient lâchés. Après s'être occupé du bras de Raph, il reprit la température de Leo, qui était encore descendue. C'était encore une bonne chose, mais Leo avait dormi longtemps sans se réveiller, ne serait-ce que pour un moment. Ce n'était rien d'inquiétant, son corps avait besoin de repos, mais il faudrait qu'il se réveille bientôt pour manger quelque chose.

Le pire de la fièvre semblait être passé, accordant aux trois autres frères une certaine tranquillité d'esprit. Pendant que Don dormait, Raph et Mikey étaient venus jeter un œil sur eux de temps à autre ils se sentaient tous les deux un peu coupables. Ils savaient qu'ils n'auraient pas pu empêcher tout ce qu'il s'était passé, mais s'ils avaient fait certaines choses différemment, agit un peu plus rapidement, alors peut-être que le rhume de Leo ne se serait pas autant aggravé. Mais ils gardèrent leur culpabilité pour eux.

La journée fut principalement passée à dormir et à récupérer d'hier. Leo ne se réveilla pas de toute la journée, et ce qui avait commencé comme une légère préoccupation se transforma rapidement en inquiétude. Leo ne faisait jamais les choses à moitié il était rarement malade, mais lorsqu'il était, il était tellement malade qu'il pouvait rester alité pendant des jours. Il était suffisamment stupide pour protester contre le fait de se reposer, mais la fièvre finissait toujours par le terrasser. Exactement comme maintenant. Mais peu importe à quel point sa fièvre avait été haute, dès qu'elle tombait, il serait sur pieds à essayer de rattraper le temps qu'il avait passé à se reposer.

La fièvre avait disparu il y a des heures, et Leo était encore sous les couvertures.

« Leo est toujours pas debout ? » Demanda Raph tandis que Don passait derrière le canapé sur lequel il était allongé.

« Non… S'il ne se réveille pas bientôt, je vais devoir le réveiller moi-même. » Don se mordit pensivement la lèvre, et Raph pouvait dire que quelque chose le gênait.

« D'habitude, il serait déjà debout, » Dit Raph en détournant la tête.

« Je sais. Mais… aucun d'entre nous n'a jamais eu de fièvre aussi élevée, et il a traversé pas mal de choses, hier. » Don soupira en se massant la tempe. Malgré le fait qu'ils aient rattrapé leur sommeil, ils étaient tous encore fatigués le froid extrême avait tendance à leur faire cet effet, à les rendre somnolents et à les forcer à rester à l'intérieur, même lorsque la météo n'était pas aussi mauvaise. Avoir le sang-froid, ça craignait souvent.

Soudainement, l'écran de la télé ainsi qu'une lampe dans la cuisine s'allumèrent. La tête de Michelangelo se redressa d'un coup, et il fut le premier à réagir.

« YOUHOU ! Enfin, on va pouvoir regarder des films ! »

Dans l'autre pièce, Leo fut réveillé en sursaut par la voix tonitruante de Mikey. Se faire réveiller de cette manière laissa Leo désorienté, comme s'il ne s'était pas réveillé lorsque son réveil avait sonné, et qu'il avait oublié quelque chose d'important. Son esprit était brumeux, mais il se sentait beaucoup mieux que la dernière fois qu'il avait été éveillé. Quand est-ce que c'avait été, d'ailleurs… ? Il était trop épuisé pour réfléchir, et laissa sa tête retomber.

Attends, non. Combien de temps avait-il dormi ? Il jeta un œil vers la fenêtre. Il faisait sombre, comme la dernière fois qu'il avait été réveillé. Ce qui signifiait qu'il ne pouvait pas avoir dormi très longtemps, pas vrai ? Il pouvait dormir un peu plus.

… Non. Si ses frères étaient réveillés, alors lui aussi devrait l'être. Leonardo avait le sentiment qu'il avait échoué à garder un œil sur eux, mais d'après les bruits, il semblait qu'ils soient à présent tous là. Ce qui ne voulait pas dire qu'ils n'avaient pas eu de problèmes pendant qu'il était endormi, et il devrait au moins vérifier que tout allait bien.

Seulement quelques instants plus tard, il se retrouva sur le sol. Ah, c'est vrai, si son esprit était embrumé, il aurait dû s'attendre à ce que cela affecte aussi son corps. Au moins, il n'avait pas fait trop de bruit en tombant – il était un ninja, même lorsqu'il tombait du lit. Cela l'avait empêché de s'humilier.

Il étira ses jambes, laissant son corps affaibli se rappeler comment marcher sans immédiatement tomber. Il n'avait probablement pas mangé depuis un moment, d'où les vertiges.

« Hé ! Regardez qui est debout ! » Mikey grimpa par-dessus le haut du canapé dès qu'il vit Leo sortir de la chambre d'ami, se précipitant vers lui et attrapant le brase de Leo avec excitation avant de le regarder de la tête aux pieds. « Bon retour parmi les vivants ! »

« Comment- »

La douleur, une douleur dans ses poumons, comprimant sa gorge- Leo attrapa le mur pour se supporter tandis qu'il toussait, ayant l'impression que chaque toux arrachait quelque chose dans sa poitrine. Il ne s'était pas attendu à ça. Il aurait probablement dû.

Mikey continua à tenir son bras, même quand la quinte de toux se calma, et Leo s'autorisa un moment avant de se décaler du mur, se sentant gêné par les regards inquiets que tous ses frères posaient sur lui. Il fit un geste de la main pour indiquer que ce n'était rien.

« Je, » Toussota-t-il, « vais bien. Combien de temps… j'ai dormi ? »

« Euh, » Don jeta un œil à l'horloge, « tu t'es endormi un peu avant le matin, et il est 23h, maintenant. »

« …Toute la journée ? » Demanda Leo, même si ce n'était pas inhabituel lorsqu'il était malade. Mais Leo était gêné par le fait qu'il ne s'était même pas réveillé une seule fois il n'avait pas le sommeil très lourd. Et puis, il s'était réveillé dans la chambre d'ami, sans aucuns souvenirs de comment il s'y était retrouvé, seulement des souvenirs de… de…

Leo grogna en se tenant la tête, et la prise de Mikey sur son bras se resserra.

« Ça va, frangin ? » Demanda Mikey, et Leo n'aima pas l'inquiétude qu'il entendit dans sa voix.

« Ouais, » Sourit Leo en baissant la main, « J'ai juste… du mal à me souvenir de la nuit dernière. »

« On dirait Raph après qu'il ait bu, » Sourit Mikey, et Raph renifla dédaigneusement depuis le canapé.

Leo avait un vague souvenir d'être sortit par une fenêtre, mais peut-être que ça n'avait été qu'un étrange rêve créé par la fièvre. Des frissons lui parcoururent le corps, et Leo grogna à la soudaine sensation de froid qu'il ressentit.

« Je vais aller te chercher une couverture, » Dit Mikey, lâchant Leo afin de se précipiter dans la chambre d'ami, et laissant Leo se tenir debout seul. Une vague d'épuisement le submergea, et Leo s'appuya à nouveau contre le mur en soupirant à son état affaibli. Il avait dormi tellement longtemps, et pourtant, il avait l'impression qu'il pouvait encore dormir beaucoup plus. Peut-être que cette sensation disparaîtrait une fois qu'il s'activerait.

« … Où sont mes épées ? » Demanda Leo en regardant autour de lui. Elles n'avaient pas été dans la chambre d'ami, évidemment qu'il avait déjà vérifié.

Don ne fit que se tourner vers Raph en lui offrant un large sourire. Leo haussa un sourcil.

« Pas moyen ! Ça fait plus de cinq minutes ! » Protesta Raph en jetant un œil à l'horloge.

« Nan, j'ai compté. Trois minutes et vingt secondes. »

Raph grogna, et lorsque Mikey revint avec une couverture, Leo envoya un regard confus au cadet.

« Ils ont parié sur combien de temps tu mettrais avant de demander tes épées, » Mikey sourit largement en drapant la couverture sur les épaules de Leo. « J'ai gagné, la dernière fois que t'étais malade ! »

« C'est… génial, » Dit Leo d'un ton aride en croisant ses bras sur sa poitrine. Il était trop fatigué pour se soucier de leurs taquineries. « Où sont-elles ? »

« Bah, dans le coin. Mais, hé, ton sens du timing est parfait – l'électricité vient de revenir, regardons un film ! » Mikey tirait déjà Leo vers le canapé, et le leader n'était pas en état de protester.

« Tu ne crois pas que c'est plutôt ton cri qui l'a réveillé, et pas son sens du timing ? » Demanda Raph d'une voix ironique.

« J'aimerais bien enfin manger quelque chose de chaud, » Dit Don en tapotant l'épaule de Raph, qui boudait à propos du pari perdu. « Je vais aller réchauffer quelque chose. Ne laisses pas Mikey choisir quelque chose d'ennuyeux. »

« Hé, je choisis jamais rien d'ennuyeux, » Mikey cria après lui. Il s'assura que Leo était assis et n'allait nulle part avant de commencer à passer les films en revue.

Leo était placé entre Raph et Mikey, et il ne put s'empêcher de longuement regarder le bras bandé de Raph. Quelque chose était arrivé pendant qu'il était inconscient, et Raph remarqua son regard, mais il se contenta de lever la main pour empêcher Leo de demander.

« Tu peux demander plus tard, » Dit Raph, et Leo accepta avec hésitation. Tout semblait aller bien, à présent, alors peut-être que les questions pouvaient attendre. De toute façon, il avait la tête lourde ; mieux valait entendre tout ce qu'il s'était passé une fois qu'il serait véritablement réveillé.

Ils mangèrent avant de commencer le film, blottis ensemble sur le canapé. Le meuble n'était pas si spacieux, et l'appartement était encore un peu froid, même s'il se réchauffait à présent que l'électricité était de retour. Manger la soupe chaude leur fit tous se sentir mieux, et la chaleur donnait à Leo l'impression qu'il pourrait s'endormir à tout instant. Même avec le haut volume de la télévision, il pouvait sentir sa tête tomber, ses yeux se fermer… mais il ne s'endormit pas. Quelque chose clochait encore.

Le film avait toute l'attention de ses frères, mais Leo se leva du canapé, se dirigeant vers la chambre dans laquelle il se rappelait vaguement avoir été auparavant. Il frissonna à la température glaciale de la pièce, et fronça les sourcils. Il avait rêvé qu'il ouvrait une fenêtre, se souvenait de la fraîcheur de l'air nocturne… mais il avait aussi rêvé d'un danger. Et le bras de Raph avait été blessé. Cela avait-il été un rêve ? Si ce n'était pas le cas…

Il fut distrait par la vue de ses épées. Les katanas jumeaux étaient posés contre le mur, et une fois que Leo les eut en main, il se sentit beaucoup mieux. Trouver ses épées calma le sentiment oppressant qui l'avait empêché de s'endormir et l'avait poussé à se lever, mais celui-ci demeurait quand même. Il devait encore faire quelque chose. Mais quoi ?

Ses paupières lui paraissaient lourdes, et à présent qu'il était seul dans la pièce froide, toute sa chaleur s'échappait déjà de lui. Il n'appréciait jamais ignorer ses instincts lorsqu'ils essayaient de le prévenir de quelque chose, mais il était simplement trop fatigué pour s'en occuper maintenant. Le sentiment n'était même pas un véritable avertissement, c'était juste… comme s'il avait oublié quelque chose. À quel point cela pouvait-il être important s'il ne s'en souvenait pas ? Ça lui reviendrait plus tard. Cela ne lui ressemblait pas, de se contenter d'ignorer le problème, mais il était tellement fatigué.

Leo n'attacha pas les armes en travers de son dos, et se contenta de les ramener avec lui dans le salon, où ses frères étaient toujours absorbés par le film. Il les regarda un moment, la question de la fenêtre lui traversant à nouveau l'esprit. Ils avaient l'air paisible et heureux, emmitouflés sous les couvertures, en sécurité, et pourtant, Leo dut secouer la tête lorsqu'un souvenir de son rêve essaya de remonter de là où il l'avait repoussé. Ça ne pouvait pas être réel il s'en souviendrait mieux si ça l'avait été. Pas vrai ? Il frissonna encore, ne sachant pas si c'était à cause du froid ou d'autre chose. Leo raffermit sa prise sur ses épées, trouvant un peu de réconfort lorsque ses mains cessèrent de trembler. Ils étaient loin de la sécurité du repaire, son corps était encore faible, et son esprit trouble. Il aurait certainement besoin de ses épées au cas où… au cas où quelque chose arriverait.

Leo s'enfouit à nouveau sous les couvertures qu'ils partageaient, laissant ses épées sur le sol à ses pieds. Il était toujours plongé dans ses pensées, mais la sensation de ses frères à ses côtés le remit rapidement à l'aise. Leur présence était suffisante pour lui faire oublier ses rêves, ainsi que le sentiment étrange qui l'avait gêné. Avec eux tout proches, en sachant qu'ils s'étaient occupés de lui, et continueraient de le faire, il ferma les yeux. Oui, c'était supposé être lui qui s'occupe d'eux, mais peut-être qu'il avait le droit d'être celui dont on s'occupait, cette fois. Un bras s'enroula autour de lui, et Leo soupira de contentement, s'autorisant à se reposer contre la chaleur de son frère. Quelque chose lui murmurait encore de ne pas dormir, mais le confort qu'il ressentait si rarement ces jours-ci l'avait enveloppé, et cette fois-ci, il ne lui fallut pas longtemps pour s'endormir.