OOC : Bonjour à tous. Voici un nouveau chapitre. J'espère que ça vous plaira. Bonne lecture !
Son environnement avait changé.
Il n'était désormais plus dans ce vide sans couleur. Quand Weiss releva le regard, il fut surpris de se retrouver à bord d'un ferry flottant au milieu d'une mer agitée. Le ciel était orageux au-dessus de sa tête. Il n'allait pas tarder à pleuvoir, et Weiss ne put s'empêcher de se dire qu'il valait mieux qu'ils aient un bon capitaine à disposition. Autrement, ils finiraient tous noyés.
Stupide... Pourquoi pensait-il cela ? Ce n'était pas la réalité. Non. Même si G était susceptible d'user de tout moyen pour le forcer à lâcher prise et accepter son destin, il n'était pas dupe au point de penser qu'il l'abandonnerait ici, sur un bateau, même au milieu d'une situation dangereuse.
Non. C'était un rêve...
Weiss trouvait cela ironique. Il avait cru avoir perdu la faculté de rêver quand il avait été rejeté par la Rivière de la Vie.
Voilà à présent qu'il s'abandonnait dans son imaginaire... Alors que son temps était compté. Au lieu de réfléchir à la manière de gagner le jeu contre le vieil homme, il dormait...
Quoique même un cadavre ambulant pouvait tomber d'épuisement.
Et il se retrouvait ici...
Un rêve... Weiss réalisa qu'il reconnaissait ce ferry. Il reconnaissait la mer. Il reconnaissait même le temps.
Une mission. Il rêvait d'une ancienne mission pour laquelle il avait été mobilisé. L'une des rares fois où il avait quitté Deepground, sous haute surveillance.
« A ce rythme-là, on va tous couler. »
Weiss se retourna vers celui qui s'était adressé à lui.
Azul. Son ancien camarade Tsviet. Weiss fronça les sourcils en l'apercevant. Mais il n'était pas seul.
Le géant était accompagné par Rosso et Argento. Ils étaient tous situés à quelques mètres de lui, fixant l'horizon. Aucun des trois n'avaient changé. Azul était toujours aussi imposant. Les bras croisés, il paraissait chercher une solution pour empêcher la mer de tous les aspirer. Quant à Rosso, elle n'était nullement affectée par ce qui se produisait autour d'elle. Sa double lame en main, elle inspectait ses griffes recouvertes de sang avec une expression morose. Sa marque de fabrique.
Quant à Argento... Weiss eut un léger sursaut en revoyant son ancien mentor. Le dernier souvenir qu'il avait d'elle était la vision de son cadavre sans tête, cloué sur une croix. Ici... Elle se tenait droite, s'appuyant sur son épée, son œil fermé tandis que l'autre était recouvert de son patch. Elle semblait sereine et apparemment, elle connaissait déjà la réponse sur la manière dont ils pouvaient s'en sortir. Mais la connaissant, elle allait les laisser se débrouiller et chercher par eux-mêmes, n'intervenant qu'en dernier recours si cela s'avérait nécessaire.
« ... On ne coulera pas », grogna Weiss, le ton dédaigneux. « On est dans une simulation. »
Si Rosso était sur un bateau, cela ne pouvait être qu'une simulation. Bien faite, oui. Il l'accordait. Mais Rosso n'avait jamais mis un pied à l'extérieur de Deepground jusqu'à ce que Restrictor tombe.
Weiss leur fit complètement face. Il les fixait, dégoûté. Azul se raidit en voyant son regard, tandis que Rosso inclina la tête sur le côté, attentive.
Il n'avait jamais été en mesure de leur parler, de dire ce qu'il pensait après la crise d'Omega. Et maintenant qu'il était coincé ici et ne pouvait même plus rejoindre la Rivière de la Vie, il n'aurait plus jamais l'occasion de revoir ses anciens subordonnés soi-disant fidèles.
Alors, autant leur dire ce qu'il avait en tête ici. Même si c'était seulement un souvenir.
« Vous... C'est à cause de vous, tout ça » cracha Weiss, les poings serrés quand bien même son ton demeurait calme, contenant sa rage et son ressenti.
Azul recula, blême.
- Weiss ?
- C'est à cause de vous si je suis ici. C'est à cause de vous si je ne suis pas en mesure de rejoindre la Rivière de la Vie. C'est à cause de vous si je suis condamné à errer dans cet enfer. Parce que vous avez écouté un maniaque qui voulait faire un avec Omega.
C'était injuste.
Eux, ils avaient tous rejoint la Rivière de la Vie alors que lui... Il ne pouvait même pas accéder à la mort.
Ils devaient être heureux, maintenant. Libérés de tous leurs soucis, de leurs vies misérables. Ils étaient libres ! Quant à lui, il était condamné à jouer un jeu débile pour pouvoir comprendre. Un jeu qu'il n'était même pas sûr de gagner.
- Weiss ! s'écria Azul alors qu'il se dépêchait de s'incliner, incitant Rosso à faire de même. Je vous jure qu'on l'ignorait. On croyait sincèrement que c'était vous.
D'accord. C'était quoi, cette excuse ?
- Sérieusement ? Vous n'étiez pas capables de faire la différence entre un fou qui voulait être « pur » et moi, votre Empereur ? Rassurez-moi, je ne suis pas comme ça ? A moins que toutes ces tueries vous aient coûté votre cerveau ?
Il n'y avait que cette explication-là.
- Avé, Weiss ! cracha le concerné, furieux. Avé, Weiss ! Quelle blague ! Vous répétez ça comme un script sans même le croire. Vous ne me connaissez pas. Autrement, vous n'auriez jamais écouté ce taré ! Je ne serais pas ici si vous avez été, un minimum, intelligents !
En réalité, il n'en voulait pas à Argento. Argento était morte avant que le virus ne s'active. Et il le regrettait. Si elle avait été vivante, elle aurait su quoi faire.
Azul déglutit. Il avait honte. Il avait honte d'avoir causé du tort à son Empereur. Rosso gardait une expression neutre, endurant les mots de Weiss. Pourtant, elle fut la première à lui donner une explication.
- A notre décharge, déclara Rosso, tu nous as donnés la permission de tuer. Que ce soit pour Omega ou pour autre chose, cela ne faisait pas grande différence.
- Ah oui, d'accord, rétorqua sèchement Weiss. Tout ce qui compte pour toi, c'est tuer ? On se moque bien de Deepground ? On se moque bien du fait que j'ai tué Restrictor pour VOUS libérer ?
Rosso tressaillit. Elle avait l'arme facile, mais ses paroles parurent faire mouche. Mais c'était trop tard.
- Et vous, en retour, vous faites quoi pour me remercier ? Vous fichez tout en l'air ! Résultat : il n'y a plus Deepground. Il n'y a plus rien. Vous êtes tous tombés comme des mouches tellement vous étiez faibles. Vous avez écouté Hojo sans même réfléchir à deux fois alors qu'Omega n'a jamais fait partie de mes plans.
- C'est Nero qui—commença Azul.
Weiss était déjà sur lui. Avant même qu'il ne puisse ajouter quoi que ce soit d'autre, Weiss le tenait par la gorge, la tête au-dessus de la mer, prêt à le jeter dedans. Azul cria, se retenant de justesse pour ne pas tomber dans la mer sombre.
- Nero a fait ça pour me sauver, articula-t-il, le ton froid et impitoyable. Il était aveuglé par le deuil. Mais vous, c'est quoi votre excuse pour avoir agi de manière aussi stupide ?
Il était bien tenté de le nourrir aux requins. Mais malheureusement, c'était une simulation. Agacé, Weiss finit par le tirer en arrière, l'éloignant du bord sans douceur. Azul s'effondra sur le pont, encore sonné. Son Empereur lui avait donné un avertissement. Un seul.
Rosso finit par se redresser, rangeant son arme dans son dos. Elle jeta un œil irrité à Weiss, sans toutefois se confondre en excuses. De toute façon, il ne les admettrait pas. Et Rosso ne les pensait pas.
Weiss s'appuya sur le bord du ferry, las. Argento le rejoignit à côté de lui. Elle ne parla pas. Elle se contenta de fixer la mer sans un mot.
Pour être honnête, c'était l'un des points qui l'avait toujours fasciné chez elle. Argento n'avait pas peur de lui. Ou si elle avait peur, elle ne le montrait pas. Elle gardait sa quiétude en toute circonstance. Et elle savait quand il fallait s'exprimer et quand il ne le fallait pas.
- On sera sur un ferry pour la prochaine mission, déclara Azul.
- Contente pour vous, grinça Rosso. Toi, Weiss, Argento et Shelke, vous allez bien vous éclater !
- Tu es trop instable pour sortir, je te rappelle, lui rétorqua le géant, hautain.
Rosso le fusilla du regard alors que ses griffes lacérées se préparaient à lui crever un œil. Un seul regard de son leader la dissuada de tenter quoi que ce soit. Il n'avait pas le temps ni l'humeur pour ces stupidités.
- Il a raison, admit Weiss. Tu massacrerais tout l'équipage pour t'amuser.
- Je massacrerais d'abord Restrictor.
- Crois-moi. Tu n'es pas la seule, soupira Weiss.
- On pourrait le balancer à la flotte ? proposa Azul. On prendrait le contrôle du navire et on quitterait Deepground.
Weiss se contenta de lever les yeux au ciel à sa suggestion irréfléchie.
- Oui. Et ensuite ? On s'installe sur une île déserte ? On élève des Chocobos ensemble ? Je te rappelle que même si on le pouvait, on serait toujours confrontés aux autres Restrictors. La Shinra nous traquerait. Nero, Rosso et les autres soldats seraient toujours emprisonnés à Deepground.
Et la question du virus ne serait pas résolue. Weiss n'allait certainement pas passer le reste de sa vie avec cette nuisance dans le cerveau.
De toute manière, Restrictor n'était pas le problème. Non. Le problème demeurait le vieil homme.
Son énigme.
Il n'avait plus le droit à l'erreur. Weiss avait une petite idée par rapport aux pistes à creuser. Il avait réagi à la mention de Erebus. Il pouvait bien essayer de penser que le vieillard était Nyx, puisqu'elle avait été la sœur et la femme d'Erebus. Suffisamment proche pour réagir à son nom. Les dieux avaient le libre choix de la forme qu'ils pouvaient prendre. Peut-être que la forme du vieil homme n'était qu'un leurre. Qu'il ne s'agissait pas d'un vieil homme, mais d'une femme à la place ?
Tout était possible.
Pourtant, Weiss était sûr que ce n'était pas la bonne réponse.
Mais même avec tout le mental dont il était capable, il disposait de très peu d'informations. Il avait l'impression d'être si proche du but mais que quelque chose d'important manquait.
Alors, quoi ? Que devait-il faire ?
A côté de lui, il remarqua qu'Argento frissonnait. Cela attira son attention et il la dévisagea, inquisiteur. Elle avait froid, quand bien même son expression ne trahissait rien.
Ce fut elle qui s'exprima pour la première fois depuis le début de leur échange :
- Tu as la réponse dans les informations que tu possèdes.
Weiss fronça les sourcils. La réponse ?
Dans les informations qu'il possédait ? Oui. Nul doute. Mais en quoi cela allait l'avancer ?
- Réfléchis, dit-elle. Tu es Omega. Tu es celui qui va guider les âmes à travers les étoiles. Tu sais ce que tu es.
- Je ne suis pas Omega, répondit Weiss.
- Tu es son Hôte. Si tu es si sûr que le vieil homme est lié de près ou de loin à Chaos ou à ses enfants Erebus et Nyx... n'est-ce pas une information que tu possèdes ?
S'accoudant au bord, Rosso grimaça aux mots de la Wutaïenne.
- Tu penses prétendre à la connaissance des dieux. Donne-lui simplement ce qu'il cherche.
- Ce n'est pas à moi de lui donner la clé. Il la tient entre ses mains.
Weiss écarquilla les yeux, stupéfait.
La clé... entre ses mains ?
Pourtant, il n'avait rien. Il n'avait aucune certitude que—
Puis, brusquement, il comprit.
Il comprit ce qu'Argento voulait dire. Il ne l'avait pas réalisé jusqu'à présent.
Il était l'Hôte d'Omega.
Chaos était son écuyer.
Alors, il lui devait obéissance... Il devait le servir.
Weiss se frappa le visage. Pourquoi n'y avait-il pas pensé avant ?
Il venait de comprendre. Il venait d'obtenir la solution.
Sans répondre, Weiss ôta son manteau noir et blanc. Il s'avança vers Argento pour le poser délicatement sur ses épaules dans l'intention de la couvrir du froid.
Argento ne réagit pas. Elle ne détacha pas son regard de l'horizon.
- Tu es la deuxième personne la plus intelligente que je connaisse, lui susurra doucement Weiss dans le creux de son oreille. Si seulement tu pouvais encore être là, avec moi, à me conseiller...
- C'est à toi de rejoindre la Rivière de la Vie. Mais... est-ce réellement ce que tu souhaites ?
Ses mots fusèrent.
Cette fois, Weiss ne comprit rien. Bien sûr qu'il voulait rejoindre la Rivière de la Vie ! Il n'avait plus rien à perdre. Ses subordonnés y étaient, la liberté y était...
Et plus que tout, Nero y était.
La simulation se coupa net. Ils n'étaient plus sur le bateau. Ils n'étaient plus au milieu de la mer orageuse.
Non. Ils étaient à présent dans la salle d'entraînement de Deepground.
Immédiatement, ils cessèrent de parler. L'atmosphère changea. Weiss leur ordonna de se disperser. Ils étaient surveillés par les caméras, visionnées par les scientifiques qui se cachaient dans une salle à l'extérieur de la salle d'entraînement. Les scientifiques se moquaient bien de ce qu'ils racontaient. Ce n'était pas un secret que les Tsviets haïssaient Restrictor. Mais si Restrictor les voyait parler tous ensemble, il crierait tout de suite au complot et cela lui donnerait une excuse pour se défouler sur eux. Weiss et Azul s'éloignèrent dans un coin tandis que Rosso et Argento dégainèrent leurs armes, faisant semblant de s'entraîner sans conviction.
- Argento est une puissante guerrière. Elle ferait une bonne reine, déclara Azul à destination de Weiss.
Weiss le fusilla du regard.
- De quoi parles-tu ?
- Vous êtes l'Empereur. Quand Deepground sera à nous, il faudra peut-être que vous envisagiez un héritier, déclara Azul alors qu'il s'exerçait aux burpees. C'est ce que les Empereurs font, au regard de l'histoire de la surface.
Un héritier ?
Mais il le prenait pour qui ? Il n'avait même pas encore fait tomber Restrictor qu'il parlait déjà d'un héritier ! Et pour qui se prenait-il, d'ailleurs ? Son père ? Ils étaient tous les deux Tsviets. Mais cela ne signifiait pas que Weiss allait le laisser lui parler comme s'ils étaient amis. Weiss était l'Empereur. Il devait garder la distance entre lui et le reste de ses inférieurs.
- Pour l'instant, je suis plus occupé à me concentrer sur comment je pourrais me libérer de Restrictor, railla Weiss sarcastique. Tu sais. Être libre de me déplacer où je veux, parler à qui je veux, faire ce que je veux... Les choses les plus rudimentaires. Un héritier alors que je ne règne même pas encore sur Deepground ? Et puis quoi, encore ? Cela ne serait qu'un boulet supplémentaire à traîner.
Peut-être qu'une fois qu'il serait libre, une fois qu'il aurait régné pendant une longue période, il y réfléchirait. A un héritier. Une reine? Pas question.
Azul comprit qu'il avait commis une erreur. Weiss mit un terme à la conversation et s'exerça avec « Paradis », reprenant des enchainements basiques mais complexes. En même temps qu'il acheva son premier enchaînement, Restrictor pénétra à l'intérieur de la salle d'entraînement, suivi de près par Shelke.
Les autres Tsviets s'arrêtèrent. Restrictor leur ordonna de se rassembler. Glissant une main délicate sur l'épaule d'Argento, il les salua presque trop chaleureusement au goût de Weiss :
- Comment vont mes Tsviets aujourd'hui ?
Argento ne réagit pas. Elle demeura digne, sans faire part de son dégoût au contact de Restrictor. Le ton de ce dernier était moqueur et cette simple phrase donna envie à Weiss de l'étriper sur place.
C'était SES Tsviets. Les siens. C'était lui qui allait les libérer et qui allait le tuer en l'humiliant à la hauteur de la manière dont il l'avait humilié. Dont il avait humilié Nero et les autres.
- Vous avez une mission dans deux jours, déclara Restrictor. Nous partons tous ensemble. Vous avez intérêt à ne pas me décevoir. Je « prierais » pour que vous restiez en vie. Oh. Mes excuses, je ne t'avais pas compté dedans, Rosso. Tu sais très bien que tu ne sortiras jamais.
Par réflexe à sa provocation, Rosso était sur le point de dégainer sa double lame. Immédiatement, Weiss lui agrippa le poignet, menaçant de le lui rompre si elle continuait. Enragée, Rosso lui montra les dents, mais Weiss ne s'en démonta pas et resserra son emprise. Grognant de rage, Rosso abaissa son arme, sachant très bien qu'elle allait perdre contre lui si elle osait le défier.
- Bien, Weiss, approuva Restrictor tandis que l'Empereur gardait Rosso auprès de lui. Elle serait parfaitement capable de s'élancer sur lui à la prochaine provocation s'il la lâchait. Tu te comportes bien, ces derniers temps.
Weiss lui répondit par un sourire faussement affable. C'était devenu son arme face à son bourreau. Restrictor n'appréciait que trop sa colère et son désir de le démembrer. Autant ne pas lui faire ce plaisir.
- Il y a des étables dans le ferry qui nous conduira à notre destination, leur adressa Restrictor, dédaigneux. C'est là où vous dormirez, telles les bêtes que vous êtes. Mais si vous êtes sages... je serais assez généreux pour vous donner un repas et un lit à l'un d'entre vous.
Le sourire de Weiss disparut. Se détachant d'Argento, Restrictor se tourna vers lui et l'Empereur put deviner son vil sourire sous son casque.
- Qu'en penses-tu, Weiss ?
- ... Je crois que je préfère dormir avec les bêtes, lui rétorqua Weiss. Puisque j'en suis une.
- Bien sûr. Je ne m'y attendais pas moins de toi.
Ce fut à ce moment précis qu'il se retourna vers Shelke. La petite fille le considéra, sans aucune émotion dans ses yeux.
- ... Qu'en dis-tu, Shelke ? Tu n'es pas comme ces bêtes sanguinaires. Quand bien même tu es la plus faiblement gradée parmi les Tsviets, n'aimerais-tu pas un lit et un repas chaud ? l'interrogea-t-il alors qu'il laissait une main se balader sur ses cheveux avant de descendre vers ses épaules.
Weiss lâcha abruptement Rosso. Quand bien même son sourire ne laissait rien transparaître, il bouillonnait de fureur à l'intérieur. Même si elle restait laconique, Argento avait resserré son emprise sur son épée.
Restrictor le paierait. Il paierait tous ces mauvais traitements. Weiss se l'était promis il y a longtemps.
- ... Je suis l'Empereur, intervint Weiss, un mot pas plus haut qu'un autre. Tu ne vas pas laisser une autre prendre ce qui m'est du ? Surtout pas une Tsviet qui n'a aucune couleur.
Shelke tourna la tête vers lui, sans réagir.
- Tu es juste la Transparente, lui adressa Weiss, méprisant. Ta place est avec les bêtes.
- Hm. N'importe quoi pour n'importe quel privilège, Weiss, approuva Restrictor. Personne ne doit être meilleur que toi.
Non. Personne ne l'était et ne le serait. C'était lui, le Soldat le plus fort de Deepground.
Restrictor relâcha Shelke. Alors qu'elle passait à côté de lui, Weiss lui fit un croche-pied pour la faire tomber, ce qui déclencha chez Azul et Rosso un fou rire sardonique.
Tu me remercieras, pensa Weiss amèrement. Tu sauras à qui tu devras jurer fidélité.
- Bien. Puisque tu es si sûr de toi, déclara Restrictor alors qu'il laissa traîner une main baladeuse sur le torse de Weiss, comporte-toi bien. Et peut-être que tu auras droit à ce repas chaud et à ce lit.
Restrictor fit descendre sa main de plus en plus bas. Son simple contact provoqua chez Weiss un violent haut-le-cœur qu'il peina à réprimer.
Le simple fait que Restrictor le touche le répugnait. Même un simple frôlement lui donnait envie de vomir.
« Ne le dis pas à Nero ».
A nouveau conscient, Nero mit de longues minutes à ouvrir les yeux.
Lorsqu'il se réveilla, il réalisa qu'il n'était pas dans son appartement. Il n'était pas allongé dans son lit ou sur le canapé, Shiro à son chevet.
Non. A la place, il fut surpris de se retrouver enfermé à l'intérieur d'une cuve, baignant dans le Mako qui lui barrait la vision, l'empêchant de voir à l'extérieur.
Cette sensation était trop familière.
Comment avait-il atterri ici ?
Tout était flou dans sa tête. Hagard, Nero eut simplement la force de tendre le bras pour toucher la vitre, comme une faible tentative de la briser et sortir.
A l'endroit même où il posa sa main, une autre main, beaucoup plus petite, apparut devant lui comme pour lui répondre, posée à son tour contre la vitre, mais de l'extérieur. Nero fronça les sourcils avant de réaliser qu'il la reconnaissait. Il reconnaissait cette main.
Cela le fit se détendre considérablement.
Il allait pouvoir rentrer bientôt...
« Attends », lui dit-on. « Attends quelques minutes et tu pourras sortir. »
Quelques minutes...
Nero allait devoir patienter avant d'obtenir une réponse à ses questions. Il ferma les yeux et se laissa à nouveau plonger dans l'inconscience.
Quand il put enfin sortir de la cuve de Mako, il comprit qu'on l'avait transporté dans l'aile médicale de l'ORM. Nero fut allongé sur un lit médicalisé tandis que les infirmières et les médecins déambulaient autour de lui. Malgré qu'il avait un bracelet électronique à la cheville, que des soldats de l'ORM le surveillaient à l'intérieur même de sa chambre, Nero pouvait sentir leur peur, leur angoisse à l'idée que les ténèbres ne viennent les absorber, intentionnellement ou accidentellement. Il le pouvait, après tout.
Ce n'était pas si différent de l'hôpital de Deepground...
« Papa Nero ! »
A l'appel de son nom, Nero se retourna d'un bloc.
A peine entré dans sa chambre, Shiro se rua sur lui, l'étreignant fortement dans ses bras. Passée la surprise, Nero s'empressa de lui rendre son contact, plongeant son visage dans ses cheveux.
Bon sang, il avait eu peur...
Il avait tellement eu peur pour lui...
« Tu vas bien ? » lui demanda Nero, essayant de calmer les tremblements dans sa voix.
Shiro se détacha de lui, lui souriant doucement.
- Oui. Tu es resté pendant trois jours dans la cuve de Mako...
- Trois jours... ?
Nero fronça les sourcils à cette information.
Il se rappelait du combat. Il se rappelait des Chiens de l'enfer. Il se rappelait de l'entité fantomatique qu'il avait affrontée. Il se rappelait de Junon...
Il se rappelait de Shiro qui avait été attaqué chez eux, dans leur propre appartement, par ces horribles créatures...
Et il avait été inconscient pendant trois jours ?
- Mais... et toi ? s'exclama-t-il, alarmé. Tu es resté seul pendant trois jours ?
Alors que les Chiens de l'enfer, le vieil homme aurait pu l'attaquer à n'importe quel moment ? Nero n'aurait pas été là pour le protéger ?
Shiro posa sa main sur son bras, comme un moyen de le rassurer.
- Je suis allé dormir au Septième Ciel. Chez Denzel et Marlène.
Malgré qu'il se maudît lui-même d'avoir été si faible, si impuissant pour ne pas avoir su être là pour veiller sur Shiro durant ces trois jours, Nero ne pouvait cacher qu'il était soulagé que l'enfant ne soit pas resté seul chez eux, à attendre une nouvelle attaque du vieil homme et de ces créatures.
Il ne comprenait pas lui-même ce qui l'avait conduit dans un tel état. Bientôt, Nero et Shiro furent rejoints dans la chambre par trois figures familières : Général MacKurie, Reeve Tuesti et Rufus Shinra.
La seule présence de ces trois-là le fit lever les yeux au ciel. Qu'avait-il encore fait ?
- J'espère que vous vous sentez mieux, Nero, lui adressa poliment Rufus Shinra, Tseng et Elena veillant à l'extérieur de la chambre.
Nero lui adressa une expression blasée.
- On a vu avec les médecins. Vous sortirez dès ce soir, ajouta Reeve Tuesti. Si vous êtes en forme, bien sûr.
Ce soir... Il croisa le sourire impatient de Shiro.
Cela mit Nero de bonne humeur.
- Oui, bien sûr.
- L'ex-AVALANCHE a décimé le reste des spectres des ténèbres qui terrifiaient Junon, déclara Général MacKurie sans regarder l'ancien Tsviet.
- Grâce à la faux des ténèbres, renchérit Reeve Tuesti. Nous avons emmené l'un d'eux aux laboratoires de l'ORM avant qu'il ne se dissolve.
- Vous allez l'analyser ? L'étudier ? grinça Nero, ne pouvant s'empêcher de lui poser la question avec une certaine acidité.
Comme ils l'avaient étudié lui ?
Les humains ne changeraient jamais.
- Cela pourrait nous éclairer sur le responsable de ces créatures, renchérit Rufus Shinra. Qui il est, ce qu'il est... Nous n'avions pas l'occasion d'analyser proprement ces phénomènes jusqu'à présent. En voici l'occasion.
Qu'est-ce qu'ils espéraient, en fait ?
Que Nero saute au plafond ? Pff. Ils n'avaient même pas anéanti le responsable. Et cette fois-ci, il avait envoyé les créatures aux quatre coins. Shiro n'était même plus à l'abri.
Et puis... est-ce que ces expériences seraient suffisantes pour identifier le vieil homme ? Savoir ce qu'il était ? Quels étaient ses objectifs ?
Reeve Tuesti se racla la gorge.
- Vous pensez que le fait d'avoir absorbé trop de ces créatures vous a conduit ici ? lui demanda-t-il.
- Alors que vous contrôlez les ténèbres ? grogna Général MacKurie. Je vous croyais surpuissant dans votre élément.
Nero avait bien envie de lui répondre que c'était le cas. En appuyant ses arguments avec une caresse des ténèbres. Mais il était trop faible pour réagir, se laissant tomber sur le lit, la tête sur l'oreiller.
- J'ai fait de mon mieux, dit Nero. Et pour répondre à votre question, je ne sais pas. Je l'ignore. Mes ténèbres m'ont toujours obéi. Je n'ai jamais eu de problème jusqu'à ce que je rencontre ces créatures.
- Il faudra certainement des examens particuliers pour comprendre la source de vos maux, renchérit Reeve Tuesti.
Nero lui adressa un regard froid.
- Je ne subirai pas une nouvelle expérience, articula-t-il, le ton bas, à titre d'avertissement.
- Vous n'avez pas le choix, cracha le Général.
- Ce n'est pas une expérience, déclara Rufus Shinra. Ce sont juste des examens médicaux. Pour voir si votre corps est en bonne santé.
Quelle blague.
- Pff. Mon corps n'a jamais été en bonne santé. A cause de vos expériences réussies.
L'ex-Président ignora la pique.
- Quoi qu'il en soit, il faudra bien savoir ce qui ne va pas, insista calmement Rufus Shinra. Ce qu'on désire savoir, c'est si vous êtes en mesure de continuer à nous aider. A respecter la part de votre marché.
Nero se raidit à cette question.
- Bien sûr ! Pour qui me prenez-vous ? demanda Nero avec hargne. Je suis parfaitement capable de gérer les créatures des ténèbres.
- Nul doute. Mais si cela vous coûte la vie... continua Reeve Tuesti.
- Cela ne me coûtera pas la vie ! Je ne suis pas faible comme vous.
Le Général parut mal le prendre. Pourtant, Reeve Tuesti n'insista pas. Il adressa un signe de tête à ses deux comparses avant de reporter son attention sur l'ancien Tsviet et l'enfant.
- Nous allons vous laisser vous reposer. Vous remettre de vos émotions, déclara Reeve Tuesti. Mais Nero. J'espère que vous ne nous cachez rien.
- Votre esclave se porte très bien, cracha Nero, le ton venimeux.
Qu'avait-il à leur cacher, de toute façon ?
Il se portait bien... N'est-ce pas ? Il n'était pas mort, après tout !
- Vous n'êtes pas un esclave, répondit doucement Reeve Tuesti avant de quitter la pièce, suivi de près par Rufus Shinra et le Général qui adressa un dernier regard noir à l'ancien Tsviet.
Une fois seuls, Nero laissa échapper un profond soupir de lassitude.
Oui... cela allait lui faire du bien de rentrer, d'être seul, de profiter d'un peu de tranquillité. Nero n'y pensait pas souvent, mais le fait de se retrouver ici dans cet hôpital lui fait comprendre combien cet appartement qu'il partageait avec Shiro, même financé par l'ORM, était la seule maison qu'il avait actuellement.
Une maison tenue par des humains... Mais une maison malgré tout. Tout était mieux qu'un hôpital.
L'enfant prit une chaise pour s'asseoir à côté de lui, le dévisageant avec inquiétude.
- ... Tout va bien, Papa Nero ? l'interrogea-t-il d'une petite voix.
Nero se retourna vers lui, inclinant la tête sur le côté.
- Bien sûr. Pourquoi me dis-tu cela ?
- Je... j'avais peur. J'avais peur pour toi.
- Tu n'as pas à l'être.
Nero tendit le bras pour caresser doucement les cheveux blancs de l'enfant. Shiro ferma les yeux, appréciant le contact affectueux de son oncle.
- Mais... tu étais malade. Et tu es malade. Si... si tout cela était lié ? S'ils avaient raison et le fait d'avoir absorbé ces créatures de l'enfer te rendent malade, cela sera dangereux pour toi de continuer à les traquer.
Nero retira sa main, fixant l'enfant avec une expression indescriptible qui masquait la peur lancinante en son être.
Oui... il y avait pensé.
Ce n'était pas normal que les ténèbres n'agissent plus sous son contrôle depuis qu'il avait rencontré ces créatures.
Et si cette fois-ci, on l'avait emmené à l'aile médicale de l'ORM... Qu'en serait-il, la prochaine fois ?
Mais il avait un marché à respecter. Il ne pouvait pas révéler à Reeve Tuesti, à Rufus Shinra qu'il abandonnait parce qu'il ne voulait plus courir le moindre risque.
- Tout ira bien, essaya-t-il de lui dire.
- Non ! Arrête de dire ça ! s'écria brusquement l'enfant, effectuant un mouvement de recul quand Nero voulut à nouveau lui caresser les cheveux. Tu ne vas pas bien ! La preuve ! J'ai cru que...
Nero ferma les yeux, inhalant, exhalant pour se calmer.
- Tu peux le dire. Tu as cru que j'étais mort.
- Oui ! J'avais peur de te perdre ! Tu te rends compte ?
La voix de l'enfant tremblait. Son oncle rouvrit les yeux. Il dévisagea tristement l'enfant, qui luttait difficilement contre les larmes.
- ... Je ne le voulais pas, dit-il, la culpabilité dans son ton. Je ne voulais pas te causer cette frayeur.
Dire qu'il y a six mois, Nero et Shiro avaient été dans la même situation... Mais les rôles étaient cette fois-ci inversés. C'était Nero qui avait failli perdre Shiro à ce moment-là.
Lui aussi avait eu peur.
Et maintenant, le destin faisait en sorte qu'il soit incapable de respecter sa part du marché. Que l'ORM finisse par le juger inutile et lui retire Shiro.
Ce n'était pas lui qui manquait de volonté, cette fois. Il était incapable de lutter contre les effets indésirables dont résultait l'absorption de ces créatures. Il ne comprenait même pas pourquoi cela déclenchait de tels effets.
- ... Quand on a été attaqués, finit par s'exprimer Shiro, rompant le silence. Quand on a été attaqués, moi, Denzel et Marlène... j'ai tenté une ultime attaque avant que tu n'interviennes.
Nero plissa les yeux, considérant Shiro avec attention.
- ... Marlène m'a dit que j'avais été comme illuminé par une lumière blanche. Pas seulement moi, mais ma propre lame aussi... Et... quand je suis revenu à moi, les Chiens de l'Enfer étaient partis. Ils avaient tous disparu.
- Ils se sont enfuis.
- Non. Ils avaient vraiment disparu... Comme toi quand tu utilises tes pouvoirs. Comme si cette lumière blanche... les avait purifiés.
Purifier...
La pureté...
Nero laissa les bras retomber le long de son corps, incrédule.
- C'est étrange. Et... après qu'on t'ait emmené à l'hôpital, reprit Shiro, Reeve Tuesti m'a proposé de m'examiner.
Cela fit sortir l'ancien Tsviet de ses gonds, le faisant presque se lever.
- Pardon ? Ils t'ont fait subir des expériences ? cracha-t-il, la rage animant son ton.
- Non ! s'écria Shiro, levant les mains pour le faire se rasseoir. Tu ne comprends pas. Je... je voulais savoir d'où cela venait. Pourquoi j'ai été en mesure d'éradiquer ces Chiens de l'Enfer... je n'ai jamais eu ce pouvoir auparavant. Je ne comprends pas ce qui s'est passé.
Soucieux, Nero releva lentement le menton vers l'enfant.
Il avait bien une petite idée.
- Weiss... Lui aussi possédait un tel pouvoir. Quelque part, je ne suis pas surpris. Mais... que ce pouvoir se soit réveillé, à ton âge... je dois avouer que cela me dépasse un peu. Mais ce n'est pas totalement impossible.
- Tu crois ?
Nero se contenta d'attirer Shiro vers lui, l'enveloppant de ses bras. Shiro posa sa tête sur la poitrine de son oncle, écoutant le rythme rapide des battements de son cœur.
- Après sa force, tu as les pouvoirs de l'Immaculé. Ce n'était que la suite logique des choses, déclara-t-il, le ton doux et tendre. Weiss aurait été capable de les éradiquer. Mais il t'a transmis son pouvoir. Et tu as pu purifier les créatures des ténèbres.
De telles démonstrations de pouvoir... Cela lui rappelait combien il était si fier de son neveu. Combien son enfant était spécial, combien il était précieux...
- On va s'entraîner pour t'apprendre à les contrôler, déclara-t-il avec détermination. Comme pour tes autres pouvoirs.
Cela laissa Shiro pensif.
- ... Alors, cela signifie que si je les travaille un peu... Si j'apprends à les contrôler, je pourrais traquer les Chiens de l'Enfer ?
Cette question eut l'effet d'une bombe.
Nero rompit leur étreinte et dévisagea Shiro comme s'il avait dit une atrocité.
- Hors de question.
- Mais Papa Nero ! Si j'ai vraiment ce pouvoir de purifier les êtres des ténèbres, de les faire disparaître, je pourrais contribuer à les chasser ! Je pourrais faire en sorte qu'ils ne terrorisent plus les habitants !
- Tu te retires cette idée tout de suite de la tête.
Nero le repoussa presque, avant de croiser les bras sur sa poitrine, sévère.
- C'est bien trop dangereux.
- Mais réfléchis ! insista Shiro. Si j'arrive à les traquer, tu n'auras plus à les absorber dans tes ténèbres ! Tu ne seras plus malade ! Tu pourras continuer à—
- Je t'ai dit que c'était ma responsabilité. Ce n'est pas ton combat, Shiro.
C'était un non ferme et définitif. Shiro n'irait pas au combat. Il était bien trop jeune. Et comme s'il allait laisser cet enfant courir les risques à sa place !
- Mais... Papa Nero ! Tu t'en rends compte ? Tu as failli y passer ! Tu aurais pu—
- Mieux vaut moi que toi, Shiro.
« Mieux vaut moi que toi, Weiss. »
Aujourd'hui encore, il répétait cette phrase. Dans un contexte différent, certes. Mais il la répétait malgré tout.
Il se moquait bien de mourir si cela permettait de protéger Weiss.
Il se moquait bien de mourir si cela permettait de protéger Shiro.
Shiro se figea face à de tels mots.
Nero le pensait sincèrement. Tant pis si les créatures des ténèbres finissaient par le tuer. Il ne risquerait pas la vie de Shiro pour le protéger, lui.
Le visage du garçon se ferma. Immédiatement, il se leva. Il était furieux.
- Shiro...
- Quand tu disais cela à Weiss, lui demanda l'enfant, est-ce qu'il te faisait comprendre que ce que tu disais était stupide ?
Nero soupira.
« Arrête ça ! Arrête de croire que ta vie ne vaut rien ! Ce n'est pas digne du frère de l'Empereur de Deepground ! »
- ... Oui. Il me le disait.
- Hé bien, il avait raison. Ce que tu dis est stupide. Tu es stupide.
- Shiro, tu ne me parles pas comme ça.
Mais Shiro avait déjà passé la porte de la chambre. Il était prêt à sortir.
- Shiro ! Tu ne restes pas seul ! le réprimanda Nero.
- Où veux-tu que j'aille ? lui cria Shiro en retour. On est dans l'ORM. On habite ici, je te rappelle.
Ce gosse allait vraiment le rendre fou.
- Tu ne restes pas seul ! insista Nero, sur le point de se lever.
- Il y a des soldats partout ! Je ne risque rien ! Arrête de me couver ! Tu es étouffant !
« Etouffant » ?
Shiro avait déjà disparu dans le couloir.
Nero se laissa retomber sur son lit, sidéré.
Lentement, il porta les mains à son visage, se mettant à trembler de tous ses membres.
Pourquoi tout était toujours si compliqué ?
C'était dit.
Son oncle l'étouffait. Shiro marcha en traînant les pieds, se dirigeant vers la porte d'entrée du QG de l'ORM.
Il n'était pas en sucre. Nero le surprotégeait toujours. Et en plus, il ne réfléchissait pas. Il disait être fier de ses capacités, mais comment pouvait-il les mettre en pratique s'il ne pouvait même pas les utiliser contre les Chiens de l'Enfer ?
Il jeta un œil à l'arme qu'il portait sur son dos.
Ce nouveau pouvoir était une aubaine. Il voulait être utile. Il avait voulu contribuer à la traque des Chiens de l'Enfer.
Et maintenant, il en avait l'occasion avec ce pouvoir purificateur.
Surtout que si cela permettait à Nero de se reposer, de ne pas être malade à force d'absorber ces créatures, bien sûr que Shiro s'en servirait !
L'enfant s'assit sur les marches d'escalier, se prenant la tête dans les mains.
De toute façon, il n'écouterait pas Nero. Il allait s'entraîner. Il s'entraînerait plus dur que jamais.
Il allait aider l'équipe à protéger les habitants. Et Nero respecterait sa part de marché. Cela ne pouvait être qu'une bonne chose.
S'entraîner encore et encore...
Alors qu'il sortait son arme pour frapper le vide, comme pour pointer un ennemi invisible, il remarqua une silhouette familière le dévisager en bas des marches des escaliers.
Charon...
Shiro s'arrêta immédiatement pour courir à sa rencontre.
« Tu es là ! Tu vas bien ! »
Charon recula, un air timide sur son visage.
Il allait bien... Il avait eu peur pour lui comme il avait eu peur pour Denzel et Marlène... il était soulagé qu'il n'ait pas été blessé par les créatures des ténèbres.
- Où étais-tu ? Tu as pu te mettre à l'abri ? lui demanda Shiro, prévenant.
Charon ne le regardait pas.
Il fixait l'immeuble, comme si quelque chose l'intéressait à l'intérieur.
- ... Tu étais avec ton papa ? finit-il par l'interroger.
Oh.
Shiro se gratta la tête, n'ayant pas envie de dire à Charon qu'il était parti en trombe suite à une dispute.
- Oui.
- Oh.
Un air triste apparut sur le visage de Charon.
Cela frappa Shiro. Il s'en souvenait.
Ses parents l'avaient abandonné...
- Hé ? lui proposa Shiro, essayant de changer de sujet. Je dois attendre que mon Papa Nero quitte l'hôpital. Il sort ce soir et... j'ai du temps devant moi. Si tu n'as rien à perdre... Cela te dit d'aller dans le parc ? On pourrait aller manger des gaufres et jouer dans l'aire de jeux.
Pour être honnête, Shiro avait envie de se vider la tête.
Sans détacher son regard de l'immeuble, Charon parut hésiter.
Il n'avait pas l'air d'avoir envie...
- Allez ! cela va être amusant ! s'exclama Shiro avant de l'attraper par le bras. Quand est-ce la dernière fois que tu t'es amusé ?
- ... Je ne m'amuse pas avec les autres. Je préfère rester ici. Je préfère attendre.
Shiro le toisa avec surprise, un peu pris au dépourvu par cette réponse.
Attendre ?
Cela ne le dissuada pas. Son sourire rassurant réapparut sur son visage.
- Je te promets que je suis très marrant.
- Je ne le crois pas, rétorqua Charon, un peu trop sèchement. Je préfère attendre.
- Tu n'as pas envie de gaufre ? susurra Shiro, l'air charmeur.
Charon se raidit à cette remarque.
Héhé, gagné !
- On peut attendre en mangeant des gaufres et en s'amusant, proposa Shiro. Allez, viens ! Tu ne le regretteras pas !
Il crut entendre un soupir émaner de la bouche de l'enfant.
Mais au final, Charon tourna les talons pour suivre Shiro, marchant loin derrière lui tout gardant toutefois une distance entre eux.
Son regard ne quitta jamais l'immeuble du QG de l'ORM.
Et Shiro ne put s'empêcher de se demander ce qu'il voulait dire précisément par « attendre ».
